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 Don’t try and fix me

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Ivy M.

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MessageSujet: Don’t try and fix me   Mer 29 Mai - 14:17

16 février

Riley… Son nom m’emplissait encore la tête. Je l’avais revu la veille et elle m’avait presque réconciliée avec le genre humain. En revanche, ce n’était pas le cas de mon colocataire. Je le supportais de moins en moins, lui et les mauvaises herbes qu’il rapportait. Une chance que mon nouveau patron m’ait fait appeler pour une course, au moins, je pourrais sortir de l’appart et gagner un peu d’argent. Alors sans m’attarder, j’enfilai un pull trop grand pour moi, mon éternelle casquette et j’enfourchai le vélo que j’avais piqué quatre jours plus tôt. Je passai récupérer le colis que je devais livrer dans un quartier que je ne connaissais pas spécialement. Au départ, mon patron avait voulu me refiler une carte. Je l’avais agrippé, l’air complètement idiote. Je savais à peine lire, alors déchiffrer une carte, c’était au-dessus de mes facultés. Mais j’aurais préféré mourir que de lui avouer. Il avait certainement dû se douter de quelque chose car en grommelant, il me reprit la carte des mains et me fila un « GPS »… Je n’avais aucune idée de ce que c’était, mais en commençant à rouler, la machine se mit à parler.

Pour un peu j’en serais tomber de vélo ! Qui c’était cette femme qui me parlait ? Je dus m’arrêter pour me rendre compte que ça venait de ce fameux « GPS ». Et comment elle savait où j’allais ? Bizarre… Il me fallut un moment pour m’y faire et je sursautais à chaque fois que sa voix retentissait. Néanmoins, en l’écoutant, je finis par arriver au point de livraison. Je sonnai à la porte, remis le colis à une grosse bonne femme aux cheveux gris et gras, bouffie et l’air pas sympathique, qui m’offrit un pourboire d’un dollar…

Un dollar… j’aurai quoi avec ça, un beignet ? Génial. Mais enfin je m’abstins de tout commentaire et je repris mon vélo. Et là, je me rendis compte que la femme dans la machine ne me parlait plus. Mais pourquoi elle ne me disait plus rien ? Je ne pouvais pas l’avoir vexée, j’avais fait tout ce qu’elle m’avait dit !

«Oh ! Réponds, je vais où ? »

J’étais descendue de vélo et je secouais le GPS comme un prunier. Je n’avais touché à rien, pourquoi elle ne voulait pas me dire comment rentrer ? J’étais là, dans un quartier que je ne connaissais absolument pas et sans la moindre idée de quel chemin prendre pour repartir. Pourquoi je m’étais fiée à elle ? J’aurais dû faire comme à chaque fois que j’allais quelque part : mémoriser des panneaux, des murs d’une couleur particulière, une boutique quelconque… Merde.

« Hey ! t’es perdue ? »

Je me renfrognais. Je vis arriver vers moi une bande de filles encore plus mal fagotées que moi. Le souvenir du passage à tabac de ma mère me revint en mémoire. Elles avançaient comme des caïds sur leur territoire. Je ne leur répondis pas, elles étaient cinq, j’étais toute seule. Je n’étais pas débile au point de croire qu’elles me ficheraient la paix ou que je m’en tirerais en les affrontant. Alors je voulus remonter sur mon vélo… mais elles furent plus rapides. Je sentis l’une d’entre elles me tirer par le pull pour me jeter à terre alors qu’un coup de pied violent s’abattit sur mon ventre. Instinctivement, je me pliais en position fœtale pour protéger mon visage de mes bras. Mais les coups pleuvèrent. Je me souvenait de cette attaque, un peu plus de dix ans plus tôt. Sauf que cette fois, cette espèce de bouclier qui m’avait autrefois protégée ne vint pas à mon secours. Je les sentis me fouiller et me prendre le peu d’argent que je possédais… ainsi que madame GPS. Tant pis pour cette grognasse, c’était de sa faute tout ça ! Et pour parachever leur œuvre, l’une d’elle me décocha un superbe coup de poing dans le visage.

Quand ce fut fini, je restai un instant sur le sol froid, tentant de reprendre ma respiration, bien que cela me fît un mal de chien. Je peinais à me relever, j’éprouvais surtout une vive douleur dans mon poignet gauche et j’étais gênée par le sang qui s’échappait de mon arcade sourcilière. Et ces pétasses m’avaient pris mon vélo. Je haïssais Los Angeles. Qu’est-ce que j’allais faire maintenant ? J’avais mal, et pourtant, je n’étais pas une chochotte. Je vis une cabine téléphonique et j’y entrai. Normalement, il y avait toujours un annuaire et je savais un peu lire. Ça me prendrai du temps, mais il n’y avait qu’une seule personne que je pouvais aller voir. Riley… Sauf que je ne la trouvais pas… Et là je me souvins… un médecin venait au clan… Johnston, si je me rappelais bien. Je feuilletai difficilement et je trouvai enfin son adresse.

En sortant de la cabine, je croisai une vieille dame qui s’enquit de mon état. Je lui donnai juste le nom du médecin et l’adresse, elle me fit monter dans sa voiture et me conduisit aux pieds d’un immeuble. Je la remerciai et m’y traînai, le souffle encore pénible. Je trouvai facilement le cabinet et vis la salle d’attente… Sous le regard interrogateurs des patients, je m’assis sur une chaise et attendis.
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Kaidan Johnston


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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Sam 1 Juin - 16:53

*BOUM*

-Je suis en retaaaaaaaaard!

Je bousculai la porte du cabinet en catastrophe, je traversai le couloir porté par mon élan, cognant à plusieurs reprises ma mallette sur les murs. Une heure de retard! Un nouveau record! Et cela, je le devais à ma dernière visite à domicile qui fut bien plus longue que prévue... pas de ma faute si mon patient était un hypocondriaque hors pair! Son insistance pour me faire rester m'avait quelque peu...dérangé. En effet, il avait toujours un dernier mot pour me retenir! Une dernière rougeur à montrer, une bosse à examiner, etc... Tout les moyens étaient bons pour gagner du temps! Pourquoi? Que sais-je? J'étais simplement content de pouvoir ressortir en un seul morceau! Ma dernière séquestration par un patient remontait à mon internat et... ça s'était plutôt mal terminé avec un certain couteau sous la gorge. Celui-ci ne semblait pas aussi extrême cependant mais tout aussi tenace.

-Mr Hawking, ne vous inquiétez pas, cette rougeur n'est pas un cancer de la peau.
-Et cette tâche là?
-Un simple hématome. Un mauvais coup sûrement, rien de grave! Je vous assure que vous êtes en pleine santé! Bon! Je dois y aller maintenant! Au revoir!

Une chance que je n'avais personne après lui! Le temps de rentrer, de manger chez moi, d’amener le chien chez la voisine et de redescendre, l'aiguille avait tournée et moi, j'étais en retard. Terriblement en retard! Au moins, mon air paniqué fit rire les plus décontractés de mes patients, d'autres se contentaient de sourire, les habitués soupiraient en levant les yeux au ciel, sur certains la surprise se lisait sur quelques regards tandis que les plus sérieux maugréaient dans leur coin.
Peu importe, celui qui pénétrait ces lieux devait s'attendre à tout! Que j'arrive à la bourre par exemple! Un fait très commun... Ainsi que de manger mes sucreries devant les patients aussi. Ah! Et il arrivait parfois que je m'endorme en fin de journée quand les rendez-vous s’espaçaient enfin... la routine habituelle en somme! Pas sérieux? Peut-être, les patients avaient l'air de le supporter plutôt bien. Sinon ils auraient changé de médecin depuis longtemps. Enfin bref...je suis arrivé au cabinet.

Une fois installé, je laissais le premier patient entrer. C'était un petit garçon accompagné par sa mère, environ la dizaine et que je connaissais assez bien pour l'avoir ausculté maintes fois. Ce jour-là, je n'aurais su dire par quel miracle mais à peine avais-je posé le regard sur lui que compris sa maladie. Un très bon acteur ce garçon! Presque convaincant au niveau de la voix, des mimiques! Sa manière de tousser était cependant trop fausse pour être naturelle, bien trop forcée. Il prétendait avoir la grippe, sa mère le soutenait et moi, j'haussais les épaules en souriant, lui demandant de s'allonger pour divers examens. Seul...sans sa mère pour regarder. Mon diagnostic? Comédie. Je questionnai alors au garçon la raison de son mensonge par un murmure à l'oreille et tout ce qu'il me révéla, c'était son ardant désir d'être dispensé de natation. Quelle feignasse! Quel petit malin! Qu'allais-je faire? Me plier à sa volonté ou refuser? Sans rendre mon verdict, nous nous en retournions vers sa mère. Non pour les jours de repos, oui pour une dispense. J'inventai quelque chose rapidement puis je serrais la main, grand sourire et au revoir madame! Jetant un oeil à la salle d'attente, mon sang ne fit qu'un tour face aux nombreux patients. Encore une longue journée en perspective! J'enchaînais patients sur patients, rencontrant tour à tour les différentes maladies hivernales. Des analyses sanguines, des gens qui venaient pour des conseils, des check-up, pour des demandes saugrenues, etc...

J'allais une fois de plus chercher mon patient dans la salle, par routine, quand mon oeil glissa sur une jeune fille bien amochée. Une bagarre? Peut-être bien. Les gangs ne manquaient pas à Los Angeles. Des plus sérieux aux vulgaires caïds, on trouvait un peu de tout. Je me suis arrêté net. Cette fille, je la connaissais, je l'avais même déjà soignée auparavant dans un autre contexte, dans un autre lieu.

-Ivy? Mais qu'est-ce que... Rien. Allez, viens vite! Je lui fit signe de me suivre.
-Mais docteur c'est mon tour! Ça fait 10min que j'attends! Une grand-mère élevait la voix.
-Et bien vous pouvez attendre 10min de plus!

J'oubliais bien vite la mémé, l'esprit préoccupé par une tâche plus urgent. Si ses jours n'étaient pas en danger, les blessures nécessitaient tout de même la plus grande attention. Pendant que je la soignais, plusieurs questions me virent à l'esprit:

-Que s'est il passé? Une agression?
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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Lun 3 Juin - 18:07

J’avais gagné ma journée, c’était le moins qu’on puisse dire. Je détestais la ville. Je détestais Los Angeles. Je détestais ses habitants. Je voulais rentrer chez moi. Même si je n’avais plus de chez moi. J’avais été chassée du clan et je ne serai jamais acceptée ici. Je n’avais nulle part où aller et je pissais le sang. Je ne savais pas si le docteur Johnston accepterait de me soigner, mais il fallait bien que je tente ma chance… même si cela m’obligeait à supporter les regards interrogateurs et méfiants des patients. J’essayais de les ignorer mais je sentais le poids de leurs jugements sur moi. J’avais mal en plus. Mais je refusais de le leur montrer. J’attendais, essuyant de temps à autre le sang qui coulait sur mon visage d’un revers de manche. Alors que je gardais résolument les yeux au sol (si j’avais su compter, peut-être que j’aurais relevé le nombre de dalle qui le composaient), j’entendis mon prénom et une voix familière. C’était bien lui. Contre toute attente, il me fit passer avant les autres. C’était nouveau ça, pour moi. Même la grand-mère fut rembarrée. Je lui adressais un regard noir. Oui, je sais, normalement, il faut respecter les anciens, mais au moins, au clan, ils n’étaient pas stupides au point de ne pas se rendre compte des degrés de priorité.

Je n’étais pas à l’aise dans le cabinet. Je m’assis prudemment sur le fauteil prévu à cet effet, comme si une bombe allait exploser, avant de détailler tout ce que m’entourait. Je ne reconnaissais presque rien, ce n’était pas mon monde et je le ressentais tous les jours un peu plus. J’eus un geste de recul quand je le vis approcher ses mains de mon visage. Je n’aimais pas qu’on me touche. Et puis ce truc en moi pouvait se réveiller à n’importe quel moment et je ne voulais pas que ça arrive. Je ne voulais pas qu’il me regarde comme un monstre ou une bête de foire. Je finis toutefois par prendre sur moi et le laisser m’examiner.

« C’est rien… J’aurais dû faire plus attention. Je connais les rues pourtant. Le plus bête c’est qu’on m’a piqué mon vélo… »

Vélo que j’avais moi-même volé quelques jours plus tôt. Mais ça, il n’était pas obligé de le savoir. Il fallait croire que les gens de cette ville ne savaient faire que ça : taper. Je n’oublierai jamais. Ma mère, en sang. Tout cela pour quoi ? Aujourd’hui, je m’en tirais à bon compte. Il allait vraiment falloir que l’Agence m’appelle et m’entraine. Je ne voulais plus être une victime de choix pour les gadjis.

« J’ai pas de sous… pour vous payer, alors, mettez juste un pansement… »

J’aurais peut-être dû ajouter « s’il vous plait »… toujours était-il qu’il m’avait déjà soignée. Une grosse entaille à la main. Je me souvenait qu’il avait nettoyé la plaie et enroulée ma main dans un énorme bandage… ce ne serait pas très beau sur ma tête mais après tout, je m’en fichais. Je voulais juste que ça arrête de saigner. Après tout, j’avais déjà l’habitude qu’on me dévisage. En revanche… cela ne faisait que quelques semaines que j’avais quitté ma famille, il n’y avait certainement aucune raison qu’il soit allé les voir dans ce court laps de temps… mais… peut-être… si un de mes neveux était malade… ou si quelqu’un s’était encore coupé.

« Vous êtes allés les voir… récemment ? »

J’avais levé les yeux vers lui, avec une moue qui se voulais indifférente, mais honnêtement, je doutais d’arriver à le convaincre.
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Kaidan Johnston


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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Mer 5 Juin - 21:49

"Ce n'est rien..." Je me crispais légèrement à cette phrase, agacé. "Ce n'est rien" et puis quoi encore? Arriver le visage ensanglanté n'était pas suffisant pour elle? Sa difficulté à respirer non plus? Drôle illustration du "Ce n'est rien" classique, qui pour moi ne définissait que les blessures superficielles. Sans exagérer, si je l'avais prise en photo, on aurait put croire à une pub de SOS femmes battues. Une habitude pour elle d'être frappée? Était-ce l'apparence? L'origine? Le physique? Peut-être bien... Mon côté candide, idéaliste oubliait parfois à quel point le monde était rude et c'était la réalité qui venait me rattraper au galop. Pourtant, je devais le savoir depuis le temps! Je connaissais les limites de la résistance humaine par le décès d'une amie au lycée, les dangers des comportements irresponsables par celui de ma mère et même, la triste réalité des bas-fonds lorsque j'officiais à New-York. J'ai vu ces parias, ces oubliés de l'american dream sombrer, j'ai entendu des appels à l'aide et assister à tout cela, impuissant. Et pourtant...et pourtant je ne pouvais m'empêcher de garder foi en l'humain, en ces êtres dont la santé reposait entre mes mains... entre nos mains. Ces êtres capables du meilleur comme du pire et le plus beau, c'était que je devais soigner le saint comme le diable, l'honorable comme la crapule, le bon comme le truand. Une vraie partie de plaisir soi-dit en passant que de soigner un homme profondément méprisé. Vraiment. Mais l'étique m'y poussait, je devais seulement m'y tenir du mieux possible. Et elle...cette jeune fille...cette "gamine", qu'avait-elle fait pour mériter ça?
Respirant un grand coup, je lui répondit:

-Ce n'est rien?! Je me contentai de cette seule réplique, à cette seule intonation. Une autre phrase était prévue, elle était plus du genre "Tu te fous de ma gue*le?" Mais je n'avais pas envie de la secouer plus qu'elle ne devait l'être à cet instant. Une histoire de tact. Puis elle abordait le sujet de l'argent, une question habituellement délicate qui, à mes yeux, n'avait guère de sens. Si comme beaucoup de gens, je désirais avoir plus d'argent afin d'assouvir mes besoins matériels, j'éprouvais cependant une certaine réserve à son égard. À cette réflexion, je lui sortait un extrait de mon serment:

-"Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera." Je l'ai promis et je m'y tiens depuis le jour où je l'ai prononcé tu sais. Quelque part, je dois sûrement être très c*n pour y tenir autant à ce serment mais c'est plus fort que moi! Je ris, En clair, tu ne me dois rien. Alors tu ne te fais pas de soucis et tu me laisse faire mon job!

J'arrêtai rapidement le saignement à l'arcade, un peu de désinfectant, un pansement pour la route et c'était tout pour la tête. J'aurais pu m'en tenir là mais non! Il fallait que je fasse plus! Et ce, peu importe ce qu'elle me disais! Je l'auscultais alors du mieux possible, prenant soin d'opter pour un toucher tout en douceur afin de lui causer le moins de mal possible en appliquant cette crème pour soulager les hématomes. Une crème appliquée avec douceur, il n'y a rien de meilleur! Ça et 2min de production intensive d'endorphine! Puis, avant que je m'en aille lui chercher un tube à lui donner, ainsi qu'une barre énergétique pour ma pomme, je vis son visage, j'entendis cette question qui me parut assez...surprenante au premier abord:

-Mmm... Oui, j'y suis allé y'a pas longtemps! Environ une semaine. Ta grand-mère s'est coupée et il y avait un cas de varicelle parmi les enfants, sans gravité. Je crois que le premier malade était un de tes neveux, ça a du se répandre depuis! Une bonne chose, vaut mieux l'avoir jeune que plus vieux! À ce propos, j'espère que tout les adultes du clan, les hommes en particulier, sont immunisés à cette pathologie. Sinon, il pourrait il y avoir des conséquences assez dramatiques. Je crois que c'est assez pénalisant pour d'être stérile non? Enfin, je veux dire, surtout dans votre culture non? Déjà que dans les cultures urbaine c'est handicapant. J'allais enfin prendre ce tube mais le bougre s'était sacrément bien caché. À croire que ces choses ont des âmes! Je continuais tout de même à lui parler en cherchant frénétiquement.
Où est-il? Répétais-je en boucle. Je repensais à autre chose, un "petit" détail qui m'avait frappé lors de ma dernière visite.
Mais dis moi il s'est-il passé au camp? Les gens étaient... étranges. Je veux dire...il n'y avait pas de musique, pas de guitare. Il est arrivé quelque chose de grave? Je revins enfin, la main tendue avec mon trophée en main. Il est scientifiquement avéré que les objets les plus visibles ne sont pas toujours les plus simples à trouver. Juste sous mon nez, bien en vue...normal! Soudain je me suis aperçu de mon indiscrétion flagrante. Peut-être ne voulait-elle pas en parler tout simplement?

Excuse moi. Je suis sans doute un peu trop curieux! Une nouvelle fois je riais aux éclats, une pointe de gêne caché en son sein. Une question me taraudait cependant, une question que je n'osais lui poser. Pourquoi était-elle seule? Pourquoi me demandait-elle ces nouvelles? Je préférais cependant rester à ma place.

-En tout cas, j'ai fini les soins! Applique bien la crème et les hématomes devraient se résorber rapidement.Dis-je en croquant dans ma barre.
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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Ven 7 Juin - 12:29

Depuis longtemps, j’avais appris que les hommes ne respectaient pas les préceptes de Dieu. La tolérance. L’amour. C’était des concepts et des valeurs qui m’avaient été inculqués très tôt. Mais j’avais vite compris que la plupart des gens étaient sourds à ces demandes. Dès que j’avais été en âge de repérer les jugements, à travers les regards qu’on nous jetait. Dès que j’avais compris les mots de haine qu’on nous balançait. Dès que j’avais éprouvé le mal que les hommes étaient capables de faire. J’avais grandi dans un monde rude, mais rien ne m’avait paru aussi violent que la ville. J’avais toujours joué avec mes frères, et on savait tous à quel point les garçons pouvaient être rudes entre eux. Alors les coups, les bleus, j’avais l’habitude. Mais cela n’avait rien à voir avec ceux qu’on m’avait portés aujourd’hui. Ou presque douze ans plus tôt. Depuis plusieurs semaines, je ne mangeais plus à ma fain, j’errais sous des regards méfiants, j’encaissais les insultes. Et je me prenais des coups. J’étais fatiguée. Juste fatiguée. Il ne semblait pas comprendre.

« Des agressions ça arrive tous les jours… »

Ça ne les rendait pas moins graves, j’en avais bien conscience, mais cela faisait des semaines que je n’étais qu’une ombre pour les milliers d’habitants de Los Angeles, personne ne se souciait de moi. A dire vrai, je ne parlais même pas à grand monde.C’était bizarre, pour moi, de voir le docteur Johnston inquiet. Pourquoi s’inquiétait-il pour moi ? Je n’étais rien… et je n’avais rien non plus, ce que je m’empressais de lui rappeler. Car j’aurais l’air maligne s’il me tendait sa note, je n’avais pas envie de me sauver de son cabinet comme une voleuse. Même si c’était bien ce que j’étais devenue. Mais lui… il avait toujours été gentil. Avec mes neveux et nièces et avec moi. Et puis ce serait la honte sur ma famille si je me comportais mal vis-à-vis de lui. Bon sang, c’était idiot de penser à cela. La honte était déjà sur ma famille à cause de ce que j’avais fait.

« Vous donnerez vos soins à l’Inde disant ? »

Mais qu’est-ce que l’américain était une langue barbare ! Je ne comprenais rien à ce qu’il me disait. Je voulais entendre ma langue. Je voulais ressentir les sonorités chaudes et dansantes de notre langage qui n’appartenait qu’à nous et qu’aucun gadjo n’a jamais réussi à retranscrire. Tout me manquait. Ils me manquaient. Mais j’avais commis l’irréparable. Non seulement j’avais tué mon mari, mais je n’étais pas vierge à mon mariage. J’avais apporté la honte sur les Mendès jusqu’à la fin des temps.

« Je ne comprends pas. Ça veut dire que… vous êtes gratuit ? »

Ce n’était peut-être pas l’expression exacte. Sûrement même. Mais je préférais être certaine. Ah oui, c’était bien ça. Dans cette culture qui ne vivait que pour l’argent, c’était étonnant.

« Un serment ? Comme lorsqu’on se marie et qu’on jure fidélité, amour et assistance à son mari ? Vous êtes marié ?»

Parce que j’avais dû apprendre un serment pour mon mariage. Des paroles à jurer devant Dieu et ma famille, qui m’engageaient à vie. C’était pareil pour lui ?

« C’est bizarre, un travail où on fait un serment, non ? »

Peut-être que c’était plus répandu que cela. Je ne connaissais pas bien la culture américaine. Est-ce que les professeurs que j’avais eus à l’école prononçaient un serment ? et le gars pour qui je faisais des livraisons ? Bonnes questions… J’y réfléchissais pendant qu’il me mettait un pansement et semblait palper ma tête. Quelle était la dermière personne à m’avoir touchée sans méchanceté ? Certainement ma grand-mère, lors de la cérémonie du diklo. Mince… je me demandais comment elle allait. Elle avait menti pour moi, en faisant croire que j’étais vierge. Elle avait menti au clan pour moi… Que lui avaient-ils fait et comment allaient-ils ? Il fallait que je lui demande, au docteur. Je me concentrai lorsqu’il me confia être allé au clan une semaine auparavant. Ça me paraissait si loin, la dernière fois que j’avais vu les caravanes et les lampions. Vari quoi ? Avec un nom pareil, c’était forcément quelque chose de grave ! Un de mes neveux ! Je sentais la peur m’envahir et ça s’accentua lorsqu’il me parla de « stérile ». Je n’avais pas la moindre idée de ce que voulait dire ce mot, mais c’était forcément horrible ! Pathologie… handicapant… que des mots que je ne comprenais pas… J’aurais dû continuer à aller à l’école et à apprendre cette fichue langue !

« J’ai rien compris… ils vont bien ? Ils risquent quoi ? Et mes neveux ? C’est quoi la vermicelle ? Ils vont mourir ? Les hommes du clan vont mourir ? C’est ça ce que ça veut dire « stérile » ?

Et pourquoi il ne me regardait pas ? Qu’est-ce qu’il cherchait et qui était plus important que la vie des hommes du clan ? Je ne le sus pas mais je me raidis en l’entendant me poser une question. Qu’est-ce qui s’était passé ? Moi-même je n’étais pas sûre de le savoir. On m’avait changé mon mari. On m’avait unie à un homme que je ne connaissais pas et que je n’aimais pas. Une chose en moi l’avait repoussé. Il y avait eu une bagarre, et je l’avais tué. Lui et un autre avant de m’enfuir. Je crois que c’était cela, ce qui s’était passé. Mais jamais je n’oserais lui dire. Il était un des rares à ne pas me regarder comme un monstre et à être gentil avec moi. Je ne voulais pas que cela change. Même si c’était bizarre. Plus de guitare… et tout était de ma faute… J’en eus la boule au ventre.

« On a perdu des membres… Je n’ai pas pu rester. »

Pourvu qu’il ne pose pas plus de questions. De toute manières, je n’étais pas en mesure de lui dire davantage. Je ne pouvais pas verbaliser ce que j’avais fait, c’était douloureux. A chaque fois. Et qu’est-ce qu’il faisait avec cette espèce de tube ? Et pourquoi riait-il ? Il était possédé ? Il venait de me parler de vermicelle et de pathologie et il riait ? Je pris le tube de crème en regardant bizarrement le docteur qui mâchouillait un truc inconnu.

« Vous êtes sûr que ça va ? »

En tous cas, ça sentait la pomme son truc... ce qui me faisait penser que j'avais faim. D'ailleurs, mon ventre gargouilla.

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Kaidan Johnston


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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Lun 24 Juin - 20:50

Plus je parlais, plus j'avais l'impression de la perdre. Bon, ce n'était pas la première personne à qui ça arrivait. Vous savez, ce genre de petits désagréments, cette sensation de ne capter aucun mot prononcé par votre interlocuteur. Tout le monde l'a, je pense, expérimenté un jour, seulement, il y a de ces moments où c'est plus handicapant que d'autres, dans cette situation par exemple. C'était ma faute aussi, pourquoi parlais-je aussi vite avec des mots aussi compliqués que même la plupart de mes patients, ne comprenaient avant mes explications. Des explications souvent très brèves car simplifiées au maximum de mes capacités. Et c'était reparti pour un tour ! D'habitude, c'était les gamins qui me posaient des questions. Bon, elle était une gamine elle aussi, un peu plus âgée certes, mais une gamine quand même, plus débrouillarde que moi certainement, plus apte à la survie mais moins adaptée, peut-être, au monde urbain. L'histoire d'une éducation différente, quelque chose que je ne pouvais réellement comprendre par ma qualité de... c'était quoi le mot déjà ? « Gadji » non ? Je l'entendais assez pour savoir qu'ils me désignaient ainsi. Quant à sa signification, positive ou négative, je n'étais pas totalement fixé. On ne s'était guère arrêté pour me l'expliquer d'ailleurs... Sûrement allais-je le demander à la grand-mère lors d'une autre visite. Et qui sait ? Peut-être pourrais-je apprendre les rudiments de leur langue ? Ouh ! Que c'est excitant ! En attendant, il fallait faire autrement, en m'arrêtant à chaque nécessitée :

-Oh ! Indigent, ce n'est qu'un mot tape à l’œil pour dire pauvre. Et oui, je suis bien gratuit.

Au fond, je ne risquais guère la faillite même en soignant pour rien. S'il y avait les pauvres en véritable manque de soins, il y avait également les profiteurs, les petits malins auxquels je me devais de faire attention. Sinon, en général, les américains qui allaient et venaient dans mon cabinet étaient, pour la majeur partie du temps, bien trop fiers pour supporter l’immondice que d'être soigné contre une politesse. Non, ils me sortaient leur assurance en plein dans la figure, depuis, c'était à l'oeil et au comportement que je devais adapter mes honoraires afin d'éviter les malentendus. De cette réflexion naquit une question : qu'étaient devenus tout ceux de la clinique ? Poursuivaient-ils notre idéal ? Notre philosophie ? Ou bien, avaient-ils perdu leur objectif de vue ? À creuser plus tard...

Et les questions s'enchaînaient les unes derrières les autres, relevant pertinemment la bizarrerie qu'est le serment d'Hippocrate. Au fond, elle avait raison. C'était quelque peu étrange de prêter serment à son métier comme on le ferait envers une femme seulement, la nature des propos différaient quelque peu.

-Ce n'est pas tout à fait ça. Disons, que je m'engage à respecter une certaine éthique... Il s'agit d'une ligne de conduite, d'une manière de penser. En gros, c'est un code moral que je m'engage à respecter sur l'honneur. Ce n'est pas tout à fait pareil qu'un mariage. Et non, je ne suis pas marié. J'ignore tout de cette union...enfin, dans la pratique. Bon, la grande majorité des métiers n'ont pas de serment. Bon, il y a bien le président des USA qui en fais un mais sinon...je ne m'y connais pas suffisamment pour m'avancer là-dessus. C'est pour faire genre c'est important... ou par pure envie comme moi. 

Je m'embrouillais. Je dirais même mieux; je m'enfonçais de plus en plus profondément. Suite à mon petit résumé sur la situation au campement, je vis sur son regard l'inquiétude la plus totale. Je sentis bien que je l'avais perdue, plus que d'habitude. Décidément ! Je n'étais visiblement pas doué! Et mon rire ne fit qu'aggraver la situation. Remarque, il est assez rare de rire après avoir parler d'une possible stérilité, mon cas devait être plus désespéré que je ne le pensais. Si j'avais l'habitude de rire de tout, j'oubliais parfois que rire des sujets les plus délicats irritait facilement le monde autour de moi. J'ai juste pris mon temps pour lui répondre, j'attendais de lui avoir donné la crème contre les hématomes et d'avoir cette bar énergétique entre les mains. Si je pouvais éviter de dire une connerie de plus...
Je croquai une nouvelle fois dans ma barre, prenant un air plus sérieux.

-Ah ! C'était donc ça ! Je me disais aussi qu'il manquait des caravanes. Bien rivé sur mon fauteuil, je songeais. Je songeais à ce qu'elle m'avais dit. Pouvait pas rester hein? Et si... Non, rien. ... Enfin bref! Ce n'est pas la vermicelle mais la varicelle. Pour un enfant, ce n'est pas grave, c'est juste des grosses tâches sur la peau qui entraînent une envie de se gratter. Donc, ne t'inquiètes pas pour tes neveux, quelques jours de repos et normalement tout devrait rentrer dans l'ordre. Pour les adultes de ton clan par contre, ça pourrait être un peu plus...chiant. Quand je te dis qu'ils peuvent être stériles, c'est qu'ils risquent de ne plus jamais faire des enfants. Ça encore, c'est le problème des hommes, mais tout les adultes qui ne l'ont jamais eue peuvent l'attraper et là, ça peut devenir très grave. Ils peuvent présenter des complications pulmonaires...enfin, ils peuvent avoir des difficultés pour respirer et des problèmes au cerveau. Je pense que je vais bientôt y retourner, voir si la situation a évoluée. Tout devrait bien se passer !

Je souriais, je voulais paraître rassurant. 

-Je gère la situation! 

Elle finit par me demander mon état de santé. Je riais, touché. C'était bien la première fois depuis mon arrivée que quelqu'un me demander si ça allait dans un contexte autre que celui des salutations. C'était mignon ! Était-je blanc comme un linge ? Avais-je des cernes sous les yeux ? Semblais-je si mal en point ? Ou bien étais-je un peu trop souriant pour quelqu'un qui annonçait une possible stérilité liée à une maladie contagieuse ?

-Moi ? Je suis juste un peu fatigué...et affamé par la même occasion. *Soupir* Je n'ai pas encore eu le temps de manger et la salle ne désemplit pas. Et c'est pas ces barres qui vont me nourrir mais je dois rester, mes chères obligations. Mon ventre exprima son mécontentement. Tant pis, je mangerais ce soir.

Silence.
C'est dans ce court blanc que retentit un grondement sourd qui ne provenait, cette fois ci, pas de moi.

-Je ne suis apparemment pas le seul dans ce cas... Tu veux un sandwich ? Dis-je en allant chercher dans ma sacoche, ma fidèle boîte à déjeuner. Puis en me rasseyant, On va dire que je fais ma pause maintenant. J'ai vraiment trop faim ! Encore un sourire, ma marque de fabrique.
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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Sam 29 Juin - 5:50

Pourquoi les américains avaient une langue aussi compliquée ? Et qu’est-ce que je leur avais fait pour qu’ils utilisent des mots comme ça ? C’était si difficile de dire clairement les choses ? Cela éviterait pas mal de soucis à mon avis ! Et le docteur Johnston était gentil, mais qu’est-ce qu’il parlait bizarrement. Je devrais essayer de lui parler dans ma langue tiens ! Ses beaux diplômes ne lui serviraient pas à grand-chose. Mais j’arrêterais de me sentir comme à l’époque du collège et du lycée. Ça avait été des années horribles, toujours à me dire que si je savais tuer et préparer un poulet, en revanche, je ne savais pas déchiffrer des textes ou compter. Plus vieille que mes camarades, j’avais toujours eu l’impression d’être la « bébé » de chacune des classes que j’avais traversées. Eh bien là, c’était de nouveau pareil. J’avais l’impression qu’un fossé nous séparait. En tout cas, j’avais eu raison. Il était gratuit. Je le savais.

« J’aime bien les trucs gratuits, c’est plus simple. L’argent ça bousille tout. Au moins, on n’a pas ce problème chez nous… »

On n’avait… j’aurais dû utiliser le passé car je n’y appartenais plus. Et il n’y avait plus de chez nous puisque j’avais commis l’irréparable. Qu’importe, le docteur n’avait pas à le savoir. Tout comme il n’avait pas à savoir que concrètement j’étais veuve. J’avais été mariée devant Dieu quelques heures. Alors voilà que je savais quelque chose de plus que lui. Etrangement, j’en retirai une certaine fierté, que je me gardais bien de révéler. Et c’était vraiment bizarre, ces métiers pour prêter serment. Je ne comprenais pas bien. Une sorte de loi morale hein ?

« Mais le mariage… c’est aussi une loi morale et une règle de conduite. Aime ton mari. Sois lui fidèle. Donne-lui de beaux enfants en pleine santé. Il y a des règles à suivre. Vous êtes pas un peu vieux pour pas être marié ? »

Je me souvenais de la cérémonie, des paroles que j’avais pu prononcer. Les époux avaient des devoirs et si j’aurais été ravie de les accomplir avec mon véritable fiancé, en revanche, je les craignais avec le mari qu’on m’avait imposé. Si les choses avaient bien tournées, j’aurais dû être mariée et mère dans l’année. Et finalement, j’étais toute seule. Et en parlant d’enfant, certains étaient malades et les propos du docteur Johnston m’inquiétèrent.  Il avait intérêt à me répondre. Qu’est-ce que c’était que cette histoire avec mes neveux ? Et ces mots de nouveau bien compliqués ?

Je tentais d’intégrer tout ce qu’il me disait. Dans ma tête, cela faisait : Varicelle = pas dangereux pour les enfants. Varicelle = très dangereux pour les adultes. Je ne savais même pas si je l’avais eue moi. Je ne me souvenais pas m’être grattée, comme il le décrivait.

« Plus d’enfant ! Mais c’est très grave ça ! Il faut des enfants ! C’est l’honneur du clan, c’est pour la famille et au nom de Dieu ! Ils peuvent perdre leur place ! »

Enfanter, c’était quelque chose qu’on nous apprenait dès notre plus jeune âge. Avant même qu’on nous explique comment on les faisait et par où ils naissaient, on nous inculquait les valeurs parentales. Il fallait avoir des enfants. Au moins quatre ou cinq pour assurer la solidité du clan et la grandeur de la famille. Et j’avais été prête à ça ! Mais ne pas avoir d’enfant. C’était le déshonneur assuré ! Plusieurs hommes avaient déjà répudié leurs femmes à cause de cela et certaines familles avaient vus leur autorité  sur leur clan se désagréger, au point d’en perdre la gestion, parce que leur sang était affaibli par un manque d’enfant. Et cette fierté que j’avais vu dans les yeux de mon père quand mes frères et sœurs avaient annoncé qu’ils allaient avoir des enfants… Les fêtes organisées lors des accouchements…  La stérilité, c’était le mal absolu.

« Vous promettez que vous allez les soigner ? Je… je pourrai repasser vous voir, pour savoir comment ils vont ? Surtout les petits… Et ma grand-mère ? Et euh… Ne leur dites pas que vous m’avez vue. Ne leur demandez pas pourquoi je ne suis plu là-bas, s’il vous plait… »

Je levai des yeux plein d’espoir pour lui. Je ne voulais pas qu’il fouille et découvre ce que j’avais fait. Il était mon seul lien avec ma famille désormais, et un des rares à ne pas me traiter comme le monstre que j’étais ou comme un animal. Et puis je l’aimais bien. D’ailleurs, il m’inquiétait un peu. Ça peut être malade un médecin ? Il avait des réactions bizarres et semblait fatigué. Je baissais les yeux en entendant son ventre… Alors lui non plus ne faisait pas trois repas par jour ? La bonne blague des bien penseurs américains. Mon ventre répondit au sien. J’écarquillai les yeux et portais une main à mon ventre, espérant qu’il n’ait rien entendu. Je n’avais pas mangé depuis… hum… je ne savais même plus. Et là, il me proposa son sandwich avant de s’assoir à côté de moi.

« C’est votre déjeuner, je doute qu’il soit gratuit lui aussi. Vous me soignez déjà, je ne veux pas… ou juste un petit bout. »

J’attrapai un bout de pain et me forçai à n’en prendre qu’un tout petit bout en bouche, prenant le soin de bien mâcher, pour me donner l’impression que je mangeai beaucoup. Je n’avais pas l’habitude qu’on soit sympa avec moi. Surtout que je commencerai bientôt ma formation à l’Agence et là, ça rigolerait moins. Mais peut-être que je serai nourrie. Je n’osais pas le regarder dans les yeux. Je n’étais pas quelqu’un de bien et il m’aidait…

« Vos patients vont encore plus me détester et je ne voudrais pas que vous ayez des problèmes à cause de moi. Je ne sais pas quoi faire pour vous remercier… pour le sandwich, ou la pommade… je peux… passer le balai ? Faire une course pour vous ? Même si je n’ai plus mon vélo, je peux être rapide ! Oh… mon patron va me tuer… je suis en retard et je me suis fait voler son GPS. »

Je voulu mettre ma tête entre mes mains mais la douleur sur mon front me rappela à la dure réalité. Je grimaçai. Je n’étais pas faite pour cette ville.
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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Dim 14 Juil - 22:32

[Désolé pour une réponse aussi lente! >.<]

J'écoutais ses inquiétudes, ses requêtes d'une oreille attentive. Pourquoi tant d'insistance à ce que je taise sa venue ? Pourquoi autant de mystère ? Qu'avait-elle de si grave à cacher pour prendre la fuite ? J'avais du mal à comprendre, j'avais du mal à saisir et la fatigue qui me pesait de plus en plus n'arrangeait en rien mes facultés de réflexion. Quelque chose clochait, j'en étais plus que certain ! Bien sûr, j'avais déjà une petite théorie dans ma tête, toute simple d'ailleurs mais qui sonnait comme une sorte d'accusation et cela, je me le refusais ! Qui suis-je pour juger ? Moi, je ne faisais que soigner ! Ce n'était pas mon devoir de fouiner dans la vie des gens, d'autres corps de métier s'en occupaient déjà bien assez. Mais bon, pourquoi disparaître ainsi pendant une période de deuil, surtout que le clan avait une place prépondérante dans leur viev ? Elle devait avoir sa part de responsabilité, directe ou indirecte. Meurtrière, complice, témoin ou autre raison... j'envisageais tous les cas de figure.

Faute de connaître la vérité, je me contentais de la rassurer.

-D'accord, d'accord... je ne dirais rien. Tu as ma parole !

Même si je leur demandais, je n'étais pas certain d'obtenir une réponse de leur part. Après tout, je n'appartenais pas à leur clan, je n'étais qu'un mec qui se pointait de temps en temps histoire de voir si tout allait bien. Je n'étais qu'un "gadji", un simple "gadji" dont la signification m'échappait toujours. D'ailleurs, il y avait autre chose qui m'échappait. J'ignorait ce dont il s'agissait et pourtant, il me semblait bien que c'était un quelque chose d'assez important. Qu'est-ce que c'était ? Et si c'était tellement important, pourquoi l'avais-je oublié ? Dans ma tête, je m'insultais alors que mon corps reflétait une parfaite neutralité. Pas une seule hausse de ton, pas le moindre agacement au travers d'un toc ni même au travers de mes gestes. C'était une tempête maîtrisée, heureusement ! Tandis que je la voyais picorer mon sandwich, je poursuivais mes recherches mentales tout en essayant de rester parmi les vivants :

-Tu peux le manger tranquillement, je te le donne. J'en ai déjà un autre qui m'attend donc ne t'en fais pas pour moi. Je serais vexé si tu ne le mange pas! Quoique, ça dépend du goût...J'espère qu'il est bon au moins, j'ai du mal à savoir comme je suis le seul à les manger d'habitude. Je commençai à manger le sandwich de secours. Oh et ne t'en fais pas pour les autres patients ! S'ils en viennent à détester quelqu'un, ce sera moi et personne d'autre. Et si jamais il y en a un qui élève la voix, je m'en occuperais. Après tout, dans l'état dans lequel tu es arrivée, c'est normal que je prenne un peu plus de temps que d'habitude. Ce n'est pas la peine de me remercier tu sais. Ah si ! Il y a bien une chose que tu peux faire quelque chose pour moi.

Une pause je me levai de ma chaise, fis face à la grande fenêtre de mon bureau qui donnait sur la rue. J'hésitais encore à lui poser LA question. Cette fameuse interrogation qui traînait dans ma tête et qui pouvait se révéler fâcheuse. Mon air devint plus grave, plus sérieux. Enfin je me décide à me lancer, sans me retourner :

-Est-ce que tu peux me... nouvelle pause, reconfiguration totale de la phrase, m'apprendre à parler ta langue ? Plus tard bien sûr, quand tu auras le temps. Quelques phrases feront l'affaire! Et à nouveau le sourire sur les lèvres, ma tête de nouveau tournée vers elle. Au vu de sa grande insistance pour que j'évite de parler d'elle, il valait mieux que je l'écoute. J'avais bien saisis que l'affaire était grave en tout cas, si grave qu'elle ait eu l'obligation de fuir. Je ne voulais pas la mettre dans une position encore plus délicate avec mes questions indiscrètes. Elle était là, sous mes yeux, en relative bonne santé, je devais m'en contenter. Je ne vais pas te retenir plus longtemps si tu es en retard, je ne voudrais pas que tu te fasses eng*euler parce que je t'ai retenu trop longtemps. J'aurais bien aimé t'aider pour ton GPS...

Quant à ceux qui se demanderaient pourquoi je faisais tout ça pour elle, je répondrais tout simplement parce que je suis humain, que je suis surtout une bonne grosse pomme et que je m'étais attaché à elle comme à son clan. Oh mais! C'était ça le détail important! Le clan! Je me disais aussi que je lui avais sortit une énormité si...énorme, le tout sans m'en rendre compte! Honte à moi! La stérilité, ce n'était pas causé par la varicelle mais par les oreillons. Comment ai-je pu confondre les deux? Bon, c'était peut-être du au fait qu'il y avait un cas d'oreillon parmi ses neveux et une vague de de varicelle, je n'étais pas si loin de la vérité et j'avais raison sur les conséquences de la varicelle. Mais tout de même, c'était honteux pour moi! Ah, fatigue! Quand tu nous tiens! À ce sujet, je me suis rapidement assis quand je vis des points multicolores devant mes yeux, dansant, tourbillonnant dans un monde qui se faisait de plus en plus obscur. Je vacillais un peu en revenant à mon fauteuil, cherchant à l'aveugle la barre énergétique que j'avais à peine consommé. Pas moyen de tomber dessus! Besoin de sucres rapide, et vite!

-Tu...euh...peux me donner ma barre à la pomme s'il te plaît?
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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Mar 30 Juil - 9:40

Je sentais que le terrain devenait glissant… S’il posait trop de questions… je ne pourrais pas lui révéler la vérité. J’étais un monstre, doublée d’une meurtrière. J’avais tué mon mari. J’avais déshonoré ma famille, je n’étais pas vierge à mon mariage, ma grand-mère avait menti pour moi. Je ne voulais pas impliquer encore quelqu’un dans mon sillage et encore moi qu’il me jette le même genre de regard qu’ils m’avaient tous adressé. Je souhaitais seulement obtenir des nouvelles du clan en toute discrétion.

« M’ci. »

J’espérais juste qu’il tiendrait parole et ne chercherait pas à savoir ce qui s’était passé. Il valait mieux pour lui d’ailleurs, les gens de ma famille n’aimaient pas vraiment qu’un gadji vienne fouiner dans les affaires du clan. Pour le moment, je ne pouvais que lui faire confiance. Et après tout, il m’avait bien offert son sandwich, il ne devait pas être foncièrement mauvais. Je n’y croyais pas de toute façon, qu’il puisse être mauvais ou curieux au point de me faire du mal. Il parlait beaucoup, je n’avais pas l’habitude, ni même qu’on me demande si ce que je mangeais était bon… Le goût, je l’avais un peu perdu. Quand on a faim, tout ce qui atterrit dans notre bouche est bon… J’arquais alors un sourcil.

« Il l’est… ça change des trucs parfois un peu moisi que je peux manger. »

Je lui devais vraiment beaucoup à ce docteur. Non seulement il ne m’avait pas refoulée à l’entrée de son cabinet, mais en plus, il m’avait soigné gratuitement et en prime il me nourrissait. Je voulais faire quelque chose pour lui, j’avais comme… une dette envers monsieur Johnston désormais. Et c’était sacré ça aussi, pour les gens comme moi. Il faut toujours s’acquitter d’une dette. Alors que je me cognai la tête, je l’entendis me rassurer. Oui, c’était gentil, mais moi, je voulais payer ma dette. Il fit durer le suspense en s’éloignant vers la fenêtre…

« Vous voulez que j’nettoie les carreaux ? »

Il ne sembla pas entendre ma question. Je l’avais toujours trouvé bizarre. Gentil, ça oui, mais surtout bizarre et là, ça s’aggravait. Est-ce que je peux quoi ? Lui aussi il galérait avec l’américain ? Fichue langue si même les natifs ne savent pas faire de phrases entières ! QUOI ? Alors là je tombais des nues et j’ouvris grand les yeux et la bouche. J’avais bien entendu ? Il voulait apprendre notre langue ? Comme si les gadjos pouvaient comprendre notre langue ! C’était un secret ! Un secret bien gardé et quelques idiots pensaient la connaitre, mais ils se fourraient le doigt dans le pudding… le pudding ? Ou pas, je ne connaissais plus l’expression. On s’en foutait. C’était énorme ce qu’il me demandait, normalement, c’était interdit. Mais… En même temps… je me rappelais comme il avait eu de la peine à comprendre une fois, quand il s’était retrouvé entouré de vieilles dames du clan ne parlant pas un mot d’américain…

Je soupirai et pris un air grave et sérieux. On ne plaisantait pas avec ma culture, ou j’allais me fâcher tout rouge, j’espérais qu’il en avait conscience.

« Quelques mots, oui, je veux bien. Mais vous ne leur dites pas d’où ça vient. Et n’essayez pas de faire comme si vous étiez l’un d’entre eux, ça risquerait de vous causer des ennuis. Déjà vous pouvez commencer par dent qui se dit tséne, les yeux c’est cucle, nasse pour nez… »

Je lui sortis une série de mots simples… bonjour, merci, et quelques phrases plus complexes comme « où avez-vous mal », des petits trucs comme ça. Rien qui pourrait trop énerver les miens… Enfin, ceux qui avaient été les miens. Mais je ne devais pas m’attarder plus que de raison, il le savait. Nous n’étions pas maitres du temps. Je m’étais levée et j’étais prête à franchir le seuil de son cabinet quand je l’entendis… avant de le voir tituber. Je pris peur, je ne voulais pas qu’il lui arrive quelque chose ! Je courus jusqu’à son bureau et attrapa la barre qu’il me demandait, lui fourrant presque dans la bouche.

« Mangez ! Mourez pas, hein ! S’il vous plait, mourez pas. »

Je le secouais presque comme un prunier, le pauvre. Des bruits me parvinrent de la salle d’attente, j’avais l’impression que ça commençait à barder. Furieuse, je lâchais le docteur Johnston pour aller ouvrir la porte.

« Le cabinet est fermé » , hurlais je avant de claquer la porte au nez des contestataires et de la verrouiller.

Je revins prudemment vers le bureau et regardai le médecin avec inquiétude.

« Va pas falloir que je vous fasse du bouche à bouche, hein ? Parce que j’aime pas faire ça… »

Déjà qu’on allait croire que je le séquestrais… voire que j’étais en train de le dépecer. Faudrait pas qu’il lui arrive un truc. Non seulement ça me retomberait dessus le clan n’aurait plus de médecin, mais surtout, je l’aimais bien.
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MessageSujet: Re: Don’t try and fix me   Ven 13 Sep - 21:26

Je sentis alors la nourriture au fond de mon gosier, sans avoir eu vraiment le temps de la mâcher. Sa réaction excessive y était sans doute pour beaucoup, sa méconnaissance de la physiologie humaine également. J'avais envie de lui dire que j'allais bien, que ce n'était que passager mais entre les secousses et la bouche pleine, je n'étais réellement pas en mesure de faire entendre ma voix. C'est que la petite avait une sacrée poigne! Je n'avais jamais été aussi secoué de ma vie au sens littéral du terme! Je suppose aussi que le fait d'avoir été rarement pris pour un prunier l'explique également. Pouvais-je vraiment la blâmer pour ça? Non, n'importe qui aurait put réagir ainsi, seulement, aller jusqu'à renvoyer tout les patients dans la salle à cause de ce petit malaise, c'était légèrement exagéré. Sans avoir croqué dans la barre, je la retirai de ma bouche afin de l'y enfourner de manière plus conventionnelle mais surtout, de manière à pouvoir la mordre sans craindre de m'étouffer. J'avais bien pris la peine de lui dire:

-Ce n'est...ce n'est pas grave...

D'un ton si bas qu'il en était presque inaudible. Elle n'avait sûrement pas entendu à moins d'avoir l'ouï particulièrement fine. J'aurais dû lui dire d'emblée qu'un malaise de ce type, soit à cause d'un manque de sucre, n'était pas si grave que ça, qu'il m'arrivait assez régulièrement des événements de ce genre. J'ai manqué de temps tout simplement, je ne pouvais pas prévoir sa réactivité qui aurait fait passer Usain Bolt pour une grand-mère estropiée. Une fois revenu à moi, je lui souris sereinement malgré son inquiétude, le regard encore vague et porté au-delà de son épaule, vers la porte en fait. Un très bref silence de mort...puis des protestations, des demandes répétées, des sommations pour ouvrir la porte. Ok, j'étais devenu la victime d'une prise d'otage singulière. Singulière pour moi, pas pour eux. En même temps, ils ignoraient la nature de nos relation, ils ne savaient rien d'elle -et moi non plus apparemment mais je n'en avais pas autant besoin- et ne pouvaient donc pas comprendre la tournure de la situation. Après tout, sur un coup de folie... Quoi? Non, je n'essaye pas de lui trouver des excuses! D'accord, dans d'autres circonstances cela aurait put avoir des conséquences dramatiques, mais ce n'était pas arrivé!

-Tout va bien! Je vais bien!Je leur criai. Puis à elle, à ma gitane. Non non, ce ne sera pas nécessaire. Si j'avais arrêté de respirer, là oui. Mais tu vois, je vais bien! Ce n'était qu'un petit malaise, un simple manque de sucre... mais merci.

Je me redressai pour me lever, toujours souriant. Je me cognai le pied en passant, un cri de douleur m'échappa. Voilà qui devait les rassurer! Pas grave.

-Tu devrais filer maintenant...et promis, je ne t'ai pas vue. Il faudra quand même que tu repasses un de ces jours afin que je vérifie ta blessure, et pour te donner des nouvelles. Mais surtout, prends soin de toi!

J'ouvrai la porte sur une petite assistance, inquiète, rapidement soulagée de me voir réapparaître en bon état. Quelques questions, des grands classiques de ce genre de situation, ils avaient besoin que je les rassure à ce niveau là.

-J'ai juste eu un petit malaise mais je me sens mieux grâce à l'intervention de cette jeune fille! Elle m'a sauvé la vie! Légère hyperbole de ma part afin qu'ils ne la regardent trop durement vis à vis des événements récents. Au revoir Miss Mendès! Merci beaucoup! Je tournai la tête vers la grand-mère réfractaire. Ses rides trépignaient d'impatience, son regard bleu clair pétillant d'autorité me rappelait qu'elle était la suivante, au cas où je l'aurais oublié. Allez, Mrs.Smith, c'est à votre tour!

Et tandis que la grand-mère se pressait pour entrer, tandis que les autres patients retournaient tranquillement à leurs places ainsi qu'à leurs occupations initiales, je jetai un dernièr regard vers elle, marquant une courte pause, avant de répondre à l'appel du devoir. Retour au boulot!
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