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 Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]

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Jeremy Stenson


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MessageSujet: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Ven 26 Juil - 8:52

24 février au soir : L’heure est grâve

Je fermais les yeux et tentais de me représenter cet endroit qui m’était familier. Je le visualisais parfaitement. Quand j’ouvris les yeux, j’y étais. Il était tard, la pénombre avait déjà envahi ma chambre. La tête me tournait, j’avais la boule au ventre et la gorge serrée. Le malaise du à l’utilisation de ma capacité sans doute… ou peut être pas que… Je me laissais tomber sur le lit, les bras en croix, le regard rivé sur le plafond. Je me sentais mal.

Ce sentiment, je ne le connaissais que trop bien. J’avais déjà eu affaire à lui une fois. Tiraillé par la peur de faire du mal à mes proches, de les mener au domaine ou de les voir s’en prendre à Max… Cette fois, je savais qu’ils pouvaient débouler ici à tout moment. Cette vipère de Dakota me faisait surveiller, j’en étais de plus en plus persuadé et ce qu’ils nous avaient annoncés aujourd’hui renforçait mon sentiment d’insécurité. Je n’avais pas peur pour moi, rien à foutre. Ils pourraient bien me faire ce qu’ils voudraient… Par contre, s’ils s’approchaient de Max… si son dossier avait refait surface ? si quelqu’un l’avait prise pour cible… Je devais partir demain pour une durée indéterminée et je ne pourrais pas la protéger. Cette pensée m’était insupportable. Je roulais sur le côté.

Elle n’était pas en sécurité avec moi. Elle ne l’avait jamais été. Je l’ai toujours su. J’avais fermé les yeux jusqu’à aujourd’hui par pur égoïsme, parce que sa présence me rassurait, pace qu’elle était mon alter ego et parce que… je suis faible.

Cette décision, je l’avais prise à contre cœur il y a un an. Je nous avais amenés ici et j’avais choisi de sortir de sa vie pour ces mêmes raisons qui me mettaient de nouveau au pied du mur aujourd'hui. Pour la protéger d’eux et de moi. Elle m’avait retrouvé, et je n’avais pas su m’y tenir. Fait chier !

Fou de rage, je donnais un coup de poing dans le lit et me redressait. Je me mis à faire les cents pas dans la pièce. Je savais ce que j’avais à faire. Je l’avais déjà fait une fois… mais je n’arrivais pas à m’y résoudre. Me séparer une nouvelle fois de mon alter égo était comme une automutilation, comme si j’arrachais mes propres entrailles. J'avais l'impression que c'était encore plus douloureux et difficile que la dernière fois! Mais si elle restait ici et qu’ils lui mettaient la main dessus, ce serait pire que tout. Je ne pouvais pas prendre ce risque ! Putain de Tussle ! Maudite soit cette salope de Cooper !

Je ne sais combien de temps je restais là à me morfondre, repoussant l’échéance quelques minutes encore. Je pris une profonde inspiration afin de me calmer. Je décidais d’afficher mon plus beau masque d’impassibilité. Max ou pas Max, je devais le maintenir, coute que coute. J’ouvris la porte de la chambre. Je la cherchais du regard, m’avançais jusqu’au salon. Mon cœur manqua un battement. Elle était en train de peindre sur le mur du salon. Je l’observais en silence quand ce traitre de chat se dandina vers moi en miaulant, révélant ma présence.

Je l’ignorais royalement et détournais le regard ne me sentant pas encore prêt à affronter celui de Max pour l’instant. Habituellement, je n'aurais pas loupé l'occasion de lui envoyer une pique à la découverte de sa connerie, là, je ne trouvais rien à lui envoyer à la figure. Ca n'allait vraiment pas. J'enlevais machinalement ma veste puis la jetais négligemment sur une chaise après avoir récupéré mes clopes. Je m’en allumais une puis m’avançais vers elle, lui tendant mon paquet. Elle allait en avoir besoin elle aussi.

« Tiens ! »

Mon ton était plus froid et sec que je ne l'avais voulu, mon visage fermé, mon regard trahissait la tension qui m’habitait malgré les apparences que je voulais me donner. Elle seule pouvait peut être déceler cela. Elle ne me connaissait que trop bien. J'étais dans la merde !

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Lun 29 Juil - 8:23

Pour la première fois depuis des mois, ma journée a été productive. Ça tient du miracle. J’ai passé la matinée à travailler au refuge et je peux donc officiellement dire que je suis capable d’être indépendante. Deux semaines et je ne me suis pas faite renvoyée. Je ne me suis pas non plus lassée. Je n’ai encore agressé personne. Chapeau ! J’ai ensuite pris mon courage à deux mains pour rejoindre l’U.C.L.A. et me renseigner sur les différents cursus. L’esquisse d’un « peut-être que… » reste à la fois terrifiante et rassurante. Peut-être que je pourrais reprendre mes études, peut-être même en arts. Ce serait bien et ça me plairait. Je crois. Fière de ma démarche, j’ai déambulé dans les boutiques avant d’investir dans du matériel. Pour postuler, je dois présenter des travaux. Autant joindre l’utile à l’agréable. C’est le cœur presque léger que j’ai entamé cette idée qui me trottait dans la tête depuis un moment. Ce mur de salon me paraît tellement sage, tellement conventionnel, ennuyeux, et laid. Loin de l’ambiance de cet appartement. J’ai sorti la peinture noire et commencé à peindre une panthère dont les pattes touchent les plinthes.

Valait mieux ça qu’un ombre tenant une arme à feu, pourtant beaucoup plus proche de mon état d’esprit. Parfois, je m’abstiens d’être totalement égoïste. J’ai esquissé le gros du félin lorsque Néo se fait entendre, brisant le silence tout approximatif de l’appartement.  
Jeremy entre en scène et, c’est le monde qui s’évapore.

« Hey »
, lancé-je naturellement, histoire de le saluer. Pas un mot ne sort de sa bouche. Pas une attention de sa part envers la boule de poil. Pas une vacherie à me lancer à la gueule. D’accord, je comprends. Jeremy a dû passer une journée de merde. Je préfère lui laisser de l’espace en m’abstenant du moindre commentaire. Un frisson me parcourt le dos, comme une sale impression qui vient se coller à ma peau. J’observe. Comme lorsque j’étais petite…

Ses mouvements n’ont pas la même fluidité ni la même légèreté. Il a cette contracture au niveau de la ligne de sa mâchoire, une sorte de tension douloureuse. Le pire reste à venir. J’en retiens presque ma respiration, inconsciemment. Je pose mon pinceau tandis que Jeremy s’approche, m’offrant une cigarette. Sa voix… Je lève les yeux vers les siens. Ils me happent. Je connais ce regard, cette distance qu’il cherche à établir. Je ne veux pas me rappeler de la dernière fois où j’y ai fait face. Je ne veux pas lire dedans. Je ne veux pas savoir. Je ne veux pas…

Mes doigts tremblent quand j’attrape cette foutue cigarette et que je l’allume. Il faut que je me lève. Je ne peux pas rester assise. J’ouvre la fenêtre, m’y accoude, tire une longue bouffée de cigarette. C’est stupide, vraiment, cette inquiétude qui gonfle au fond de moi. Je pèse soudain plusieurs tonnes. Je hais ce silence de toutes les fibres de mon corps. J’aimerai le lacérer, le briser, et le réduire à rien du tout. Je ne peux pas. L’impuissance dans toute sa splendeur. Qui est mort ? Qui, encore ? Il suffirait que je demande, quitte à le hurler.

Je n’y arrive pas. Pour échapper à l’étouffement, je ne peux que me raisonner, me mettre à distance. Il faut que j’oublie mes émotions. C’est si facile d’habitude. Mon regard dérive sur le mur. J’ai soudain envie de le peindre entièrement en noir, d’effacer les traces de ce brouillon médiocre, de cette idée débile. Je suis insécure. Quelque chose ne va pas, je peux le sentir. Je devrais demander, réagir, faire quelque chose. L’année précédente, je l’ai déjà perdu parce que j’ai préféré fermer les yeux et prétendre que ça ne me regardait pas. Là, encore, malgré les promesses qui je me suis faite… Je me voile la face, je fuis. Je laisse traîner le silence. Il finira d’ailleurs par nous bouffer l’un et l’autre. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir, pas certaine d’être prête à encaisser.  

J’inspire la fumée de cigarette. J’ai déjà vécu cette scène.

« Mauvaise journée ? » Amorcer la conversation ravive mes craintes. Rien ne passe sur mon visage, je suis comme sans émotion, impassible. Tendue. Lointaine. J’essaie quand même. Vraiment. J’essaie de ne pas fuir. « Qui est mort ? » C’est dit… Ma voix ma semble tellement inexpressive.

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Mar 6 Aoû - 22:06

Je suis parvenu à trouver le courage de sortir de la chambre pour lui faire face. Enfin, presque… Elle était encore là, à quelques pas de moi mais déjà, je me sentais vide. Ce que je m’apprêtais à faire rouvrirait toutes les plaies, je le savais. Mais je n’avais pas le choix. Plutôt souffrir que de la perdre. Je pourrais toujours m’imaginer qu’elle serait plus en sécurité ailleurs, et que c’était la meilleure chose à faire. C’était la seule chose à laquelle je pouvais encore me raccrocher qui pourrait me permettre de tenir bon. Et puis, il y avait notre promesse. Je ne vivrais que pour cela. Jusqu’à ce qu’on en ai fini avec tout ça.

Elle m’en voudrait, probablement. Je le savais. Elle allait se braquer, m’envoyer chier… certainement. Je ne pourrais pas lui en tenir rigueur. Elle aurait raison. Mais je n’avais pas d’autre solution, pas d’autre issue. Et ça me rendait malade. J'avais déjà fait la connerie une fois, et je répétais mes erreurs, comme si je n'avais rien compris, comme si je n'avais pas appris. Ca me tuait. Mais je ne supportais pas qu’elle se retrouve en porte-à-faux à cause de moi. Plutôt crever !

J’évitais soigneusement son regard jusqu’à ce qu’elle se saisisse d’une cigarette dans le paquet que je lui tendais. Mon estomac se retourna. Le tremblement de sa main ne m’avait pas échappé. Elle avait comprit. Elle se releva sans rien dire et alla s’accouder à la fenêtre derrière moi. Je profitais de lui tourner le dos pour fermer les yeux. La colère me piquait les yeux et me brûlait la gorge.

Le répit avait été de courte durée. J’avais le sentiment de devoir payer ces quelques mois de quiétude passés ensembles. Comme si nous n’avions pas le droit de souffler, d’être nous, d’être ensembles. Ce monde n’avait pas fini de nous persécuter. Je me sentais coupable, responsable de notre déchéance. J’avais envie de hurler, de tout péter dans l’appart, de foutre le feu… J’avais des envies de meurtre.

Le silence était pesant, durait une éternité. Je n’arrivais pas à le briser. Je cherchais encore la force de commettre cet acte de torture, cette folie. A peine avions nous commencé à nous reconstruire, qu’ils nous brisaient déjà. J'étais bien con d'avoir osé me sentir vivant ! Nous allions en payer le prix fort maintenant ! J’en aurais pleuré de rage, si seulement j’avais encore le goût des larmes, mais elles ne venaient pas. De toutes façons, il ne fallait pas. Je devais être catégorique. Même si elle me connaissait par cœur, et qu’elle connaissait toutes mes faiblesses.

Elle brisa le silence la première et ce fut comme si elle venait de me poignarder, sans le savoir, elle avait amorcé la sentence que je m’apprêtais à prononcer. Je n’avais pas le droit de reculer. C’était maintenant ou jamais. Je pris une profonde inspiration, rouvrit les yeux avant de la rejoindre à la fenêtre. Je m’accoudais au garde corps, sans la regarder, pensant naïvement que ce serait plus facile. Elle m’asséna un deuxième coup en me demandant qui était mort.

Plusieurs réponses me venaient à l’esprit : moi, toi, nous… choisi la réponse qui te sierras.

Je fixais un point dehors, tirais longuement sur ma clope puis répondit sur un ton détaché :

« Personne pour l’instant. »

Il me fallait aller droit au but afin d’abréger nos souffrances maintenant :

« Ils ont décidé d’organiser une traque… des gens comme toi, moi…des gens de l’autre organisation. Tous doivent être appréhendés… sans exception. »

Je tirais une nouvelle fois sur ma cigarette. Lâcher ça sur un ton monocorde sans avoir à la regarder était plus facile que je ne le pensais. C’était une manière de fuir sa réaction, de fuir mes émotions…

« Je n’ai hélas plus accès à ces fichiers. Vue que tu fricottes avec l’autre organisation, il y a des chances pour que tu y sois. » ma voix se brisa malgré moi.

Je tirais une nouvelle fois sur ma clope avant d’éteindre le mégot sur le rebord de la fenêtre et de le jeter dehors. Je trouvais le courage de lever les yeux sur elle. Non, ce n’était pas du courage, c’était du suicide, du désespoir, appelez ça comme vous voudrez. Mon regard était vide.

« Je suis probablement surveillé Max. »

La douleur était tellement vive que je n’eu pas de mal à rester inexpressif. Je ne savais pas comment l’exprimer. J’étouffais. Mes mains tremblaient également et je du m’allumer une nouvelle clope afin d’occuper mes doigts. Je portais la nouvelle cigarette à mes lèvres, l’allumais puis ajoutais d’une voix éteinte derrière la fumée de cigarette qui voilait mon visage :

« Fuis-moi pendant qu’il est encore temps ! »

Ce n'était pas un conseil.

Je ne voulais pas que la fumée se dissipe. Je redoutais plus que tout sa réaction. Je venais de laisser tomber la lame de la guillotine et j’attendais de la sentir me transpercer à tout moment, acceptant mon sort.

Il le fallait. C’était la seule solution.

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Mer 7 Aoû - 21:25

Comment peut-on être à la fois si proche d’une personne, et si loin à la fois ? Il ne me regarde pas. Je pourrais tout aussi bien être un article de décoration ou une chaise de l’appartement. Hurler serait libérateur. Cracher mon venin, relâcher la tension, faire éclater cette inquiétude étouffante… Je n’en suis pas capable. Les mots ne sortent pas. C’est comme si ma colère était trop intime. Faire un étalage de mes faiblesses et de mes fragilités est impossible. L’effort que je fournis pour parler m’est douloureux. J’ai l’air calme, je le sais. Toujours inaccessible dans les moments de tempêtes. « Ça va aller ?» me demandaient-ils quand, toujours, ceux qui avaient ma garde finissait par partir. Je ne répondais pas. Immobile et silencieuse. Insensible. Cela ne signifiait pourtant pas que rien ne m’atteignait.
En vérité, ça voulait surtout dire que j’avais trop mal pour parler.
Aucun mot ne m’aurait permis de l’exprimer.

Personne n’est mort. Ah oui, vraiment ? Alors, quoi ? L’ambiance n’en est pas plus légère, bien au contraire. Tu ne souris pas, ne me regardes pas. Tu m’ignores avec une excellence qui me donne envie de te gifler. Si seulement j’en avais la force. Rien ne va plus. Je me débats de toutes mes forces mais cette sensation me prends à la gorge et m’étouffe à petit feu. Je me rends compte que j’ai besoin de toi. Je me suis laissé aller. Sans en avoir l’air, tu t’es à nouveau faufilé dans ma vie. T’as mis des putains de couleurs dans mes nuances de gris. Quelle conne. Quelle conne parce que j’y ai cru. J’ai baissé ma garde. Pourtant, je connais parfaitement les règles du jeu. Numéro un : ne pas s’attacher. Tout le monde finit par partir. Tout est temporaire. Tout à coup, je ne veux plus de cette conversation. Je ne veux plus savoir. Je veux faire marche arrière, mettre autant de distance entre nous qu’il n’y en a dans nos attitudes respectives. Fuir à l’autre bout de l’appartement. Je n’en fais rien, engluée dans une sorte d’immobilisme.

Je suis terrifiée.
Je suis en colère.

L’un n’est pas si différent de l’autre, chez moi. Il y a même un lien de cause à effet, dans ce cas précis. J’encaisse ses propos comme j’encaisserais des coups. Chaque moi me meurtrit la peau et les os. Je ne dis rien. Je ne trouve pas de mots pour décrire ce que je ressens. Rien, en tout cas, qui ne soit pas des clichés éculés à force d’avoir été trop utilisé. C’est comme si le sol s’effritait sous mes pieds, que les murs se rapprochaient jusqu’à vouloir m’écraser de toute leur puissance. C’est comme si, d’un coup, nous étions, Jeremy et moi, étrangers l’un à l’autre.  Tout se mélange. Tout se bouscule. Je pince les lèvres. Je me force à respirer calmement et profondément. De toutes façons, même si je le voulais, je n’arriverais pas à exprimer tout ça. Tout ça à cause d’un gène. Quelque chose d’infiniment petit foutant un sacré bordel. Le pire est encore à venir.

Tout se brouille. Son visage derrière cet écran de fumée. La douleur et les mots. Nous étions funambule. Jeremy vient de me faire tomber de notre fil. Il me faut quelques secondes pour intégrer tout ce qui vient d’être dit. Pour comprendre le sens des ces mots.

« Tu veux que je m’en aille. » Ma gorge est sèche. Mes doigts laissent glisser la cigarette dans le vide. Vertige. Ce n’est pas une question, juste une reformulation de ce que Jeremy vient juste de dire. Histoire que mon cerveau imprime bien ce qui est en train de se passer. Néant. Il n’y a plus rien en moi, juste un vide absolu qui me dévore. « Va te faire foutre ! » Je ne prononcerai même pas son prénom. Pas de Jer’, ni de Jeremy, ni de Stenson. Rien. La douleur est vive. Je le prends injustement pour cible. Lâche. Traître.

Je n’ai pas besoin de toi. Je n’ai besoin de personne. Je n’ai pas besoin de toi.

« Si tu veux me foutre dehors, trouve-moi un raison qui soit valable. Parce que là, c’est pitoyable. Tu crois quoi ? S’ils te surveillent, ils m’ont déjà repérée et ils me trouveront. Peut-être même qu’ils n’attendent que ça, d’ailleurs ! » Je ne crie pas. Pas encore. Ma violence s’exprime différemment, par un ton glacial, teinté d’ironie vexante. « Tu me proposes quoi ? D’aller supplier Aaron et sa clique d’incapables ? J’ai une grande nouvelle pour toi, je ne serais pas non plus en sécurité là-bas. Je ne serais en sécurité nulle part. » Pas plus que toi… Mais ça, bien sûr, je ne le lui dis pas.

Pourquoi m’a-t-il laissé prendre mes aides si c’est pour en arriver là ? Idiote. J’ai été idiote. Pourquoi m’avoir apprivoisée, accueillie si c’est pour ensuite me foutre dehors à coup de pied dans le cul ?  Un abandon, de plus. D’une pichenette, j’éjecte ma cigarette et part en quête de mon propre paquet de cigarette. Il doit être quelque part sur le bureau. Je l’ai laissé par là-bas, il me semble. Non. Je ne veux pas des siennes. Je ne veux rien de lui. Je ne veux rien lui devoir. Brusquement, je me tourne vers lui

« L’avantage c’est que s’ils me chopent ailleurs, t’auras ta conscience pour toi, c’est ça ? » lâchai-je d’un ton froid. « Je ne suis pas ta putain de responsabilité, réveille-toi. Mais bon, je comprends, ça ferait mauvais genre à ton boulot qu’on puisse me relier à toi. Ce serait mauvais pour ton image. »  Je frappe là où ça va sans doute l’atteindre le plus. Je préfère de loin montrer les crocs et tout envoyer balader. C’est injuste, probablement. Mais, merde. « Parce que ce n’est que ça dont il est question, n’est pas ? T'aurais peut-être dû y réfléchir avant de t'envoyer l'ennemi. »
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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Jeu 8 Aoû - 10:19

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Tout était dit. J’étais un monstre. J’avais conscience d’être en train tout détruire.

La fumée se dissipa. Max me faisait face. Je connaissais cette expression, ou plutôt cette non expression. Finalement, on était bien forgés sur le même moule, elle et moi. Cette constatation ne fit qu’amplifier ce mal être et la souffrance déjà bien ancrés en moi, car cette fois, c’était moi qui était en train de l’écorcher un peu plus, alors que je m’étais juré de la sauver. Je m’écœurais moi-même. Je me détestais. Et le pire, c’était que j’essayais de me persuader que je faisais ça pour son bien. Je ne pourrais plus jamais me regarder en face dans un miroir. Pardonne-moi Max. Je suis un moins que rien.

Elle reformula mes mots. En clair… c’était ça.

Je ne pouvais plus respirer. L’ambivalence de mes sentiments me déchirait.  Non, je ne veux pas… Bien sûr que non ! Elle était ma raison d’être. J’étais fou allier de vouloir qu’elle s’en aille ! Si ça ne tenais qu’à moi… Reste avec moi… Je n’ai pas le droit. Ils vont s’en prendre à toi tôt ou tard. J’ai peur. Je suis impuissant. Je ne sais pas quoi faire. Tout ce que je veux, c’est te protéger…mais à quel prix ?

Le « va te faire foutre » était la réponse la plus plausible et la plus juste qu’elle pouvait me faire. Je ne bronchais pas. Le pire était à venir. Elle laissa exploser sa colère de la pire manière qui soit. J’aurais préféré qu’elle hurle ou qu’elle me frappe. Ses paroles étaient blessantes et empreinte de justesse. Putain ! Je dus prendre appui sur le rebord de la fenêtre derrière moi, comme si mes jambes n’étaient pas assez robustes pour me soutenir. Le sol se dérobait sous mes pieds. J’étais suicidaire d’avoir osé lui dire en face ! La dernière fois, je ne lui avais pas demandé son avis. Je nous avais amené ici, j’avais disparu de sa vie, j’avais fui lâchement, pour ne pas avoir à surmonter ça… Quel con !

Mais comme ce n’était pas encore assez, elle m’acheva avec une vérité indéniable. Évidement, qu’elle n’avait nulle part où aller. Se réfugier chez les O’Hara était une supra mauvaise idée. Je me gardais de le lui dire, mais Aaron était notre cible prioritaire, et la deuxième bonne nouvelle du jour, c’était qu’il était ma mission des jours à venir…

Elle me crachait la vérité à la gueule, celle que je m’étais refusée d’admettre, à savoir qu’elle ne serait en sécurité nulle part…Fait chier ! J’avais envie de pester, de hurler ma colère à la terre entière. J’étais comme un rat pris au piège. Toutes les portes se refermaient autour de moi et le pire dans tout ça, c’était que je l’entraînais avec moi. Ça me rendait dingue ! Ma gorge me brûlait, le malaise me reprenait. Nous étions faits ! c’était déjà trop tard.

Elle venait d’ébranler toutes mes certitudes. Je n’avais pas eu le temps de réfléchir. Il avait fallu agir vite, j’avais choisi la solution de facilité : la fuite. C’était la solution la plus radicale qui m’était venue à l’esprit. Comme si m’éloigner d’elle allait tout résoudre. Non ! biensûr que non ! Ca ne lui aurait accordé qu’un maigre répit. Mais c’était déjà ça ! Mon allégeance envers Genetic était fortement mise à mal en ce moment. Je savais pertinemment que je ne répondrais de rien si ils venaient à mettre la main sur elle. Elle serait l’unique raison qui me pousserait à commettre l’irréparable.

Je serrais les poings contre la rambarde. Ma colère ne s’était pas dissipée, je la contenais du mieux que je pouvais, mais elle ne demandait qu’à exploser. Ma mâchoire se crispa un peu plus. J’avais envie de les envoyer tous chier ces connards de chez Genetic ! De quel droit nous infligeaient-ils çà ! et ce qui m’énervait par-dessus tout, c’était que je ne pouvais rien y faire. Je ne pouvais pas me dresser seul contre eux, je ne savais pas quoi faire. J’étais désemparé. J’étais fou de rage. Max n’y était pour rien, et ça m’énervait encore plus que ce soit elle qui en fasse les frais. Je n’avais rien à lui répondre. Mais ça m’écorchait d’admettre qu’elle avait raison. Dans tous les sens du terme.

J’étais un pauvre fou. Elle avait raison, je l’avais laissée reprendre sa place dans ma vie, ou j’avais repris ma place dans la sienne, ça marchait aussi. Moi aussi j’y avais cru… en fait non… j’avais voulu y croire mais j’avais toujours su que ça finirait comme ça. C’était pour cela que j’avais choisi de mettre cette distance entre nous la première fois. En acceptant de faire comme si de rien n’était, je m’étais juste voilé la face, égoïstement…préférant ne pas penser au jour ou cela se produirait. Parce que… parce que quoi bordel ? Avec toi, je me sentais bien… j’ai besoin de toi… sans toi, tout est vide, rien n’a de sens… Putain de merde ! La douleur est insupportable et tu ne me rends pas la tâche facile. Et puis, c’était encore pire maintenant… Depuis nos dérapages… Mon attachement était plus fort. Trop fort… A cause de mes conneries, tout foutait le camp !

Ne pas la retenir…
Souffrir.
La retenir.
Souffrir.
Dans tous les cas, la faire souffrir...

Mon silence n’avait d’égal que la douleur qui me bouffait de l’intérieur. Je crois que j’aurais préféré mourir que de lui faire endurer ça.

Je ne savais plus ou j’en étais. J’étais en train de devenir fou.

Je la suivais du regard, elle cherchait certainement ses clopes. Je m’apprêtais à lui lancer les miennes quand elle se retourna vers moi. Sa remarque me fit l’effet d’un coup de poignard en plein cœur et me coupa le souffle. Je me redressais, tremblant de rage, le visage toujours aussi vide et livide. Je fis un pas dans sa direction afin de lui tendre machinalement mon paquet.

« Ca n’a rien à voir avec ça et tu le sais très bien ! » finis-je par articuler, la voix chevrotante, trahissant ma colère, ma peur, ma souffrance, mon incertitude, mes craintes… bref, un peu tout à la fois.

Mais elle n’en avait pas fini avec moi. Vas-y achève moi ! C’est tout ce que je mérite… . Ma mâchoire se contracta de plus belle quand elle évoqua mon image ainsi que mon boulot, comme si cela pouvait avoir une quelconque importance !… alors qu’il s’agissait d’elle, de nous…

Au diable mon boulot ! j’en n’avais strictement rien à foutre de ma gueule ! Elle ne comprenait donc pas ?! En même temps, comment pouvait-elle comprendre ? je n’étais pas foutu de mettre des mots sur ce que je ressentais ! Je n’arrivais pas à l’exprimer ! Mais putain ! Tout ce que je voulais, c’était qu’ils lui foutent la paix ! qu’elle vive ! qu’ils me prennent moi plutôt qu’elle ! Je ne sais pas moi, j’étais près à tout pour elle !
Mais ça, je n’avais jamais été doué pour le lui dire… Les mots ne venaient pas.

« Tu n’as rien compris. »  susurrais-je entre mes dents serrées.

La dernière phrase fut la goute d’eau qui fit déborder le vase et qui me fit sortir de mes gonds. Mon regard s’assombrit, je saisis brusquement sa main, y fourrait le paquet de clopes, avant de me détourner. J’avais envie de mettre un grand coup de pied dans le mur, que j’avais amorcé d’ailleurs, dans un accès de rage. Je me repris rapidement, me contentant de poser les deux mains contre le mur et de le repousser de toutes mes forces en soufflant, afin de me calmer.

Je me consumais de l’intérieur. Toutes ces contradictions finiraient par avoir raison de moi un jour. J’allais finir à l’asile ou mourir d’un ulcère… ou d’autre chose… qui sait ? Au moins j'arrêterais peut être de lui faire du mal...

Mais quelle tête de pioche elle aussi ! Ce que je la détestais quand elle se braquait comme ça !

« Putain Max ! » grognais-je entre mes dents serrées, haussant le ton.

Je perdais mon calme. Je ne contenais plus ma voix, je me trahissais. Merde ! Coup bas ! Putain non ! Ne me dit pas ça !

« M’envoyer l’ennemie ? quoi ? tu te fous de moi ? »

Je fis volte face.

Je ne me suis envoyé personne ! Certainement pas toi ! ça n’a rien à voir ! c’est différent ! Quelque chose m’interdisait de mettre en mot la suite. C’était viscéral. Nous le savions tous les deux, mais ça ne devait pas sortir. Je ne comprenais pas moi-même. Je le savais, c’était tout. Je ne saurais pas exprimer ce que je ressentais. Ne m’oblige pas à le dire. Tu le sais très bien. Toi, moi… il n’y a pas de mots pour ça. Ca ne s’explique pas.

«  Ne me rends pas la tâche plus difficile qu’elle ne l’est déjà je t’en supplie ! »

J’avais perdu tout mon semblant de calme. Elle avait fait voler mon masque imperturbable en éclat. Elle avait appuyé sur la corde sensible… non ! pire ! elle l’avait lacérée.

J’étais à vif. J’étais paumé. Je ne savais plus ce que je faisais.

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Sam 10 Aoû - 10:01

La douleur est assourdissante. Elle prend toute la place, à l’intérieur. Elle me ronge, me dévore, me bouffe. Mon sang est devenu acide. Je n’avais pas conscience que ça pourrait faire aussi mal. Je n’ai pas voulu voir, pour être exacte. Je m’en veux. D’avoir été inconsciente et trop confiante. J’ai baissé ma garde. C’était si simple. Je crois qu’on s’est laissé porter par les évènements pour ne pas se rendre compte de notre connerie. Le temps finit toujours par nous rattraper. J’étais bien ici. Ça ne doit pas m’être permis. J’ai cru qu’ici, c’était un peu chez moi. Parce qu’il était là. Oui, juste pour ça. Ça sonnait comme une évidence.

C’était faux. Je me suis trompée.

C’est à lui que j’en veux. C’est plus facile comme ça. Je lui en veux parce que je sais que je ne suis pas assez forte pour supporter ça et faire face. Je n’ai que deux options. La colère ou le détachement. Si j’abandonne la partie, il n’y aura pas de marche arrière. Et, il en est hors de question. J’attaque. Je lui crache mon amertume au visage. C’est n’importe quoi ! Je ferai mieux de garder un semblant de dignité et de me barrer. Y’a quelque chose de désespéré dans mon attitude. C’est lamentable. Je persiste à tenter de l’atteindre en le blessant. Qu’est-ce-que je m’imagine ? Que ça va changer quoi que ce soit ? Réflexion stupide.

Jeremy fait barrage à mes attaques. Je ressens physiquement la tension qu’abrite son corps. Ses lèvres pincées, ses mains contre le mur, ces tremblements, le frémissement de ses muscles, la décadence de sa respiration… Je suis encore suffisamment lucide pour interpréter le langage de son corps. Il est à deux doigts de craquer. Parce qu’on est très loin d’être différent. En lui comme en moi, il y a un monstre de violence, une déchirure. C’est ma volonté contre la sienne. C’est à qui cèdera le premier. Mes doigts se referment sur le paquet de cigarette, celui qu’il m’a confié de force. J’écrase le carton qui plie sous ma colère.  Rien à foutre. J’me déteste de chercher à l’atteindre. J’le déteste de se contenir encore. Quitte à tout perdre, autant tout exploser. On n’a jamais rien fait dans la demi-mesure. Il me tourne le dos. La symbolique est tellement évidente. C’est à croire qu’il n’ose pas me faire face. Je voudrais hurler, lui balancer ses clopes à la gueule et éclater les murs à la force de mes poings. Peut-être que ça me soulagerait un peu. Au lieu de ça, j’accuse. J’utilise les mots comme d’autres utilisent des couteaux. J’appuie là où Jeremy est peut-être le plus vulnérable. Pour ça, pour ce comportement, je me fais horreur sans réussir à m’en empêcher. Si je tombe, il tombe. C’est ça ? Si telles sont les règles du jeu, elles ne me plaisent pas.

Il fait violemment volte face. Je recule d’un pas mais ce n’est pas la peur qui m’y pousse. J’ai joué à la parfaite petite connasse. Maintenant, il faut en assumer les conséquences. Je n’aime pas ce que je vois. La douleur dans son regard, l’impuissance. J’en suis responsable. C’est de ma faute. Je serre les poings, je me mords l’intérieur de ma joue, je fronce les sourcils, mais, je me tais. Je pourrai continuer à lui balancer des horreurs. J’le déteste de me désarmer. J’le déteste de me rendre si faible. J’le déteste de m’abandonner. Je sens quelque chose monter en moi en détruisant tout sur son passage. Comme une immense vague de bile. Brusquement, je me mets à crier.

« Et qu’est ce qui t’oblige à faire ça si c’est si difficile ? » L’ironie que je place sur ce dernier mot m’écœure. Ça semble sous-entendre que je ne le crois pas quand il me parle. Pourtant si. Je sais que ça l’atteint. C’est peut-être pour ça que je suis d’autant plus en colère. Je n’ai pas besoin qu’il ouvre la bouche, je ne lui en laisse pas le temps. Ma réponse est sans appel. « Rien ! C’est ta décision de me foutre dehors. Prends tes putains de responsabilités ! »  

Ça n’a rien à voir avec une quelconque idée pour me protéger puisque je ne serais en sécurité nulle part. En désespoir de cause, j’extirpe finalement une de ses cigarettes et la cale entre mes lèvres. Je ne me détourne pas, je ne fuis pas. Je reste tendue, droite comme un « i » mais, debout, à lui faire face, à le provoquer du regard. J’allume l’objet de mon vice et inspire profondément la fumée. Ça ne me calme même pas un tout petit peu. Je vais tout perdre. Je sais que cette phrase est clichée, je la déteste. Jeremy ne m’appartient pas plus que je ne lui appartiens. Pourtant, on est en train de se perdre. C’est peut-être déjà le cas.  Foutaise.  Comme toujours, je me mens à moi-même. Ce n’est pas parce que les choses ne sont pas nommées qu’elles n’existent pas. Il y a quelque chose entre nous. Il y a toujours eu quelque chose. Et, d’une certaine manière, si. Je lui appartiens. C’est plutôt que… J’en sais rien. Merde. Merde ! Mes yeux me brûlent. Je persiste à me débattre même si ça m’est de plus en plus difficile de feindre l’indifférence.

« Alors, vas-y, je t’écoute, je suis censée faire quoi ? » Ma hargne me dégoute. Tout comme mon incapacité à baisser les armes. « Je vais gentiment faire mes affaires parce que ça y’est, t’as décidé que c’était trop difficile de m’avoir dans les parages ? » Je déforme tout, je le sais. D’un autre côté, je touche à une certaine partie de la vérité. Qu’il ouvre ses putains d’yeux ! « Ca n’a rien à voir ? C’est bien ton excuse ? Ca a à voir avec quoi, alors, Jeremy ? Parce que, quoi que tu fasses, je serais dans la merde, mais je m’en sortirais, d’une manière ou d’une autre. Je fais avec cette merde depuis que je suis à L.A. Là vérité, c’est que tu veux protéger ta place à Genetic. Mais ça, t’as même pas le cran de l’admettre et de le dire. »

Je croyais qu’ici c’était chez nous.
Je croyais que tout irait bien si on était là, tout les deux.

S’il répond je n’écoute même pas. Je lui jette son paquet de cigarette au visage. Mes yeux se remplissent de larmes. Je lâche ma cigarette à moitié entamée dans un cendrier et je me casse de cette foutue pièce. Je dégage le plancher. C’était bien ça, le but de la manœuvre de toute façon.  J’obéis en lâchant un « C’est ça, va te faire foutre ! » vibrant et rocailleux. J’ai mal. Mes doigts tremblent. Je sens une putain de larme sur ma joue. J’ai beau l’essuyer rageusement, une autre prend sa place. Bordel, je ne pleure jamais moi. C’est pas mon genre. Et puis ça sert à rien. C’est pas ça qui va changer quoi que ce soit ! Je tremble quand j’ouvre la porte du placard de ma chambre. Elle claque dans un bruit sourd. Il faut penser pratique. Je laisserais probablement la moitié de mon bordel ici. Y’a des dessins qui trainent partout ici.  Sur les murs, le lit, le sol. Des dessins de lui, des paysages, des souvenirs du domaine, des monstres, des corps tordus. J’peux pas emmener tout ça. J’prendrai le minimum. Quelques fringues, un carnet, mon portefeuille et des croquettes pour Néo.  J’ai besoin de personne. J’ai besoin de personne. Et je vous le jure, on ne m’y reprendra plus. Je voudrais frapper dans le mur.

Je ne peux pas.
Je me connais, si je commence, je ne m’arrêterais pas.

Je me hisse sur la pointe des pieds et j’attrape mon sac à dos vert, tellement usé qu’il en deviendrait transparent. Un peu comme moi. L’analogie sonne juste.
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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Sam 10 Aoû - 12:36

Ses paroles étaient pires qu’un coup de poignard dans le dos, dans le cœur ou n’importe où ailleurs. Elles étaient blessantes, elles me tuaient à petit feu, d’autant plus que je savais quelle avait raison. J’étais lâche. Je n’avais pensé qu’à fuir le problème plutôt que de l’affronter. Parce que je ne voulais pas y faire face. J’avais pensé que si elle partait, elle aurait plus de chance de leur échapper, que si elle partait, je ne pourrais pas les conduire jusqu’à elle, que si elle partait... peut-être la retrouveraient-ils ailleurs et que je ne pourrais rien faire pour les en empêcher…
Ca faisait mal à encaisser. Le coup était brutal. L’issue était sellée. Moi qui croyait bien faire… Elle m’avait jeté la réalité sous les yeux. Où qu’elle aille, elle ne serait en sécurité nulle part ! et le problème restait entier. Je me haïssais de toute mon âme. En voulant la protéger, j’étais en train de tout détruire. Elle m’avait cloué le bec, je n’avais rien à répondre à ça.

Biensûr que non je ne voulais pas prendre mes responsabilités quand ma tête disait de la merde et que tout le reste de mon corps s’évertuait à me montrer que je me trompais. Elle me faisait prendre conscience de mon erreur. Mais comment l’admettre ? Ce n’était pas qu’une question d’ego mal placé, qu’il aille se faire foutre celui-là ! Elle était folle de rage. Et il y avait de quoi ! Elle me détestait, je ne pouvais pas lui en vouloir et j’étais d’accord avec elle. Le truc, c’était qu’elle n’était pas en mesure de m’écouter d’autant plus que je ne savais pas quoi lui dire pour ma défense. Je n’étais plus sûr de rien. J’étais au pied du mur, dans mes derniers retranchements. J’étais faible et désarmé, en perpétuelle lutte avec moi-même. La douleur était insupportable.

« Je… je ne sais pas. » répondis-je, dépité, le plus sincèrement du monde.

J’étais désœuvré, désabusé, aveuglé, et tout ce que j’avais toujours redouté. J’avais toujours tenté inconsciemment de me protéger de ce genre se situation. Pas d’attache ! mon cul ! J’étais en train de la perdre. J’étais responsable de sa déchéance passée et future. Putain ! ça me rendait dingue !

Elle me mettait à nu devant ma décision, me rappelant douloureusement que si elle partait c’était de ma faute, me mutilant allègrement en remuant le couteau dans la plaie :

« Non ! »

Je ne récoltais que ce que j’avais semé. Elle voulait des explications. Une sueur froide m’envahit. Avec quoi ça avait à voir ? c’était un aveu qu’elle voulait ? Les bras m’en seraient presque tombés si elle ne m’avait pas planté une fois de plus sur mes priorités, comme si ma place à Genetic avait plus d’importance qu’elle ! Putain ! Mais quelle conne ! avais-je envie de lui hurler ! Mon corps se tendit de nouveau, mon regard se ré-assombrit. Je me mordis la lèvre inférieure, furieux. Je me contins une énième fois par je ne sais quel miracle, mais je pensais mon regard assez éloquent. J’allais finir par exploser !
C’était entièrement de ma faute si on en était là. Moi et mes conneries. Ma culpabilité m’empêchait de riposter, me rongeait les entrailles, me filait la gerbe.

« C’est faux ! » Laissais-je tout de même échapper sous le coup de la colère. La cocotte minute était pleine, je n’en pouvais plus. Je ne pouvais pas la laisser dire ça, la laisser croire ça ! Elle me jeta mon paquet de clopes au visage, je perdis mon sang froid. Elle me rendait fou.  

« oh putain ! Max ! »

« Mais je les emmerde Genetic ! Il faut que je te le dises en quelle langue bordel ! » hurlais-je.

Mes émotions contradictoires devenaient de plus en plus virulentes et me submergeaient. Je jetais le paquet de cigarettes contre le mur. Elle ne m’écoutait plus, s’était barrée dans sa chambre. J’étais un abruti. Ce que je n’ai pas le cran d’admettre, c’est plutôt… Raaaah ! fait chier !

Elle me menait par le bout du nez ! Je savais pourquoi j’avais voulu mettre de la distance entre nous, ce n’était pas qu’une question de protection, d’éloigner Genetic ou une quelconque excuse bidon avec laquelle j’aimais me voiler la face. C’était parce que j’avais peur de ce que je ressentais pour elle.

Je flanquais finalement un coup de pied dans le mur pour évacuer un peu de pression. Néo alla se planquer sous le canapé. Ca ne me fit ni chaud, ni froid. J’étais en proie à une sorte de panique. J’avais le sentiment qu’il fallait que je réagisse. Vite ! Avant qu’il soit trop tard.

Je me téléportais dans sa piaule, juste derrière la porte. Elle était en train de plier bagage. J’étais à cran, à deux doigts de perdre la raison. Les battements de mon cœur étaient douloureux, l’air dans mes narines me brûlait, la tension de mon corps rendait chacun de mes mouvement pénibles. Elle était dans le même état que moi, plus ou moins, son vieux sac entre les mains. J’imaginais alors cette chambre vide… j’étouffais.
Nous étions morts de toutes façons. Quitte à tout perdre…on pouvait tout m’enlever, tout me retirer mais…

« Pas toi Max. »

Je laissais la porte se refermer derrière moi. Je ne savais pas ce que je faisais exactement, si où cela allait nous mener. J’avais amorcé notre chute il y a bien longtemps déjà. Je n’avais plus aucun contrôle sur rien et j’avais horreur de ça. De toutes façons, elle me connaissait mieux que quiconque, lui mentir ne servait à rien, me voiler la face n’avait plus aucun sens. J’en avais assez de la voir souffrir, et d’en être la cause.

« J’ai peur. » avouais-je à demi mot, la voix tremblante.

J’avais décidé d’abandonner mes scrupules débiles, laissé ma salopperie d’égo dans le salon. J’étais faible…tu es mon point faible, qu’à cela ne tienne ! Si je dois mourir autant que ce soit de tes mains, sous le coup de tes mots. Rien d’autre n’a d’importance, contrairement à ce que tu semblais me reprocher. Et tu le sais. Sinon, tu ne te serais pas donnée la peine de m’envoyer tout ça à la gueule. Je ne serais pas en train de discerner ce que je vois sur ta joue.

« J’ai peur de ce qu’ils pourraient te faire si… »

Ma voix se brisa, l’air me manqua. Je ne lui avais jamais vraiment parlé de ça. Un flash me revint en mémoire. Une marre de sang, un corps gisant sur le sol, la douleur que j’avais ressentie à ce moment là, la perte d’un être cher…sauf que cette fois, ce n’était pas ma mère que j’y voyais. C’était ma peur la plus profonde. Mon regard se brouilla. Les yeux me brûlaient. Cette vision m’était insupportable.

« J’ai peur de ne pas être capable de te protéger, de ne pas être là quand il faudrait… Je… »

J’avais du mal à respirer. Cette douleur, je ne l’avais jamais oubliée. Je l’avais refoulée, m’étais interdit l’attachement depuis lors. Je m’en étais toujours voulu, de ne rien avoir pu faire, de ne pas avoir été là, d’avoir été la cause de tout ça…tout était de ma faute.

« Pire ! je pourrais être la cause de… » ma voix s’étrangla.

Je ne pouvais pas le dire. C’était un supplice. Je détournais le regard, essuyant discrètement le coin de mon œil droit. Je me sentais toujours idiot de me montrer sous ce jour, même à Max. Malgré ce que nous avions enduré ensemble. La découverte des restes du domaine… et de toutes ces horreurs. Comment pouvais-je protéger quelqu’un avec pareille faiblesse ? hein ? je vous le demande ! Je me sentais minable, moins que rien.

Je me sentais responsable et coupable de tout.

« Quelque part, Anne avait raison, si le domaine a flambé, c’était peut être à cause de moi. Si je n’en étais pas parti, peut être que ça aurait été différent… Si je ne t’avais pas amenée ici, peut être que… »

J’avais peur de répéter ce schéma avec Max. Car j’avais failli. Il y avait toujours eu bien plus entre nous que ce que nous voulions croire… que ce que je voulais admettre. Depuis le début. Il n’y avait peut être pas de mot pour le décrire, mais ça existait bel et bien. C’était à mon sens ce qui était en train de causer notre perte. Mais je ne pouvais plus faire machine arrière. C’était trop tard. Elle était tout ce qui me restait, mon dernier rempart. Je pensais que tu le savais. Je te l’avais déjà dit. Ca n’a pas changé, ou peut être si… c’est encore bien pire maintenant.

« J’ai peur de te perdre. »

Et ça, c’était une certitude !

Jeremy Stenson, ou le paradoxe dans toute sa splendeur !

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Dim 11 Aoû - 19:33

Alors, juste comme ça, je vais m’en aller. Je n’ai même pas été foutue de garder ma dignité, cette fois-ci. J’ai hurlé. Maintenant je pleure sans pouvoir m’en empêcher. J’ai la décence de ne pas sangloter. Autant ne pas en rajouter sur le côté dramatique de la situation. J’ai suffisamment joué les hystériques. C’est ridicule. Tout ça est ridicule. Ce que je ressens est ridicule. J’ai l’impression de faire un caprice parce que je ne veux pas partir. De jouer les enfants têtues qui refusent d’entendre raison. J’me bats contre des moulins à vent. Il a déjà décidé. Mes doigts tremblent en serrant le tissu usé de mon sac vert. J’ai été conne. Ce n’est pas chez moi. Je n’ai pas de chez-moi. Je n’ai pas de famille. J’essaie de me le répéter pour me rentrer ça dans le crâne. Ma seule solution est de me couper de toute émotion. Je suis douée pour ça d’ordinaire. Je le suis beaucoup moins lorsqu’il s’agit de Jeremy.

C’est de ma faute. Je me suis trop raccroché à lui. On n’a pas le droit de demander autant à quelqu’un. J’avais pas le droit de le faire. Dans mon armoire, mes doigts s’arrêtent sur le dernier dessin que j’ai fait de lui alors qu’il dormait. Je ne suis même pas sûre qu’il le sache. Il a presque l’air serein, là-dessus. Rien à voir avec l’expression douloureuse qui déforme ses traits en ce moment. Juste à côté, dans un renfoncement, je vois mon arme, volée, il y a plusieurs mois déjà. Le chargeur est à côté. Ainsi que l’enveloppe qui contient ce qu’il reste de ma dernière « paie ».  Il faut que je les prenne. D’un geste sûr, je les fourre dans mon sac. J’y ajoute deux-trois vêtements. Le strict nécessaire. Ça suffira. Je n’ai pas besoin de grand chose.
J’ai beau me concentrer, m’acharner à réfléchir à ce qu’il me faut et ce qu’il ne me faut pas, je n’arrive pas  me calmer. De mémoire, il ne m’a jamais été aussi difficile de quitter un lieu. Probablement parce que je me fous du lieu. C’est de la personne dont il s’agit. Ce qu’il est, ce qu’il représente…Aucune définition ne saurait sonner juste. Je ne peux pas employer de mot. Il n’en existe pas. Ce serait nous trahir.

J’entends sa voix juste derrière moi et je sursaute. Je ne l’ai pas entendu arriver.  Je ferme les yeux sans me retourner. J’inspire profondément comme pour marquer les choses dans ma mémoire. Quelque part, je suis soulagée. Pourquoi ? J’en sais rien. Rien du tout. Je sais, c’est reculer pour mieux sauter mais il est là, bordel ! Je me voile la face, encore une fois. C’est lâche. Je n’ai pas la moindre intention de me retourner et de lui faire face. Je crois que j’en ai pas franchement le courage. Si je le regarde, je vais être faible.

Suis-moi, je te fuis. Fuis-moi, je te suis.
La logique et la cohérence ne fait pas partie de nos principaux traits de caractères. Nous sommes trop ambigus et paradoxaux pour ça.

Je suis stupide au point de croire que je resterais forte si je lui tourne le dos. Ce n’est pas le cas. Son aveu brise ma résistance factice. Je sens que ça s’effrite à l’intérieur. Mes doigts se crispent sur le tissu. J’ai mal, physiquement. Mon ventre se tord. Si je m’écoutais, si j’oubliais toute décence, je m’accrocherais à lui pour nous faire croire que tout va bien. Que le monde aille se faire foutre. C’est plus fort que moi… Sa douleur est mienne. Peur de quoi ? Je n’ose pas demander. Je n’ose pas bouger. Je le respecte trop pour briser la distance et lui imposer mon regard. Qu’il se confie, c’est déjà beaucoup. Je sais ce que ça coûte aux gens comme nous, je sais comme c’est difficile, parfois, de dire les choses. Je suis immobile. Les larmes continuent de dévaler mes joues, de plus en plus vite à mesure que ses mots tombent dans mes oreilles. J’ai froid. Je suis glacée. Au bord du gouffre, prête à sauter. Mais, avec lui.

Je sais ce que c’est d’essayer de s’exprimer et de ne pas trouver les mots. Alors, j’écoute, patiente. Je ne fais pas le moindre geste, de peur de le braquer, d’empirer la situation. Les mots résonnent à l’intérieur de ma tête. Je continue de pleurer, mais ce n’est plus de colère. J’ai des années de larmes à rattraper. Je pleure parce que je le crois quand il me dit qu’il a peur pour moi. C’est en partie pour ça, que je ne me laisse pas approcher par les gens. Leur affection ressemble à une prison. Je refuse les responsabilités qui vous tombent sur la gueule quand quelqu’un clame qu’il tient à vous. Je fuis les confessions. Je n’écoute pas les gens. Je suis incapable d’être celle qu’ils attendent. Est-ce que je suis  lâche et égoïste ? Quelque chose de sombre, de profondément ancré en moi me chuchote qu’il faut que je m’en aille avant que ça ne soit trop important. Mon instinct premier est toujours de fuir quand on me montre un peu d’intérêt.

Je ne bouge pas.

J’aurai pu rester comme ça, indécise et incapable de choisir, pendant un long moment s’il n’avait pas repris la parole. Je sursaute et fait volte-face, soudainement tendue. J’ai les poings serrés, mon sac a été abandonné sur l’étagère. Il n’a pas le droit de dire ça. Je l’aurais giflé ! Et, alors que je crois ne pas pouvoir supporter plus d’émotions contradictoire, il lâche la bombe. Il lui aura fallu des détours, des ratés mais il a réussi à dire ce que je ne sais pas dire. Il ne veut pas me perdre, par conséquent, il me fout dehors. J’ai l’air cinglé si je dis que je comprends ? Probablement.
Je passe ma langue sur mes lèvres trop sèche, juste le temps de me donner une certaine contenance. Barre-toi, Max. Barre-toi maintenant. me souffle ma petite voix, ma compagne depuis si longtemps maintenant. Je me sens vide et fatiguée. Je ne trouve rien à répondre à ça. Je le regarde avec mes yeux mouillés, mes traits tirés et ce vide dans mes yeux. Je prends sa main. Je glisse mes doigts contre les siens et je serre aussi fort que je peux. Comme s’il allait s’échapper, lui aussi. Je viens poser mon front contre son épaule et je respire pour retrouver son odeur.

Aussi cassés l’un que l’autre. Aussi terrifiés. Paumés.
J’ai besoin de quelques secondes avant de prendre la parole même si j’ai l’impression qu’il n’y a plus rien à dire. Que tout a déjà été dit.

« Anne est une idiote qui parle sans savoir. » Si je suis polie quand je parle d’elle, ce n’est que par respect pour lui. Elle me file la nausée. Comment lui dire, sans me trahir ? Je décolle mon front pour pouvoir le regarder. « Tu n’es pas responsable. J’serais sûrement morte là-bas si on n’était pas parti. Genetic n’a rien à voir là-dedans, je te le jure. Pour le reste… »

Je déglutis péniblement, peinant à trouver mes mots. Je baisse les yeux. Je voudrais pouvoir lui promettre l’impossible. Ce serait sans doute plus facile pour nous deux si je mentais. Je ne veux pas.

« C’est sûr que je crèverais avant trente ans. » Même avant. Bien avant ça. Il n’a pas besoin de le savoir. « Mais ça a rien à voir avec toi, ça. » Je me recule, lâchant sa main. La tension remonte aussi vite qu’elle ne s’était apaisée. « J’suis pas ta responsabilité, je te l’ai dit. » Je m’exprime mal. Je me corrige pour que ce ne soit pas interprété comme une nouvelle attaque. « Je sais me débrouiller toute seule, je l’ai toujours fait. C’est moi qui suis responsable de moi. S’il m’arrive un truc, ce sera à cause de mes choix, de ce que je fais. » C’est pas très rassurant mais j’ai pas mieux comme consolation. Je sais bien qu’elle est pourrie ma technique. J’en ai pas d’autres sous la main. On est mutant. Et être mutant, ici, réduit déjà considérablement notre espérance de vie. Ajoute à ça mon job officieux. Sincèrement, il y a peu de chance que je finisse vieille et ridée. Ça me convient bien, de toute façon. « Alors, ouai. T’as peut-être raison. Peut-être que c’est mieux que je m’en aille. »

Ça me tue de dire ça. Mon instinct me dicte de me casser parce que cette situation est dangereuse pour mon « indépendance ». J’me dis aussi, que ce serait mieux pour lui. Si je n’étais pas là, il ne se prendrait pas autant la tête et, je ne le mettrais pas en danger.  Je ne serais jamais à la hauteur. Je suis celle qui foire tout. Je devrais partir. Je devrais.
Foutaises.
Je l’ai déjà dans la peau, de toute façon. Dans mon sang, dans mes os. C’est déjà trop tard. Il le sait. Je le sais aussi. Puisqu’on est foutus, autant l’être totalement. Je ne peux juste pas dire toutes ces choses. Je me contente de les ressentir.

« Mais j’veux pas partir. » Je me mords la lèvre inférieure. Je pourrais le faire jusqu’au sang. « J’veux plus m’en aller. » Plus disparaître des semaines comme je l’ai fait. J’veux rester ici, même si on s’engueule et ça me tue toutes ces conneries. J’veux plus que ma vie se résume à un sac à dos. « J’en ai marre qu’on me foute dehors comme on se débarrasse d’un problème. » Je recule d’un pas. Trop vulnérable, même face à lui. J’ai besoin d’un clope. Tiens, elles étaient là, ces connasses. Sur le lit, à côté d’un tas de vêtements.
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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Lun 12 Aoû - 9:35

Mon semblant d’assurance avait fondu comme neige au soleil. Elle m’avait complètement désarmé et anéanti. Elle m’avait forcé à ouvrir les yeux, et j’étais contraint d’admettre qu’elle n’avait pas tort, même si je ne disais rien. J’avais irrémédiablement fini par perdre mon sang froid et laisser mes faiblesses refaire surface. Mes craintes, mes doutes, mes peurs, que je m’évertuais à enfouir perpétuellement au plus profond de mon être, qui me rongeaient depuis si longtemps, avaient repris le dessus, mêlées à ce sentiment violent à son égard, qui tenaillait mes entrailles et qui gagnait chaque jour un peu plus de terrain.

A tel point que je ne savais plus ce que je voulais, qu’elle parte ? qu’elle reste ?...
En fait… si… intérieurement je le savais, je refusais juste de comprendre, de l’admettre. Ma raison me dictait que c’était de la folie, que c’était du suicide, mais mon corps et mon cœur n’en avaient rien à foutre et me poussaient à me jeter dans le vide. De toutes façons, nous étions déjà perdus. C’était plus fort que moi, plus fort que nous. Je ne pouvais pas lutter. C’était ce qui m’avais poussé à me téléporter dans sa chambre sans doute.
Pourquoi je le faisais ? qu’est ce que je voulais ? qu’est ce que j’attendais ? Je n’en savais trop rien. Je savais juste qu’il fallait que je le fasse, parce que ça me bouffait, parce que je ne supportais pas de la voir comme ça, parce que…
Fuck les « parce que » ! je me cherche des excuses, mais j’en sais rien en fait.

Elle me tournait le dos. Je connaissais ses raisons. Celles qui m’avaient poussé à en faire de même tout à l’heure. En proie à une lutte intérieure sans doute, préférant me fuir… je ne connaissais que trop bien ce sentiment. Nous étions faits sur le même moule tous les deux. Alter-égo... c'était ça. Je redoutais juste la réaction qui allait suivre. Faire ces aveux me demandait un effort incommensurable, me rendaient plus vulnérable que jamais. Je me jetais presque consciemment dans le vide. Je plaidais coupable.

Elle finit par se retourner. Ma gorge se serra tellement que j’en eu le souffle coupé. Elle était tendue et son regard…allait m'achever.
J’avais tout détruit. Je n’avais plus rien à perdre si ce n’était elle… et je ne voulais pas la perdre. C’était trop tard… Non ! Je ne veux pas ! …Merde ! Je l’ai dit !

Ma cage thoracique me faisait mal. Je retins mon souffle, comme si ça pouvait suffire à atténuer la douleur. J’avais l’impression que le temps était en suspend. J’étais incapable de faire le moindre mouvement. Elle s’était rapprochée de moi. Le contact de ses doigt me brûla et me sorti légèrement de ma torpeur. Elle serra fort ma main, je l’agrippais moi aussi. Je sentais de nouveau l’air brûlant parvenir jusqu’à mes poumons. C’était douloureux. J’étais on ne pouvait plus tendu, mes muscles me faisaient mal. Elle posa sa tête sur mon épaule. Une larme coula sur ma joue. Je sentais de nouveau cette dualité en moi me déchirer de l’intérieur. Je n’arrivais pas à bouger, si je la prenais dans mes bras, je ne pourrais pas la laisser s’en aller. Mon bras se contracta, en proie à l’hésitation.

Sa voix était réconfortante, l’odeur de ses cheveux également, la sentir contre moi… Le méritais-je seulement ? Elle décolla son front de mon épaule, son regard humide acheva ma raison. Je m’en voulais terriblement. L’imaginer morte m’étais insupportable, je ne pouvais pas la laisser dire ça. Je me contractais de nouveau, posais une main sur son bras, fermais les yeux tout en posant mon front contre le sien. J’étais soulagé de l’entendre me dire que je n’étais pas responsable, moi ou Genetic, peu importe, même si cela ne suffisait pas à détruire complètement mon sentiment de culpabilité.

« Je sais… » répondis-je douloureusement, sans réfléchir, sans vraiment percuter le sens de ses propos ni des miens qui sonnaient un peu comme une confession inconsciente, ni le fait que nous n’en avions jamais reparlé.

Je rouvris les yeux tandis qu’elle me disait qu’elle allait sans doute mourir avant trente ans. Instinctivement, ma main vint essuyer sa joue d’une caresse :

« Ne dit pas ça ! » murmurais-je.

Elle se recula. Elle me fuyait. Encore. J’avais le sentiment qu’elle menait la même lutte intestine que moi. Suis moi je te fuis hein ?
Mais c’était Max. C’était étonnant qu’elle soit encore là d’ailleurs !

Je savais tout ça. Nous n’étions plus des enfants, nous étions responsables de nos actes… enfin, nous essayions. J’étais nul pour ça. J’avais horreur de prendre ce genre de responsabilités. Surtout quand il s’agissait d’elle, j’étais complètement irrationnel, incapable de faire le bon choix. Mais quel était-il ce putain de bon choix ? Bordel !

Quoi ? elle me donnait raison maintenant. Non ! Ma raison était une connasse finie ! Mon regard se vida. C’était moi qui lui avais demandé ça et maintenant ?… elle allait vraiment le faire ? Juste parce que je le lui avais demandé ? Elle allait cesser de m’envoyer me faire foutre ? de me tenir tête, de se battre ? Non ! Ne me donne pas raison !

Ce que je pouvais être bipolaire parfois !
Je me serais foutu des baffes.
Rien à foutre !

Je tentais de décrypter son expression. Ce sentiment viscéral et suicidaire m’envahissait de nouveau. Ce truc qui me rendait fou et me dictait n’importe quoi, me rendait irraisonnable me poussait dans le vide, me consumait. Ce truc qui nous avait poussé à déraper si souvent, que j’essayais toujours de foutre en sourdine, en vain, ce truc qui fit manquer un battement à mon palpitant quand elle m’annonça qu’elle ne voulait pas partir. Au fond de moi, je ressenti une sorte de soulagement douloureux. Inconsciemment, je n’attendais que ça. C’était stupide. C’était égoïste. Je n’avais pas le droit de ressentir ça maintenant. Mais... Je ne veux pas que tu partes !

Sans m’en rendre compte, j’avais parcouru la distance qui nous séparait. Je voulais la serrer dans mes bras, oublier tout ça, comme si rien d’autre n’avait plus d’importance, comme si tout allait bien maintenant. Me voiler la face, encore et toujours pour profiter d’un moment de répit. Et après ?

Une fois de plus, elle me collait la réalité sous les yeux. Rappelant cette saloppe de raison, de lucidité qui ravivait l’instant de torture que je nous infligeais. Un problème ?  Oui, nous avions un sérieux problème !

« Ce n’est pas toi le problème. » arrivais-je à murmurer sur un ton plus calme.

Je partais demain. Pour une durée indéterminée. Cette mission que j’avais tant attendue avait un goût cruel et ne correspondait pas vraiment à ce que j’avais espéré. Seulement, je n’étais pas en mesure de la refuser, encore moins de la faire foirer. J’avais une épée de Damoclès au dessus de la tête. Si je faisais ça, c’était moi qui n’allais jamais atteindre l’âge de la majorité. De l’autre côté, il y avait Holster, mais mort, je ne lui servirais plus à rien. Ils me tenaient.

« Le problème c’est qu’il y a de grandes chances pour qu’ils viennent ici. » ajoutais-je d’une voix chevrotante.

Paranoïaque moi ? Il y avait de quoi ! Maintenant que la traque était officielle, j’avais encore plus peur que cette connasse de Cooper mette ses menaces à exécution, si ce n’était pas déjà fait. J’étais envoyé sur le terrain, dès demain. Quelle aubaine ! Je ne pourrais pas être à l’appart. Je m’attendais à des représailles de sa part. Soit elle savait déjà pour Max et elle se faisait un malin plaisir de m’occuper pour l’appréhender pendant mon absence. Je voyais déjà son air suffisant dans mon bureau quand elle viendrait fanfaronner devant moi pour me l’annoncer ! Soit elle allait profiter de mon absence pour faire installer micros et compagnie pour me faire surveiller d'encore plus près. Je connaissais leurs méthodes, je n'étais pas dupe !
S’ils la trouvaient là, ils ne l’épargneraient pas. Si elle leur échappait, ils la traqueraient, sans relâche. Comme ils avaient fait pour moi, du temps du Domaine.

Je nous avais foutus dans une belle merde ! Il n’y avait pas trente six solutions pour en réchapper. Il fallait réfléchir, vite et bien ! Je posais les yeux sur son visage. J’étouffais. Elle recula d’un pas.

« Je… » j’hésitais à le lui dire. Mais il le fallait.

« Je suis envoyé en mission demain… je ne sais pas pour combien de temps… »

J’étais nerveux. Je n’aimais pas parler de ça avec elle. Encore moins quand ma mission concernait quelqu’un qu’elle connaissait. Ne m’oblige pas à cracher le morceau je t’en supplie !
D’avance, je détestais cette mission !

J’essayais de réfléchir afin de trouver une solution tout en scrutant son visage que j’avais peur de voir disparaître. Ce flash… encore une fois, me filait la nausée. J’avais envie de hurler, comme quand j’étais gamin, de me battre contre des moulins, mais il était déjà trop tard. Je ne pouvais pas la ramener ! Pour ma mère…non, on ne pouvait plus rien y faire.

Pour Max, je pouvais l’empêcher. Les larmes me montaient aux yeux. Je me rapprochais encore. La douleur était trop grande, trop perceptible. Je portais ma main à son visage, effleurait sa joue du bout des doigts. Je redoutais de ne plus jamais pouvoir le faire. Je ne les laisserais pas faire ça ! Même si je dois y laisser ma peau.

J’avais une solution… temporaire…bancale certes, mais pour pallier à l’urgence, ça pourrait peut être le faire.

« Il faut pas rester là. On pourrait aller à l’hôtel quelques temps...»

C’était peut-être naze comme idée, mais nous n’avions pas d’autre endroit où aller. « On », oui, elle avait bien entendu. Je serais plus rassuré de la savoir dans un autre endroit qu’ici pendant mon absence. Si nous bougions, ils auraient plus de mal à nous retrouver. Espérons que je n’étais pas trop naïf de penser ça…

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Lun 12 Aoû - 17:54

Ce n’est pas moi le problème, mais c’est de moi dont on se débarrasse. Cette pensée glisse sur moi. L’évidence est établie depuis si longtemps qu’elle est comme ancrée dans chacun de mes comportements. Ce n’est véritablement douloureux que parce qu’il s’agit de Jeremy. Là, tout de suite, je me sens trop vide. J’avais oublié que les larmes avaient cet effet. La douleur a comme ankylosée mes émotions. Ou bien, peut-être que c’est juste parce qu’on essaie de reboucher le gouffre installé entre nous. Jeremy paraît plus calme, plus raisonnable. Son état d’esprit doit déteindre sur moi. Mes mains tremblent moins. Je crois que mon cœur commence à se calmer aussi. Encore un peu et il m’aurait défoncé les côtes, de toutes façons.

Ce n’est pourtant pas fini.

Jeremy m’annonce que Genetic va probablement ramener son cul dans notre appartement. Quoi ? Je recule comme sous l’effet d’un coup. Je ne cherche à cacher ni ma surprise ni mon angoisse. Ni ma colère. Ils n’ont pas le droit de faire ça. Ici, c’est chez nous. Notre refuge, loin du monde, de leur guerre, de leurs conneries… « Pourquoi est-ce qu’ils viendraient ? » Ma voix me semble fragile, comme si quelque chose obstruaient ma gorge et gênait mes cordes vocales. Ils le soupçonnent de quelque chose ? Je fronce les sourcils. « Je sais me défendre. » Je lui ai déjà dit. « Je peux me débrouiller. » Peut-être que si je le répète, encore et encore, il comprendra que je ne suis plus tout à fait la gamine du domaine. J’ai un peu plus que ma hargne à offrir dans un combat. Je me débrouille mieux même si j’ai encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir mettre à terre des personnes entraînées. Je m’en sortirai d’une manière ou d’une autre. « T’façon, j’suis presque pas ici la journée. » quand t’es pas là. Je me fais l’effet d’une enfant capricieuse qui sort des arguments bidons pour obtenir gain de cause. Je ne veux pas partir, je l’ai dit. Ça a été suffisamment difficile de l’admettre à haute voix, je ne suis pas sûre d’être capable de recommencer.

Si j’ai cru que c’était tout, je me suis trompé. Jeremy part en mission. La boule d’angoisse se reforme et remonte dans ma gorge. Je me mords la lèvre pour ne rien dire. Malheureusement, vulnérable comme je le suis dans l’immédiat, je pense que mon regard a été éloquent. Je n’ai aucun problème avec la solitude. J’ai juste peur qu’il ne revienne pas. J’ai beau être sous le choc de ces révélations, de notre dispute, je sais toujours que un plus un font deux. Genetic traque Genome. Jeremy part en mission. Il est dans la meute de ceux qui vont aller les chercher et les ramener. Je ne sais pas quoi penser. Je sais juste que je n’aime pas ça. Genome n’est qu’une bonne de super-héros au rabais. Je leur ficherai bien moi-même mon poing dans la figure, histoire de leur rappeler le sens de réalités. Mes relations avec le groupe ont toujours été plutôt chaotiques. Je crois que la majorité d’entre eux sont même plutôt contents que je ne traîne plus là-bas. Mais, malgré tout leurs défauts, ils m’ont sauvé la vie. Adam a retrouvé Jeremy pour moi, sans poser la moindre question. Aaron est coupable avec moi du meurtre de Chuck. Esteban m’a sauvé la vie, il a soigné mes blessures. Ross m’a accueilli chez lui. Soraya m’a donné mes premières leçons de combat. On ne s’est pas toujours bien entendu, c’est vrai. Cependant, je ne peux pas nier l’aide qu’ils m’ont apporté, chacun à leur manière. Quant à Anne... Je ne veux pas y penser.

Aujourd’hui, ils sont en danger. Qu’est-ce que je dois faire de cette information ? Jeremy va chasser l’un d’eux. Egoïstement, j’espère que ce ne sera pas l’un de ceux que j’ai mentalement cité. Je n’aime pas Genetic, je n’approuve pas ce que j’ai vu d’eux. Je tuerais certains de leurs employés de mes mains si la chance m’en était donnée. Dans mon esprit, je n’affilie Jeremy à ces gens. Il bosse pour eux, ça, je l’ai accepté. Mais il n’est pas comme eux.

Je sens Jeremy qui se rapproche. Il a toujours cette douleur accroché au visage, cette expression au fond des yeux. Ce qu’il ressent, je le ressens aussi. C’est comme ça. Mes yeux se ferment instinctivement. Si seulement, je pouvais mettre de l’ordre dans ma tête, réfléchir rationnellement. J’ai l’impression de ne pas en avoir la force. Sa main, là, contre ma joue. J’ai besoin que de ça. Je n’ai prêté allégeance à personne. Ni à Genome, ni à Genetic, ni même à l’Agence. Ma loyauté lui est acquise, à lui, ça a toujours été le cas. Ce n’est pas comme si je l’avais décidé. C’est le cas, point. C’est une certitude. De la confiance aveugle. Si je dois choisir entre sa vie et celle d’un des partisans de Genome, je n’aurai pas à peser le pour et le contre.
J’hoche la tête mécaniquement quand il me dit qu’on doit partir. Je ne sais pas si c’est la meilleure solution, je ne suis pas sûre d’être d’accord, mais je ne sais plus rien. Ma main glisse le long de son bras pour retrouver la sienne. Elle s’y accroche. Je fais glisser ses doigts jusqu’à mes lèvres que je presse contre sa peau. Je crois que d’autres larmes se mettent à couler. Je suis fatiguée de pleurer. Ne me lâche pas. Je rouvre les yeux.

« Faut emmener Néo. » J’le laisserais pas ici. J’ai pas confiance en eux. « On reviendra ici, après ? » Je n’y crois pas vraiment. Si ce n’est que le temps de sa mission, je peux accepter. Pour le rassurer. « J’sais me défendre. Ils m’auront pas. » Me voilà à faire des promesses que j’suis pas sûre de pouvoir tenir. Rien à foutre. Je lâche sa main pour poser les miennes dans son cou. Son front contre le mien. Je m’accroche à lui, à sa peau, à son odeur, à son regard. C’est lui. Ne me lâche pas… Il n’y a aucune justification rationnelle. Je caresse sa joue et dépose un baiser à la commissure de ses lèvres. Je ne veux plus jamais de cette distance entre nous, ni risquer de le perdre. Je suis égoïste. J’ai perdu tout sens du rationnel, du raisonnable. Je suis cinglée. Il n’y a plus rien à sauver de ma pauvre carcasse. Je n’en ai rien à foutre, de toute manière. J’en ai jamais rien eu à foutre. J’emmerde le monde entier.

« Je ne veux pas savoir ta mission. » Je suis sincère. Je préfère fermer les yeux. Suis-je lâche ? Très bien. Je m’en fous. Je nous protège. C’est ma priorité. « Dis-moi juste que ce n’est pas Ross ou Wyatt, s’il te plaît.» Je chuchote ces mots car je n’ai pas la force de les dire plus fort. Si ce sont eux, je ne sais pas ce que je ferais. Je ne pourrais pas fermer les yeux, les concernant. Soraya, Esteban, Aaron, Adam…. Ils ont choisi cette vie. Ils ont choisi ce combat et en connaissaient les risques. Peut-être que je me dis ça uniquement pour me rassurer mais ça n’en reste pas moins vrai. Ils sont responsables de leurs choix. Mais Wyatt… Mon casse-pied de frère.

Mon front contre le sien, j’accroche son regard. Je ne fuis pas. Je ne fuis plus.

« Je ne suis pas de leur côté. Je me fous de Genetic et de Genome. C’est de ton côté que je suis. » Ce n’est même pas un choix finalement, c’est une évidence. Il est mon autre moi-même. « S’ils m’attrapent, je dirais rien. » Je resserre ma prise sur lui. Il faut qu’il entende, qu’il sache et qu’il comprenne. C’est beaucoup demander. « S’ils m’attrapent, je ne veux pas que tu tentes quoi que ce soit de stupide. Je m’en sortirais.» Survivre, c’est ce que je fais de mieux. « Fais-moi confiance. Je suis capable de me débrouiller. Ça ira. » Mes doigts se perdent sur son cou, ses joues. « Et, essaie de revenir entier, s’il te plaît. C’est leur liberté qu’ils jouent. Ils vont pas te la donner facilement. »
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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Mar 13 Aoû - 20:41

Je n’aimais pas parler de mon boulot, de mes missions, ni même des mœurs de Genetic qui avaient tendance à considérablement se dégrader ces temps-ci. Mais je n’avais pas vraiment le choix. Je préférais prévenir que guérir, voir même…mourir. J’avais bien saisi le message. Ils ne voulaient pas faire dans la dentelle. Les ordres avaient été clairs, tout mutant devait être appréhendé. Il ne faisait aucun doute qu’ils allaient nous fliquer, nous traquer nous aussi. De plus, je devais être en tête sur la liste de l’autre morue ! S’il s’était agit de Reynolds, j’aurais moins eu à m’inquiéter. Nous n’aurions pas été obligés de nous cacher.

Bien sûr, mon explication, ou plutôt mon manque de justification ne suffisait pas à mon alter-égo. Elle se braquait. Je ne pouvais pas lui mentir et je lui devais quelques précisions…

« Parce qu’ils n’ont pas confiance… »

Ou plutôt « elle »… car elle me soupçonnait de trahison. Je ne pouvais délibérément pas entrer dans les détails. Je ne pouvais pas lui parler de Dakota Reese Cooper. Ce serait trop long, trop compliqué. Elle n’avait pas besoin de savoir. Est-ce que ça lui suffirait comme explication ?

Elle disait savoir se défendre. Je n’en doutais pas. Les épreuves qu’elle avait du traverser l’avaient probablement forgée. Mais elle ne pourrait rien contre des agents entraînés, armés jusqu’aux dents. Je ne répondis rien. Elle continuait d’argumenter, comme si cela pourrait changer quelque chose. Nous étions tout aussi impuissants l’un comme l’autre. Même moi, qui avait subi un entraînement, je n’étais pas sûr de m’en tirer indemne face à certains autres agents tout aussi expérimentés que redoutables. Je n’aimerais pas me retrouver face à Romanov par exemple… Ma capacité de téléportation ne me sauverait pas face à elle.

« Je sais. »  répondis-je machinalement, chuchotant presque. Elle n’était pas là la journée, mais nous n’avions aucun moyen de savoir quand ils débarqueraient, et ils n’étaient pas du genre à prendre rendez-vous. C’était peine perdue. Elle le savait aussi bien que moi. Je ne pouvais pas céder à son caprice, je n’en avais pas le pouvoir. Mais je comprenais. Ca ne me plaisait pas non plus de tout laisser derrière moi, de partir en mission dans ces circonstances ! C’était ça qui me foutait le plus les boules.

Je discernais la panique dans son regard. J’étais dans le mauvais camp, j’avais le mauvais rôle. Même si je ne l’avais pas choisi, j’avais une vague idée de ce qu’elle devait penser. J’étais un monstre.
J’avais peur moi aussi. Peur de cette mission, mais ce n’était rien comparé à l’effroi qui me tenaillait le ventre depuis que j’étais rentré et que cette discussion avait commencé. A chaque aveu, j’avais l’impression de m’enfoncer un peu plus. J’avais peur qu’elle aussi finisse par me rejeter. J’étouffais.

Sentir ses lèvres sur ma main glacée me fit l’effet d’un réchauffement aussi brutal qu’inespéré, m’insuffla l’air qu’il me manquait. De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues, je m’empressais de les essuyer de mon autre main. J’étais soulagé qu’elle veuille emmener Néo, ça voulait dire qu’elle acceptait. J’esquissais un sourire douloureux avant de la serrer contre moi.

« Oui, bien-sûr. »   Pour Néo, pour revenir après…j’avais envie d’y croire aussi, même si je savais que tant que ce connard de Tussle ne serait pas destitué, rien ne changerais. A moins qu’il ne se fasse descendre…

Je déposais un baiser sur son front tandis qu’elle répétait encore une fois qu’elle savait se défendre. Je mis cette insistance sur le compte de son état de choc. Mais ce n’était quand même pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Une idée stupide me traversait l’esprit. Je comptais lui filer mon flingue avant de partir.

Ses mains dans mon cou m’apaisaient, me soulageaient malgré notre souffrance partagée. J’avais besoin de ça moi aussi. En ais-je seulement le droit ? Je saisis sa main sur mon visage. Je ne sais pas… La tenir dans mes bras, sentir sa peau, son souffle, ce baiser qu’elle déposa au bord de mes lèvres …. J’ai été fou de vouloir y renoncer ! Je rectifiais le tir, prenant ses lèvres. Je suis fou. Tant pis. Je suis irrécupérable. Mais j’ai besoin de toi.
Je la serrais plus fort contre moi, fourrait ma tête dans le creux de son cou. J’avais comme la sensation de respirer pour la première fois. C’était douloureux, mais ça faisait un bien fou.

Elle ne voulait pas connaître ma mission, je l’en remerciais. Ca me rassurait d’un côté et ça m’angoissait de l’autre. Même si elle disait ne pas vouloir savoir, elle ne pouvait s’empêcher de me questionner à ce sujet. J’étais mal à l’aise. Je me reculais. Front contre front, je fermais les yeux afin de fuir son regard. Je retenais ma respiration, attendant sa question avec appréhension.

Ce n’était pas pour ça que j’avais rejoints Genetic. J’avais toujours su que leurs méthodes n’étaient pas toujours très reluisantes. J’avais fait semblant de ne pas voir, de ne pas savoir. Je n’approuvais pas ce qu’ils faisaient, même pire, ça m’horripilait. J’avais honte. Traquer des hommes, des femmes… ils étaient devenus fous ma parole ! C’était insensé ! Genetech était sensé aider les gens, pas les emprisonner sous prétexte qu’ils n’étaient pas d’accord avec leurs idées ! Ce monde était fou. Il marchait sur la tête, et moi ?… je n’étais qu’un pion sur l’échiquier, j’avais conscience d’être manipulé, sans aucune échappatoire possible. Tussle était un grand malade avide de pouvoir !
Seul, je ne pouvais rien faire. La résistance s’organisait... Mais pas assez vite à mon goût. Elle avait raison de me suspecter l’autre grognasse ! Par moment, j’avais envie de tous les envoyer se faire foutre !

Wyatt… bien entendu… ainsi que Ross… le mec qui l’avait recueillie, que je ne connaissais pas, envers qui je serais éternellement reconnaissant d’avoir pris soin de Max.

« Non. »  répondis-je dans un souffle, soulagé qu’elle ne me demande pas pour O’Hara. Je n’aurais pas eu la force de lui mentir. Je ne savais pas quel genre de relation elle entretenait avec eux, et il valait mieux que je ne sache pas. C’était déjà bien assez difficile comme ça !

Je rouvris les yeux. Elle me fixait. Mon sentiment de culpabilité était toujours bien présent, quoi qu’elle dise. Je savais que sur ce coup là, j’étais dans le camp des dégénérés de la cafetière ! Et cette perspective me rebutait.
Elle n’avait pas besoin de me le dire, je savais très bien qu’elle ne me trahirait pas s’ils la chopaient. J’esquissais un sourire désapprobateur.

« Je sais »   Très original ! je ne trouvais rien d’autre à dire mais… ça n’a pas d’importance que tu parles ou non. Je n’ai pas peur que tu me balances, j’en ai rien à foutre de ma gueule si tu savais !

Elle raffermit son étreinte sur mon cou. Ca sonnait comme une menace. Je n’étais pas con, j’avais bien entendu. Je ne pouvais juste pas accéder à sa requête.

« Ils ne t’attraperons pas. Ils n’ont pas intérêt. »  répondis-je calmement afin de la rassurer, soutenant son regard. Et je comptais bien y veiller personnellement, comme je l’avais toujours fait depuis que j’avais foulé le sol de Genetech.

« Je sais. »  … que ça ira, car je ne les laisserais pas t’approcher.

Je la serrais à nouveau contre moi, m’enivrais de son odeur.
Je ne promis pas, je ne pouvais pas. S’ils touchaient à un seul de ses cheveux je savais que je ne répondrais de rien et que rien ni personne ne m’arrêterait. J’étais capable de descendre de sang froid le premier qui oserait l’approcher. Je savais également que j’étais le seul à pouvoir la faire sortir de là bas s’ils l’enfermaient. Je nous avais téléporté une fois… je le referais. Quitte à ce que ça foire, quitte à y laisser ma peau…
Et mon allégeance, ils se la foutront définitivement au cul !

« T’inquiètes pas. Ca va bien se passer.»

Je tentais de me rassurer aussi en disant cela. Je savais très bien que O’Hara ne serait pas une proie facile. Et puis merde ! Il avait fait quoi ce mec ? Je ne voulais emprisonner personne. Mais ce n’était pas le moment de penser à ça. J’avais tout le temps de me torturer l’esprit avec ça demain. Je n’avais pas envie de parler de ça. Pas maintenant. Je déposais un nouveau baiser sur le front de mon alter-égo.

Il fallait qu’on se casse. Mais mon corps n’était pas résolu à bouger pour l’instant, de peur de rompre la paix fragile à laquelle nous étions parvenus. Je me raisonnais, me rappelant qu’on serait plus en sécurité à l’hôtel et qu’on pourrait peut être souffler là bas. Je me fis violence à contre cœur :

« Il va falloir qu’on y aille ! »

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MessageSujet: Re: Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]   Jeu 15 Aoû - 0:44

Spoiler:
 

Non. Un tout petit mot qui déclenche chez moi une vague de soulagement. Je soupire, mes épaules se relâchent. Ce n’est pas Wyatt, ce n’est pas Ross. À cette minute précise, c’est tout ce qui compte. Je sais, maintenant, que leur sécurité est relative mais, je ne sais pas comment j’aurai réagi s’ils avaient été sa cible. Pas exactement comment. Je sais juste que c’aurait été difficile, douloureux, et destructeur. Mon orgueil me pousse à croire que je saurais gérer le reste.

Il me répète qu’il sait et je me mords la lèvre pour ne pas le détromper. Il ne sait pas. Il n’a pas compris. Quand je dis que je suis son côté, c’est pas juste que je ne le balancerais pas.  Ce que je veux dire c’est que je suis de son côté. Peu importe la personne d’en face. Peu importe ses choix. Peu importe tout. Je serais là. Merde. C’était déjà le cas avant, d’une certaine façon. Jeremy est mon alter ego. Mais, là, c’est plus fort que ça… Je ne sais pas comment le dire, j’ai pas de mots. Autant abandonner. Il y a plus important, de toute façon. J’essaie de lui extirper la promesse qu’il ne fera rien de stupide.

Peine perdue. À son regard, je comprends facilement que je peux toujours courir. Ses propos me le confirment. Si je me fais choper, il fera quelque chose de stupide. Je ne peux pas le permettre. Je n’avais déjà pas l’intention de leur offrir une chance de m’attraper, cela me donne une raison de plus. Hors de question qu’on soit deux à y laisser des plumes. Hors de question qu’il… Je suis capable de me gérer seule. Pourquoi est-ce qu’il refuse de le comprendre ? Je n’ai plus beaucoup à perdre si ce n’est lui. Quoi qu’on me fasse, quoi que je fasse, je m’en sortirai. C’est déjà foutu pour moi de toute façon, je suis irrécupérable. Quelques coups de plus ne changeraient pas grand chose. Mais lui… Je ne veux pas concevoir un monde comme ça… Jeremy me serre dans ses bras. Je pourrais me perdre contre lui. J’en ai le vertige. Je n’ai jamais aimé qu’on cherche à me protéger. Je ne l’ai jamais permis, comme tout le reste. Parce que c’est de la foutaise ce genre de parole. Lui, je le crois. Ça me rassure autant que ça m’effraie.
Je suis un putain de mensonge, s’il savait. Je dissimule un nombre incalculable de choses dans le seul but de l’en protéger. Jeremy vaut mieux que moi, je l’ai toujours su.

« Y’a intérêt. » à ce que ça se passe bien. À ce qu’il revienne, et de préférence, en un seule morceau et pas les pieds devant. Genome n’es pas adepte de la violence pure, mais, pour les avoir côtoyé, je sais qu’ils vendront très chère leur peau. Ils sont peut-être inconscients et stupides, mais ils sont déterminés. Il clôt le sujet en posant ses lèvres sur mon front. Avec incertitude, j’approche lentement mes lèvres des siennes. Je n’ose presque pas. Ça ne me ressemble pas. Ça ne nous ressemble pas, pourtant, mon geste m’est naturel. Il est vrai. C’est probablement la seule chose sur laquelle je ne triche pas. Également, la seule chose que je ne contrôle pas.  Mes lèvres dérivent jusqu’à son cou. Je m’y niche, le respire. Quelques minutes de paix après le beau bordel qu’on a foutu dans nos vies.

Tout de suite, s’il me demandait de partir vivre avec lui à l’autre bout de la planète, je le ferai. Mais, c’est une idée stupide et puérile que je rejette aussitôt. Nous sommes trop indépendants. Et, surtout, nous avons encore des choses à faire ici. Moi, surtout. De toute façon, ma vie ne m’appartient plus totalement. Je suis un pion de l’Agence, un pion volontaire. J’ai troqué ma liberté contre notre vengeance. Comme si ça pouvait atténuer les dégâts que ça nous a causés. À défaut, je compte rester un moment là, dans ses bras, le temps que la tension redescende, et que mes larmes sèches au point que je les oublie. S'il n'y a pas de preuves, il n'y a pas de crime.

Il rompt l’instant en s’octroyant le rôle de l’adulte. Je sais qu’il faut partir, qu’il a raison mais j’estime qu’on est pas à cinq minutes près. Je proteste sans prononcer la moindre parole, je me contente de me serrer davantage contre lui. Je garde les yeux fermés. Encore quelques minutes, juste le temps que je réalise ce qu’il vient de se produire. Non. Je veux pas me rappeler de ça, finalement. Ça ne nous ressemble pas tout à fait. Je veux oublier Genetic, Genome et le fait qu’encore une fois, on a failli se perdre. Je comprends ses raisons. Vraiment. Mais, il va falloir m’expliquer pourquoi ça continue à être douloureux malgré tout, parce que moi, je pige pas. Alors j’veux oublier aussi. Rester là. Faire semblant que rien ne va nous atteindre de plein fouet. Après un moment, je finis par céder un petit « Ok. » que je ne pense pas le moins du monde. De mauvaise grâce, je me détache de mon double. J’ai un peu retrouvé mes esprits mais je me sens quand même comme un boxeur après un KO. Vidée et vulnérable. Fragile. Tout ce que je déteste. Je n’ai même pas la volonté de me révolter contre mon propre comportement. Peut-être que je n’en ressens pas le besoin car je me sens relativement en sécurité. Genetic nous traque. Je suis dans la merde. Et, moi, comme une conne, je me sens en sécurité parce qu’il est là et qu’il ne me laisse pas tomber.

Ridicule, ma pauvre fille.

« J’finis mon sac et j’vais chercher les trucs pour Néo. » J’ai la voix rauque et la gorge sèche. Une baiser à la commissure de ses lèvres et je file. J’ai déjà mis le nécessaire dans mon vieux sac. Je vérifie pour être sûre de ne rien oublier. Ma main glisse au fond de la toile, entre les vêtements glissés négligemment. Le métal froid entre en contact avec mes doigts. C’est suffisant pour me rassurer. J’ai le nécessaire. Si j’ai mis du temps à me décider, il m’en faut peu pour rassembler mes affaires. J’enfile une de ses vestes, fourre mes clopes et mon briquet dans les poches, récupère croquettes, litière et caisse de transport. Le moins évident est de récupérer Néo, perché au dessus d’un placard. La bestiole n’y met pas franchement du sien et me snobe d'un air arrogant. Je finis par céder et demander à Jeremy de s’en occuper. Ce fichu félin le préfère, et ça, depuis le début. Devant l’entrée, je m’allume une clope. Je jette un coup d’œil à l’appart'. Tout y est laissé en vrac. Mon gribouillis esquissé sur le mur me serre le cœur. Je tends ma main vers la sienne. On est tout les deux mal de quitter notre chez-nous.

« On reviendra dans quelques jours. » Je lâche brusquement sa main. « Attends, j’ai oublié un truc. » Je file. Direction la cuisine. Le paquet de Chocapic ne tarde pas à se retrouver entre mes mains. Ma réaction n’est pas très logique. J’ai l’estomac noué, aucune intention de me nourrir. Ce n’est pas ce qui me motive. De retour dans l’entrée, je dévoile mon trophée avant de la fourrer dans mon sac. Si je lui arrache un sourire, même tout petit, ce sera bien. « On pouvait pas partir sans. » Les chocapic, c’est un peu notre mascotte. Notre truc à nous.

Quand il ferme la porte, j’ai comme une boule dans la gorge. J’essaie de n’en rien montrer. Néo miaule son mécontentement. Même lui, n’est pas d’accord avec cette situation. Personne ne l’est. On doit juste apprendre à se débrouiller et à composer avec. J’ai l’impression, malgré tout, qu’après ça plus rien ne sera tout à fait comme avant. Je reste silencieuse jusqu’au motel. On ressemble à deux ados en fuite. C’est terriblement cliché. La chambre est mise à mon nom, pour minimiser les risques, et louée à la semaine. J’hésite un moment avant de sortir ma fausse carte d’identité. Je me félicite de l’avoir gardée. « Consuela Juanita Perez ». Merci Genome. Encore un petit secret révélé. Si avec ça, ils me trouvent quand même, c’est à n’y rien comprendre.

Je récupère les clés et on investit les lieux. Jeremy se moque de mon nom. « Ta gueule. » Je viens de grogner. C’est bien le signe que peu à peu, les choses vont revenir à la normal entre nous. J’esquisse un pauvre sourire. Maigre et fatigué, mais un sourire quand même.

Je pose tout en vrac dans la chambre, comme si je n’avais pas envie de m’installer ici. Le seul effort que je consens à faire est de préparer ce qu’il faut pour Néo. Je m’allume une autre clope et observe Jeremy. J’ai encore du mal à croire qu’on soit là. Qu’on ait quitté l’appart parce que, potentiellement, je risque de me faire choper par une bande de cinglé du bistouri. Le scénario est légèrement tiré par les cheveux.  Je tiens quelques secondes, peut-être quelques minutes, comme ça. Je finis par lâcher ma cigarette pour aller retrouver ses bras. Je l’embrasse. Je suis tendre et maladroite. Je suis maladroite parce que tendre. Sexualité et tendresse n’ont jamais rien eu à voir ensemble, chez moi. Avec Jeremy, c’est différent. Il ne s’agit pas d’un simple besoin physique, d’une volonté de m’autodétruire, ou d’une fuite. C’est une folie. Chaque fois plus intense. Pas la peine de me voiler la face, je ne joue pas avec le feu. On s’est déjà brûlé. On est déjà perdu. C’est trop tard. On s’abandonne l’un à l’autre sans distance. Je crois qu’on a besoin de sentir la présence de l’autre. En tout cas, moi, j’en ai besoin.

Je reste contre lui une partie de la nuit, incapable de trouver le sommeil et incapable de me détacher de sa peau. Les choses tournent en boucle dans ma tête. C’est vain. J’ai peur de m’endormir car je sais que demain matin, il ne sera plus là. Me reste cette peur, bien tassée au fond de mon ventre, comme un monstre endormi. Cette voix intérieure qui m’empêche d’être totalement en confiance. S’il décidait de ne pas revenir ? De fuir encore une fois ? S’il se rendait compte que continuer comme ça est une belle connerie qui nous foutra dans la merde, dans une cellule, ou, dans le pire des cas, nous enverra six pieds sous terre ? Je crois que je finis par m’endormir, tôt le matin. Le soleil s’est déjà levé. Je ne sais pas par quel miracle j’ai réussi à trouvé le sommeil. Peut-être à force d’écouter le battement de son cœur, de sentir son souffle régulier soulever sa poitrine. J’ai probablement beaucoup bougé durant mon ersatz de sommeil, encore plus que d’habitude. Je l’ai senti se lever. La seconde d’après, je crois qu’il vient me dire au revoir. Je n’arrive pas à me réveiller. Je ne suis pas totalement là.

« Je t’aime. »


Murmuré dans un souffle.
Aussitôt oublié.
Pourtant, ressenti du plus profonds des tripes.

Heureusement, les mots son volatiles. Encore une fois, s'il n'y a pas de preuves, il n'y a pas de crime.
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Fuis-moi tant qu'il est encore temps....[terminé]

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