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 Une autre visite de courtoisie [Terminé]

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Morgan

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MessageSujet: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Ven 10 Déc - 21:12

C'est la suite du passage au commissariat

J'ai encore du mal à y croire mais elle a opté pour un string-surprise. Visiblement elle n'y accorde pas une attention obsessionnelle, ce qui est en total désaccord avec mes sources en matière de sous-vêtements. J'en déduis que mon ex m'a raconté des cracks. Je n'ose pas me dire que je ne m'y attendais pas, je m'en doutais même très fortement. Mais avoir, là, comme ça, le preuve qu'il se foutait de ma gueule sur tout et n'importe quoi, sans raison particulière autre que le plaisir de me voir m'emmêler entre le vrai et le faux... Ben ça m'oblige à admettre quel naïf je pouvais être il n'y a pas si longtemps et ça ne peut pas faire de mal à mon humilité. En plus, My love est très bien parvenue à éviter le piège involontaire que je lui ai tendu en émettant l'hypothèse qu'elle me donne son adresse: c'est elle qui va venir chez moi et elle pourra réclamer son dû au moment opportun. Nous nous mettons donc en route, et compte tenu la durée du trajet j'ai largement le temps de répondre à chacune de ses questions posées précédemment. Il faut juste que je me souvienne correctement de tout.

- " J'habite un logement étudiant payé en partie par l'UCLA. J'aurais dû le partager avec quelqu'un d'autre normalement mais comme ce fantôme n'a jamais ni montré le bout de son nez, ni payé le moindre centime du loyer je considère que c'est exclusivement chez moi quoi qu'en dise la paperasse. Comme le loyer est trop lourd pour le budget qui m'est accordé, je livre des pizzas certains soirs pour combler. J'ai aussi joué de la guitare parfois mais en ce moment j'ai un peu la flemme de me couper les ongles et ils deviennent trop longs pour jouer correctement. Il reste une question, me la dis pas j'vais la retrouver : je sais! Mon âge est égal à deux fois dix. Doublement môme, tu te rends compte? Enfin, dans un an j'aurais trois fois sept ans.Trois fois l'âge de raison, t'imagines à quel point je suis pressé. Enfin peut être que tu l'imagines pas, et que je présuppose un tas de trucs sans la moindre preuve. A propos de preuve, pourquoi ça devrait m'étonner que tu chantes? Je suis sûr que t'as une jolie voix quand t'as pas un uniforme en face de toi...

Et bla, bla, bla, je continue de parler sans même réfléchir à ce que je dis et ce jusqu'à un certain bâtiment, un ascenseur, puis un mur. Le mur, attention. Celui de mon chez-moi. Ce machin sombre qui pousse les plupart des gens à se demander comment une usine désaffectée a fait pour se retrouver presque au milieu de l'immeuble. Le pire, c'est que je n'y suis pour rien. Tout était déjà comme ça tel quel quand je suis arrivé pour occuper les lieux. J'ai comme dans l'idée que les précédents propriétaires avait l'âme noire et appliquaient la théorie de l'environnement. Chaque araignée que j'ai écrasée durant la première semaine en espérant désespérément l'aide providentielle de celui qui devait être mon colocataire. Mais dieu ne vint pas et je dus nettoyer les lieux par mes propres moyens.

Au final, quand j'y pense, les lieux n'étaient pas si atroces que ça. Sous la couche de poussière et le tas de machins dont je préférais ignorer la provenance, c'était un logement normal. Vraiment normal. Par contre, je n'ai jamais eu le courage de m'attaquer à la déco extérieure. Et puis c'est tellement plus drôle pour moi d'entrer dans un appartement blanc et propre quand on voit à quoi ressemble la façade. D'autant plus drôle qu'il ne s'agit pas d'une maisonnette de luxe, non, c'est un appartement. Parmi d'autre. Au deuxième étage et demi d'un genre de concentré urbain, loué par un étudiant dont le portefeuille parental autorise son occupation d'un lieu plus spacieux. Je le soupçonne de ne jamais avoir mis les pieds sur sa propriété. Pour avoir loué ça après ce que les autres en avaient fait, il faut vraiment n'en avoir rien à foutre. Mais je serre les dents et paie le loyer avec le sourire. Preuve indéniable que je suis un gentil petit garçon.

Bref, mon appartement, en plus d'illustrer l'expression "mouton noir" en matière d'habitat, est situé au milieu d'une foule qui n'a rien d'estudiantine ni rien d'intéressant. Je ne sais pas exactement pourquoi l'UCLA m'a dirigé vers ce havre du commérage pour une retraite paisible mais visiblement ils se sont trompés sur mon âge. J'ai vingt ans. Pas quatre-vingts, vingt seulement. Et j'ai un peu de mal à m'intégrer parmi ces individus certes chaleureux, volontaires, et enthousiastes dans leur rôle nouveau de guides du petit nouveau, mais qui m'envoient régulièrement des avertissements pour que je fasse repeindre à mes frais la façade de l'appartement dans les mêmes tons que le couloir.

Qu'ils ne sachent pas que je suis un peu fauché, soit. A la rigueur, moi non plus je n'aime pas la couleur indéfinissable mais indéniablement crasseuse qui orne mon mur extérieur. Mais la changer pour un violet pâle, ça non! Mon Mur à moi est certes moche, mais moins que le couloir. Au moment d'ouvrir la porte, j'enlève la feuille de papier violette de celle-ci, la froisse et la fourre dans ma poche. Puis, j'abaisse la poignée. Tout est plus simple quand on ne ferme pas à clef. Machinalement, j'ai failli entrer en premier en oubliant My love. My love qui a pourtant précisé qu'elle ne voulait pas rentrer chez elle et m'avais supporté durant tout le trajet. Je me dois de le faire passer en premier, fut-ce uniquement pour la taquiner : je m'incline donc.

- "Bienvenue sur mon territoire. Que dis-je : mon dômaayne! Allez entre, y'a d'la place. Tu veux boire quelque chose ?"
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Mary Jane Holster


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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Ven 17 Déc - 13:59

Morgan était d’accord. Je pouvais aller dormir cher lui. Youpiiiiii ! J’étais quand même surprise qu’il accepte tout de suite, sans restriction. Nous nous connaissions à peine, j’aurais pu être une petite voleuse, une chasseuse de mutants, une tueuse en série, pourquoi pas ? Certes, c’était un peu exagéré et l’inverse était supposable également. Lotus aurait pu être un bad boy, un braqueur de banque, un pervers ou autre. Tout était possible ! Mais bon, quelque chose me disait que je pouvais lui faire confiance. Je voyais mal mon compagnon de route me sauter dessus pour me violer, me torturer ou me tuer.

En chemin j’appris qu’il était étudiant à l’UCLA, qu’il livrait des pizzas et qu’il était musicien à ses heures perdues.


- J’adooooooore la guitare Avais-je dis spontanément.

Evidemment, je n’avais rien dit sur les études. Je n’étais même pas curieuse de savoir ce qu’il étudiait. Je n’étais pas encore à l’université et j’irais sans doute jamais. Je n’allais déjà pas au collège, alors les études supérieures… elles n’auraient pas l’honneur de voir ma frimousse. Je trouvais que c’était une perte de temps. Se farcir des profs qui n’attendaient que les prochaines vacances scolaires pour se prendre du bon temps, c’était pas très motivant. J’en apprenais plus dans la rue, avec mes potes, dans les rencontres que je faisais et dans les bouquins que je choisissais moi-même. En parlant de bouquins, les livres scolaires abordaient des sujets avec vingt ans de retard, je les trouvais trop vieux et en décalage avec la société actuelle, c’étaient n’importe quoi. Ok, j’avais appris à lire et à écrire grâce à l’école. Au final, l’école primaire était la seule qui valait le coup pour moi. Là au moins, les instits se sentaient encore investis d’une mission à laquelle ils croyaient, mais après… Bref.

Morgan avait parlé tout le long de la route qui menait chez lui. Je l’avais écouté avec attention assez étonné d’avoir à faire à un garçon aussi bavard. Il ne m’avait pas donné cette impression en prison. Ca ne me déplaisait pas mais j’avais un peu de mal à en placer une. Un point positif, j’en apprenais un peu plus sur son compte et je n’avais pas à répondre à des questions me concernant.

Il avait 20 ans et je trouvais ça génial. J’avais souri à la façon dont il avait exprimé son âge. Moi aussi, j’aimerais bien avoir cet âge là. Comme ça plus personne ne me reprocherait d’être trop jeune pour faire ci ou ça. Qu’est-ce que ça pouvait me saouler cette réflexion ! Comme si il fallait attendre d’être majeure pour profiter de la vie, faire des bêtises, faire ce qu’on voulait. Je ne voyais pas ce que l’âge avait à voir là dedans. En étant raisonnable et responsable, le fait d’être majeur ne devrait pas donner le droit de faire des bêtises non ? Sauf que la vie serait trop triste si on devait toujours rester dans les rangs.

Il avait du mal à payer son loyer. Ce n’était pas entré dans l’oreille d’un sourd ça ! En plus, le loyer ne devait pas être bien élevé car l’immeuble dans lequel on entra était plutôt miteux. J’habitais chez mon père, dans un immeuble de luxe mais ça ne me gênait pas de dormir dans une cité. En fait, à partir du moment que j’étais certaine de ne pas croiser mon père, c’était royal ! J’espérais seulement que l’intérieur de l’appartement était plus clean que l’extérieur. J’avais un peu de mal avec la crasse et je me voyais mal dormir dans une pièce où cafards et araignées régnaient en territoire conquis. Je fus rassurée quand Lotus ouvrit la porte de son domaine et m’invita à entrer.


- Meeerciii très cher. Avais-je dit sur un ton snobinard avant de répondre à son offre.
- Oui j’veux bien. Ce qui te tombe sous la main, ça m’ira. Toi aussi tu devrais boire quelque chose.

Je faisais référence à son débit de paroles qui avait du lui donner soif. Des yeux, je fis le tour du propriétaire. C’était petit mais au moins c’était propre. En même temps, plus c’était petit et plus c’était facile et rapide à nettoyer.

- C’est chouette chez toi ! Tu m’sauves la vie tu sais.

Un petit compliment état ce que j’avais trouvé pour le remercier de m’héberger. J’avais bien insisté sur le fait qu’il me rendait un énorme service. Après tout ce qu’il m’avait raconté sur lui, j’avais encore plein de questions à lui poser.

- Sinon, t’as une copine ? En tout cas, je sais que t’as une capacité hors du commun toi. J’t’ai vu faire avec tes ongles, en y pensant, c’est trop marrant ce truc. T’es au courant qu’il y a plein de gens comme toi ?

Les yeux pétillants de malice, je regardais Morgan évoluer dans son domaine. Je cherchais à savoir si je pouvais lui faire confiance et l’embarquer dans un de mes plans.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Lun 3 Jan - 16:49

My love n'est pas difficile, mais du coup c'est à moi de trouver quelque chose à boire. Le problème n'étant pas de mettre la main sur quelque chose mais de savoir sur quoi mettre la main, parce qu'avoir la manie de la propreté ne me donne malheureusement pas automatiquement le talent du rangement logique et efficace. Ce n'est pas le bazar, tout est même très bien rangé. Mais de là à savoir où est rangé quoi, il y a un pas que je ne suis pas prêt à franchir avant d'être parfaitement réveillé et propriétaire d'une mémoire en bon état. Or, ici et maintenant, je ne me souviens pas, mais alors du tout ou j'ai rangé les bières.

Par chance, je tombe dessus quand même. Heureusement, car proposer un alcool fort à quelqu'un chez soi, c'est loin d'être innocent, donc c'est prise de tête et je n'ai de toutes façon aucune envie de me saouler, ni de la saouler. Avec qui je vais discuter si elle ne sait plus ce qu'elle dit ? En tout cas, je lui tend une des bières que j'ai miraculeusement trouvées et en prend une autre pour moi puisqu'elle me le propose. J'ai l'impression d'être l'invité auquel au propose à boire, en insistant un peu pour montrer que ce n'est pas une simple politesse. Peut être que ça la gêne d'être la seule à consommer quelque chose. Quand j'y pense, moi je n'ai pas eu à insister... J'ai tellement l'habitude de vivre avec des gens méfiants que j'en oublie à quel point c'est agréable d'accepter ce qui arrive sans se poser de questions. Un poète parlait de "savourer la chance". Je ne sais plus qui c'est, mais il avait raison.

J'ai pas envie de méfier de tout. Et puis ce n'est pas comme si My love risquait de s'avérer être un danger pour moi. Évidemment il y a des cinglés qui se font inviter chez des gens pour les torturer et je me doute qu'ils ont l'air parfaitement innocent. Mais si je devais me méfier de toutes les bouilles innocentes, ça me pomperait toute mon énergie. Les gens insignifiants ne méritent que mon mépris, et les meurtriers récidivistes également sinon ce serait faire de la discrimination à l'emploi. Je ne vais pas agir différemment avec My love sous prétexte qu'elle a une chance sur dix d'être une psychopathe échappée d'asile qui a assassiné la détentrice initiale de son identité et l'a laissée dans sa chambre afin de prendre sa place. Mouais, la probabilité d'un tel cas de figure est plutôt d'un sur mille que d'un sur dix. Bref, je n'ai aucune raison de serrer les dents.

Quoique. Je viens d'essayer d'avaler une gorgée de bière, mais elle m'a demandé si j'avais une copine et j'ai malencontreusement du interrompre d'une manière aussi précipitée que maladroite mon élan. Le reste des questions me surprend moins, mais me pousse à réviser entièrement mon jugement. Cette fille sait ce que j'ai fait. Pour une raison X ou Y, peut être même W, elle n'est pas assez irrationnelle pour placer ce qu'elle a vu sur le compte de... De je ne sais pas quoi mais quand les gens refusent d'admettre quelque chose ils y arrivent très bien. C'est une qualité partagée par presque tous les êtres humains. Alors si elle l'avait voulu, ou plutôt si elle avait été irrationnelle elle aurait très bien pu faire abstraction de la façon dont nous sommes sortis de notre cellule. Vraiment elle n'y met pas du sien, c'est donc à moi de prendre le chemin du déni. Franchement, faut tout faire de nos jours.

- Tu veux dire qu'il y a d'autres cinglés prêts à se casser un ongle pour sortir de prison? Je savais que les gens peu malins étaient une majorité mais que beaucoup de gens risquent leurs doigts dans des mécanismes improbables, c'est assez surprenant... Sinon je n'ai pas de copine, et je préfère les mecs donc je n'envisage pas de me caser avec une fille avant au moins trois siècles.

Sujet écarté, à présent il me faut trouver un nouveau sujet de conversation avant que My love ne tente d'insister. Pas que je tienne à rester discret sur mes préférences sentimentales et autres, mais... je crois que je préfère ne pas risquer de la voir se passionner pour le sujet. Elle est un peu enthousiaste, pour ce que j'en ai vu. Et quand quelque me paraît, à moi, enthousiaste, c'est que le fait est flagrant. J'ai une notion de l'énergie qu'il convient sainement de dépenser en une seule journée assez vaste puisque je suis moi même intenable. J'ai lu quelque part que c'était souvent une qualité que d'être extraverti, mais je crois qu'il s'agissait d'un article destiné à rassurer les jeunes maman déboussolées par l'hyperactivité de leurs bambins donc ça n'a peut être pas grande valeur. On invente souvent toutes sortes d'études pour qu'aucune mère ne doute de cette vérité universelle : quels que soient les symptômes votre enfant est toujours bien éduqué, ce sont les autres qui ne savent pas la chance qu'ils ont de côtoyer une telle merveille. Même ses incivilités le prouvent : il est génial. Comme quoi on peut affirmer n'importe quoi à partir d'une équation. Et il me faut toujours un sujet de secours.

- Au fait, pourquoi ça te sauves la vie de pas rentrer chez toi ? C'est un cas si grave que ça ton paternel ?

Mauvais sujet. Oui, bien sûr le père est grave : j'en ai eu la preuve en direct au téléphone. Scoop : l'éducation des héritiers de la couronne n'a pas changé depuis quatre cents ans et repose toujours sur les mêmes principes psychorigides pendant que la police se fait complice de cet état de fait en préférant enfermer de jeunes gens innocents plutôt que de poursuivre en justice les parents indignes. Deux concernés témoignent. Déprimant. En même temps c'est elle qui a commencé, je n'ai fait que reprendre ses propres propos. Je suis un voleur de thèmes. Tiens, ça ferait un bon titre de bouquin ça, "le Voleur de Thèmes". Mais il faudrait que ça corresponde à autre chose qu'au plagiat de conversation sinon ça sera vite ennuyeux. Enfin de toutes façons je n'ai aucun talent littéraire, ça règle la question.
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Mary Jane Holster


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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Lun 10 Jan - 22:34

- Ah une bière !

Je sautais d’enthousiasme en adressant un joli sourire à Lotus pour le remercier et je soulevais ma bouteille à son intention qui voulait dire « à ta santé ». Je ne l’avais pas remercié car je l’avais déjà fait avant et un sourire valait bien un merci, c’était même mieux, non ? Que ça lui plaise ou pas il devrait s’en contenter. Sans attendre, je portais le goulot de la bouteille à ma bouche et ingurgitait deux ou trois gorgées. Pas mauvaise ! Y’avait mieux mais c’était plus cher et comme Lotus avait à peine de quoi payer son loyer, je ne dis rien à ce sujet. Je n’avais pas envie de le vexer et de me faire virer comme une malpropre de chez lui. J’irais dormir où si ça arrivait ? Non je ne voulais pas faire l’enfant gâté et je me montrais sur mon meilleur angle.

En me répondant sur sa manucure, j’avais bien vu qu’il n’avait pas compris que j’avais compris. Il me prenait pour une idiote ou quoi ? En même temps, je savais bien que les « mutants » ne chantaient leur capacité sur les toits. Il avait raison de se méfier, on ne savait jamais sur qui on tombait. D’ailleurs, il aurait du faire plus attention lorsqu’il nous avait libérés de la cellule ! Je pris donc sa réponse à la rigolade.


- Bah oui ! Qu’est-ce que tu crois ! T’es pas le seul cinglé sur terre tu sais.

Soit il revenait sur ce point, soit il passait outre. Peu m'importait pour l'instant. Les yeux pétillants de malice, je regardais mon hôte avec amusement. Je ne savais pas trop pourquoi mais ce type me donnait envie de rire. Pas de me moquer, simplement de rire comme lorsque j’étais de bonne humeur. En y pensant, j’étais de très bonne humeur même !

Mon sourire s’estompa lorsque j’appris qu’il préférait les garçons aux filles. D’après ce qu’il dit j’en déduisis que ce n’était pas seulement une préférence, il était à fond sur les mecs Pfff, c’était bien ma veine ça. Pour une fois qu’un garçon me plaisait vraiment il fallait qu’il soit homosexuel ! Je ne le trouvais pas spécialement beau mais il avait du charme, il avait l’air doux, il était un peu déjanté, il aimait la musique et ill me faisait rire. Il possédait la plupart des points qui m'attiraient chez un garçon. Bref… J’allais devoir changer mes plans encore une fois. Ou peut-être pas, qui sait ? Je n’avais pas dit mon dernier mot. Je ne dit mot, d’ailleurs ! Pour faire passer la pilule, je bus une autre gorgée de bière. En changeant de sujet, j’avais bien compris qu’il ne voulait pas s’étaler sur sa vie très privée. Ca me coûtait de ne pas approfondir le sujet mais je respectais sa volonté. Il avait intérêt à en profiter car ça n’allait sûrement pas durer.


- Le cas de mon père n’est pas grave, il est i-rré-cu-pé-rable ! Moi j’te l’dis, c’est pas un père que j’ai c’est un portefeuille ambulant, incapable d’éprouver le moindre sentiment pour qui que ce soit. D’ailleurs, j’vais te dire un truc : il n’a même pas de copine… ou de copain. Après, il fait genre qu’il s’intéresse à moi en me faisant surveiller pour soit disant me protéger. Tu parles ! T’as bien vu au poste, il n’a pas levé le petit doigt en prétextant que je n’étais pas sa fille et que je faisais mes devoirs, alors qu’il sait TRES bien que je ne fais JA-MAIS mes devoirs…

*Stoooop Mary Jane, arrête de parler de ton père, même absent, il va te gâcher la soirée.*

Rien que de penser à ses façons de faire, ça m’énervait, j’étais dégoûtée. Il va sans dire que je le détestais encore plus dans ces moments là. Lotus me sauvait la vie en m’offrant l’hospitalité. Oui, car si j’avais du rentrer chez moi, j’aurais peut-être croisé mon paternel et il m’aurait encore fait un tas de reproches et ça m’aurait donnée des envies de meurtre. De ce point de vue, ce n’était pas ma vie que Morgan sauvait mais celle de mon père. Oui mais bon, si je le tuais, j’allais finir mes jours en prison et ça, franchement, c’était pas prévu dans mes plans. Et puis, s’il était mort, je ne pourrais plus lui en faire baver et je supposais que ça me manquerait. Bah oui quoi ! C’était mieux d’avoir un père qui ne jouait pas son rôle plutôt que d’être orpheline. Bref, passons…. Revenons à des choses moins rageantes. Je finis ma bière mais, comme chacun le sait, la bière ne désaltère pas vraiment. J’avais encore soif.

- T’en n’as pas une autre dit ? Demandais-je le plus naturellement du monde avant de surenchérir sur le sujet lancer par Lotus : la paternité.
- Et toi, ça marche avec ton père ? Tu voudrais avoir des enfants ?
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Lun 17 Jan - 17:16

Je crois que la tendance de My love à ne pas faire ses devoirs est très importante pour elle, mais la raison m'échappe. Peut-être qu'elle m'en a soufflé un mot ou deux. A bien y réfléchir, c'est au moins la deuxième fois qu'elle insiste lourdement sur ce point, et ça commence à m'agacer. En même temps, je dois bien admettre que c'est moi qui lui ai demandé d'en parler. Pour éloigner la conversation d'un sujet épineux. Moi. Donc, comme je ne suis plus au centre de la discussion, je n'ai pas à me plaindre. CQFD.

En même temps, le sujet n'est pas si inintéressant que ça. Mais j'ai un peu l'impression d'être son psy et sans être particulièrement égoïste je n'aime pas vraiment servir de confident aux gens. Il y a des gens que ça ne dérange pas, mais ce n'est pas mon cas. Est-ce que j'ai besoin de savoir que son père est riche et la noie sous des offrandes luxueuses? Est-ce que j'ai besoin de savoir que Monsieur son Père est actuellement de mauvaise humeur faute d'avoir une vie amoureuse satisfaisante ? Est-ce que ça m'avance à quelque chose de relever l'ironie sous-jacente de cet individu qui envoie en message subliminal à sa fille "fais tes devoirs si tu ne veux pas te retrouver en prison" ? Qu'est-ce que ça peut me faire qu'il la... surveille, oh purée.

Donc, on est potentiellement surveillés en ce moment même. Du coup j'ai un instant d'hésitation avant d'aller chercher une autre bière. Je vais pas la lui refuser pour autant, c'est juste que, bon, entendre qu'on est peut être surveillé par des mercenaires payés sur le compte en banque du pôpa n'a rien de rassurant. C'est même un peu troublant pour tout dire. Bref, j'ai la trouille. C'est tout à fait normal, et je reconnais être un froussard. Je n'ai absolument pas envie de véhiculer l'image d'un valeureux garçon dévoué et prêt à se sacrifier pour une noble cause sans faillir devant le danger. Moi, je ne suis pas courageux, ni stoïque, ni rien de ce genre. Du coup, peut être, je dis bien peut être que je tremble légèrement en lui tendant sa bière, mais ça n'a rien d'anormal.

Et je crois que My love a décidé que je ne devais jamais boire une gorgée de ma propre bière. Je viens encore une fois de renoncer à en prendre une gorgée parce qu'elle vient de me demander... Si je voulais être père. Techniquement, elle a commencé par me demander comment ça se passait avec le mien mais me demander, comme ça, à 20 ans si j'ai envie d'avoir des enfant c'est peut être un peu exagéré, non ? Je veux dire, je suis pas encore sensé penser à fonder une famille ni rien, la preuve je suis encore à l'université. Et j'ai beau savoir que certains de mes camarades cherchent déjà en bonne compagnie un quartier bien noté sur la carte scolaire pour leur future ribambelle et arpentant avidement le calendrier pour trouver un nom à ces génies en herbe puisqu'il est évident que ce ne pourront pas être des ratés... Ben moi non. Je suis pas comme ça. J'ai pas envie de m'enchaîner tout de suite à quelqu'un avec des mômes et tout, merci. J'ai assez rêvé sur ce point avec mon premier amour, alors maintenant : Prudence ! Mais je ne suis hélas toujours pas dispensé de répondre à la question.

- " Pour tout te dire, mes parents vivent leur vie et sont bien contents que je vive la mienne sans eux. Ils ont été suffisamment compréhensif pour ne pas appeler la police les deux fois ou je me suis enfui de chez moi, et ne m'ont jamais forcé à rester sous le toit familial. Ils me laissent libre de vivre comme je l'entends. Quand à avoir un enfant... Seigneur j'ai encore bien le temps d'y penser. Tu voudrais en avoir, toi ? Tu voudrais fonder une famille, construire une maison et tout ? Moi j'préfère vivre un peu avant d'adopter un gamin, sinon après je regretterai un tas de trucs. D'autant qu'il faudrait être deux pour élever le môme en question, et là si je tombe amoureux j'arriverai pas à gérer. Du tout. "

J'ai un peu de mal à imaginer My love en mère béate devant sa progéniture. D'ailleurs j'ai du mal à l'imaginer mère tout court en fait : les enfants ont cette particularité d'être assez aliénants pour leurs géniteurs et je ne crois pas qu'elle se laisserait enchaîner aussi facilement. Je ne sais même pas si elle l'a déjà ne serais-ce qu'envisagé pour elle même, la question devait m'être entièrement dévolue. C'était un piège ! Et je suis tombé en plein dedans. Même si je lui ai retourné la question, elle n'aura sans doute aucune difficulté à l'écarter avant de lancer un autre sujet. Donc, il faut que j'en trouve moi même un autre avant qu'elle me demande la couleur de mes sous vêtements. Ou pire, quelque chose de vraiment personnel. Comme la raison pour laquelle je n'arriverai probablement pas à gérer mon prochain "big love" et qui est (oh, surprise) le danger que constitue une nuit de sommeil à portée de mes ongles pour tout être humain normalement constitué, moi même y compris.

- " Sinon, y'a beaucoup de dingues que tu pourrais convaincre de fonder un club de défense des fous ? Si on est si nombreux, on devrait pouvoir lever une armée, non ? Pas que je veuille porter l'uniforme, hein (quoi que c'est quand même la classe) mais tant qu'à être tous dingues autant l'être ensemble. "

Je bois une gorgée avant qu'elle réponse, on ne sait jamais elle pourrait encore me couper le souffle avec sa réponse. Ce sera difficile, mais je le jure, je finirai cette bière, dussé-je me limer les ongles pour ce faire. Ouais peut être pas me limer les ongles quand même. Mais bon c'était pour la beauté de la phrase pensée : je suis littéraire en mon for intérieur et cet état de fait me sied. Ou pas, en fait ça me lasse assez vite de parler comme ça, même mentalement. Je crois que je suis trop matérialiste pour être poète. Comment voulez-vous avoir le beau mot quand vous envisagez quelle couverture vous êtes en mesure de donner à votre invité(e)? Difficile. En plus, beau mot ou pas, je ne sais pas pour autant l'état de mes stocks. Je suis un piètre maître de maison. Et ça y est, maintenant j'arrive à m'agacer moi même par une mentalité soutenue. Faut croire que je suis vraiment fou.
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Mary Jane Holster


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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Mar 25 Jan - 20:23

Le sujet sur mon père était intarissable. J’aurais pu écrire un bouquin sur lui. J’avais l’impression que je gonflais Lotus en lui en parlant. Ca ne me choquait pas car moi-même je m’en agaçais assez vite. J’avais d’ailleurs arrêté de m’étaler sur ce cas si particulier. Cela dit, il n’avait qu’à pas me poser la question.
Bref, passons à des choses plus sérieuses.


- Trop bien ! M’exclamais-je joyeusement quand Lotus me rapporta une autre bière.

J’avais bien vu qu’il avait hésité avant d’aller me chercher une nouvelle bouteille. De quoi avait-il peur ? Que je finisse sous la table ! Pas de danger, j’étais entraînée et ce n’était pas deux malheureuses bières qui allaient me saouler. A aucun moment je n’aurais imaginé que la surveillance paternelle exercée sur ma petite personne puisse lui poser un problème. En plus, il n’y avait pas de danger immédiat car mon père ignorait où je me trouvais et je n’avais pas l’intention de lui passer un coup de fil pour lui dire. Non, au contraire, je voulais qu’il s’inquiète pour moi. Mais bon, entre ce que je désirais et les réactions du paternel, il y avait un gouffre ! Il était fort probable qu’il soit ravi de ne me plus m’avoir dans ses pattes. Ce fut au tour de mon hôte de parler de sa famille. Je l’écoutais attentivement en sirotant tranquillement mon breuvage.


- Oh la chhhannnce ! Observais-je admirative.

J’enviais Morgan de ne pas avoir ses parents sur le dos. Non seulement ils le laissaient tranquille et, en plus, ils étaient compréhensifs. J’aurais bien aimé retrouver cette qualité chez les miens. Je ne pensais pas un seul instant que cette façon de faire pouvait être considérée comme un abandon d’autant plus que Lotus avait l’air d’être très satisfait de cette situation. En tout cas, il ne s’en plaignait pas. Il était bien ce garçon ! Je n’aimais pas les gens qui gémissaient sur leur sort. Surprenant hein ? Bah non, pas tant que ça. Moi j’avais de vraies raisons et ce n’était pas pareil. C’était les autres qui se farcissaient mes plaintes, pas moi. C’était toute la différence. Il était à préciser également que je ne m’apitoyais pas sur mon sort toutes les cinq minutes non plus. Je préférais penser à des choses plus sympas, surtout en ce moment.

J’avais écouté le point de vue de Lotus sur la paternité sans rien dire. Malgré sa surprise, il répondit sans détour. Je fis une petite moue déçue d’apprendre qu’il ne voulait pas d’enfant. Il me précisa aussi qu’il ne se voyait pas gérer un gamin si il tombait amoureux. Il avait beau être homo, c’était bien un truc de mec : il fonctionnait en mono.


- Moi non plus, j’veux pas fonder de famille ni tomber amoureuse. J'veux juste avoir un enfant. Affirmais-je énergiquement.

Comme Lotus, je voulais profiter de la vie mais je ne voyais pas en quoi un enfant m’empêcherait de vivre. Les nourrices n’étaient pas faites pour les chiens ! L’ennui était que je ne pourrais pas, encore une fois, mettre un de mes plans à exécution.


- Je m’étais dit que… peut-être… tu serais d’accord pour me le faire… Avançais-je timidement en baissant les yeux pour éviter de croiser un regard désapprobateur.

Je savais, au fond de moi, que c’était peine perdue mais je ne voulais pas m’avouer vaincue avant de m’être battue. Je posais ma bouteille au sol, me levais et m’approchais du jeune homme, très près mais sans le toucher. Un sourire candide aux lèvres, mes yeux l’interrogeaient du regard.


*Dis oui, dis oui, dis oui….*

Ce serait une occasion pour Lotus de tester la gente féminine et de ne pas mourir idiot. En plus, il avait tout à gagner dans cette histoire. Plus tard, après être tombé amoureux, quand il en éprouverait le besoin, il n’aurait même pas à faire tout un tas de démarches pour adopter, il aurait un enfant tout prêt.

Dingue moi ? Meuh non….

Le club de défense des fous dont Morgan avait parlé ensuite était mis de côté dans un coin de ma mémoire. J’avais bien entendu, très bien entendu même, ce qu’il avait dit. Je comptais revenir dessus. Mais là, tout de suite, maintenant, il y avait une priorité absolue : je devais savoir si mon charme naturel jouerait en ma faveur, ou pas. Si Lotus refusait ma proposition, je pourrais encore essayer de le convaincre en lui présentant tous les arguments auxquels je pensais.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Lun 31 Jan - 18:04

"Juste" un enfant. Mais bien sûr. C'est la moindre des choses, quand on a à peine la majorité, de vouloir un môme. Un droit inaliénable même. Que dis-je, un devoir aussi incontournable que la prière du soir. Non mais qu'est-ce qu'elle a dans la tête ? A notre âge, non seulement on n'a pas le temps d'élever un enfant entre les études et les amours, mais en plus, quand bien même on le voudrait, on n'en serait certainement pas capable ! Un de mes enseignant m'a dit un jour que ce n'était pas aux enfants d'élever d'autres enfant. Il faut dire que je voulais prendre sa place, mais ça n'a plus beaucoup d'importance aujourd'hui. Je ne suis plus vraiment un enfant, et My love non plus, mais je n'ai pas l'impression que l'âge soit un repère suffisant. Je crois qu'on est trop jeunes, beaucoup trop jeunes pour envisager des responsabilités aussi lourdes. Peut être que je suis un peu trop prudent, mais les idées thématiques de biberons, couches, éducation, politesse, ou encore autorité me font tirer la sonnette d'alarme.

Si bien que maintenant, le voyant danger est rouge vif et que je ne vois pas quelle couleur plus écarlate il pourrait prendre. Pourtant il faut bien : My love voudrais me voir participer à cette idée saugrenue. Et moi, je réalise peut être un peu tard que ce n'est vraiment pas un projet vague ou une idée en l'air. Pour elle, c'est très concret. Un peu comme certains de mes camarades avec leurs études : ils savent ce qu'ils veulent et se débrouillent pour l'obtenir. En général, ils savent s'y prendre. Mais là, My love n'a définitivement pas frappé à la bonne porte. Elle écoutait quand je lui ai dit que je préférais les mecs ? En plus, j'ai pas particulièrement envie d'avoir un gamin. Enfin, si, mais... Pas tout de suite. Pas comme ça. Pas alors que je n'ai toujours pas réglé mon problème de griffes.

En plus, je ferais un très mauvais père. Nom d'un saint, je ne me sens tout simplement pas adulte, je le lui ai déjà dit pourtant ! Je suis doublement gamin, un étudiant immature et égocentrique. Elle croit quoi, que je vais m'assagir d'un coup, comme ça ? Un gentil tour de magie et je deviens le papa idéal qu'elle n'a pas ? Non, ça signifierait qu'elle est obsédée par son propre père et elle ne m'a pas l'air assez cinglée pour ça. Ou plutôt si, elle est assurément suffisamment cinglée pour tout, mais ce n'est pas le bon type de folie pour une obsession de ce genre, donc ça n'explique pas ce qu'elle cherche ni ce qu'elle croit. Peut être que justement elle ne veut pas d'un père responsable ? Elle voudrait voir ce que ça fait quand les gamins sont éduqués par des gens insouciants ? Non, elle est tout de même suffisamment intelligente pour savoir que le résultat serait catastrophique. Enfin, je crois. J'espère.

Après tout, je la connais pas. C'est une demoiselle que je vois aujourd'hui pour la seconde fois de ma vie et qui voudrait que je lui fasse un enfant. Encore une fois, quoi de plus naturel ? On demande toujours ce genre de choses à des inconnus. Est-ce qu'elle se rend seulement compte des risques qu'elle prend ? Je pourrais avoir une MST, ou un gène chauve qui se transmettrai au gamin. Je pourrais puer des pieds. Je pourrais être gay, d'ailleurs c'est le cas mais elle n'a pas l'air de s'en soucier. Elle n'a l'air de se soucier de rien. Et moi, je me demande pourquoi il faut que ça tomber sur moi. Il y a sûrement un tas de mecs qui seraient ravis de répondre positivement à sa requête, quand bien même ils ne reverraient jamais ni la fille ni l'enfant, juste pour avoir le droit de coucher avec elle une nuit entière. Il a fallu qu'elle me demande à moi, qui suis gay à 100%, de lui faire un gamin. Une embrouille pareille, ça fait peur. Je n'ai même plus envie de finir ma bière, c'est dire. Je voudrais ne pas avoir à m'expliquer, ou continuer la conversation sur un autre sujet mais c'est pas vraiment possible. Piégé.

- " Tu veux faire un enfant, ça je comprends, mais pourquoi tu me demandes à moi ? Tu sais pas si je peux élever un gamin, tu sais pas si je veux fonder une famille de cette façon là. Tu sais même pas si j'ai pas des gènes bizarres qui entraînent un genre de maladies rares. Honnêtement, ça me tenterais bien de vivre en communauté avec toi et un gosse et nos futurs copains éventuels. Et même avec d'autres gens. Mais j'ai pas les moyens d'habiter ailleurs qu'ici, pas le temps d'élever un gosse, et aucune raison de me mettre dans la galère dès maintenant."


Tout un joli discours qui ne sert à rien, et je le sais. Elle va trouver des arguments, et je ne saurais plus quoi dire. Il me reste probablement plus qu'à dire la vérité. Je regarde mes mains. Plus exactement, je regarde les ongles qu'il y a au bout. Même si j'étais hétéro, je risquerait de la blesser. Est-ce que je lui explique le problème ? Je pourrais tout aussi bien dire que je n'ai simplement pas envie, ça serait vrai en plus.Comme ça j'éviterais le sujet épineux de la sécurité, les conseils pour se protéger la gorge et l'expression "à vos risques et périls". Ouais, sauf que j'ai pas envie de faire ça non plus. La flemme. Et puis j'ai pas le cœur de lui refuser quelque chose. Alerte, je suis en train d'envisager d'accepter ! En même temps, si elle faisait ça pour embêter son père elle aurait la palme de l'obstination. Non, non et non, tout ceci n'est que suppositions. My love fait peut être simplement un caprice comme ça m'est arrivé un tas de fois et dans ce cas-là je ne dois surtout pas lui céder. Je répète après moi : je ne dois pas valoriser une décision qui me met dans le pétrin, même si elle correspond à mes valeurs, surtout si elle correspond à mes valeurs. Je ne dois pas ... Oh et puis puis flûte, j'ai que deux fois dix ans je peux encore faire des gaffes.

- " Ecoutes, t'es franchement belle, genre j'suis sûr que certains se demanderaient même pas ce que tu veux si tu leur proposais un marché comme ça. Mais moi, j'suis pas attiré par les filles. Du tout. Et puis, faudrait que j'me lime les ongles aussi. Bref, je te soutiens, mais c'est pas à moi qu'il faut demander ça."


Franchise est mère de sûreté, parfois. Rarement. Dans certains cas improbables et imprévus. Bref, dans des circonstances uniques, dire la vérité peut vous sauver. Exemple : je viens de réussir à me tirer d'une situation délicate sans mentir. Pas qu'habituellement je m'en sorte par le mensonge mais c'est bien la première fois que je me retrouve confronté à une situation comme celle-là et j'étais jusqu'ici persuadé qu'il n'y avait aucun moyen de s'en sortir bien. Si tant est qu'on puisse considérer comme une bonne façon de s'en sortir un discours qui vise à expliquer pourquoi, au final, la réponse est non. Je sais pas si c'est parce qu'elle est adorable mais je m'en veut un peu de ne pas avoir dit oui. Je voudrais presque être hétéro pour lui dire qu'en fait nan, c'était une blague, et qu'elle est trop mignonne pour que je l'abandonne. Mais c'est pas le cas. Et je vais pas regretter mes penchants maintenant, ça serait vraiment n'importe quoi. J'y peux rien de toutes façons. Mais quand même ...

- " Tu m'en veux ?"
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Ven 11 Fév - 17:58

J’avais bien vu que ma proposition ne plaisait à Morgan. Je savais que les garçons étaient moins matures que les filles et qu’ils s’embarquaient rarement dans ce genre d’histoire. Pourtant c’était une proposition honnête ! J’avais juste oublié de lui préciser quelques détails. Il voulait connaître les raisons de ma demande, qu’à cela ne tienne, je m’empressais de lui exposer mes arguments.

- Je te le demande à toi parce que tu es le seul garçon se trouvant dans cette pièce.
Je commençais par plaisanter avant de défendre mon dossier plus sérieusement.
- Non mais c’est juste parce que t’es trop super, tu ne te prends pas la tête pour rien, tu ne ME prends pas la tête. En plus, je ne sais pas pourquoi mais tu me fais un de ces effets ! Attention, c’est pas une question de sentiments, c’est juste que je me sens bien avec toi. T’es sympa, tu me donnes envie de rire et de faire la fête. En gros, t'es trop de chez trop. J’t’adooooooore.

Cela pouvait paraître bizarre car c’était la seulement la deuxième fois qu’on se rencontrait. Je fonctionnais comme ça, au coup de cœur. Il y en avait qui avait des coups de foudre en amour, bah moi c’était un vrai coup foudre en amitié. Je regardais Morgan et lui adressait un de mes plus beaux sourires. Evidemment, ce n’était pas ces premières explications qui pouvaient le convaincre mais j’avais juste envie de lui dire ce que je pensais. Pour une fois que je ne mentais pas, il pourrait apprécier quand même !

- Pour les gènes bizarres, j’m’en fiche complètement. On a tous des gènes bizarres et même si on n’en a pas, ça ne veut rien dire, le gamin pourrait très bien en avoir des nouveaux. Pour le reste, t’en fait pas, y’aura pas de galère ; je ne vais pas venir habiter chez toi, tu n’auras pas à déménager, tu n’auras rien à payer, tu n’auras même pas à t’en occuper. Je me chargerai de tout, t’inquiète.

Me charger de tout, c’était vite dit ! Non je ne refilerai pas le bébé à Lotus, ce sera simplement une nourrice qui s’en occupera et pour tout ce qui était matériel, le grand-père ferait l’affaire. Moi aussi, je ne comptais pas me mettre dans le pétrin et j’avais bien l’intention de continuer à m’amuser. Ce n’est pas un enfant qui m’en empêcherait. J’étais peut-être trop jeune, et alors ? Rentrer dans le moule de la société et se fondre dans la masse, très peu pour moi ! J’aimais bien ne pas faire comme tout le monde. Je n’étais pas tout le monde ! Lotus non plus. C’était sans doute la raison pour laquelle je lui avais demandé de me faire un enfant.

J’avais surestimé mon impact charmeur. Morgan ne fléchissait pas. Il campait sur sa position en confirmant une nouvelle fois qu’il n’était pas attiré par les filles. Il me trouvait belle, la belle affaire. Même si c’était toujours agréable à attendre, ce n’était pas ce que j’attendais de lui et encore moins des autres.


- Les autres, j’m’en fous. C’est tous les nuuuls ! Ils sont intéressés par le physique ou par l’argent et se fichent pas mal de moi. Toi, t’es pas comme eux. Je sais que t’es pas attiré par les filles, mais ça ne te dirait pas d’essayer une fois pour voir ?

J’avais la vague impression d’avoir enfilé une robe d’avocat tout en sachant que je défendais une cause perdue d’avance. J’aurais pu utiliser ma capacité et le saouler à mort, tiens ! Je lui aurais faire croire que j’étais un garçon et il n’aurait pas pu résister. J’aurais pu mais je ne voulais pas lui faire un enfant dans le dos. Dans tout cela, il y avait quand même un point positif : Morgan me soutenait moralement. Ce n’était pas rien et ça me confortait dans mon idée. Je n’étais pas seule à être dingue, c’était rassurant. Voilà, c’était ça ! Lotus me rassurait. Il m’acceptait comme j’étais avec mes qualités et mes défauts. Rien que pour ça, j’étais prête à faire n’importe quoi pour lui rendre la vie plus facile.

- Non, j’t’en veux pas. Répondis-je d’une petite voix.

J’étais déçue mais incapable de lui en vouloir. Comment en vouloir à un garçon si gentil, qui regrettait de ne pas pouvoir répondre favorablement à ma requête ? Je sentais bien qu’il n’y pouvait rien, c’était comme ça. Même une bombe sexuelle ne modifierait pas ses penchants. Je pouvais presque comprendre sa position ; si une fille me demandait une telle chose, je serais la première à refuser, même pour essayer. Par contre, il ne faudrait pas que j’apprenne un jour qu’il a répondu aux avances d’une fille ! Parce que là, il aurait à faire à moi. Je lui en voudrais à mort.

Pour le moment, j’avais envie de le serrer dans mes bras et de lui faire un gros câlin. Je fis en sorte de satisfaire mes chastes désirs ; je posais délicatement ma tête sur son épaule mais lorsque je voulu passer mon bras autour de sa taille, j’effleurais malencontreusement ses mains. Je poussais un petit cri, surprise par la douleur occasionnée par de fines coupures. Les ongles de Morgan étaient de vrais cutters. Il n’était pas bon de s’y frotter. Je saignais mais il n’y avait pas à s’affoler, les blessures étaient superficielles. Je m’en fichais car j’avais une préoccupation plus importante concernant Lotus.


- Fais voir un peu tes mains… Ca doit être cool pour jouer de la guitare. Tu sais, enfin non, tu ne sais pas, mais mon père a toute une panoplie de spécialistes qui bossent pour lui, ils devraient pouvoir arranger ça !

Je n’en étais pas certaine. Je n’avais encore jamais vu un truc pareil, mais ça valait le coup d’essayer. Je n’étais pas d’accord avec les pratiques de Genetic mais si ça pouvait aider à régler un problème, pour une fois, ce serait moindre mal. Il faudrait juste que je ne lâche pas Morgan d’un millimètre afin de m’assurer que les sbires au service du paternel ne transformeraient pas le jeune homme en vulgaire cobaye.

- Dis, t’as pas faim toi ?

Je me levais d’un bond, reprit la bouteille que j’avais posée au sol et finit ma bière. Après avoir essuyé un refus, habituellement, je faisais la tête, je ne décrochais pas un mot et je n’étais pas à prendre avec des pincettes. Là, bizarrement, sans trop savoir pourquoi, j’avais envie de sautiller partout et en plus j’avais une faim de loup d’un coup.

Serait-ce l’effet Lotus n° 6 ?



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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Dim 27 Fév - 21:20

J'ignorais que j'avais une nature propre à inspirer la confiance. Maintenant je suis averti : je suis un joint. Avec toutes les propriétés de relaxation et de sérénité béate que ça implique. Je ne sais pas trop comment le prendre, alors par défaut je fais comme d'habitude : la sourde oreille. Je veux bien qu'elle me trouve sympa, mais son discours me fait un peu trop penser à celui des drogués dépendants et j'ai pas envie d'être une drogue. La bonne nouvelle, c'est qu'elle exagère probablement et que je ne suis donc sans doute pas un diffuseur de bonne humeur ambiante. Je préfère quand mes amis se foutent de ma gueule, j'ai pas à m'interroger sur les vannes qu'on me lance tandis que les compliments... Je sais jamais quoi en faire. Et après ça elle dit je me prend pas la tête. Un peu que je me prend la tête, je suis même à deux phalanges de la cogner contre le mur. Si seulement j'avais un peu du relativisme qu'elle me prête, je pourrais... je pourrais arrêter d'essayer de la comprendre par exemple ?

Elle veut se charger de tout. Est-ce que je lui dis que même les parents les plus patients ont envie de balancer leur bébé par la fenêtre au bout de deux mois d'hurlements ininterrompus ? Je suis d'un optimisme concernant les enfants c'est dingue. Je crois qu'il vaut mieux pas que je devienne baby-sitter, je serais capable de former une génération de suicidaires et de cyniques. Et il vaut mieux pas non plus que je me reproduise. Pas que j'ai des gènes vraiment graves, hein, encore que si ça se trouve mes enfants seront des Edwards aux mains d'argent en puissance, mais je crois sincèrement que l'allèle du pessimisme ne doit pas être transmise. Si, j'y crois. Pas du tout en fait mais on va faire comme si parce que si je me met à envisager trop sérieusement sa proposition je vais me heurter à une dizaine de rasoirs. Ou devrais-je dire : si j'accepte imprudemment, c'est elle qui sera directement visée par ces foutues lames de mes... doigts. Je suis très poli quand je veux. Dans tous les cas, même si je me laissais convaincre - ce qui n'est pour le moment absolument pas le cas, notons le, et n'arrivera jamais parce que c'est une mauvaise idée. Même si je voulais devenir père, donc, je n'aurais pas le droit de mettre ses veines en danger de façon aussi flagrante. D'autant qu'elle peut très bien le demander à quelqu'un d'autre !

Bon, elle veut pas. D'accord. En même temps vu ses conditions, effectivement, elle a très bien fait de commencer à chercher parmi les gays : seule la procréation peut nous intéresser dans ce genre de marché. Le physique ne nous fait aucun effet, et l'argent... c'est plutôt nous qui serions prêts à payer pour avoir un enfant, en général. Enfin, je ne vois pas ce qui la choque tant à l'idée qu'un homme puisse vouloir d'elle, indépendamment de l'objectif bébé ou de l'objectif thunes. Qu'on veuille partager les plaisirs sexuels avec quelqu'un pour de l'argent, je peux comprendre que les gens n'aiment pas ça. Moi même, je trouve ça dégradant, et je méprise la prostitution sous toutes ses formes. Mais qu'y a-t-il de si grave dans le désir que son corps peut inspirer ? Si elle était sans expérience, je pourrais comprendre mais elle est majeure et avec un visage comme celui là je ne crois pas qu'elle n'a jamais rien fait. C'est pas logique, mais bon. Je devrais pas m'en mêler, après tout elle m'aime bien parce que je suis pas prise de tête alors autant laisser couler. Au moins elle m'en veut pas.

Ahum, je préfèrerais sans le câlin. Et m...ince, elle s'est coupée. En même temps qu'est-ce qui lui a pris de me prendre les mains par surprise ? C'est pas sa faute bien sûr, on prévient rarement de ce genre de choses et puis elle ne pouvait pas s'attendre à ça. D'autant que j'ai tout fait pour qu'elle oublie l'incident de la serrure. Mais maintenant je sais plus où me mettre. Elle pas l'air particulièrement inquiète ni même étonnée. Comme si c'était un truc qui pouvait arriver à n'importe qui. Comme si ça avait rien de grave. Elle me propose même l'aide parentale. Mais ce qui me met le plus mal à l'aise, c'est l'allusion à la guitare. Parce que je peux plus en jouer, de la guitare. Je tranche les cordes. Ça m'empêche pas de me considérer encore comme un guitariste, mais penser à l'instrument me mène directement à la vision d'une série de six cordes coupées net. Proprement. J'aime pas penser à ça. Je sais que je devrais plutôt m'inquiéter de cette équipe médecins dont My love dispose mais j'y arrive pas. Est-ce que je lui explique ? Après tout elle m'a l'air d'assez bien comprendre le problème pour le moment. Apparemment je dois la nourrir d'abord. J'ai un peu l'impression d'avoir un animal de compagnie : si vous le nourrissez, il vous tient compagnie, vous comprend et vous sauve la vie dès que possible. Oui enfin c'est pas un animal mais une jeune femme, et elle vient de se frotter à mes ongles donc il y a plus urgent que de tester son pedigree.

- "Avant de manger, on va aller désinfecter ta main. Comme t'as l'air de l'avoir très bien compris sans mon aide, ça coupe. Sauf qu'en prime t'es partie pour avoir une jolie cicatrice demain parce que même si ça en a pas l'air la coupure est forcément profonde. Je vais chercher du désinfectant bouge pas."

J'ai toujours du désinfectant. Et pas seulement dans la salle de bains, il y en a des flacons un peu partout chez moi, jusque dans la cuisine et dans ma chambre. Il m'arrive de me griffer dans mon sommeil, et j'ai beau avoir un appartement très propre je ne suis pas à l'abri d'un traître de microbe qui aurait décidé de venir se balader du côté de mes mains au mauvais moment. Mes coupures me démangent à la seule idée qu'une bestiole microscopique puisse décider de venir squatter sous ma peau. Je suis plutôt accueillant en général mais faut pas exagérer non plus. Bon, le flacon de la cuisine n'est pas vide, au moins un bon point. Je prend le stock de coton associé avec moi et je peux revenir vers My love suffisamment équipé pour faire face à la situation. Oui je dramatise, mais c'est mieux que de laisser se développer je ne sais quels germes avec insouciances. Je me serais occupé de lui mettre le désinfectant sans même lui demander son avis s'il n'avait pas été risqué de lui prendre la main pour une raison ou une autre.

- " Tiens, vaux mieux pas que je le fasse si tu veux pas avoir une deuxième coupure. C'est le genre de petit problème qui m'interdit entre autres la plupart des gestes tendres qu'on peut avoir à l'intention de l'amour de sa vie. Tu veux manger quoi sinon ? "


Que je récapitule, je dois avoir des pâtes, du riz, du jambon, des steaks congelés, des boîtes de petits pois... et c'est tout. Pas très varié mais j'ai un budget serré aussi. Si j'avais plus de sous je pourrais acheter de la nourriture de qualité. Et avoir un coupe-ongle en diamant, le diamant étant la matière la plus susceptible d'être en mesure de régler mes problèmes de kératine. Et aussi je pourrais soudoyer un médecin pour aider My love dans ses projets de procréation. Quoiqu'apparemment elle est riche et elle bénéficie déjà de toute l'aide médicale possible donc elle doit pas vouloir de la méthode stérilisée. D'ailleurs ça se comprend parce que c'est assez humiliant pour tout le monde il paraît. J'en suis encore à envisager un moyen de lui donner ce qu'elle veut. J'ai aucune volonté, faut croire.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Mar 1 Mar - 22:56

Malgré mon insistance modérée en proposant de faire un essai avec une fille au moins une fois, Morgan ne dit mot. Ne pas obtenir de réponse engendrait de nouvelles questions dans ma petite tête d’obstinée. S’il pensait que j’allais lâcher l’affaire aussi facilement, il se leurrait. Pourquoi ne prononçait-il pas un mot tout simple de trois lettres ? Oui ou non, c’était facile à dire. Ne savait-il pas quoi répondre ? Hésitait-il ? Le faisais-je réfléchir sérieusement ? Pensait-il bêtement que j’allais oublier ce qui me tenait à cœur depuis très longtemps, au moins trois jours ! Non, non, non et non. Je remettrais ça sur le tapis jusqu’à ce que j’obtienne ce que je veux et au moins une réponse claire, nette et irrévocable. Il avait tout intérêt à bien réfléchir car une telle opportunité risquait de ne jamais se représenter. Les femmes prêtes à faire un enfant avec un gay sans rien lui demander en retour ne devaient pas courir les rues. Il avait tout à y gagner avec moi pourtant ! Je ne voulais rien lui imposer, si ce n’était le fait de la conception. Il n’aurait à s’occuper de rien et si plus tard l’envie lui prenait de rencontrer sa progéniture, il le pourrait. Je décidais de le laisser mijoter un peu. « La nuit porte conseil » dit le proverbe. Je lui laisserai donc 24 heures avant de relancer le sujet.

En plus, il était sur la défensive. J’avais bien vu qu’il avait désapprouvé mon geste amical. C’était bizarre comme réaction ! J’avais quelques potes gays et ils étaient plutôt contents de recevoir des marques d’affection de la part des demoiselles. Lotus était-il allergique aux filles au point de ne pas profiter simplement de ces petites preuves de sympathie ? A moins que ce ne fussent ces fichues mains, ses ongles plus exactement, qui l’obligeaient à garder une certaine distance. Une sorte de réflexe instantané afin d’éviter des blessures à ses congénères.


*Oooooh comme c’est mignon d’être aussi attentionné !*

Sauf que là, il n’avait pas été assez rapide ou alors j’avais été trop entreprenante. Résultat : coupée, je l’étais. La blessure me paraissait anodine mais d’après Morgan, elle était profonde. Mouais bon, le sang coulait mais il n’y avait pas hémorragie quand même, un pansement aurait fait l’affaire. Il voulait désinfecter la plaie, je ne voulais pas le contrarier. Il aurait été idiot de mourir d’une septicémie tout de même. Je pris ce qu’il me tendit sans rechigner et m’exécutais comme une obéissante jeune fille que je n’étais pas habituellement. Attention, je ne me forçais pas, je ne faisais pas de cinéma ; il prêtait attention à ma petite personne et ça me convenait parfaitement. Un sourire candide illuminait mon visage. J’étais ravie.

- Merci ! Je mangerai bien japonais, pas toi ? On a qu’à se faire livrer. J’t’invite. Proposais-je en sortant négligemment un billet de cent dollars de ma poche arrière de jean.

Pendant que je me soignais, je me demandais comment il faisait avec les garçons ? Ceux-ci n’étaient pas des filles (wahou ! La Palisse n’aurait pas dit mieux) mais ils étaient faits de chair et de sang ; les risques étaient les mêmes. De plus, il n’avait pas relevé ma seconde proposition de faire appel aux scientifiques de mon père. Ce n’était pas le plus important pour le moment. Je tâcherai de savoir si une possibilité existait pour remédier à cette étrange capacité ; c’était moins risqué que d’embarquer Lotus pour une destination inconnue.


- Pour tes ongles, je me renseignerai plus tard. Ca doit pas être facile pour toi de vivre avec. Dis-je sérieusement en pensant que ça devait être un vrai fléau d’avoir des ongles ainsi faits.

Je trouvais Lotus très zen par rapport à sa capacité. Moi, si j’avais un truc pareil à me coltiner tout le temps, je péterais un câble. En tout cas il ne s’en plaignait pas spécialement. Rien que pour cette raison et parce qu’il ne demandait rien, j’avais envie de l’aider.


- En plus, ça doit pas être simple d’aller aux toilettes sans te blesser ! C’est que c’est fragile ces choses là ! Observais-je sur le ton de la plaisanterie en désignant d’un regard l’entre-jambe de mon hôte, avant de me montrer un peu plus curieuse.

- Mais comment tu fais quand tu as un copain ? Au fait, t’as déjà été amoureux ?
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Mar 8 Mar - 20:25

J'ai jamais mangé japonais. Tant que j'y pense, je me suis rarement fait inviter aussi. En général quand on fait un repas entre amis on partage la note. Y'a qu'une seule personne que j'ai laissé me payer le repas jusqu'ici, mais en même temps j'ai tendance à fréquenter des gens qui ont un portefeuille normal et des goûts adaptés à notre type de budget. Là, j'ai affaire à une fille qui a des goûts de luxe et, contrairement à moi, les moyens de se le permettre. Je suis pas en position de refuser, quoi. À moins de l'obliger à manger des pâtes et du jambon mais ça serait vraiment pas sympa. En plus, je vais découvrir un truc nouveau, donc j'ai aucune raison de me plaindre. Relax, c'est une amie, pas mon banquier, ni une mafieuse, juste une amie. Techniquement je sais pas si elle est mafieuse, mais même si elle l'était je crois pas qu'elle essaierait de me rendre redevable pour m'exploiter. C'est pas le style. Elle ferait plutôt en sorte que j'accepte dès le départ de me faire exploiter, enfin c'est mon opinion. Basée sur du flan. Et construite avec ma logique de cinglé. Autant dire que ça vaut rien, mais ça a le mérite de me déstresser, donc je vais arrêter de démolir ma propre argumentation et attraper mon téléphone portable.

Comme je connais pas de numéro, je le refile à My love. Quoi, c'est pas dans mes habitudes d'appeler un traiteur pour un repas à domicile. Et puis je suis sûr qu'elle sera ravie de commander exactement ce qu'elle veut. Sauf si elle décide de m'en vouloir parce que j'avais ce portable depuis le début, mais en même temps je ne vois pas qui on aurait pu appeler pour nous faire sortir. Mes amis m'auraient laissé me démerder tout seul, ça j'en suis certain. Ils savent que j'ai cherché la plupart des ennuis qui fondent sur moi tel l'aigle sur un pauvre lapin tout mignon. Pas toujours, mais la plupart du temps quand même. Alors ils vont pas perdre leur temps à me tirer de ce genre de situations bénignes et indolores. Si je me retrouve coincé dans une cave par je-ne-sais quelle secte bizarre, là ils m'aideront peut-être. Mais sinon, c'est même pas la peine d'y penser.

Argh, retour au sujet sensible : mes ongles. J'y couperai pas apparemment. Madame va se renseigner. C'est qu'elle va finir par me faire peur avec son équipe de docs dévoués ! J'aime bien qu'on s'intéresse à moi, mais une personne à la fois c'est largement suffisant. En plus, j'aime vraiment pas qu'on s'intéresse à ces machins coupants. J'ai rien fait pour les avoir, je sais pas comment ils sont arrivés là, j'ai une vague idée du pourquoi mais elle est assez peu réaliste... En même temps la seule existence d'ongles aussi solides tient de l'irréaliste, mais bon. Admettons que ce soit une maladie, j'aurais l'air de quoi moi ? J'ai pas envie de devenir un cas d'école non plus ! Je sais que c'est parce que les gens viennent se faire soigner des maladies inconnues qu'on devient peu à peu en mesure de les guérir. Mais là je vois pas trop ce qu'on pourrait faire. Le premier type à avoir contracté la peste bubonique a du se sentir très seul, et ça m'étonnerait qu'il ait été trouver un médecin en disant "dites, j'ai des gros boutons, je fais quoi ?". D'un autre côté, faire l'autruche ne va pas régler mon problème, mais... tout un corps médical ? Enfin, je vais pas non plus interdire à My love de se renseigner. Surtout que si elle compte toujours me faire un gamin elle a tout à fait le droit de s'inquiéter un peu. C'est aussi bien de la laisser gérer, d'autant qu'elle va peut être trouver quelque chose. J'en doute, mais qui ne tente rien n'a rien après tout.

J'avais peut être tort de m'inquiéter, il y a toujours quelque chose de pire que ce qu'on redoute en premier lieu. Par exemple, ici et maintenant, ma toute nouvelle bête noire consiste en une série de questions pratiques. Indiscrètes. Et dont les réponses vont me vexer pour un bon moment, si elles ne me renvoient pas au trente-sixième dessous. Parler de mes amours me renvoie à l'Amour de Ma Vie. Le type qui m'a plaqué il y a de ça deux ans. Deux ans déjà. Deux ans que je dispose de griffes et que je n'ose plus me recoiffer. Deux ans que toute tentative de couple se solde par un échec bien que les individus concernés soient des hommes très attirants parce que ces derniers n'ont malheureusement pas la qualité improbable d'une peau en béton armé. Et surtout parce qu'ils n'ont pas la patience de supporter mes craintes. A leurs yeux, je dois avoir une attitude de gamin inexpérimenté, ou de gay mal assumé. Bon, on respire et on essaie de répondre dans l'ordre.

- " Pour les toilettes, j'ai simplement pris l'habitude de m'asseoir sur ma dignité. "

Dignité étant le nom de mon postérieur, mais je pense que My love est suffisamment intelligente pour faire le lien. Intelligente et curieuse. J'aurais préféré qu'elle s'abstienne de commenter la fragilité du principe mâle par excellence, j'ai pas pu m'empêcher de rougir. J'ai même pas besoin de sentir la chaleur de mes joues pour le savoir : je rougis dès que quelque chose m'embarrasse. Ce qui arrive assez souvent. En général ça passe inaperçu parce que je suis grande gueule mais là je crois pas que ce soit tombé sous l'œil d'un aveugle. Je suis en train de me ridiculiser. Ma nature de clown prend le dessus, il ne me manque que la bille rouge, les habits bariolés, ainsi que le sourire et les chaussures, taille XXL of course. Mon nom est Auguste. Charles-Auguste. Et j'ai des pieds de kangourou. Je devrais pas trop me prendre au jeu, je suis à deux doigts (de pieds) de prendre une posture de dindon. Mieux vaut encore parler de mes amours. Sans pleurnicher de préférence.

- "J'ai été amoureux, mais c'était avant ça. Quant aux copains que j'ai eu depuis, ils n'aimaient pas être obligés de me menotter. Moi non plus d'ailleurs mais je suis bien obligé d'être passif avec des griffes pareilles."


Ceci était une démonstration brillante de la façon dont il convient de taire les détails d'un échec amoureux. Ou devrais-je dire d'un râteau à retardement. J'ai pas envie de raconter l'état dans lequel je me suis mis à l'époque, c'est juste trop... je sais pas. J'ai pas envie qu'on sache à quel point cette histoire a pu me mettre minable. Je me suis même pas rendu compte pour mes ongles tellement j'avais mal. Et j'ai beau savoir qu'il n'y avait pas que mes peines de cœur en jeu, tout ça me reste en travers de la gorge. C'est bête quand même, de continuer à ruminer au bout de deux ans mais j'ai du mal à faire une croix sur tout ça. Même si ça m'empêche de vivre le présent. A propos de présent, je suis pas près de retrouver mon teint de croque-mort : je viens de réaliser que j'ai donné à une inconnue des détails assez précis sur ma vie sexuelle. Faut que je pense à autre chose sinon je vais prendre feu.

- " Tu sais que ça t'regarde pas au fait ? Pour la peine tu vas me raconter toutes tes histoires d'amour, comme ça on sera quittes. "


Elle va sans doute pas apprécier mais faut biens que je me défende un peu. Et puis, savoir ce qui a pu la pousser à mépriser le désir physique m'intéresse un peu. Si elle avait eu affaire à un rustre, elle se serait pas laissée faire vu son caractère. Donc, son attitude est un mystère complet. Et risque fort de le rester, parce que si elle ne veut pas parler je serais dans de belles difficultés pour comprendre quand même. La lecture de pensées fait pas partie de mon CV, et comme c'est une question personnelle... Tss, c'est pas parce que je suis un garçon serviable et naïf qu'elle va m'imiter et répondre la vérité.

Mince, je me rend compte. J'aurais pu mentir. J'suis vraiment trop bête.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Mer 9 Mar - 22:22

Super ! Morgan était partant pour commander japonais. Il me passa son portable.
*Tiens, il est passé où le mien ? Ah oui, c’est vrai, les flics me l’ont confisqué !*
Comme on était sorti du poste sans permission, je n’ai pas pu le reprendre. Mais au fait ! Ils n’avaient pas supprimé celui de Lotus, bah ça alors ! Il aurait pu le dire plus tôt, dans la cellule par exemple. A plusieurs reprises je posais mes yeux sur le portable puis sur le visage du jeune homme. Je fronçais les sourcils d’un air réprobateur. Abusé quand même ! Il avait de la chance de m’avoir invitée à dormir chez lui après nous avoir libérés, sinon je lui aurais fait un scandale.


- Bah bravo ! Dis-je en prenant le téléphone.
- Tu veux manger quoi ? Moi je prendrais des makis aux yeux de saumon, j’adooooore l’algue qu’il y a autour, c’est trop bon. T’aime ça toi aussi ? Tiens, je prendrais aussi une salade d’algues, des makis à l’avocat et au saumon épicé, des yakitoris et du riz au poulet. Et toi, tu veux quoi ? Y’a un truc qu’est super bon, ce sont les anguilles grillées avec du riz vinaigré. Tu connais ? J’en prendrais bien aussi mais ça va faire trop, non ? Remarque, s’il en reste, ça fera de repas de demain midi.

Je n’attendis pas que Morgan m’annonce ce qu’il voulait, je composais le numéro du restaurant japonais. Je passais commande de tout ce que j’avais énuméré. Comme ça il avait le temps de réfléchir à ce qu’il voulait manger : dix secondes au moins.

- Pas bête ! Avais-je observé après qu’il m’ait indiquée qu’il s’asseyait sur sa dignité.

Jolie expression en y pensant. D’ailleurs pourquoi les garçons faisaient pipi debout ? C’était pratique dans les champs, mais dans des toilettes à cuvette, ce n’était pas le mieux. Pour ne pas faire trop de dégâts, les hommes avaient intérêt à viser juste. Pour un peu qu’ils aient des problèmes de vue ou de précision, c’était pas fun de passer derrière. Je souris en voyant Morgan rougir. J’avais du touché un sujet sensible (dans tous les sens du terme). C’était amusant de voir un garçon rougir. En général, ce genre de réaction était plutôtt réservée aux filles, non ? En tout cas, je trouvais ça charmant.

J’écoutais les réponses sur ses amours. Il rougissait toujours mais ça ne l’empêchait pas de me donner quelques détails ; détails qui ne m’échappèrent pas. Il était vrai que ça ne me regardait pas mais, dommage pour lui, ça m’intéressait. Il avait été amoureux mais apparemment ça s’était mal terminé. Pourquoi certaines têtes bien pensantes disaient que l’amour était ce qu’il y avait de plus beau dans la vie ? Encore un truc pour endormir les gens ça ! Tous ceux que je connaissais n’avaient eu que des déboires. Et plus l’histoire durait et plus c’était douloureux. J’étais bien contente de n’être jamais tombée raide dingue d’un garçon.

Morgan voulait que je lui raconte toutes mes histoires. Ca ne me dérangeait pas car j’avais l’impression que je pouvais lui faire confiance, mais finalement, il n’y avait pas grand-chose à dire. J’avais eu quelques copains, mais pas tant que ça. La plus belle histoire que j’avais vécue avec un garçon avait durée super longtemps : trois mois. Ce n’était rien quatre mois dans une vie mais pour moi c’était beaucoup, beaucoup trop. Un véritable exploit ! Je n’avais pas l’intention d’avoir le coup de foudre, d’ailleurs je n’y croyais pas, ou de m’emballer pour un type au point de vouloir vivre avec lui ou de devenir sa femme. J’étais jeune, j’avais l’avenir devant moi. Je voulais profiter de la vie et m’amuser à fond.


- Ok ! Bah j’ai eu des copains mais sans plus, y’a rien à dire en fait. Je suis sortie avec Jason pendant quatre mois, j’étais bien avec lui les deux premiers mois, il était sympa… Après il m’a saoulé. Mais bon, on est resté amis. Tu me croiras ou pas, on s’entend mieux maintenant qu’on n’est plus ensemble. Non mais t’avoueras, c’est dingue ça, non ?

Des petits copains, c’était vite dit, des flirts d’un soir ou deux, rien de sérieux. C’était juste pour délirer ou parce que j'avais trop bu et pour avoir quelques câlins. Assez parlé de moi, en plus j’avais des précisions à demander à Morgan. Des choses indiscrètes mais c’était tout l’intérêt. Les mystères de l’homosexualité m’intriguaient et je voulais être certaine d’avoir compris.

- Mais attends…. D’après ce que t’as dit, t’aimes être menotté toi ? ... Et, si j’ai bien compris, c’est toi qui fait la fille alors. C’est ça être passif ?

C’était vraiment très indiscret mais je n’avais pas pu m’empêcher de le questionner. Après il n’était pas obligé de répondre, je n’allais pas le forcer, mais j’aimerais bien savoir. Je décidais quand même de passer à un sujet moins personnel, je n’avais pas envie de voir Morgan rougir jusqu’à éclater comme une tomate trop mûre.

- Remarque avec des scalpels à la place des ongles, je comprends que tu ne puisses pas faire autre chose. Faut vraiment que je me renseigne là-dessus, ça te sauverait la vie n’est-ce pas ? Au fait ! Tu sais qu’il y a plein de pens comme toi, qui ont une drôle de capacité ? C’est dû à un gène mutant. Mais personne n’en parle, ça doit rester secret. Sinon, on risque d’avoir de gros problèmes.

Je m’étais consciemment incluse dans le « on ». Allait-il capter la subtilité ? J’étais bien placée pour savoir qu’il était dangereux d’user de sa capacité n’importe où. Ayant vu Morgan utilisé ses ongles sans trop se méfier, j’avais envie de l’informer de la dangerosité d’agir à découvert. Heureusement qu’il était tombé sur moi ! !
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Sam 12 Mar - 19:04

C'est clair. Elle m'en veut. Je m'y attendais un peu, et ça peut se comprendre. Elle s'est quand même fait confisquer son portable, et moi je sors tranquillement le mien, que j'avais depuis le début sans être inquiété le moins du monde. En plus, elle va avoir un mal de chien à le récupérer vu qu'on s'est plus ou moins évadés. Moi j'aurais pas de problème vu qu'ils avaient pas mon nom, donc au pire je peux toujours prétendre à un type qui me ressemble et nier du début à la fin. Non sans me montrer un minimum admiratif envers moi-même, parce que je ne vais pas cesser de cautionner mon propre comportement sous prétexte que mes excentricités pourraient servir de pièces à convictions. D'ailleurs, je suis certain que la police aura moins de mal à croire en l'existence d'un deuxième énergumène qu'en la probabilité que je me sois assagi. Peut être que je les surestime, mais bon ils me connaissent depuis un moment déjà.

Par contre, My love ne me connait visiblement pas assez pour savoir que je n'aime pas qu'on me demande un truc en sachant que je ne pourrais pas répondre. Exemple, les gens qui me demandent ou se trouve une personne que je ne connais pas et n'ai jamais fréquentée. Je n'ai peut être pas dit qu'il ne m'étais jamais arrivé de manger italien mais ça tombe sous le sens non ? Je suis un simple étudiant, j'ai pas vraiment les moyens de me payer de la nourriture exotique. Remarque, elle m'a seulement demandé si je connaissait la plupart des trucs, donc il me suffit de lui signifier que non et j'ai la paix. Bingo : elle passe déjà commande. Ce qui nous fait déjà un problème de réglé. Place à la conversation de première importance que nous avions commencée concernant nos vies amoureuses respectives.

D'après ce qu'elle me dit, je crois pas qu'elle soit jamais tombée amoureuse. Ceci explique cela, mais en même temps c'est assez surprenant qu'elle n'ai jamais suivi de relation longue. Parce que si elle n'aime pas qu'on s'intéresse juste à son physique, elle ne devrait pas se contenter de simples aventures. Je sais pas trop quoi en penser. Elle se comporte un peu comme les adolescents qui veulent se prouver qu'ils n'ont pas peur de l'amour mais craignent tellement de souffrir qu'ils se mettent en couple avec des gens pour lesquels ils n'ont aucun sentiment, juste une attirance physique. Certes, les adultes aussi se conduisent souvent comme ça, mais en général on finit tous par vivre une histoire d'amour à un moment ou un autre, c'est obligé. Là je dois revoir toutes mes théories. À moins qu'elle soit plus jeune que je ne le pensais. Elle m'a pas dit son âge après tout.

Ouais, elle doit être plus jeune. Elle me poserais pas autant de questions autrement. La seule que je me pose étant : comment je vais me sortir de ce guêpier ? J'ai vraiment pas envie de lui faire un cours sur l'homosexualité, mais elle me laisse pas trop le choix. Déjà, elle a pris le contrepied de ce que j'ai dit et croit que j'aime me faire menotter, mais en plus elle a utilisé une expression que je déteste. Que je hais. Que j'abhorre. Faire la fille. C'est une image stéréotypée et complètement à côté de la plaque. D'abord parce qu'il n'y a pas toujours de féminité dans une relation actif/passif et ensuite parce que ça sous-entend que les filles sont forcément passives. Ce qui est complètement faux dans certains cas. Même moi je le sais, c'est dire.

Sauf que j'ai pas le temps d'entamer l'homosexualité, chapitre 1, parce qu'elle et déjà repartie sur un autre sujet. À ce train-là on est partis pour parler jusqu'à demain matin, mais bon je vais pas me plaindre puisqu'elle a abordé le bon sujet. Mes ongles. Elle a compris le problème, apparemment. Seul bémol : elle m'a tout l'air décidée à appeler sa horde de médecins pour me sauver la vie. Je crois qu'elle aime beaucoup cette expression d'ailleurs. Je serais sûrement en train de flipper doucement si elle n'avait pas ajouté quelques précisions. Il y a d'autres gens qui ont des problèmes de ce genre, information A. De tels problèmes sont dus à une mutation génétique, information B. Je le savais que j'avais des gènes bizarres, faut surtout pas que j'aie des enfants. Parler de ce sujet peut entraîner des conséquences graves, information C. Heu... C'est de la partie génétique du problème qu'il faut pas parler ou du problème en lui même ? Remarque dans le doute vaut sans doute mieux parler de rien. C'est déjà ce que je fais en fait : éviter d'attirer l'attention de gens qui pourraient être un peu trop intéressés par la phénomène. Mais s'il y a d'autres gens concernés, dois-je en conclure qu'ils sont nombreux? Oui, sans doute sinon on ne serait pas si facilement au courant. Rhaa, j'ai trop de questions, je vais pas m'en sortir.

- "Déjà, qu'est-ce que tu veux dire par capacité? Ensuite... j' suis pas sûr d'avoir envie de rencontrer ton équipe de médecin. J'aime pas trop être examiné, et d'ailleurs j'aime pas être menotté. J'ai besoin d'être libre de mes mouvements sinon je m'énerve."

Ça fait du bien de rétablir la vérité. J'suis un animal sauvage, je supporte pas la laisse, et je mord si on essaie de m'attacher. D'où les ruptures successives qui ont achevé chacune de mes tentatives pour me mettre en couple. Parce que, que je le veuille ou non, si je bouge je blesse. Mais si je bouge pas je décroche et c'est pas agréable, ni pour moi ni pour mon partenaire. Maintenant qu'elle n'ignore plus rien de mes problèmes courants, revenons à ce qu'elle m'a dit. Un gène mutant, ça me fait penser à un genre de cancer. Si on change le code ADN, on peut obtenir tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi en fait, parce qu'il est impossible de modifier le code comme on le voudrais. Donc, si un gène mute, il y a de grandes chances pour que le code ne veuille plus rien dire de sensé et donc produise des cellules non-viables. D'où les cancers, mais ceux-ci sont dus à un phénomène extérieur et engendrent des dysfonctionnement mortels. Or, elle a parlé de capacités. Donc, les modifications opérées dans l'ADN donnent lieu à quelque chose de construit, d'efficace. Ou pas, parce que si on considère mes ongles comme quelque chose d'efficace on n'a pas le fessier sorti des ronces. Bref, si j'exclus l'hypothèse d'une cause extérieure incontrôlable y'a que deux explications possibles. Ou bien ce serait une mutation naturelle, évolutive, et résultant d'une nécessité, donc quelque chose d'utile permettant de survivre plus facilement, ou bien ce serait un genre de maladie imprévisible développée par un parasite, qui modifierait alors l'ADN de façon à survivre dans le corps humain plus aisément. Si sa seule présence entraînait les modifications, celles-ci pourraient être fatales, donc le parasite doit nécessairement modifier le code d'une façon réfléchie...

Euh, je préfère la première option en fait. Sinon je vais en arriver à l'hypothèse d'une intelligence presque aussi évoluée que la nôtre, puis à celle d'une population extraterrestre et au final je vais délirer au lieu de poser les bonnes questions. Va pour l'évolution alors. Même si je peine à croire que Dame Nature a voulu que ses enfants puissent se raser sans électricité. Sérieusement, ce truc n'a rien à voir avec de la survie ! Au contraire, ça me met en danger d'auto-tranchage de gorge, alors pour le côté pratique on repassera. Remarque, elle a parlé de capacité donc ça doit être un avantage pour certains. Dans ce cas là, ça voudrais dire que Dame Nature se prend pour un savant fou et fait des tests. Et après moi le déluge, ne survivront que ceux pour lesquels l'expérience s'avèrera concluante. En un sens, c'est sûr que c'est le meilleur moyen. Comme ça il y a de tout, et on sait ce qui marche. N'empêche que du coup je me sens un peu comme une pièce de rebut. Un échec quoi. Naturellement parlant, j'suis pas viable. J'ai un coup de blues tout d'un coup.

- " Franchement j'ai la poisse. J'ai déjà du mal à survivre à mon environnement en tant qu'humain et faut qu'en plus j'écope de la combinaison biochimique pas viable parmi les milliers qui doivent exister. Dame Nature veut vraiment pas que j'me reproduise, faut croire. Une savante folle avec des fleurs à la place des cheveux a décidé que ça valait pas le coup de jouer avec moi, donc j'suis évincé. J'crois que j'aurais préféré pas le savoir tant qu'à faire."

C'est pas sympa pour My love, mais là je me sens vraiment mal. L'humanité existe depuis des millénaires, je suis de la dernière génération. Mais y'a trop de monde, et je fais partie des surnuméraires. Je sais pas quel proportion de la population va crever, tout ce que je sais c'est que les rouages du cycle de la vie se bloquent juste pour moi. Pas pour d'autres. Et j'ai même pas envie de me demander pourquoi moi parce que je m'en tape. C'est juste une statistique. Une partie, peut être importante, peut être moindre de l'humanité va disparaître d'ici une, deux ou trois générations. Et ça sera normal. Au fond, j'suis sûr qu'un jour y'a eu des animaux avec un pelage coloré super joli, genre rouge vif, bleu profond ou même vert. Mais tous les animaux qui étaient comme ça se sont fait bouffer, et ne sont restés que ceux dont le pelage était plus discret. C'est pour ça que j'avais aucune chance d'avoir les cheveux violets. Et dans trente ans, il ne viendra à l'idée de personne qu'un être humain ait pu avoir des ongles aussi solides que le miens. C'est pas logique. Au mieux, je serais une anecdote, de celles dont on n'est pas sûr qu'elles soient vraies mais qui font bien rire les amis au moment des fêtes.

C'est pas sympa pour My love, mais j'arrive pas à me calmer. J'suis là, assis, sans doute en train de pâlir à vue d'œil. Je suis même pas en colère, ça servirait à rien. Juste écœuré. La dure loi de la nature, Darwin, la théorie de l'évolution. Des trucs qui vous font bien marrer quand ça concerne les girafes ou les loups. Mais personne pense aux singes maladroits, qui ont pas eu de descendance et qui auraient pu être nos ancêtres. Nan ça on y pense pas. On préfère se dire que toute une race de singes s'est subitement dressée sur ses pattes arrières et s'est rendu compte que c'était vachement plus pratique. Sauf qu'en vrai, c'est des singes d'un peu toutes les races qui se sont levés. Pour s'enfuir. Pour aller plus vite et avoir une chance de se mettre hors de portée des prédateurs pendant que le reste de la famille se faisait dévorer. Et après ça, on sait pas trop comment mais y'a une race qui a réussi à survivre mieux que les autres, sans doute qu'en plus d'être agiles les membres de la tribu devaient être plus discrets. Et voilà l'Histoire. Celle que j'étudie. Celle dont je vais me faire rayer dans deux, quatre ou quatre-vingt ans. C'est pas important de toutes façons puisque je vais mourir. Je serais le premier et le dernier spécimen d'Edward aux Mains d'Argent.

Ou pas.

- " Tu veux toujours un gamin de moi ? "

Je devrais pas dire ça. Je devrais pas accepter de prendre le risque de la blesser. Je devrais pas penser d'une façon aussi égoïste et amère. Mais là, les beaux sentiments de noblesse je m'en fiche. De toutes façons, je dois rien à cette fille. Je l'ai tirée de prison, je l'ai invitée chez moi, et elle me paye le repas. On est quittes pour le moment. J'aimerais bien penser que c'est elle qui me dois quelque chose mais j'ai jamais réussi à être d'aussi mauvaise foi. Elle me doit rien. Elle a aucune raison d'accepter, si ce n'est sa propre volonté d'avoir un enfant. Et je crois qu'elle acceptera, si je lui ai pas fait trop peur. Si mon ton n'exprimait pas trop le reproche aussi, quand je lui ai parlé de ma poisse. C'est vrai que j'aurais préféré ne pas savoir, mais je n'ai pas à lui reprocher de m'avoir dit ça. Gare au porteur de mauvaise nouvelle. C'en serait comique si ce n'était pas affligeant. Je suis en train de projeter de blesser une jeune fille qui ne m'a rien fait et n'a peut être pas mon âge juste pour procréer. Je me fais pitié. Mais j'ai toujours cette angoisse en pensant à l'avenir. Je pensais pas croire encore en la justice, pourtant je ne peux pas m'empêcher de me plaindre. Parce que j'ai pas demandé à avoir des ****** de couteaux de cuisine au bout des doigts. Parce que je crois pas avoir été si odieux que ça dans mes vies antérieures et que de toutes façons je crois pas au karma. Parce que me*de, j'ai vraiment pas envie de mourir sans rien laisser derrière moi. Et parce que personne n'agira à ma place.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Sam 19 Mar - 0:37

Morgan n’avait pas dit ce qu’il voulait manger. Peu m’importait, j’avais commandé ce que j’aimais en grande quantité. Il y aurait bien quelque chose qui lui plairait. S’il n’aimait rien, il pourrait toujours manger du riz. Tout le monde aimait le riz. Après avoir raccroché, je lui rendais le portable en feignant une moue de reproche car je ne lui en voulais pas vraiment. Le sujet des petits copains étaient passé et je lui étais reconnaissant de ne pas être plus curieux. Je n’avais pas envie de rentrer dans les détails. En plus, comme il l’avait dit pour lui, ça ne le regardait pas.

Visiblement, Lotus n’étais pas au courant des mutations génétiques. Je lui apprenais quelque chose. C’était étonnant de la part d’un garçon concerné par cette cause. N’avait-il jamais essayé de comprendre pourquoi il avait des ongles aussi robustes et tranchants que les siens ? C’était un handicap quand même ! Il aurait pu s’informer sur cet étrange phénomène qui lui pourrissait la vie. Je m’empressais de répondre à sa question, toute excitée à l’idée de lui venir en aide, même s’il je n’avais aucune assurance quant à la résolution de son problème.


- Une capacité ? Un don quoi ! précisais-je comme une évidence avant de réaliser que ce n’était pas vraiment un avantage pour lui.

Lui, tranquille, il s’en accommodait. La preuve, il n’avait pas spécialement envie que des médecins se penche sur son cas. Moi, à sa place, j’aurais pété un câble.

Je ne forçais jamais personne sauf quand ça m’arrangeait. Là je n’avais rien de spécial à en tirer. Si ça avait été le contraire, je n’aurais pas pu le forcer mais je me serais montrée insistante et j’aurais tout essayé pour le convaincre. Je n’allais quand même pas le prier, ce n’était pas mon problème après tout. De plus, ça m’évitait de devoir le surveiller comme un petit chien afin que la folle de Reynolds mette le grappin dessus. Cette femme était très forte dans son domaine mais quand elle était face à un problème, elle ne lâchait pas le morceau. Devant le cas si particulier de Morgan, elle aurait sans doute fort à faire avant de trouver ; cela laissait à supposer que ça durerait des lustres. Moi, je n’avais pas que ça à faire et je ne voulais pas que Lotus soit retenu prisonnier si longtemps. Avec qui j’irais délirer s’il n’était pas libre de ses mouvements ? Chez qui j’irais dormir s’il n’était pas chez lui et que je ne voulais pas rentrer chez moi ?


- C’est clair, je comprends que t’es pas envie qu’on t’examine, mais ça serait bien si t’arrivais à contrôler cette capacité, non ? Mais bon, si t’as pas envie, j’vais pas te forcer… pas pour ça…

Il n’aimait pas être attaché sinon il s’énervait. J’voudrais bien voir ça, car je n’imaginais pas Lotus piquer une crise. Il avait l’air si calme, si gentil, trop chou quoi. Son petit air triste le rendait encore plus adorable, un vrai chou à la crème. Au fait, qu’est qui le chagrinait ? Il n’avait pas pu commander ce dont il avait envie ? Non, ce devait être le moindre de ses soucis. Peut-être se remettait-il en question mais encore fallait-il qu’il change son fusil d’épaule et accepte d’être un sujet d’étude. Devenir un rat de laboratoire n’était vraiment pas ce à quoi pouvait aspirer un jeune homme tel que Morgan. N’importe quel individu d’ailleurs, à moins d’être complètement maso. Et là, j’imaginais la folle de Reynolds arrachant les ongles de Morgan avec des tenailles. Elle en serait bien capable si elle ne trouvait pas le gène responsable. Alors, finalement, c’était pas plus mal qu’il refuse de rencontrer les scientifiques de Genetic.

- T’as raison, c’est pas une bonne idée ! Avais-je conclu avec certitude.

- Mais nnnnon, t’as pas la poisse. Ajoutais-je sans grande conviction.

Ma capacité était bien plus utile et surtout beaucoup plus amusante même si je ne la maîtrisais pas très bien. Mais bon, la sienne nous avait permis de s’évader, c’était pas complètement négatif. Cependant, Lotus semblait abattu par ce que je venais de lui apprendre. Il se sentait évincé et terriblement déçu. Je ne comprenais que trop ce sentiment de rejet. Ce n’était pas pour les mêmes raisons, mais le résultat était le même. Sa détresse me toucha.

Serait-ce l’effet Lotus n°7 ? Décidément, il m’en faisait des effets ce garçon !

Morgan pâlissait à vue d’œil. Il avait l’air de plus en plus mal et moi ça me faisait quelque chose. J’avais mal pour lui… J’éprouvais un sentiment inconnu : la compassion. Ca me faisait tout bizarre et je ne savais pas trop quoi faire. J’étais embêtée, mal à l’aise. J’étais tiraillé entre l’envie de prendre les jambes à mon cou et celle de lui faire un gros câlin pour le réconforter. Je ne fis rien. Je l’observais bêtement. Mes yeux qui trahissaient mon trouble s’écarquillèrent à la question de Morgan. Bah ça alors ! Je ne m’y attendais pas à celle là. Je m’étais donnée vingt quatre heures pour remettre le sujet sur le tapis et c’était Lotus qui le relançait. Je n’en croyais pas mes oreilles. Il me fallut quelques secondes avant de pouvoir sortir un mot de mes lèvres entrouvertes.


- … Euuh… Bah oui… Pourquoi ?... Demandais-je très hésitante.

J'essayais de savoir s’il ne se fichait pas de moi. J’essayais de comprendre ce qui l’avait fait changer d’avis. Il était gay à 100 % et malgré mes arguments, il avait refusé catégoriquement. Et là, d’un coup, il me proposait un enfant. Non non, je devais me tromper. Je n’avais rien fait qui puisse le faire changer d’avis. Aucune catastrophe n’était venue changer le cours des événements au point de vouloir, à n’importe quel prix, sauver la race humaine. Mais oui bien sûr ! Je me trompais. Il voulait simplement avoir la confirmation de mon désir. Il n’avait absolument pas dit qu’il voulait me faire un enfant.


- T’as pas changé d’avis… Dis-je en souhaitant le contraire sans trop y croire.

Un peu quand même. Si Lotus avait vraiment changé d’avis, alors là, ce serait l’extase. Je serais la plus heureuse des filles, je sauterais partout comme une puce et je me pincerais pour être certaine de ne pas rêver. Ce serait trop trop troooooooooooooop génial.

*Calme toi MJ, calme toi*
Une lueur d’espoir et d’impatience éclairait mon regard rivé sur le jeune homme,. C'était comme si je m’apprêtais à découvrir le trésor recherché depuis très longtemps sans trop vouloir y croire de peur d'être déçue.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Sam 2 Avr - 13:02

Capacité, don. Du pareil au même, elle ne pourrait pas expliquer les choses autrement que par synonyme ? Parce que là, j'ai beau chercher, le côté concret du méli-mélo me nargue joyeusement de loin. Capacité, don. Un genre de marque divine, permettant de reconnaître les Élus du Seigneur. Je ne deviens pas mystique, j'essaie juste d'imager un peu les choses histoire de m'y retrouver. De toutes façons la sainteté ne m'aide pas à décoder ces simples mots. Capacité, don. Un don de la nature, certains enfants naissent avec des prédispositions paraît-il. Ils sont plus capables que d'autres. Mais c'est surtout par rapport à l'intelligence qu'on parle de ça et là c'est pas tout à fait le même registre. Capacité, don. Un cadeau, quelque chose qui est offert. Certains cadeaux sont empoisonnés, mais on ne peut pas les refuser pour autant. Un présent de Dame Nature à ses enfants. Tsst, si Dame Nature était notre mère à tous, elle devrait être jugée pour maltraitance.

Capacité, don. Qu'est-ce que j'en ai à faire d'être supposément libre si je risque le self-homicide ? J'ai toujours pas envie de voir un médecin, ça n'a pas changé. En plus, My love dit que ça ne serait pas une bonne idée, donc vu son insouciance habituelle elle doit avoir entrevu un risque assez volumineux, genre éléphant rose, pour renoncer à une de ses idées. Remarque j'en sais rien, je la connais pas vraiment même si j'ai l'impression d'avoir toujours eu affaire à elle. Elle a pas confiance en son équipe de docs, j'ai pas confiance non plus. C'est aussi simple que ça. Mais en fait, je crois que je m'en fiche. C'est grave, sans doute. Oui, ne pas parvenir à défendre sa liberté de façon motivée, c'est grave. "C'est une preuve de médiocrité que d'être incapable d'enthousiasme" d'après Balzac. Je suis médiocre, et ça ne me fait rien.

Poisse.

Elle a beau dire le contraire, je peux difficilement faire abstraction de ce ressenti. La malchance ne se voit pas, ne s'entend pas, ne se respire pas non plus. Elle se ressent dans les veines comme un poison lent remontant insidieusement, sans se presser jusqu'au cœur qu'il fera cesser de battre. Elle étouffe de son poids immatériel, à la fois imperceptible et insupportable, aussi léger que le vide et aussi lourd qu'un tank. Elle n'a pas d'odeur, mais elle coupe le souffle, comme s'il fallait tout d'un coup se forcer à respirer. Le malchance ne dit rien, elle accompagne silencieusement ceux qu'elle aime. Sa présence est la marque de l'affection destructrice que nous portent nos ancêtres.

Poisse.

Je n'ai jamais eu particulièrement envie de procréer. Je me suis toujours dit que si un jour j'avais vraiment envie d'être père je me débrouillerais. À ce jour, je n'ai toujours pas ressenti le besoin vital de transmettre à un pauvre enfant innocent la moitié de mes défauts. La Nature ne souhaite pas que mes gènes survivent. J'ai jamais aimé obéir. Je sais pas si c'est une raison pour faire un enfant à une jeune fille que je connais à peine, mais je sais que je pourrai difficilement me rétracter maintenant. J'ai l'impression de lui avoir annoncé que le père noël existait, et qu'il allait passer d'ici une minute. Sauf que c'est plutôt la cigogne que je lui propose.

Est-ce que je veux un enfant ? Un fils ou une fille ? Est-ce que je veux de quelqu'un dans ce monde qui soit presque moi, et en même temps complètement différent ? Est-ce que je veux être père ?

Le principe, ce serait de répondre oui. Dans un souffle, comme ça, comme quelque chose qu'on veut simplement avoir le courage d'exprimer. Il suffit d'inspirer un grand coup, et de laisser un seul mot résonner. C'est simple, mais j'y arrive pas. Est-ce que je veux être père ? Cette question que je ne devrais pas me poser me dérange, j'ai l'impression de faire un caprice. Pourtant, je sais ce que je veux, mais je n'arrive pas à formuler de réponse qui convienne à la question. Ou plutôt je n'ose pas.

Parce que je sais qu'en fait je ne veux pas. Je ne le refuserais pas, mais je ne le souhaite pas pour autant. Je veux simplement gagner une bataille, une seule, contre ce qui me semble être une sorte de fatalité.

- " Je sais pas. "

J'ose pas la regarder dans les yeux. Je fais un drôle de futur père, comme ça. Je fais un piètre maître de maison aussi, à faire espérer mon invitée sans parvenir à me décider. Bon, j'arrête de regarder mes mains c'est vraiment pathétique. Elle a encore les yeux grand ouverts, l'étonnement qui lui est resté sans doute. Capacité, don. Tout lui est tellement évident, à elle. Comme s'il était possible de tout maîtriser si on se débrouillait bien. Comme si moi je pouvais avoir le moindre contrôle sur mes griffes. Peut-être qu'avec un médicament bizarre j'arriverais à les rétracter. Nan, le corps humain est pas adapté à ça, ça ferait trop mal. Je voudrais juste qu'ils redeviennent normaux, c'est tout. Ou qu'il arrêtent de pousser et qu'ils restent courts, ça serait aussi bien. Je pourrais à nouveau jouer de la guitare.

Je me lève. Si je reste assis je vais recommencer à attirer les nuages - façon de penser bien sûr. Et puis comme ça My love me prendra plus au sérieux, même si je sais pas encore exactement quoi lui dire. J'essaie de la regarder dans les yeux. C'est une jolie fille, et ça me paraît évident maintenant qu'elle est jeune. Peut être qu'elle a à peine la majorité. Peut être qu'elle ne l'a pas. Peut être que je vais être criminel si je lui donne ce qu'elle demande. C'est drôle, j'étais certain qu'elle avait pile mon âge y'a pas 20 minutes et maintenant je saurais pas lui en donner un sans marge d'erreur d'au moins 7 ans. Je suis en train de me mettre dans le pétrin.

Pas grave, j'ai l'habitude.

- " Je crois que je veux bien essayer, et que je veux bien t'aider à t'occuper de notre enfant si ça marche."


Autant assumer jusqu'au bout maintenant. Et surtout ne pas me prendre la tête. Rien de tout ça n'a d'importance, et puis je vais toujours au bout de mes actes. Même si je sais pas trop comment elle envisage le problème ni comment je vais me débrouiller. Bah, il me suffit de la laisser s'occuper de tout. Rien à organiser, tout à gagner... j'suis plutôt chanceux en fait. Même si la question de mes griffes et de cette chère Nature me reste en travers de la gorge. Il aurait mieux valu qu'on n'en parle pas. En même temps je ne sais pas si j'aurais accepté si facilement sans ça.

C'est vrai que je me sens toujours aucune envie irrépressible de devenir père.

- " Je veux bien rencontrer tes médecins aussi, à moins que ça soit dangereux. Je pense pas que je pourrais contrôler quoi que ce soit mais si y'avait un moyen de désactiver le mode "lame de rasoir" ça m'arrangerait bien. "

J'essaie de lui sourire. J'ai arrêté de la regarder dans les yeux dès que j'ai abordé le thème "docteurs". Je suis debout, décidé, et je ne sais toujours pas quoi faire. Je mangerais bien mais la commande de My love n'est pas encore disponible, je ne sais même pas si elle a demandé une livraison ou un truc à aller chercher. Dans le deuxième cas j'espère que c'est pas trop loin. Dans tous les cas, ça veut dire que je ne peux pas me distraire en me mettant aux fourneaux.

J'ai rien d'autre à faire, alors je m'assois. C'est à elle de décider maintenant.

J'ai faim. C'est malin, tiens. Mon estomac est un traître, c'est vraiment pas le moment.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Mar 5 Avr - 19:36

Je n’avais pas été très convaincante car Morgan était toujours tourmenté. Ca me faisait quelque chose de le voir ainsi se triturer les méninges. J’étais mal à l’aise et je ne savais plus quoi dire. J’avais mis, sans le vouloir, le doigt sur une blessure et malgré ma volonté, je ne pouvais pas le retirer. Je n’avais pas l’expérience nécessaire pour rattraper mon erreur et lui faire oublier sa détresse. En fait, je n’avais commis aucune erreur, je lui avais simplement dit qu’il avait une capacité. Morgan prenait très mal cette nouvelle. Je n’arrivais pas à comprendre comment il avait passé toutes ses années à accepter cette particularité sans se poser de questions. Je restais face à lui, à le regarder naïvement, essayant vainement de trouver des arguments réconfortants.

Je n’étais pas du genre à lâcher prise tant que je n’avais pas ce que je voulais, mais le désarroi du jeune homme, d’une intensité telle qu’aucun comédien ne pouvait feindre, me désarmait. Sa réponse plus qu’évasive acheva de me déstabiliser. Je n’étais plus aussi déterminée à vouloir un enfant de lui. Pourquoi m’étais-je mis cette idée en tête ? Parce qu’il m’avait dit qu’il était gay et que je voulais relever un défi ? Peut-être… ou peut-être pas. Il n’avait pas laissé de place à une quelconque ambigüité. Malgré cela, je ne saurais pas expliquer pourquoi je me sentais attirée vers lui. Il fallait croire que j’avais l’esprit de contradiction ! En y réfléchissant, je ne l’avais rencontré que trois fois et les deux premières n’avaient pas été révélatrices.

Tout était différent maintenant. J’avais l’impression de le connaître depuis longtemps et de ne plus pouvoir me passer de sa compagnie. J’avais envie de faire plein de choses avec lui : de délirer, de m’amuser, de le taquiner, de le faire râler, de le chouchouter, de le câliner, de le partager des moments uniques. Alors, quoi de mieux qu’un enfant pour témoigner de cette rencontre improbable ? C’était comme un coup de foudre inexplicable, sauf que ce n’était pas de l’amour. Si ça se trouvait, ce n’était pas réciproque mais je ne préférais pas y penser. J’avais déjà bien assez à faire avec ma petite personne, sauf que, Lotus était là devant moi complètement déboussolé et moi avec. Il n’osait même plus me regarder, comme si je lui faisais peur. Il semblait encore plus vulnérable, plus touchant. Moi, je ne voulais pas qu’il me voit comme un petit monstre incapable de maîtriser ses envies bestiales. Je voulais juste qu’il me considère comme son amie, il était tellement gentil avec moi. Des amis, j’en avais très peu mais je n’hésiterais pas à les laisser tomber pour Morgan s’il le fallait.


- Pas grave si tu sais pas…

J’étais profondément déçue et ça se voyait. Cependant, i m’apparaissait évident que je ne pouvais pas lui imposer de me faire un enfant. Comment le pourrais-je d’ailleurs ? Je ne pouvais pas le contraindre et encore moins le violer ! Je n’avais plus qu’à faire une croix sur cette magnifique idée et trouver un garçon hétéro qui donnerait son accord sans hésiter. Ou alors, je ne demanderai rien et j’attendrai juste le bon moment. Après tout, les filles avaient l’avantage de pouvoir faire un enfant presque toute seule, je pourrai en profiter. Pourquoi me prenais-je autant la tête sur ce coup ? Ah oui, tout ça c’était de la faute à Lololito. Il me faisait tellement d’effets le bougre ! On en était à combien déjà ? 7. Maintenant on pouvait dire 8 car il avait réussi à me faire changer d’avis en très peu de temps. Me faire changer d’avis n’était déjà pas chose facile, mais le faire en un laps de temps si court, cela relevait de l’exploit. Ce serait à noter dans le livre des records.

C’était donc l’effet Lotus n°8, le grand huit en plus !


- Vertigineux à souhait comme les montagnes russes. Avec ses lentes montées rassurantes qui vous font profiter du paysage, cheveux au vent ; avec ses descentes à n’en plus finir qui laissent votre cœur accroché en haut de la montagne alors que vous avez déjà les fesses au niveau de la mer ; et avec ses arrêts au sommet qui vous font réfléchir. A ce moment là, certains font leur prière, d’autres cherchent pourquoi ils en sont arrivés là, d’autres encore pensent rêver ou cauchemarder… Bref, c’est là où l’on se demande qu’elle mouche nous a piqués pour s’être embarquer dans ce manège au lieu de rester tranquillement sur le plancher des vaches.

Rechercher de nouvelles sensations, ressentir le grand frisson, entendre son cœur battre à tout rompre pour s’assurer d’être vivant. -


La vie, je l’avais et je ne voulais pas la perdre. Mieux, je voulais la transmettre. Lotus n’était pas chaud. Si ? Siii ! Il venait de changer d’avis à son tour… Avais-je bien compris ? Au moment où je m’étais résignée, voilà qu’il était partant. C’était malin, c’était peut-être trop tard ? Maintenant c’est moi qui ne savais plus si je voulais vraiment. Je ne dissimulais pas mon étonnement et je me levais à mon tour. Je faisais face à Morgan et le scrutais du regard pour savoir si ne me menait pas en bateau. Oui ? Non ? Oh non, pas lui, pitié. Un garçon si sympa, si gentil, fallait pas. Il y avait quand même un truc qui clochait, jusqu’à présent je ne lui avais pas encore trouvé de défaut, c’était pas normal ça !

En parlant des médecins, Morgan avait cessé de me regarder. Je ne savais pas trop comment le prendre encore. Jouait-il la comédie ? Voulait-il me faire marcher ? Je finirai bien par le savoir. En attendant, je pouvais toujours lui répondre, ça me laisserait plus de temps pour le découvrir.


- C’est pas mes médecins d’abord ! Ce sont des chercheurs qui travaillent pour Genetic. Ils sont un peu dingues et ils sont capables de faire des expériences pas claires sur des humains rien que pour satisfaire leur curiosité. Mais bon, ils sont très forts parait-il et ils ne sont pas tous comme ça. Faut faire gaffe quand même ! Donc, si jamais je t’emmène là-bas, faudrait pas que je te lâche d’une semelle.

Tout ceci n’était pas très engageant et risquait de faire fuir Lotus. Mais bon, je ne voulais pas lui mentir. Il devait savoir ce qu’il risquait et prendre sa décision en connaissance de cause.

- Faudrait peut-être que je me renseigne d’abord pour savoir s’ils ont trouvé un truc qui pourrait te servir.

Le livreur venait de frapper à la porte et je m’empressais d’aller lui ouvrir. Il tombait bien celui là pour une fois ! Notre conversation commençait à devenir trop sérieuse et ça me perturbait. Je lui refilais le billet que j’avais sorti de ma poche en lui disant de garder la monnaie. Je posais le gros sac en kraft sur la table.

- Faut manger pendant que c’est chaud, sinon c’est dégueulasse. Tiens, ils nous on fait cadeau de quatre cannettes de bière japonaise ; c’est coool ça !

J’avais volontairement zappé le sujet de la procréation. Il fallait que je sois certaine qu’il était volontaire. Je n’avais pas envie d’être déçue une nouvelle fois. Je tournais la tête vers Morgan en lui adressant un petit sourire engageant.

- C’est quoi tes défauts au fait ? Demandais-je d’un air détaché alors que je cogitais à fond.
Ma question venait comme un cheveu sur la soupe mais je voulais savoir, tout de suite, pas dans dix ans.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Dim 10 Avr - 18:36

Genetic ? Euh ... Quézako ? Nan parce que là j'ai beau farfouiller dans les tiroirs bordéliques de ma mémoire je vois pas ce que c'est. Du tout. J'ai l'impression de m'enfoncer de plus en plus dans... je sais pas. Un jeu vidéo peut être ? Parce que c'est difficile de cumuler autant de mystères et de trucs improbables sans dépasser le territoire - restreint - de ce qui est possible. Certes, je franchis allègrement la frontière seul grâce à mes griffes. Soit. Mais jusqu'ici, hormis ce léger détail, je ne m'étais jamais vraiment éloigné des limites du probable. Or, là, on doit être à des kilomètres de ce jardin d'éden qu'est la réalité ordinaire.

Admettons, il s'agit d'une instance que je ne connais pas. Soit c'est une firme, soit c'est une institution publique. Dans les deux cas, les employés sont soigneusement sélectionnés dans l'asile psychiatrique le plus proche, mais suffisamment dociles pour que My love puisse à elle seule les tenir en respect. Dit comme ça ça fait un peu horde de chiens enragés. Chiens qui n'hésiteront pas à mordre si My love oublie de les surveiller attentivement durant mon séjour au sein de leur chenil.

Bonne nouvelle ? Je n'aurais peut être pas à leur rendre une visite de courtoisie. A moins qu'ils ne disposent d'un moyen précis de porter secours aux veines qui me restent, je resterai à distance de ces aimables individu. En revanche, s'ils disposent d'un truc pouvant d'une façon ou d'une autre résoudre le problème, je vais avoir droit à une promenade en laisse du côté de leurs laboratoires. Je sens que je vais apprécier.

En attendant, le brave toutou que je suis vient d'apprendre la meilleure nouvelle qui soit à court terme : c'est l'heure de la bouffe. J'ai pas la moindre idée de ce qui vient de m'arriver sous le nez , mais j'ai faim donc c'est pas grave. Un résidu de conscience humaine me pousse à poser mon regard vers les boissons. De la bière japonaise. Pour quatre personne. J'avais pas noté qu'elle avait commandé autant de trucs, ils ont du croire qu'on était une famille. En même temps elle a bien fait : c'est bon et j'ai faim.

Je dois malheureusement interrompre ma mastication intensive de nourriture non-identifiée car My love vient de me demander un truc pour le moins... inattendu. La liste de mes défauts. Sauf que si je m'y met sérieusement il va me falloir plusieurs chapitres pour en venir à bout, sans compter la partie refoulée par mon surmoi et celle refoulée par mon inconscient himself. Va falloir faire le tri. L'obstacle majeur étant que je n'ai jamais su ranger les choses efficacement, et qu'en prime je ne sais pas vraiment dans quel domaine me lancer en premier étant donné le peu de consignes dont je dispose.

Ah, peut être qu'elle demande ça à cause de notre futur enfant. Distrait par la nourriture j'avais un peu oublié ce pan de notre conversation, si on peut appeler conversation un projet applicable sur l'heure. Dans ce cas là, ça me facilite la vie. J'ai plus qu'à chercher du côté des tares génétiques qui peuvent se transmettre à Baby. Peut être aussi éventuellement du côté des obstacles à la parentalité. Ce qui me paraît dingue c'est qu'elle se le demande maintenant. Genre après avoir décidé que je serai le père quoi. Pourtant il me semble avoir déjà essayé de la dissuader avec mes défauts potentiels. Totalement inventés, certes, mais j'étais dans le domaine de l'hypothétique.

- " Tous. Enfin tous ceux que tu peux me supposer en tous cas. "

Je suis de mauvaise foi, mais seigneur ce que ça fait du bien de mentir. C'est même pas par méchanceté que je fais ça, j'aime bien cette fille après tout, mais je la connais pas et j'en ai un peu ras la casquette de lui raconter ma vie. Je me suis habitué à la vie avec cicatrices, à des cheveux incoiffables, et à faire bonne figure quand je vois l'homme de ma vie. L'ex-homme de ma vie. Bref, je me suis adapté à un tas de trucs et de problèmes que mademoiselle future maman ne risque pas résoudre d'un coup de baguette magique. J'ai pas besoin d'elle.

J'ai pas besoin d'un enfant non plus. C'est pas que ça me dérange, mais si y'a un truc dont je pense pouvoir me passer encore un bon quart de siècle c'est bien la parentalité. J'ai rien contre, et je lui ferai son gamin si elle le veut toujours, mais je vais pas me soumettre à ses caprices de gamine pour autant. Na. Ce sont des résolutions légitimes en plus.

- " Tu sais qu'on arrivera jamais à finir tout ce que t'as commandé au fait ? Je veux bien croire que procréer demande de l'énergie mais à ce point j'suis pas sûr. "


Je me moque. Je sais c'est pas bien mais j'ai envie de jouer. Et de vérifier un truc aussi, je voudrais être sûr que je ne suis pas sur le point de faire un enfant à une ado crâneuse qui le remettra aux services sociaux sitôt passées les épreuve déjà trop difficiles pour elle de la grossesse et de l'accouchement. Parce que bon, c'est pas non plus pour rien qu'il existe toutes sortes de dispositifs permettant d'éviter l'heureux évènement. La plupart des gens sont inaptes au rôle de parents. On en laisse certains le devenir parce que sinon on ne pourrait plus faire tourner les usines, mais globalement, si on devait limiter les naissances à des couples patients, moraux et altruistes, le nombre d'habitants de la planète Terre serait divisé par trois en moins d'un demi-siècle.

- " Sinon, puisqu'on a tout notre temps, tu veux bien me dire pourquoi tu veux un enfant ? Accessoirement t'as des idées de prénom ou pas du tout ? "

Si elle veut l'appeler Andy ou Eve je fuis. Au sens propre comme au figuré, engagement ou pas, je pars au pas de course. Même chose si elle veut un prénom "classe" genre créature semi-humaine de jeux de rôle ou diminutif d'un vieux truc moche. Mais ce que je veux savoir, c'est surtout pourquoi. Après tout c'est à elle de se justifier, moi j'suis juste un genre d'exécutant si je fais ce qu'elle me dit de faire. Je vois pas pourquoi je devrais lui donner des raisons de mettre ses plans à exécution, surtout après avoir passé deux bonnes minutes à essayer de la faire renoncer.

- "Moi je verrais bien Jude ou Nancy."

Ouais, j'suis bien parti pour faire marche arrière, là...
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Ven 15 Avr - 21:56

A voir la tête de Morgan, j’étais certaine qu’il n’avait jamais entendu parler de Genetic. Ce n’était pas étonnant puisque cette organisation n’était pas connue du grand public. Je décidais donc de lui en toucher deux mots, histoire qu’il ne meurt pas idiot. Après tout, il ne m’avait pas caché sa capacité, je pouvais donc lui en parler sans trop de risques. De plus, si je pouvais le rallier à ma cause, ce serait génial.

- Genetic, c’est une organisation financée par mon père. Ceux qui y bossent font des recherches sur les gènes mutants. Ils sont très forts sauf que j’aime pas trop leurs méthodes, pas du tout même ! C’est pour ça que je dis qu’ils sont fous ; il faut s’en méfier en tout cas ! Donc, finalement, vaut mieux pas que je t’emmène là-bas. Je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose.

Pas avant qu’il m’ait fait un enfant ! Non mais trêve de plaisanterie, j’étais sincère. Je n’avais pas envie qu’il devienne un rat de laboratoire. Aux mains des chercheurs, je l’imaginais déjà attaché sur un lit. Ils lui diraient sans doute que c’était pour son bien, pour ne pas qu’il se blesse. Tu parles ! Ce serait pour se protéger et faire sur lui des expériences pas catholiques. Avec tous leurs produits chimiques et leur attirail, ils pourraient se trompés et Morgan pourrait en mourir. Non pas ça ! Non, je ne l’emmènerais pas là-bas. Pour une fois qu’un garçon ne s’intéressait pas à moi pour mon argent ou pour mon corps, je n’allais pas le jeter dans la gueule du loup.
J’aimais bien Lotus, il était gentil sauf qu’il ne me répondit pas franchement. Il disait avoir tous les défauts. Bah voyons ! C’était une façon d’évincer poliment la question. Etait-il aussi naïf pour penser que j’allais me contenter de cette petite réplique ? Ne pas me répondre était la meilleure façon d’attiser ma curiosité. Je haussais les épaules peu convaincue. Il ne perdait rien pour attendre. Je devais d’abord manger pendant que c’était chaud.


- C’est clair ! Mais quand j’ai commandé, tout me faisait envie. Pas grave, on mangera le reste demain.

J’interrompis mon geste alors que j’allais prendre un énième maki. Le sujet qui me tenait à cœur venait d’être remis sur le tapis par Morgan. Je l’avais zappé volontairement pourtant ! Je ne voulais pas le harceler car j’avais remarqué qu’il était très indécis. Et là, mine de rien, il en plaisantait. Sauf que, la plaisanterie passa très vite à plus sérieux. Il voulait savoir pourquoi je voulais un enfant. Euh…. Pourquoi ? J’étais embarrassée. Je n’allais pas lui dire que c’était pour embêter mon père. Je n’allais pas lui dire que c’était une décision mûrement réfléchie ; ça ne faisait que deux jours que je m’étais mis cette idée en tête. En même temps, je pouvais lui raconter n’importe quoi mais je n’avais pas envie de lui mentir. Oh puis si après tout ! Il ne m’avait rien dit sur ses défauts.

- Bah pourquoi pas ? C’est la nature qui veut ça. Maintenant, les femmes font leur premier gosse à 30 ans. Moi, j’ai pas envie d’attendre d’être vieille, j’en veux un maintenant. Comme ça, quand il aura 12 ans, je ne serai pas complètement has been.

Finalement, je ne lui mentais pas. Je pensais ce que je disais. J’omettais simplement la première raison qui me poussait à vouloir un enfant à mon âge. J’aurais pu attendre deux ou trois ans, ça n’aurait pas changé grand-chose pour moi, mais j’étais persuadée que mon père serait plus embêté maintenant que plus tard. Bon et puis après tout, pourquoi je pensais encore à mon géniteur ? Que ça lui plaise ou non, c’était la même. Je préférais me concentrer sur Morgan. Lui, au moins, il me comprenait et même s’il n’était pas très convaincu il portait de l’intérêt à ma petite personne.

J’écarquillais les yeux d’étonnement quand il me demanda si j’avais des prénoms en tête. Je ne m’étais pas encore penchée sur la question. En proposant deux noms, Lotus me surprit encore plus. Alors là, c’était à n’y rien comprendre. S’il pensait déjà à ce genre de détails, c’était qu’il était partant. Ou alors je me plantais et il ne faisait que s’amuser. Non là, ça ne serait pas sympa de se moquer et de me laisser un espoir, aussi infime soit-il. Je ne savais plus sur quel pied danser. Est-il d’accord, pas d’accord ? Le temps de la réflexion permit au maki abandonné de reprendre le chemin de ma bouche ; je mis un certain temps pour le mastiquer et l’avaler. Afin de faire passer le tout (maki et informations reçues) je bus une grande gorgée de bière.


- Mmmouais, Jude c’est pas mal, mais Nancy j’aime pas, ça me fait penser à une ville de France. Tu aurais pu choisir une ville des Etats-Unis ou du Canada quand même ! Dis-je d’un air dubitatif.
- Phoenix, Charlotte ou Menphis. Un gamin qui porte un nom de ville, ça ne le fait pas trop je trouve.

Mes propositions étaient faites sur le ton de la plaisanterie. Cependant, une chose me tracassait toujours. Etait-il revenu sur sa première décision. Il fallait que je le sache rapidement mais si je lui posais la question il serait fichu de me faire une réponse dans le style de ses défauts. Je ne serais pas plus avancée.

- Mais au fait, ce sont des prénoms de filles. Si c’est un garçon, tu voudrais l’appeler comment toi ?

Répondre à une question par une question était un moyen bien connu de gagner du temps. J’avais beau chercher, je ne trouvais des noms débiles ou horribles à porter comme : Berthegonde, Ermentrude, Gomatrude, Suavegothe Berthaire, Calogrenant, Chrodobert, Cloud, Lambègue, Theudesigile… Je lâchais un petit rire en y pensant. Je me ressaisis en regardant Morgan finir de dîner. J’étais de plus en plus impatiente de savoir exactement ce qu’il voulait et je ne résistais pas à l’envie de le lui demander.

- Non mais sérieux, répond moi par oui ou par non. T’es d’accord alors?

Une lueur d’espoir illuminait mon regard rivé sur les lèvres du jeune homme. Quelque soit la réponse, je ne voulais pas en rater une miette.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Mar 26 Avr - 8:37

Ah tiens, Papa, le retour. J'aurais préféré qu'il reste bien planqué dans son bureau maintenant qu'on n'avait plus besoin de lui mais évidemment c'eut été trop demander. Le papa de My love, le type cynique à la voix désagréable qui n'a aucun remords à la laisser derrière les barreaux. Un type qui dirige une maison de fous et en est sans doute fier. Un type qui restera arrogant jusqu'à ce que sa petite "organisation" et ses membres dévoués ne provoquent la mort de quelqu'un. Ou bien jusqu'à sa propre mort, puisque rien ne me dit qu'Ordure serait incommodé par la possibilité que certains de ses gentils chienchiens laissent des cadavres derrière eux. Et My love qui me dit ça avec tellement de naturel. C'est normal après tout de réfléchir calmement en termes de survie et probabilité de mort violente provoquée par une erreur de seringue. On sent qu'elle a fait ça toute sa vie.

Purée en plus, si ça se trouve, elle a vraiment passé sa vie à gérer ce genre de détails - inhérents à la vie quotidienne de tout citoyen des états-unis, chacun d'entre nous doit transiger avec le risque de tomber sur un psychopathe. Sauf que pour la plupart d'entre nous, ce sont des choses qui relèvent du hasard, de l'heure à laquelle on passe par telle rue, de la position stratégique de notre arme à feu quand on en a une... Bref, ça ne dépend pas souvent de l'autorité héréditaire que l'on peut avoir sur les psychopathes en question. Et surtout, c'est le genre de problèmes sur lesquels on est sensé s'attarder un minimum (question de vie ou de mort, tout ça tout ça). Pas le genre de détails qui servent à faire la transition entre deux sujets de conversation ( au hasard, le paranormal et la cuisine).

Ses raisons pour avoir passé une commande gargantuesque sont justes. Ses raisons pour avoir un enfant le sont moins. D'un certain côté, je m'en fiche un peu de ses raisons. Après tout c'est pas mes oignons, c'est à elle de décider ce qu'elle fait de son corps, liberté individuelle, tout ça. Sauf que nan, je m'en fiche pas. J'arrive pas à me désintéresser complètement de cet aspect du problème, sans doute parce que ça serait mon enfant et pas seulement le sien. Est-ce que c'est juste de procréer par caprice ? Un tas de gens le font, des adultes, et personne ne leur dit rien tant qu'ils ne font pas acte de maltraitance ou de carrence éducative (grave). Mais moi je suis pas un tas de gens, et My love non plus. Et je suis contre la tolérence envers ce qui n'est toléré que parce qu'un grand nombre de gens est concerné. Parce que ça suppose qui si un tas de gens tuaient leur voisin on passerait l'éponge. Ou pire.

En même temps, quelque part, elle a un sacré culot. Genre elle est prête à subir un véritable enfer maintenant juste pour ne pas le vivre plus tard. Genre elle a peur que son môme la voie comme une vieille. Je souris juste, mais là quelque part, au fond de mon cerveau, y'a un mini-moi qui est mort de rire. Je m'imagine My love, à trente ans, se sentir menacée dans sa vie de couple par les premiers charmes de son fils ou sa fille, une fois l'adolescence arrivée. Quoiqu'elle réagirait sans doute pas comme ça. Je la vois plutôt filer un couteau à sa fille pour qu'elle se défende, ou apprendre à son fils "ça, c'est de la drogue, si tu en trouves tu jettes". C'est dingues comme j'ai aucun mal à l'imaginer maman tout d'un coup. Et j'ai beau essayer d'effacer le sourir niais qui est apparu sur mon visage, rien à faire, ce symbole de la gaga-attitude persiste.

L'élan de patriotisme de My love me permet fort à propos de reprendre un sourire de dimension normale. Sérieusement, je ne savais même pas que Nancy était une ville de France, moi. C'est juste que je connais une fille qui s'appelle comme ça, et que comme c'est une fille sympa je vois pas d'obstacle particulier à reprendre son prénom. Et puis franchement, un nom de ville des Etats-Unis... Qui voudrait porter le nom d'une ville dans laquelle il risque de se rendre un jour ? Ou pire, une ville étudiée en géographie ? Je sais bien que certains appellent leur gamin London mais faut pas pousser. Si je devais choisir un nom de ville, ça serait une ville étrangère, et bien paumée histoire qu'on puisse pas faire le lien. Genre Asmar en Afghanistan ou Natara en Inde, ou bien...

- " Shalin! Je rêvais de m'appeler Shalin ou Sasha quand j'étais môme... "
Bon, c'est un prénom mixte et pas un prénom masculin mais c'est vraiment, vraiment un bon prénom donc ça compense. D'ailleurs, je vois pas pourquoi elle exige un prénom masculin puisque je lui en ai déjà proposé un. Qu'elle essaie d'appeler sa fille Jude et elle verra si la gamine la remercie. Elle a du entendre June ou un truc comme ça. Cette petite est tellement distraite, ça m'étonnerait même pas.

- Non mais sérieux, répond moi par oui ou par non. T’es d’accord alors?

Je déteste répondre par oui ou par non. C'est physique, je ne supporte pas ce genre de réponse definitive. Sans doute parce que ça me donne l'impression de m'engager pour tout et n'importe quoi. C'est des réponses hyper vagues, et super conventionnelles en prime. Bref, ça m'écoeure. Donc, je n'obéirai pas. Ce qui ne m'empêche pas de répondre, mais à la façon chinoise, comme dirait Nancy. Paraît que les chinois n'ont pas ces mots flous que sont dans les langues latines le oui et le non. Du coup ils précisent toujours leur pensée beaucoup plus que nous, enfin je crois. N'empêche, ça doit avoir vachement plus d'impact de dire "je suis d'accord pour faire ceci ou cela" plutôt que de lâcher un bête "oui". Même "oui je veux bien" paraît fade quand on peut faire une réponse super solenelle. Une réponse comme celles de Nancy.

- " Je suis d'accord pour faire tout ce qui te paraîtra nécessaire pour qu'on aie un enfant. Je suis d'accord pour reconnaître notre enfant si cela marche. Et je suis d'accord pour accepter ce qui sera nécessaire pour ta sécurité personnelle. Genre pour mes griffes notamment. "

Ouais, parce que j'ai toujours pas envie de commettre un meurtre par inadvertance. Quelque part on est bien assorti tous les deux, chacun pense négligemment aux précaution à prendre pour épargner à l'autre une mort douloureuse, et tout va pour le mieux au pays des bisounours. Mais en même temps, je sais pas si notre délire ne risque pas de nous entraîner dans un pétrin sans nom. Certes, j'ai l'habitude de me fourrer dans toutes sortes de pétrins, tous anonymes, et tous graves ou presque. Certes, je m'en suis jusqu'ici toujours sorti avec une chance de cocu. Mais à chaque fois, j'avais pas fait exprès, tandis que là je suis en train de forcer la chance et j'ai vaguement l'impression que c'est une mauvaise idée. Bien le moment d'avoir peur alors que je viens de donner ma parole.

- "Maintenant, si tu m'expliquais comment tu envisages les détails pratiques, histoire que je fasse pas de bourde ? "

Oui, j'ai toujours un mince espoir que la demoiselle opte pour la méthode scientifique. Ce que je peux être crédule parfois, quand j'en ai besoin. Je me doute bien que ce qu'elle veut n'a rien à voir avec une salle d'hopital si ce n'est tout à la fin, quand il sera trop tard pour se demander si on a choisi le bon papier peint. Et pourtant, je suis là, toujours moqueur, à supplier intérieurement je-ne-sais quelle instance shootée de la faire changer d'avis. Le truc impossible quoi. En un sens je m'adresse à la bonne personne puisqu'il n'y a que certaines divinités (même pas toutes) pour accomplir des miracles paraît-il. De l'autre côté de la médaille, les divinités n'existent pas donc ça me fait une belle jambe.

Je dois avoir un tapis quelque part mais c'est pas le moment de devenir croyant. Et puis j'ai jamais aimé courber la tête devant quelque chose, même quelque chose d'invisible, d'intangible et d'ineffable. En gros, j'ai plus qu'à assumer.
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Dim 1 Mai - 21:52

Maieuh, pourquoi souriait-il bêtement à mes explications sur les raisons qui me poussaient à vouloir un enfant ? Se faisait-il un film en m’imaginant plus vieille ou se moquait-il de moi ? Je penchais plutôt vers la deuxième éventualité. Décidément, cette impression revenait souvent dans ma petite tête. Si ça se trouvait, il ne me croyait pas ; il attendait gentiment que je me plante pour rebondir en mettant la faute sur moi et se défiler en vainqueur. Ou alors, il jouait au chat et à la souris. Il me faisait marcher voire même courir et il attendait le moment propice pour me donner le coup de griffe fatal, celui qui mettrait fin à toutes mes espérances. En m’écoutant, il se gaussait de plaisir à l’idée de me voir anéantie par la déception. Morgan était peut-être un sadique ?

En y réfléchissant, il avait réussi à se faire passer pour un gentil garçon qui prêtait attention à ma charmante personne. Il avait tout fait pour que je tombe dans ses filets sans m’en apercevoir. Il était futé le bougre ! C’était même moi qui lui avait demandé de m’héberger. L’air de rien, il m’avait entraînée dans son antre. Il m’avait fait croire qu’il était homosexuel pour me mettre en confiance. Et moi, idiote que j’étais, je le défiais. J’étais prise au piège, il pouvait faire ce qu’il voulait de moi maintenant, personne ne le remarquerait. J'étais à sa merci. Certains psychopathes étaient très rusés ; leur esprit tordu dirigeait leur instinct mais cela ne les empêchait pas d’être intelligents pour mener à bien leurs sombres desseins. Morgan appartenait-il à cette catégorie d’individus dont seule la mort mettait un terme à leur folie ? Ces tergiversations mentales me rendirent suspicieuse. L’étrange lueur traversant mon regard et l’index posé sur ma bouche témoignaient de mes pensées et de mes interrogations.


- Shalin… Sasha, oui j’aime beaucoup ! Répondis-je en essayant de ne rien laisser paraître.

Je devais me ressaisir. Mon imagination me jouait des tours. Voilà ce qui arrivait à force de regarder des films glauques ! Si ce n’était pas mon imagination, si Morgan était vraiment un psychopathe, je ne devais pas me laisser aller à la panique. Dans tous films que j’avais visionnés, il était toujours mis en avant la jouissance qu’éprouvaient les détraqués en voyant la peur envahir leurs victimes. Je n’en étais quand même pas à ce stade. Tout ça c’était de sa faute, à lui ! S’il m’avait dit clairement ses défauts au lieu de se contenter d’une réponse qui n’en était pas une, je ne me poserais pas autant de questions. C’était entre autre pour cela que je lui avais demandé de répondre par oui ou par non. Evidemment, il n’en fit rien. Il fit mieux en mettant les points sur les i. Mes yeux s’écarquillèrent au fur et à mesure que les mots me parvenaient aux oreilles. Un sourire faible puis plus franc se dessina sur mes lèvres. Je sentais monter en moi une douce satisfaction se métamorphosant petit à petit en plaisir intense. Tous mes doutes, mes interrogations, mes divagations avaient disparu. J’avais réussi à le convaincre, c’était jubilatoire.


- Yaaaaaaaaataaaaaaaaaaaaaaaa ! M’exclamais-je en bondissant de ma chaise, renversant au passage la canette de bière entamée.

- Trop trop trop trop trop trop troooop biiiiiiiiien ! Dis-je en ponctuant chaque « trop » d’un petit sautillement qui me rapprocha de Lotus.

Même si rien n’était encore concrétisé, j’étais tellement excitée à l’idée que j’allais avoir un enfant que je n’entendis pas vraiment ce qu’il me demanda. D’après le ton employé, j’avais compris qu’il me posait de nouvelles questions mais quant à savoir lesquelles, bah, euh, aucune idée. J’étais sur un petit nuage et je n’avais pas envie d’en descendre. Je m’assis à côté de lui afin de pouvoir le regarder droit dans les yeux.


- Bon alors, faut qu’on fasse le test du HIV. C’est pas que j’ai pas confiance en toi, mais tes partenaires, moi, je les connais pas. Et si on met un préservatif, ça risque pas de marcher. Après, à moins que t’ais envie d’essayer plusieurs fois, faut attendre le bon jour pour moi. Je sais comment faut faire pour savoir, t’inquiète pas, pour ça t’auras rien à faire. Bon après, c’est pas dit que ça marche du premier coup, mais je crois en ma bonne étoile maintenant. Et au pire on recommencera. J’espère que tu changeras pas d’avis d’ici là ! Remarque non, y’a pas de raison, t’as dit que t’étais d’accord pour tout.

J’avais débité ces paroles à une vitesse grand V. Je respirais la joie de vivre et l’effervescence.

- T’es méga top génial Lololito. J’t’adoooooooore. Ajoutais-je en déposant un baiser furtif sur sa joue.
- Faut fêter ça !T’aimes le champagne toi ? Si t’en as pas, j’en commande. Remarque, c’est bête, j’aime pas spécialement le champagne. Je préfère les bons cocktails. Ou alors, on va dans un bar et on fait la fête, ok ? Je pourrais aussi utiliser ma capacité, mais le résultat n’est pas garanti.

Oups, dans mon élan, j’avais parlé de mon don. Mais bon, Morgan avait bien du voir quelque chose le soir où on s’était vu sur la plage et où je « fournissais » allègrement le groupe de potes qui se trouvait là. De toutes les façons, ce n’était pas bien grave, Lotus était un mutant comme moi. On allait farie un petit mutant comme nous !
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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Dim 8 Mai - 13:51

J'ai l'impression qu'elle n'aime pas tant que ça ces prénoms. Je comprends pas pourquoi, ils sont supers mais bon, tout le monde n'a pas les mêmes goûts que moi en matière d'étymologie. J'admets que les prénoms sont pas très cohérents l'un avec l'autre puisque Shalin signifie Modeste tandis que Sasha renvoie à des valeurs guerrière (Alexandre, la conquête, toute ça), mais c'est pas non plus comme si je croyais sincèrement qu'un prénom pouvait prédestiner un môme. Un prénom ridicule peut prédestiner un gamin à subir des moqueries en classe, mais rien d'autre : après faut vivre avec. La gamine qui s'appellerait Austreberthe peut choisir de se faire discrète et devenir très timide à cause de son prénom, ou bien s'attribuer un surnom et l'imposer à tout le monde sous la menace, ou bien être tellement charmante que les gens préfèrent l'appeler par le surnom en question. Bref, sans faire l'apologie des prénoms vraiment lourds à porter, je n'aime pas non plus passer trop de temps à choisir un prénom. En fait, si ça n'avait pas été mon futur bébé à moi aussi, j'aurais refusé de réfléchir une seule seconde sur la question. N'empêche que My love, elle, à l'air vraiment préoccupée par ça et je sais pas trop comment lui enlever cette question de la tête.

Là, si j'avais pas été assis dans un fauteuil particulièrement bien équilibré, je serais par terre. Au lieu de ça, mon fauteuil a vacillé un peu, et moi je suis retombé un peu plus à droite qu'avant sur le coussin. On n'a pas idée de crier comme ça, je veut bien croire qu'elle soit contente mais ça reste une forme de terrorisme de hurler comme elle vient de le faire. Et ça ne s'arrête pas là. J'ai l'impression qu'elle s'est transformée en lutin surexcité, ou en diablotin. Mais un diablotin qui vient de créer deux ou trois épidémies, deux autoroutes et une nouvelle taxe d'imposition. Un diablotin qui tape dans ses mains et fait autant de bruit que possible, dans le but de nuire encore plus aux oreilles des pauvres mortels environnants. Un diablotin qui se rapproche dangereusement de moi à chaque claquement dans ses mains. J'veux pas mourir.

Ah, elle voulait juste me dire de faire le test. Elle est pas aussi tête-en-l'air que je ne le pensais. Et elle ne me fait pas confiance, ce qui est plutôt de bon présage pour la suite. Elle sait un minimum ce qu'elle fait. Je me fait pas trop de soucis pour ce test, je me suis toujours protégé jusqu'ici. La seule personne qui aurait pu me convaincre d'y renoncer étant nymphomane et mettant un point d'honneur à se protéger quoi qu'il arrive, il y a vraiment très peu de chances que ce soit positif. Enfin on ne sait jamais, et puis c'est quand même rassurant en soi de recevoir la confirmation qu'on ne va pas mourir d'ici quelques années. J'espère simplement qu'on n'aura pas à recommencer tout le tintouin comme elle l'envisage parce que rien que faire tout ça une fois me fatigue déjà.

D'accord pour tout ?! Eh nan, nan, j'ai jamais dit ça. J'ai pas voulu dire oui justement pour éviter ça même. Et voilà qu'elle m'annonce la bouche en cœur que j'ai signé de mon plein gré pour en baver. Allah, sors-moi de là. Faudrait que je mette les choses au clair, que je rectifie le tir. Que je lui dise que j'ai accepté des trucs bien précis, et que ça n'inclut pas, par exemple, de continuer à essayer encore dans dix ans. Sauf que pour ça faudrait déjà que je puisse parler. Et pour parler, faudrait qu'elle, elle arrête. Je suis adorable, bon d'accord, mais j'aimerais bien préciser deux ou trois trucs en urgence. Oui, c'est très bon le champagne, mais j'ai pas les moyens, et j'aimerais bien dire un truc... Non, j'ai pas de champagne chez moi mais c'est pas la peine d'en commander et tiens, à propos de rien... Rha flûte, j'y arrive pas. En même temps comment ai-je pu ne serait-ce qu'espérer réussir à lui couper la parole ?

Minute, elle a proposé d'aller dans les bars ? Pas que j'aime pas les cocktails mais se bourrer la gueule n'est pas la première chose que je ferais à l'annonce "t'en fais pas tu seras bientôt enceinte". En même temps, moi ça me déprimerait, une nouvelle comme celle-là. Bien content de pas être une femme, tiens, au moins une épreuve que j'aurais pas à supporter moi-même. Enfin ça me dispense pas de l'autre partie de la Grande Epreuve de la Reproduction. Je suis tellement flippé que j'ai failli passer à côté d'un détail. Ou plutôt d'une explication. C'est sa "capacité" qui lui a permis de fournir toute une bande de fêtards en alcools divers pendant la moitié d'une nuit sans se retrouver à sec. Par contre, ça marche pas à tous les coups. On était ivres, donc on a pas du se rendre compte des échecs la dernière fois. Mais là, je suis pas très chaud à l'idée de tester sa capacité. Je préfère un bon cocktail dont je connais la composition, et auquel mon cerveau saura résister pour peu que je ne dépasse pas mes limites plus que nécessaire.

- "Autant aller à un bar, ça nous fera bouger un peu. Et puis faut bien que t'en profite parce qu'après tu pourras plus. Si tu bois pendant la grossesse le bébé sera débile."

J'essaie de me lever de mon fauteuil d'un air motivé. Raté, la force d'attraction de ma flemme me ramène illico vers les coussins. Heureusement, le deuxième essai s'avère concluant et je suis à présent debout, presque prêt à aller boire pour oublier que je vais avoir un enfant. Qui s'appellera potentiellement Shalin, et sera frimeur comme pas deux juste pour contredire son prénom. Ou pas. On peut pas savoir. Par contre, y'a un truc dans ce qu'lle a dit avant qui me pose problème. Rien de bien méchant, mais faut que je lui demande. Et avant qu'on parte, parce que j'ai pas envie que toute la rue connaisse nos projets, et les miens en particulier.

- "Sinon, je dois le faire quand le test ? Parce que vu qu'il faut attendre le bon moment pour toi, faudrait que je le fasse faire trois, quatre jours avant."

Je refuse de le faire maintenant, ça voudrait dire abstinence jusqu'au jour J. Et j'ai beau ne pas être en couple actuellement, j'ai quand même besoin de ma dose d'endorphine régulièrement. La faute à Andy tout ça, l'avait qu'à pas m'habituer à faire l'amour si souvent. Maintenant j'ai du mal à supporter l'absence absolue de relations charnelles pendant une durée... un peu plus courte que la moyenne. C'est pas moi qui pourrais porter un deuil pendant trois ans. J'ai pas non plus l'intention de choper le virus HIV entre temps, c'est juste que ça se fait pas de passer le test et de prendre des risques ensuite, même minimes. Et comme j'ai pas la moindre idée de quand elle compte organiser, ça ...

J'suis trop loyal sans doute.

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MessageSujet: Re: Une autre visite de courtoisie [Terminé]   Lun 9 Mai - 16:29

J’étais tellement folle de joie que je ne remarquais les signes de détresse lancés par Lotus. Je ne lui avais pas laissé le temps de placer un mot. Pour moi, c’était régler. Il ne restait que les détails à voir et on aurait tout le temps d’y réfléchir plus tard. Pour le moment, il fallait fêter l’évènement à venir. Il est d’accord pour aller faire un tour dans un bar, ici ou ailleurs, ça m’allait parfaitement.

- Géniaaal ! Approuvais-je en levant les bras au ciel.

On allait faire la fête tous les deux et si d’autres personnes voulaient se joindre à nous, elles seraient les bienvenues. Plus on est de fous plus on rit !


- T’as raison, faut que j’en profite un max avant de tomber enceinte. Dis-je radieuse, en donnant un petit coup de poing amical sur le bras de Lotus qui venait de se lever de son fauteuil.
- Ca va être dur de ne pas boire d’alcool pendant neuf mois. Remarque, t’as raison, j’ai pas envie de mettre au monde un crapaud. Mais neuf mois c’est long quand même…

Le doute s’immisçait en moi et j’essayais de me convaincre qu’il n’y avait aucun problème. Mais si je n’arrivais pas à m’abstenir pendant la grossesse ? Si j’oubliais que j’étais enceinte et que je faisais comme d’habitude avec les potes quand j’étais en virée ? Ca craignait vraiment ou pas ? Je ne m’étais jamais préoccupée de ce sujet et je ne savais pas trop les risques encourus pour le fœtus. En plus, la capacité de j’avais pouvait faire des siennes. Quelles pouvaient être son incidence une fois que le bébé sera conçu ? Oh la la ! Je n’y avais pas pensé à celle-là. D’un coup, j’étais déroutée et je me mis à tourner en rond comme un lion en cage. La question que Morgan mit fin momentanément à mon agitation.

*Calme toi MJ, caaaalme toi. Tu n’auras qu’à te renseigner* Pensais-je en respirant un grand coup.

- Pour quand le test, euh…. Attend. Faut que je calcule…

Après m’être triturée les méninges pour savoir quand avait eu lieu mon dernier cycle, j’arrivais à la conclusion que j’énonçais naturellement à Lotus :

- En gros t’as trois semaines devant toi, ça devrait aller. Ca me laissera le temps de me renseigner sur quelques trucs. Rien de grave, t’inquiète, ça n’a rien à voir avec toi, mais comme j’ai pas l’habitude, c’est normal…. Après, pour le jour J, je te passerai un coup de fil. Par contre là, faudra que tu te libères sinon faudra attendre un mois de plus. J’ai pas envie d’attendre moi, et plus vite se sera fait, plus vite tu seras tranquille. En gros, on peut déjà se réserver la quatrième semaine, comme ça y’aura pas de problème.

Tout ce programme me donnait le tournis. Je n’avais pas l’habitude de planifier ce que je faisais aussi longtemps à l’avance. Quand je savais ce que je faisais le lendemain, c’était déjà bien. Bref, pour l’heure, on avait bien plus attrayant à faire.Je suivis Morgan qui s’apprêtait à quitter l’appartement pour aller dans un bar de son choix. On y resta une bonne partie de la nuit avant de rentrer se coucher chez lui, chacun de son côté.

- Topic terminé - La suite, plus tard
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