..../...................../.....................................................................



 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Maxime M

Invité

avatar


MessageSujet: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Ven 16 Nov - 21:33

14 janvier 2011, début d’après-midi


Il y avait déjà deux mois et demi qu’elle n’avait pas remis les pieds dans la propriété de Mr McGregor. Et, maintenant qu’elle regardait la porte, Maxime se sentait toute petite. Écrasée par le luxe et l’immensité d’une vie qui lui était étrangère. Elle se rappelait pourtant, que durant quelques mois, cet endroit l’avait chaleureusement accueillie. Elle y avait partagé le quotidien de Wyatt et de Ross, avec ses bons et ses mauvais côtés. Discrète, anonyme, comme toujours. Sans jamais parvenir à se sentir totalement chez elle. Et puis, Anne avait reparu.

Maxime tira sur sa troisième cigarette d’affilée.

Le retour d’Anne dans la vie de Ross, et par extension celle de Wyatt avait signé l’arrêt de mort de cette vie en communauté. Paradoxalement, c’était aussi en raison de la présence de cette dernière que Maxime se trouvait ici aujourd’hui. Anne mettait Ross en danger sans le savoir. Anne qui lui avait volé ce semblant d’équilibre. Anne qu’on avait choisie, comprise, choyée, et préférée à sa propre personne. L’angoisse nouait son estomac et lui filait la nausée. Elle ferait mieux de s’en aller. Elle n’avait pas sa place.
Maxime écrasa sa cigarette sous son talon et inspira profondément. Elle  leva son poing, hésita, se morigéna, et, frappa avec détermination, ne se laissant plus une occasion de plus pour faire marche arrière. Les secondes filèrent, renforçant le doute. Maxime venait d’opter pour la fuite quand la porte s’ouvrit, révélant le visage de Ross et son regard vide.

Coup dans l’estomac. Elle tressaillit, se dissimulant derrière un visage impassible et froid, presque agressif.

La jeune femme détestait se sentir si lamentable. Ross l’impressionnait pourtant, au point que les mots restaient coincés dans sa gorge. Lui, qui avait tant fait. Lui, qui l’avait abandonnée, comme tous les autres. Elle aurait presque eut honte de la personne qu’elle était devenue. Elle devait se ressaisir. Un raclement de gorge et puis un « Salut » de sa voix bien trop enrouée qui trahissait son émotion. Aaron lui aurait-il dit qu’il l’avait vu tenter de tirer une balle directement dans la tête de Jefferson ? Anne lui aurait-elle confessé ce qui s’était passé ? Serait-elle prise en pitié, ce qu’elle abhorrait ? Ses questions s’estompèrent en un froncement de sourcil… Quelque chose clochait. Elle doutait qu’il la reconnaisse. Avait-elle tant changé ? Non. Elle n’avait qu’un bleu au visage et une coupure sur la lèvre. Rien qui puisse la défigurer.

- C’est moi. Max. Nouveau raclement de gorge de la part de la française. Je peux entrer ?

Deux mois et demi de silence et elle n’était même pas foutue de s’en excuser.
Revenir en haut Aller en bas
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 19 Nov - 17:02

Depuis qu’il était devenu aveugle, Ross avait repris ses consultations à son cabinet mais pas son poste à l’Ucla. Après la randonnée, il avait été opéré et transféré dans un centre de rééducation. Ce handicap était déjà difficile à gérer pour lui et son humeur s’en ressentait. L’idée d’être dépendant sans cesse de quelqu’un lui était insupportable. Il avait alors pris rapidement la décision d’acheter un chien guide afin de se déplacer comme bon lui semblait. Ce n’était pas toujours évident car l’homme et l’animal apprenaient encore à se connaître. Plus d’une fois, il avait été dans l’obligation de contacter le dresseur pour savoir quelle attitude adopter avec le labrodor nommée Guinnesse. Depuis quelques jours, la chienne obéissait relativement bien. Elle commençait à se familiariser avec l’environnement et les habitudes du psychologue, ce qui facilitait grandement les choses pour tout le monde.

Aujourd’hui, le carnet de rendez-vous du psychologue était vide tout comme la maison. N’ayant pas envie de rester seul à ne rien faire, il s’était donné comme objectif de se rendre à l’université. S’il voulait reprendre son poste, il devait y aller pour reconnaître les lieux et les faire découvrir à la chienne. Préférant se rendre compte par lui-même de son degré d’autonomie, il n’avait parlé de ce petit projet à personne, excepté à l’éducateur qui le lui avait déconseillé. Les lieux abritant l’université étaient très vastes. Même s’il avait déjà fait le tour en compagnie du dresseur et du chien-guide, il risquait d’être déboussolé ; Guinnesse ne connaissait pas assez bien le site pour guider l’écossais comme il l’entendait. Tant pis ! Ross, un tantinet têtu, comptait sur sa mémoire visuelle pour s’y retrouver. Sa fierté le poussait aussi à vouloir réussir ce petit challenge pour lui-même. S’il y parvenait, ce serait la preuve qu’il pouvait être autonome et faire ce que bon lui semblait.

Avant de quitter la maison, il envoya un sms à Anne afin de la prévenir qu’il était sorti et mais qu’il serait là pour le dîner. La jeune femme n’avait à s’inquiéter de rien, la cuisinière embauchée quelques semaines plus tôt, avait préparé, en plus du déjeuner, le dîner. Il appela un taxi, enfila le harnais à l’animal et prit l’allée menant jusqu’au portail. Lorsqu’il ouvrit la porte donnant sur le trottoir, une voix mal assurée le salua.

- Bonjour ! Répondit-il par politesse.

Ross allait passer son chemin mais quelque chose le retint. Cette voix ne lui était pas étrangère mais il n’arrivait pas à mettre un nom dessus. Il passa la main derrière le cou comme si ce geste allait lui donner la réponse. Celle-ci fut donnée expressément par la personne qui se trouvait là. Ross n’en croyait pas ses oreilles. Sa voix n’était pas aussi claire que celle qui lui connaissait, mais c’était bien elle. Pas de doute.

- Max ! Max ? Maxime ! C’est bien toi ? S’étonna-t-il quand même.

L’écossais avait du mal à réaliser. La jeune fille avait quitté la maison depuis des semaines. Elle avait laissé un mot très bref mais n’avait pas donné signe de vie ensuite. Au départ, le psychologue s’était inquiété de savoir ce qu’elle devenait, mais n’ayant aucun retour à ses sms, il avait laissé tomber. Il aurait sans doute insisté si la vie ne lui avait pas joué de mauvais tours. Entre sa chute dans la piscine, l’amnésie temporaire, la randonnée et la cécité, il avait eu fort à faire. Avec toutes ces galères, il y avait aussi des moments du pur bonheur : Anne était venue vivre chez lui et ils s’étaient déclarés leur amour. Celui-ci n’allait pas comme sur des roulettes ; le couple devait faire avec leur caractère respectif et apprendre à vivre ensemble, Il devait également gérer leurs enfants respectifs. Sonny pour Anne, puisque Jeremy et Maxime étaient aux abonnés absents, Wyatt pour Ross. Bref, tout ce petit monde se dépatouillait comme il ne pouvait ; ce qui était loin d’être une sinécure.

Malgré le silence forcé par Maxime depuis qu’elle était partie, Ross était content de la revoir. Il ne saurait dire pourquoi, mais depuis qu’il l’avait rencontrée, cette gamine l’attendrissait. Son caractère de cochon sauvage traduisait une grande souffrance qui lui donnait envie de la protéger. Et puis, c’était une des protégées d’Anne. Cependant, il était souvent face à un mur et n’ayant aucune autorité légale sur elle, il était obligé de respecter ses choix.

- Bien sûr que tu peux entrer ! Répondit-il dans un sourire.

Il avança la main en direction de la jeune fille pour tenter de lui prendre le bras. N’ayant pas encore l’habitude d’apprécier les distances, il ne fit que du vent. Aussi s’écarta-t-il de la porte pour la laisser passer. Le taxi commandé quelques minutes plus tôt arriva et klaxonna.

  • - Bon alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Lança le chauffeur sur un ton traduisant son impatience.

- Pour demain peut-être ! Répondit Ross en se moquant ouvertement du chauffeur.
Toujours pressés ces taxis de Los Angeles ! Trop content de revoir Maxime, Ross en avait presque oublié ses projets de sortie.
- Mais venez, je vais vous payer votre course. Proposa-t-il gentiment.
Bon gré, mal gré, le chauffeur de taxi sortit de sa voiture et prit le billet tendu par l’écossais. Il se garda bien de dire que c’était un billet de 100 $ et l’enfourna dans sa poche. Ross avait encore du mal à reconnaître les billets tout comme certaines pièces de monnaies. Il devait encore s’exercer pour ça. Pour l'heure, c'était le cadet de ses soucis.

- Allez viens Maxime, rentrons !

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Jeu 22 Nov - 11:12

C’était tellement étrange de se tenir devant Ross, prise comme une enfant en faute. Les émotions se mélangeaient et elle les repoussait, incapable qu’elle était de les gérer convenablement, de les mettre en mots et de les comprendre. Elle se sentait à la fois toute petite et orgueilleuse. Fragile et forte. Détachée et émue. Surtout émue. Ça la prit à la gorge quand l’écossais afficha un sourire, rayonnant d’une chaleur bienveillante qu’elle n’avait pas connu depuis longtemps. Nostalgie : le sourire quotidien de Ross, sa bonne humeur et sa façon de prendre les choses de la vie avec sérénité, l’odeur des pancakes… It smells like home… Il n’avait pas idée de ce qu’il lui avait offert en l’introduisant dans leur vie. Il ne pouvait pas savoir, elle n’en avait jamais rien dit. Elle l’avait à peine murmuré, griffonné sur un papier de son écriture en pattes de mouches. Avec cette bouteille de scotch irlandais en guise de remerciement. Et le silence complet dû à la trahison.

Maxime avait perdu pied. Maxime s’était noyé. Maxime était presque morte.

Mais, pas totalement, à en croire le dessèchement de sa bouche et le tamtam de son cœur. Si elle avait su comment gérer des retrouvailles, elle lui aurait embrassé les joues, à la manière des français. Elle aurait peut-être aussi pressé ses épaules avec affection. Sauf qu’elle était ce qu’elle avait toujours été : inapte et sauvage. Son regard se fit fuyant et s’accrocha aux détails. Un chien au pied de Ross, le fait qu’il ne semblait pas la voir et ce geste vers elle, cette mauvaise appréciation de la distance qui lui fit froncer les sourcils. Un plus un égal deux. Tous cela signifiait quelque chose. Ross avait perdu la vue. Quand ? Comment ?

- Qu’est ce…

Qui s’est passé ?
aurait-elle finit de dire si un impétueux klaxon ne s’était pas fait entendre. Un chauffeur les interpella avec hargne. Ce type passait visiblement une mauvaise journée et n’avait pas une minute à perdre. Ross, parce qu’il était Ross, prit les choses avec bonne humeur et s’empressa d’illuminer la journée de casse-pied de service. De l’illuminer un peu trop. Maxime fit les yeux ronds en le voyant sortir un billet de cent dollars. Dans quel foutu monde refile-t-on autant pour un service qu’on n’utilise finalement pas ? Rentrons.

- Non, lâcha-t-elle d’une voix ferme en se tournant vers Mr avarice. Ross gagnait bien sa vie, sa demeure l’attestait. Mais il ne refilait pas non plus cent dollars aussi facilement. Maxime ne comptait pas le prendre en pitié. C’était triste, ça lui fendait le cœur mais à la place du psychologue, elle n’accepterait pas d’être traitée en fonction de son handicap. Se comporter normalement avec Ross, c’était d’accord. Laisser les gens abuser de lui. Non, mille fois non. Vous comptez vous barrez comme ça ?

- Il me paie ma course, c’est normal, ma petite dame.

Normal ? Petite dame ? Elle haussa les sourcils. L’angoisse et l’anxiété venait de trouver une échappatoire.

- 100 dollars pour être une sale con ? Ca vous paraît pas un peu exagéré. Remboursez-le.

Spoiler:
 

- Écoutez, j’ai d’autres clients qui m’attendent, et pas le temps de me faire insulter par une gamine. J’ai pas extorqué d’argent de ce monsieur, il me l’a donné de bonne volonté. Maintenant, si vous voulez bien, je vais y aller.

Le ton était sec, légèrement arrogant, et, profondément agacé. Il fit un pas pour retournez à son taxi, Maxime s’interposa. Hors de question qu’il file.

- L’argent, commanda-t-elle lui tendant la main.

Maxime ne voulait pas faire d’esclandre devant Ross. Elle ne voulait pas qu’il connaisse cette partie de sa personnalité, celle qui menaçait de la submerger à tout moment. Mais, c’était simple. Soit ce type cédait et remboursait Ross, soit elle lui foutait son poing dans la figure.

- J’ai aucune envie d’avoir à venir le cherche moi-même dans votre poche, poursuivit-elle d’un ton égal, presque méprisant. Et vous pouvez crever pour votre course, ça nous dédommagera de votre connerie.
Revenir en haut Aller en bas
The judgment

I run
your world

avatar

Messages : 1945

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [nb RP/nb max]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Jeu 22 Nov - 11:12

Le membre 'Maxime Matthews' a effectué l'action suivante : Lancer de dés

'Oui/Non' :
Revenir en haut Aller en bas
http://evolution.forum-pro.fr
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 26 Nov - 16:46

Ross était véritablement heureux de revoir Maxime. Elle était entrée dans sa vie par la petite porte et avait pris une place dans son cœur. Elle avait laissé un vide dans la maison après son départ. Sa discrétion tout comme son insociabilité et ses chamailleries avec Wyatt lui manquaient. Sans le vouloir, une certaine complicité était née entre eux. Parfois, ils se liguaient tous les deux contre Ross pour se moquer de lui ou le faire tourner en bourrique. Tout comme Wyatt, Maxime n’avait pas la langue dans sa poche. C’était parfait pour savoir ce qu’elle pensait de lui. Seulement, elle ne s’était jamais confiée à Ross et ce dernier ne savait pas exactement comment elle le considérait. En tout état de cause, elle ne s’était jamais montrée irrespectueuse ce qui prouvait qu’elle n’était pas complètement asociale. Maxime était pleine de ressources mais la vie ne lui ayant pas fait de cadeaux, elle avait beaucoup de mal à accepter les contraintes. Tout comme Ross, elle ne supportait pas les injustices et lorsqu’elle avait appris les mensonges que l’écossais avaient faits à son fils, elle ne s’était pas gênée pour dire ce qu’elle en pensait. Elle avait, bien entendu, pris le parti de Wyatt ; elle avait eu raison ! Dans cette histoire, même s’il avait des circonstances atténuantes, Ross était le seul fautif. Très peu de personnes étaient au courant de cet épisode ; Maxime en faisait partie ce qui était indéniablement une preuve de l’estime qu’il lui portait. La seule chose qu’il ne comprenait pas, étaient les mauvais rapports existant entre la jeune fille et Anne. A préciser que les deux caractères bien trempés de ces charmantes jeunes femmes ne facilitaient pas les choses.

L’écossais avait presque oublié que Maxime était une tête de mule imprévisible. Il ne fallut pas longtemps pour le lui rappeler. Quelques secondes avant elle était là pour lui rendre visite et maintenant elle refusait de rentrer. Ne comprenant pas ce revirement, Ross fronça les sourcils. Sa voix enrayée s’était métamorphosée en voix de commandeur colérique. Ce qu’elle reprochait au taxi expliquait son attitude. Le psychologue avait refilé un billet de 100 dollars sans s’en rendre compte et le chauffeur n’avait rien dit. Maxime le prit mal et elle avait raison. Profité de la cécité d’une personne, pour empocher de l’argent immérité, n’était pas des choses à faire. Cette situation était fort gênante pour Ross. Se rendre compte qu’il n’était pas foutu de faire quelque chose de simple, devant témoins en plus, le mettait mal à l’aise. Il n’aimait pas ne pas maîtriser une situation aussi banale. Maxime prenait la situation en main à sa façon. Sa réaction était satisfaisante mais également vexante. Satisfaisante car elle prouvait ainsi qu’elle faisait la part du bien et du mal, vexante car elle montrait ainsi que Ross était un incapable. Si le chauffeur de taxi ne s’était pas montré aussi désagréable, l’affaire en serait restée là.

Apparemment, il n’était pas disposé à capituler ; Maxime encore moins. C’était la première fois que la jeune fille se montrait aussi vindicative devant Ross qui en restait muet d’étonnement. Cela dit, que pouvait-il faire ? Peut-être était-il préférable de laisser Maxime finir ce qu’elle avait commencé ? Oui mais cet homme semblait être un roublard ; il serait étonnait qu’il plie sous les menaces d’une jeune fille. Il risquait même de s’en prendre à elle autrement que verbalement. Il n’avait pas intérêt à toucher un cheveu de Maxime s’il ne voulait pas voir Ross se mettre en colère. En colère parfaitement, mais comment ferait-il pour défendre sa protégée ? Incapable de jauger les distances, il ne pourrait pas faire grand-chose d’utile. Il pensa alors à la chienne qui se tenait à ses pieds ; elle était dressée pour défendre son maître si quelqu’un s’en prenait à lui, mais pas pour attaquer. Il fallait en finir rapidement avant que ça ne dégénère. Inutile de se mettre en danger pour cent dollars.

- Max, s’il te plait ! Laisse tomber. Ca ne vaut pas le coup. Dit-il à la jeune fille.
- Par contre, relève son numéro d’immatriculation, ça peut servir. Demanda-t-il en espérant qu’elle comprendrait qu’un recours ultérieur était préférable à une menace directe qui risquait de faire un flop.
  • - C’est bon… J’avais pas fait attention. Les v’là vos… cent dollars ! Dit le chauffeur en sortant le billet de sa poche qu’il jeta rageusement en direction de Maxime.

L’homme était malhonnête et antipathique mais pas complètement idiot. Craignant de recevoir une plainte contre lui, il préférait rembourser ce qui lui avait été donné par erreur. Il avait mal calculé son coup en pensant qu’avoir affaire à un aveugle et à une jeune fille frêle, il s’en tirerait sans encombre. Dommage pour lui ! En effet, si le chauffeur de taxi s’était montré honnête, il aurait reçu en échange un bon pourboire. Mais devant une telle mauvaise foi et un abus de faiblesse évident, il était hors de question de jouer les bons Saint Maritain.

- Ca y est, c’est bon Max ? On peut rentrer maintenant ? Demanda-t-il passablement agacé.

Agacé d’être à l’origine de cette altercation, agacé de ne pas pouvoir lui-même ramasser le billet jeté par le chauffeur, agacé d’être dépassé par les événements et agacé que leurs retrouvailles aient subi cette situation somme toute ridicule.

- Je suis désolé… S’excusa-t-il en tournant les talons pour passer le portail, guidé par Guinnesse.

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Sam 9 Fév - 22:39

Il y avait de ça quelques mois, à Genome, une journaliste sans cervelle et son acolyte avait qualifié Maxime de « chien de garde ». Si sur le moment, l’insulte lui avait suffisamment déplu pour qu’elle réplique, aujourd’hui elle prenait conscience qu’elle était réaliste. Elle en avait l’attitude. À grogner et aboyer dès qu’on s’en prenait à quelqu’un à qui elle tenait. Ne lui manquait plus que la docilité. Pour ça, elle avait encore à travailler.

Ses yeux ne se posèrent que quelques secondes sur la plaque d’immatriculation, suffisamment longtemps pour qu’elle la retienne tout en sachant qu’elle n’en aurait pas l’utilité. Ils se rivèrent à nouveau sur le chauffeur de taxi, le défiant, le jaugeant jusqu’à réussir à imprimer un malaise. C’est ça, qu’il la regarde et qu’il comprenne. Elle n’était pas très grande, encore moins épaisse mais elle avait la hargne au fond des yeux et ses lèvres s’étiraient en un rictus cruel. Ses poings étaient déjà serrés, son cœur battait vite mais régulièrement. L’adrénaline pointait et elle sentait ses muscles se contracter. Elle ne lâcherait pas prise.

L’homme céda aux arguments de l’un des deux. Lequel ? Quelle importance. La française se saisit du billet au vol et pointa son majeur vers le ciel dans un geste clairement provocateur. Je t’emmerde, connard. Je t’emmerde de toutes mes forces. Elle avait envie de le frapper, de se déchainer contre lui et de lâcher prise. Cette violence lui devenait familière, intime. Maxime s’habituait à vivre avec tout en étant consciente qu’elle menaçait de la dévorer, et le ferait si elle ne se ressaisissait pas. Elle hésitait à partir et ce ne fut que l’agacement palpable dans la voix de Ross qui la ramena au sens des réalités.7

Elle n’était pas là pour ça.
Elle ne voulait pas qu’il voit cette partie d’elle-même.

- Ouai, c’est bon… souffla-t-elle avec plus de rancœur qu’elle ne l’aurait souhaité.

Elle suivit l’aveugle accompagné de son chien et lui fourra le billet dans la main.

- Tu devrais demander à ce qu’on te les trie en les séparant par des papiers.
Voix simple, ton sans fioriture. Elle énonçait un fait rien de plus. Elle n’allait pas le prendre en pitié, elle le respectait pour cela. De toute façon, la pitié n’était pas dans sa nature.

Maxime s’arrêta sur le pas de la porte et jeta un œil à l’intérieur. Elle n’était soudainement plus très sûre de vouloir rentrer. Tout se mélangeait un peu. L’impression de retrouver un endroit familier, rassurant. Et, la certitude de ne plus appartenir à ce monde, de ne jamais y avoir eu sa place. La Maxime que Ross avait accueillie aurait râlé contre le chauffeur de taxi, l’aurait probablement incendié et n’aurait pas lâché prise non plus. Sauf que celle d’aujourd’hui avait du sang sur les mains et aucun scrupule à l’idée de foutre son poing dans la gueule d’un inconnu.

Ça lui filait la nausée.

- Anne n’est pas là ? C’est elle qui t’a crevé les yeux ?

L’art de mettre les pieds dans le plat pour ne pas avoir à réfléchir. Tout en douceur et en sensibilité. Faire dans la dentelle.
Elle referma la porte derrière elle, inspirant profondément. Ça y’était. Elle était entrée chez Ross. Il fallait maintenant qu’elle aille au bout de son idée.

- Bon, où est-ce que tu planques tes bouteilles de scotch ? Je crois qu’on va avoir besoin tous les deux…
Revenir en haut Aller en bas
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Dim 24 Fév - 0:55

La situation inconfortable créée par la malhonnêteté du chauffeur de taxi ébranla la joie de leurs retrouvailles. Ross aurait aimé que cet épisode n’ait jamais eu lieu. Maxime avait pris sa défense mais elle avait également mis l’accent sur l’incapacité de l’écossais à se débrouiller seul. Il ne fut pas mécontent de voir le malotru partir, permettant à la jeune fille de ranger sa rancœur. Seulement, elle ne put s’empêcher de donner un conseil dont le psychologue se serait bien passé. Il se trouvait déjà assez ridicule comme ça ! Il savait qu’il avait encore des points à travailler pour ne pas se faire arnaquer. Conscient qu’elle avait dit ça pour l’aider et non pas pour le vexer, il ravala sa fierté en serrant les dents pour ne pas râler. Il était préférable de se concentrer sur leurs retrouvailles et de partager, si possible, un bon moment. Accompagnés par Guinnesse, ils traversèrent le jardin jusqu’à l’entrée de la maison. Maxime marqua un temps d’arrêt sur le pas de la porte s’inquiétant de savoir si Anne était là et demandant si c’était elle qui lui avait crevé les yeux.

- Drôle de question ! Observa-t-il pantois.

Comment Maxime pouvait-elle penser une chose pareille ? Certes, Anne n’était pas parfaite mais elle ne ferait jamais de mal volontairement à une personne qu’elle chérissait. La question l'ayant quelque peu stupéfait, il en oublia d'expliquer les causes de sa cécité.

- Et non, Anne n’est pas là… Soupira-t-il en se demandant toujours pourquoi Maxime ne supportait pas la présence de celle qui, désormais, partageait sa vie.

Il savait qu’il y avait des différents entre elles. Anne n’avait jamais réussi à apprivoiser le chat sauvage qu’était Maxime, mais elle avait tenté de l’aider du mieux qu’elle le pouvait. Ce ne fut pas une réussite et la française le regrettait encore amèrement. Quant à Maxime, elle n’avait jamais dit à Ross ce qu’elle pensait réellement d’Anne ; en fait, elle n’avait jamais évoqué le sujet. Sans doute avait-elle fait en sorte d’éviter de l’aborder et l’écossais n’avait jamais soulevé ce point pour éviter d’avoir à prendre partie. Cependant, il aimerait comprendre, un jour, ce qui les opposait vraiment ! Ce jour là arrivait peut-être plus tôt que prévu.

- Un bon scotch pourquoi pas ?

Pour se remettre de leurs émotions et pour aborder une discussion sérieuse à laquelle Maxime semblait faire allusion. Il se dirigea alors vers le bar, dans le salon, où une bouteille trônait fièrement sur un plateau.

- Mais tu n’es pas un peu trop jeune pour boire de l’alcool ? Demanda-t-il pour la taquiner.
- Le scotch est une boisson forte en plus !

Maxime avait l’âge légal pour boire de l’alcool mais un petit rappel déguisé des dangerosités n’était jamais superflu. Ceci étant dit, il servit deux verres, les apporta jusqu’à la véranda et les posa sur la table basse avant de s’installer sur l’un des sofas.

- Viens là Maxime, on sera mieux ici pour discuter. Avant tout, sache que je suis vraiment content de te revoir. Faut dire que je me suis inquiété pour toi depuis ton départ... Bon alors, racontes moi un peu tes péripéties depuis qu’on ne s’est pas vu. Je veux tout savoir ! Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que tu as perdu du poids. Tu manges à ta faim au moins ? Tiens, d’ailleurs, avant de t’asseoir, tu ne voudrais pas aller nous chercher quelques trucs à grignoter dans la cuisine pour accompagner le scotch ?

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 25 Mar - 14:23

- C’est de l’humour, Ross. Un truc que les gens utilisent parfois, tu te souviens ? remarqua-t-elle.

Bon de l’humour teinté d’une pointe d’agressivité, il fallait bien l’admettre. C’était plus fort qu’elle. Dès qu’on venait à en parler de sa chère et tendre tutrice, ses poils se hérissaient et une vague la submergeait. Une vague de quoi au juste, elle n’aurait su le dire, ne prenant pas le temps d’y appliquer le nom commun adéquat. Ce qu’elle savait, en revanche, était que la sensation était désagréable, douloureuse et incontrôlable. Anne avait tout pris. Celle qui promettait une vie sereine, protégée, et affectueuse avait tout fait volé en éclat. Le reste de confiance, l’illusion d’un avenir meilleur. Ce jour-là, à Genome, Max avait définitivement chuté. Aujourd’hui, elle traversait un chemin qu’elle n’aurait jamais crû emprunté un jour… Sujet trop sensible. Du scotch s’il vous plaît. Ou de la téquila, de la vodka. N’importe quoi capable de calmer les palpitations de son médiocre et faible petit cœur.

Cette maison était chargée de souvenirs chaleureux. Maxime balayait du regard ces lieux familiers, sans pour autant jamais attacher son regard à un endroit particulier. Elle était consciente que si elle se mettait à regarder, à chercher les détails qui avaient changés, elle y verrait partout la main de sa tutrice. Ou, et c’était peut-être encore plus difficile, elle se remémorerait les bons moments, les fous rires et les disputes. Indissociablement liés à Wyatt et son père.

Ross profita de sa demande pour jouer les mères-la-morale, arrachant un sourire à la française. Un peu bêtement, elle avait oublié qu’il pouvait être protecteur à ce point. Étrangement, elle appréciait cela, même s’il aurait fallut longtemps la torturer pour le lui faire admettre. Il s’intéressait encore un peu à elle et à son bien-être.

- J’ai pas attendu mes 21 ans pour commencer à boire, je suis désolée de te décevoir. Et en plus, j’encaisse bien.

Max n’irait pas jusqu’à admettre que l’alcool était devenu l’un de ses meilleurs amis, ces derniers temps. Elle n’avait pas envie de voir l’expression du jugement, du dépit, marquer le visage du psychologue. A sa demande, elle fila à la cuisine récupérer des chips et des cacahuètes. Nourriture absolument malsaine mais salé et grasse comme elle aimait. Elle versa les sachets dans deux petits saladiers et les emmena à la véranda. C’était facile. Elle se rappelait où était les choses. Enfin, celles qui n’avaient pas été changées. Par habitude, elle s’installa en face de son bienfaiteur et ses yeux se perdirent dans le jardin. Il faisait toujours bon ici. Elle avait toujours aimé cette partie de la maison en raison de sa clarté et de ce sentiment factice d’isolement.

- En tout cas, si j’avais des doutes, maintenant je suis sûre que tu ne vois vraiment plus rien. J’ai pris un peu de poids. Tu serais fier.


Pris du muscle, surtout. À bien y réfléchir, elle aurait préféré aller dans le jardin. Juste pour pouvoir fumer. Cette habitude-ci ne lui était pas passée.

- Je vais bien. Mensonge. Je vis chez Jeremy en ce moment. Deuxième mensonge. Jeremy ne savait même pas qu’elle était revenue de son petit séjour en France. Et toi, tout ce passe bien. Anne vit avec toi ? Sa grossesse ?

Max faisait un effort considérable qui lui tordait les tripes en deux face à cette horrible trahison. Elle essayait, à sa façon, et du mieux qu’elle le pouvait, de mettre tout ça derrière eux. Depuis Halloween, du temps avait passé, mais la blessure n’avait même pas commencé à se refermer. Elle ferait bonne figure pour éviter de blesser Ross, pour l’empêche, aussi, de se rendre compte, à quel point tout cela l’atteignait de point fait. Elle ferait plus que bonne figure, elle serait imperturbable et à distance. Cela ne l’atteindrait plus. Elle oublierait et classerait ses informations comme secondaires. Elle prétendrait. Règle numéro 3 : ne juge pas autrui, ne lui tend pas l’autre joue.

- En fait, c’est un peu à cause de tout ça que je suis passée te voir. J’ai un service à te demander.

Allez on trinque ? Maxime fit tinter son verre contre celui de Ross et avala une grosse gorgée de scotch. Elle ne savourait rien, mais la brûlure de son œsophage la rassurait considérablement.

- Je suis partie quelques temps en France. Vérité. Je voulais savoir qui… Sa gorge se noua, son visage se ferma. Non, elle n’arrivait pas à le dire. Bref. Il faut que vous soyez prudent. Est-ce que tu serais capable de ne pas parler à Anne de cette visite, de ne rien lui dire de ce que je vais te demander ?

Et elle, est-ce qu’elle serait capable de lui faire confiance et de le croire ?
Revenir en haut Aller en bas
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Dim 31 Mar - 22:56

- Ah ! Fit-il confus.

Drôle d’humour quand même ! L’écossais ayant senti une pointe d’ironie doublé d’une certaine agressivité, il avait été quelque peu décontenancé. Il aimait Anne et il aimait beaucoup Maxime. Le fait que ces deux femmes ne s’entendent pas le contrariait. Ce n’était pas évident de se trouver entre les deux sans prendre partie. Les griefs qu’elles pouvaient avoir l’une contre l’autre étaient sans doute fondés mais il ne comprenait pas pourquoi elles n’arrivaient pas à en discuter. Ce serait pourtant une bonne façon de mettre tout à plat afin de repartir d’un bon pied. Pour lui, il ne faisait aucun doute que les deux jeunes femmes souffraient de cette situation. Peut-être qu’un jour il faudrait les faire se rencontrer en sa présence afin qu’il puisse les aider à trouver un terrain d’entente ? Ce jour là n’était pas encore venu et l’écossais avait d’autres chats à fouetter pour le moment. Il préférait profiter de la présence de Maxime qui lui faisait un immense plaisir en lui rendant visite après des semaines de silence.

- Je me doute bien que tu n’as pas attendu d’avoir la majorité pour boire de l’alcool. Dit-il d’un air entendu.
- Moi-même je n’ai pas attendu ! Ce ne serait pas amusant sinon. Mais c’est comme tout, tant qu’on en abuse pas, il n’y a pas de raison de ne pas en profiter.

Pour accompagner ses dires, l’écossais avala une gorgée whisky. Sa main tâtonna la table basse sur laquelle Maxime avait déposé des petites choses à grignoter comme il le lui avait demandé. Des chips et des cacahuètes ! Ce n’était pas bon pour le régime mais tellement bon pour les papilles. De toutes les façons, Ross ne faisait pas de régime, il n’en avait pas encore besoin.

- Tu as pris un peu de poids ! Alors ça, c’est une bonne nouvelle. Tu en avais vraiment besoin.

Ross ne pouvait voir Maxime mais il l’imaginait parfaitement avec quelques kilos de plus. Il sourit. Elle était si maigre lorsqu’il l’avait revue pour la première fois à Los Angeles. Ce n’était pas du luxe et il était ravi pour elle. Cela voulait dire aussi qu’elle avait trouvé un certain équilibre. Ce que lui confirma la jeune fille en lui indiquant qu’elle allait bien. Il fit une petite grimace en apprenant qu’elle vivait chez Jeremy. Le jeune homme n’était pas un mauvais bougre mais il faisait partie du camp adverse. L’écossais avait découvert son appartenance lors de la catastrophe du Blue Lake. Ayant une histoire commune lorsqu’ils vivaient en France, il ne restait qu’à espérer que les deux jeunes gens n’évoquaient pas ce sujet. Il était d’ailleurs fort possible pour que Maxime ignore complètement ce point concernant Jeremy.

- Ca fait une éternité que je n’ai pas entendu parler de lui. Comment va-t-il ? Demanda-t-il innocemment avant de réponse aux questions de la jeune fille.
- Moi ça va. Anne va bien aussi. Elle a eu quelques problèmes avec sa grossesse mais tout en rentré dans l’ordre. Pourvu que ça dure ! Wyatt me manque, mais bon, il faut ce qu’il faut.

Ca irait encore mieux s’il n’y avait pas cette histoire de cécité. Il avait encore beaucoup à faire pour que son handicap passe au second plan. Etre aveugle n’était pas facile à gérer et il n’en dirait rien à Maxime. Il devait montrer l’exemple en ne s’apitoyant pas sur son sort. Heureusement qu’Anne vivait avec lui, sinon, il serait moins courageux et certainement beaucoup moins avenant. Il avait envoyé son fils en France avec ses grands-parents car il se voyait mal lui apporter toute la protection nécessaire en cas de besoin. Il n’avait cependant pas pu s’empêcher d’évoquer son fils avec une certaine mélancolie dans la voix. Pour éviter d’assombrir les retrouvailles, Ross se concentra sur son verre dont il sirota une nouvelle gorgée puis sur Maxime qui lui exposa brièvement son parcours. Au fur et à mesure qu’elle parlait, les sourcils de l’écossais se froncèrent. Quel était le rapport avec ce qu’elle avait dit précédemment ? Qu’avait-elle voulu apprendre en France ? Pourquoi être encore plus prudent qu’habituellement ? Qu’avait-elle à lui demander ? Que de mystères ! Quoi qu’il en soit, il était prêt à aider Maxime.

- Te rendre service ! Bien sûr, si c’est dans mes capacités, ce sera avec plaisir. Répondit-il avant tout.
Pourquoi ne voulait-elle pas qu’Anne soit mise au courant ? Si elle était concernée, l’écossais se voyait mal ne rien lui dire. Tant qu’il n’en savait pas plus, il ne pouvait rien promettre à la jeune fille. Il se leva et ouvrit la baie vitrée.
- Tu fumes toujours je pense ! Comme ça tu peux.
Lui aussi s’en grillerait bien une ! Ross n’aimait pas trop la tournure de la conversation. Il termina son verre qu’il reposa sur la table basse. Il resta debout, adossé au chambranle de la vitre ouverte.
- Faut que tu m’en dises plus. Qu’as-tu découvert en France ? Quel danger nous guète encore ? Demanda-t-il avec une certaine impatience teintée d’inquiétude.

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 1 Avr - 16:44

- O comme ce serait amusant de te voir avec un verre de trop, singea-t-elle, amusée.

Elle imaginait le Ross qu’elle avait connu tituber, un sourire des plus niais accroché au visage, clamant son affection et son amour à tout être présent aux alentours. Il était trop bienveillant pour se comporter autrement qu’en bisounours sous l’effet de l’alcool. C’était ainsi qu’elle se le représentait, ainsi qu’elle préférait le voir. Un sourire imperceptible naquit sur le coin de ses lèvres fines. À cette image, se superposèrent ses souvenirs. Les premières fois où elle avait bu, à l’âge de treize ans, par colère et dépit envers le monde extérieur. Et les suivantes, des années plus tard, en compagnie de Jeremy. Ils avaient tant bu qu’elle avait fini par tout revomir. Sa tête le lendemain n’avait laissé aucun doute et Anne leur avait passé un savon mémorable. Pourtant, elle était sûr qu’au fond d’elle, sa tutrice avait eut des difficultés à réprimer un sourire. Ce jour-là, Maxime avait fait un pas de plus vers Jeremy, elle s’était ouverte. Elle avait commencé à cessé d’être totalement solitaire et inaccessible. Cela avait été un sacré pas en avant…

Et voilà… Être ici la rassurait au point de ne faire ressurgir que des souvenirs chaleureux. Ca l’aurait presque calmée s’il n’avait pas fallut reprendre le fil de la conversation. Ross qui la félicitait sur sa prise de poids. Elle émit un léger rire. Il n’avait pas tort quand il affirmait que cela était nécessaire. Quand il l’avait trouvée, car tel était le mot adéquat, elle n’était rien d‘autre qu’un chien perdu, famélique, et sauvage. Certaines choses avaient évoluées depuis, dans un sens comme dans l’autre.

Jeremy… Un voile s’abattit sur ses yeux. Elle déglutit péniblement et se racla la gorge. Un jour, oui, il faudrait qu’elle apprenne à mentir sans laisser de trace.

- Il va bien. Réponse trop elliptique, elle en avait conscience mais elle n’aimait pas parler de lui avec d’autres. Il était celui qui la retenait alors qu’elle se trouvait au bord du gouffre. Maxime ne se souvenait que trop bien des paroles d’Anne à l’encontre du jeune homme. Elle ne savait aussi que trop bien l’avis de Genome sur les personnes œuvrant aux côtés de Genetic. Ross n’ignorait sans doute pas son appartenance à l’organisation. Avait-elle rêvé ou une pointe de jugement perçait-elle dans la voix de son aîné ? De la paranoïa, peut-être… Elle souffrait de ce mal depuis quelques mois et imaginait des intentions là où il n’y en avait peut-être aucune. Il fait en sorte en tout cas.

En tout cas, elle l’espérait. Maxime savait que lorsqu’ils étaient à deux, ils s’en tiraient bien. Ils avançaient, se battaient, essayaient et continuaient. Ils riaient beaucoup aussi, se taquinaient. Ils se maintenaient la tête hors de l’eau. Mais elle ne l’avait pas vu depuis presque un mois, n’avait pas donné signe de vie et le manque était cruel. Pourtant, elle était convaincue qu’il allait bien. Il était bien plus fort et bien plus doué qu’elle ne l’était. Changeons de sujet, interrogeons l’autre partie sur sa vie. C’est ainsi que les gens normaux font, non ?

- Tant mieux, se surprit-elle à murmurer en entendant que tout était rentré dans l’ordre pour la grossesse d’Anne. Maxime en écarquilla les yeux, comme si elle venait de dire une idiotie suprême. Pourtant, c’était vrai. Elle avait haï sa tutrice de tout lui avoir pris et d’avoir scellé sa trahison par un enfant. Et si elle avait clamé souhaiter la vouloir morte, jamais l’idée de s’en prendre à l’enfant ne lui avait effleuré l’esprit. Il allait bien, c’était pour le mieux. Fin de la discussion. Max rangea soigneusement ses informations dans un des tiroirs de son esprit. Elle ferma le meuble à clé et jeta celle-ci. Elle n voulait plus y penser. Elle voulait oublier et éviter de ressentir cette colère grondante, ce monstre vibrant dans ces entrailles, menaçant et immense. Si immense qu’il prenait toute la place et écrasait tout le reste. Là, il était enfermé. Loin. Quant à Wyatt. Je suis contente qu’il soit en sécurité, même s’il doit beaucoup te manquer. J’imagine que la maison est plutôt calme sans ses jeux vidéos, plaisanta-t-elle.

Passés les nouvelles de chacun, l’angoisse ressurgit. Maxime était venu là dans un but bien précis qu’elle ne tarda plus à annoncer. Ross se voulut rassurant mais ce n’était pas suffisant. Dans la mesure de ses capacités ne serait peut-être pas assez. Il ouvrit la baie vitrée et elle s’empressa de chercher son paquet de cigarette, bien à l’abri dans sa poche, et d’en sortir une qu’elle alluma directement.

- Merci beaucoup, tu en veux une peut-être ?

Il lui semblait l’avoir déjà vu fumer une fois, et, de toutes manières, avec ce qu’elle avait à dire, un peu d’apaisement n’était pas de refus. Elle inspira profondément une dose de nicotine et l’expira lentement. Une nouvelle gorgée de Scotch lui permit de remettre de l’ordre dans ses idées. Ross avait adopté un ton inquiet, presque emphatique mais il n’avait pas tort. Menace, il y avait bien.

- Je suis plus ou moins remontée aux incendiaires. Pas à tous, mais à suffisamment pour que je comprenne comment ça a pu être possible. Quoi qu’elle n’avait pas tous les détails. Une nouvelle fois, elle fit mentalement son tour de passe-passe. Elle enferma le monstre qui lui retournait les entrailles et scella les souvenirs heureux qu’elle avait du domaine. Se détacher pour survivre à tout ça était la seule solution. Je ne peux pas te dire quoi que ce soit, et je ne crois pas que vous craigniez grand chose. Simplement s’il te plaît, si jamais…

Elle le jaugea. Pouvait-elle lui faire confiance ? Maxime le savait : non. Entre Anne et elle, son choix avait été fait depuis longtemps. Il lui faudrait mesurer ses mots et les informations qu’elle donnerait pour qu’Anne ne puisse pas tout découvrir. Alexander était à elle. Uniquement à elle.

- En fait, ce n’est pas grand chose, mentit-elle, je préfère juste être prudente donc ne t’alarme pas. Si jamais un autre gamin du domaine cherchait à revoir Anne, ou Sonny d’ailleurs. Préviens-moi et ne le laisse pas vous approcher. Tu pourrais ?

Elle aurait tellement voulu que tout ceci ne suscite pas les questions auxquelles elle ne désirait pas donner de réponses.
Revenir en haut Aller en bas
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 8 Avr - 22:11

Maxime trouverait amusant de voir Ross avec un coup dans le nez. Certainement, mais sa dernière expérience dans le domaine l’avait quelque peu refroidi. Si ce soir là il n’avait pas bu plus que de raison il ne serait pas encore marié à son ennemi favori, Dunney Holster. En y pensant, il y avait longtemps qu’il n’avait pas entendu parler de lui. Ross savait qu’il avait été évincé de la direction de Genentech après l’échange au Blue Lake et qu’il avait été remplacé par Tussle. Ce type était encore plus vicieux qu’Holster ; il n’avait pas hésité à faire des expériences sur des mutants sans les avertir. Il se souvenait encore de la fameuse soirée d’Halloween. Bref ! Depuis tous ces événements, l’écossais ne s’était pas retrouvé saoul et il s’en portait très bien.

- Sûrement ! Il parait que j’ai le vin gai en plus. Mais bon, la dernière fois que je me suis pris une cuite, je ne devais pas être beau à voir.
Dit-il confus en essayant tout de même de prendre la remarque de Maxime à la légère.

Ross n’était pas fier de lui. Il ne se souvenait même pas comment il avait fait pour se retrouver dans la même chambre d’hôtel que l’ancien dirigeant de Genetic. D’un côté, ce n’était pas plus mal car s’il s’en était souvenu cela aurait voulu dire qu’il avait donné un consentement éclairé à cette union débile.

- En tout cas, si un jour tu me vois boire trop, ramène moi à la raison en me rappelant que les poissons rouges sont très fourbes.

Il se mit à rire de cette absurdité. L’histoire des poissons rouges était associée à la soirée où ils avaient fait connaissance de Dunney Holster. Ce dernier était également dans un piteux état pour voir des poissons rouges dans son verre. En tout cas, cette anecdote avait marqué le psychologue puisqu’elle faisait partie des dernières choses dont il se souvenait.

- Bref ! Content de savoir que Jeremy va bien. Enchaîna-t-il en saluant d’un petit signe de tête la réponse murmurée par Maxime concernant Anne.

Elle ne venait pas du fond de son cœur mais au moins la jeune fille avait la décence de ne pas parler de sa tutrice en mauvais termes. Elle fut plus éloquente concernant Wyatt. Rien d’étonnant à cela ! Si ces deux là avaient sortis les griffes le soir où Ross avait ramené Maxime chez lui, au fil des jours, ils s’étaient apprivoisés et une belle complicité était née.

- C’est clair que l’absence de Wyatt créé un grand vide ! Approuva-t-il.
- D’ailleurs, quand tu as quitté la maison, toi aussi tu as laissé un vide. Tout comme moi, Wyatt n’a pas compris que tu partes du jour au lendemain sans nous prévenir…

Ross n’avait pas pu s’empêcher de faire cette dernière remarque. Il n’en voulait pas à Maxime, sinon il ne l’aurait pas accueilli à bras ouverts. Il avait surtout été surpris que la jeune fille n’ait pas averti de son départ celui qu’elle considérait presque comme son frangin. Même s’il avait fait celui qui s’en fichait, Wyatt avait souffert de ce manque de considération et Ross n’aimait pas voir souffrir son fils. Maxime avait sans doute ses raisons, elle était libre, mais elle aurait pu éviter de mettre le jeune homme devant le fait accompli.

- Mais bon, c’est du passé, oublions ça. Le principal est que tu ne nous ais pas oubliés. Et ça, ça me fait vraiment, vraiment très plaisir. Et une petite cigarette n’est pas de refus.

Un grand sourire éclaira le visage de l’écossais. Depuis qu’Anne vivait avec lui, il avait décidé de ne plus fumer, en sa présence au moins. C’était mauvais pour elle et pour le bébé. C’était une bonne motivation pour arrêter ce vice, mais quand l’occasion se présentait ou quand il était vraiment très préoccupé, Ross cédait à la tentation. Personne n’est parfait ! Il écouta alors, avec beaucoup d’attention, ce que Maxime avait à dire. Il ne fut pas très avancé si ce n’est d’être sur ses gardes si un gamin du domaine venait à débarqué. Oui mais encore ? Ce n’était pas grand-chose et il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Bah voyons ! C’était la chose à ne pas dire si on ne voulait pas créer de troubles.

- Je veux bien te prévenir et t'aider Maxime, mais de quel gamin parles-tu ? Je ne les ai pas tous connus. Si tu ne voulais pas m’alarmer, c’est raté. Faut que tu m’en dises plus, je n’y comprends rien…
Que d’énigmes ! Que craignait-elle ? Pourquoi autant de mystères ?
- Si ça a un rapport avec l’incendie du domaine, il faut que tu m’expliques un minimum. Insista-t-il

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 15 Avr - 20:58

Quelque chose de rétracte en moi comme sous l’effet d’un étau. Jeremy. Je n’aime pas qu’on parle de lui. Rectification, je n’aime pas qu’on me demande de parler de lui. Ross prétend être ravi qu’il se porte bien, mais j’ai du mal à y croire. Pas après les horreurs proférées par Anne, pas après ce qu’elle a dû lui répéter. Ni en sachant l’attitude de Genome à l’égard de Genetic. Je me fous de cette organisation tordue et de sa bande de scientifique en blouses blanches, tâchées du sang de certains d’entre nous. Jeremy n’est pas comme ça. L’idée qu’on puisse parler de lui en ces termes me tord les tripes, littéralement. Ça me donne envie de hurler. Mais, je ne dis rien. Je suis celle qui ne dit jamais rien jusqu’à l’implosion. Mes doigts s’agrippent autour des accoudoirs et ma respiration se bloque. Mes muscles se tendent à l’extrême et je ressens cette douleur vive et violente de l’accusation.

Heureusement que Ross est aveugle. Il n’aura pas l’occasion de voir mon regard. Entre la biche apeurée et la louve qui grogne.

J’étouffe, soudainement. J’étouffe sous leurs attentes et leurs demandes croissantes. On me reproche d’être partie sans prévenir. On me reproche d’être moi. J’ai envie de m’enfuir, de claquer la porte et de ne plus revenir. Ses mots sont comme des liens serpentant jusqu’à mes chevilles et m’y poignet, s’y enroulant, se resserrant jusqu’à être douloureux. Des chaînes lourdes et terrifiantes, faisant résonner leur cliquètement métalliques. À croire qu’on ne s’appartient pas, que nous ne sommes que la propriété des gens que nous côtoyons. L’injustice a un goût amer. Je n’ai pas quitté cette maison, j’en ai été chassée. Comment aurais-je pu rester ? Je n’avais pas ma place. Je n’ai ma place nulle part et je ne veux pas en parler. S’il te plaît, Ross. Tais-toi au risque de me voir rugir, détaler, me fermer, cesser d’être accessible. Le silence s’impose de lui-même. Il est hors de question que je réponde, je ne peux pas me le permettre ni ne le souhaite. On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre signifierait en fait qu’on n’ébrèche pas mon armure, ni ne s’infiltre dans une de ses fissures, en m’attaquant de plein fouet. Si tu m’avais giflé, ça aurait été plus honnête. Effet identique à la clé. Pourquoi les gens masquent-ils toujours leurs frustrations et leurs reproches derrières des sourires parfaitement chaleureux ? Je refuse d’entrer dans ce jeu sordide. Je me tais. Allez hurler au monde que je suis butée, je me contrefous de votre avis. Le silence est d’or.

Je fouille dans mes poches et en extirpe mes cigarettes. Attentive, j’ouvre le paquet et l’approche des doigts de Ross. Il se servira seul. J’en allume une sans attendre et tend le briquet à ses doigts. Est-ce qu’il tremble ? Comment est-ce d’avancer dans le noir et de conserver toute sa lumière ? Ross est ainsi. Il semble attirer les rayons de soleil tandis que moi, je les repousse. Ils m’effleurent sans me toucher. Je ne suis que pénombre. Je ne suis pas. Cela fait un moment que je n’existe plus. Est-ce nouveau ou bien viens-je seulement de prendre conscience du peu de chose que je représente…

Après tout, ça, j’hésite un peu. Mes lèvres préfèrent s’encombrer de la cigarette plutôt que de parler. Je ne suis plus persuadée que ce soit une bonne idée. Le monstre au fond de moi me chuchote qu’après tout, je ne dois rien à personne. Pendant une demi-seconde, j’y crois. Je pourrais secouer la tête, prétexter un rendez-vous, feindre un appel de la plus haute importance et m’enfuir. Ne rien dire. Conserver pour moi le secret d’Alex. M’assurer de lui loger moi-même une balle dans le crâne. Je repousse cette idée d’une gorgée de scotch et me lance. Ce n’est pas Anne que je protège, c’est l’homme qui m’a tendu la main quand je n’avais plus personne. Un homme complexe que j’ai aimé de loin, chez qui j’ai vécu comme une ombre. Familière et discrète. Bruyante et insaisissable. Je le lui dois. C’est ma façon de le remercier, de commencer à effacer ma dette.

« Non, Ross. Je ne vais pas t’expliquer. » Peux ? Veux ? La belle affaire, ça ne changerait rien à sa façon de percevoir mon refus. Je sens que je commence à m’agacer. Je bois une nouvelle rasade d’alcool, tire longuement sur ma cigarette. Autant de façon de me détruire et de me tuer à petit feu. Autant de façon de m’en prendre à moi-même. J’en suis consciente. Mais la vérité… La vérité c’est que je m’en contrefous et que quoi qu’on fasse, on finira tous au fond du trou alors au diable les putains de discours moralisateurs. « Est-ce que tu me fais confiance, Ross ? » Non, probablement pas. Aïe. C’est douloureux. Laissons passer. « De toute façon, tu n’auras pas le choix. Je ne vais pas prendre le risque de te voir courir tout raconter à Anne ou à qui que ce soit. Je ne peux pas prendre ce risque. La seule chose que je te demande, c’est de me prévenir si quelqu’un du domaine refait surface. Je ne te demande que ça. Je m’occuperai du reste. » Je marque une pause. Ma visite tourne au vinaigre. Je sens le monstre secouer sa boîte et s’agiter. Je dois le contenir mais c’est de plus en plus dur. Sa prison s’effrite comme autant de lambeau de patience qui s’éclate sur le sol. Je m’effrite. Je ne veux pas le menacer ni même lui faire sentir qu’il n’a pas le choix. Je ne veux pas lui faire ça. Je ne veux pas de tout ça.

Ross. Je suis un monstre mais je vous protègerai. Pourquoi ne peux-tu pas l’entendre ?

Le monstre est le plus fort.
Je dois être forte pour tenir mes promesses.
Je n’ai pas le choix.

Je tire longuement sur ma cigarette, prend le temps de faire tomber la cendre dans le cendrier. Je sens mon regard se durcir, mes traits se contracter. Je me connais bien depuis toute ses années. Le calme apparent ne saurait faire oublier l’orage.

« Prends-moi pour une profiteuse si tu veux, Ross. Tu peux même douter de moi et de mes intentions. Mais si jamais ce type retrouve Anne, Sonny, ou Jeremy, là… Bref. Est-ce que tu le feras ? Est-ce que tu me préviendras ? »
Revenir en haut Aller en bas
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Lun 6 Mai - 21:25

Ross sentit une vague de froid après avoir dit à Maxime qu’il regrettait qu’elle n’ait pas prévenu Wyatt de son départ. Comme la plupart des gens, elle s’était focalisée sur le point négatif et avait zapper le point positif. Maxime réagissait toujours comme un animal blessé ; elle sortait ses griffes dès qu’un être humain tentait de la soigner. Elle n’avait sans doute pas fait attention au fait qu’elle avait laissé un grand vide dans la maison. Maxime avait manqué à Ross et plus encore à Wyatt. Son fils, même s’il n’avait jamais abordé le sujet, en avait souffert. Mais en bon fils à son père, sa fierté avait pris le dessus pour masquer sa déception. Ross n’avait pas été blessé par le départ de Maxime, le jour où il l’avait recueilli, il savait parfaitement que c’était temporaire. A vrai dire, il avait plutôt été surpris que la jeune fille reste si longtemps chez lui. L’écossais n’en voulait donc pas à Maxime, il avait surtout été contrarié pour son fils. Il l’avait recueilli de bon cœur. Maxime avait accepté ses règles et s’était toujours montrée respectueuse. C’était sa façon à elle de prouver sa reconnaissance et cela lui suffisait amplement.

La cigarette offerte par Maxime était la bienvenue. Il l’alluma non sans maladresse mais il l’alluma seul, sans l’aide de Maxime qui n’était pas disposée à lui rendre ce petit service. Après tout, il n’avait qu’à pas fumer lui aussi ! Comme c’était bon de ne dépendre de personne. Une petite victoire dont il n’était pas mécontent et qui rattrapait l’erreur du billet donné au chauffeur taxi. L’écossais tira une bonne bouffée et souffla longuement ; c’était une façon de faire durer le plaisir et de rompre doucement le silence. Heureusement car le non de Maxime tomba comme un couperet qui l’aurait presque fait sursauter en d’autres circonstances.

*Ok...*

Comme disait Maxime, il n’avait pas le choix. Mais comment voulait-elle qu’il la prévienne s’il ne savait pas qui était la personne dont elle semblait avoir peur. Quelqu’un du domaine, c’était vague. La plupart des occupants avaient péri dans l’incendie et il pensait que les seuls survivants étaient Maxime, Jeremy, Sonny et Anne.

Ross faisait-il confiance à Maxime ? Bonne question à laquelle il ne pouvait pas répondre par un oui ou un non franc ! Ce n’était pas aussi simple. D’un côte, il ne mettait absolument pas la parole de la jeune fille en doute puisqu’elle était revenue d’elle-même le prévenir d’un éventuel danger ; de l’autre, devant autant de réserves et de mystères, il lui était difficile de lui accorder une confiance aveugle. Une chose était certaine, Ross avait plus foi en Maxime que Maxime en Ross. Ce qu’elle affirma à son sujet le fit réagir.

- Bonjour la confiance… Observa-t-il vexé.
- Je te rappelle juste une petite chose puisque tu sembles avoir oublié Max : comme tu me l’avais demandé et comme je te l’avais promis, je n’ai pas été « courir » dire à Anne que tu vivais chez moi… Pourtant ce n’était pas l’envie qui me manquait de la rassurer quand elle était encore en France et qu’elle s’inquiétait pour toi. Bref…

Ross ignorait ce qui opposait Anne et Maxime mais cette dernière avait une dent contre sa tutrice, non pas une dent, un dentier assorti d’une allergie épidermique. D’un côté, il aimerait en connaître les raisons mais de l’autre l’ignorance n’était plus mal, ainsi il n’avait pas à prendre parti. Après tout, c’était leur problème !

L’électricité était montée d’un cran sous la véranda. Ross n’aimait pas cette situation. Que pouvait-il faire pour faire redescendre la pression ? Avec une jeune fille comme Max, ce n’était pas évident. En tout cas, il ne voulait pas qu’elle parte en claquant la porte. Il tira une nouvelle fois sur sa cigarette le temps pour Maxime de compléter ce qu’elle avait dit. Qu’est-ce qu’elle pouvait sortir comme inepties ! Quel manque de confiance en elle ! Quel calvaire vivait-elle pour que la souffrance transparaisse, malgré elle, à travers ses mots ?

- Ok je te préviendrai si ça arrive ! Capitula-t-il en jetant sa cigarette.
- Mais avant j’ai quelque chose à te dire. Viens là ! Dit-il en tendant les mains vers la jeune fille.
- J’aimerai que tu me croies. Et comme je ne peux pas te regarder droit dans les yeux, donne-moi tes mains s’il te plait.

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Jeu 23 Mai - 19:42

Je me braque sur mon siège à sa réponse et retiens un soupir d’exaspération. Hurler comme une enfant et cracher mes mots ne serviraient de rien si ce n’est à me ridiculiser. Ma fierté est mon seul rempart, je m’y accroche avec ténacité. C’est ce qui me maintient entière, ce qui évite que des morceaux de moi s’éparpillent, s’effritent et retombe en poussière sur le sol. La confiance est un grand mot, certes mais c’est surtout un joli mensonge que les gens se racontent. Chez la majorité des gens, confiance signifie responsabilité. Ils s’imaginent qu’en invoquant cette grande valeur, ils sont en droit de vous demander des comptes, de régir votre existence en vos imposant leurs propres principes, sans plus respecter les vôtres. Ce n’est pas ça, la confiance. La confiance, à mon sens, c’est d’accepter totalement l’autre sans le forcer à se calquer à l’image que vous avez de lui, de votre relation et de l’amitié. Ce devrait être la liberté et la sérénité. En réalité, c’est un mensonge, une cage dorée qui vous écrase de tout son poids et resserre son étreinte jusqu’à l’étouffement. La confiance est un leurre.
Je ne me fais pas confiance.
Je ne fais pas confiance aux autres.

Mais sur ce point, je le jure, je logerais sans regret une balle dans le crâne de cet enfoiré bien avant qu’il ne mettre Ross, Anne, Sonny ou Jeremy en danger. C’est mon serment. J’ai dédié mon âme à la vengeance le jour où Jeremy m’a rejoint sur les cendres de notre chez-nous.
Je me mords la lèvre. Si tu n’as pas couru vers Anne, cette fois-ci Ross, rien ne me dit que tu ne le feras pas. Oserais-tu lui cacher le crime d’une de ses enfants ? La laisser dans l’ignorance pour éviter le drame. Je ne le crois pas. Mes yeux s’accrochent au sol et je prends la mesure de ce que je suis devenue. Ce secret que j’impose a d’autres origines. Si son père est ma volonté de les protéger, sa mère, celle qui l’a mis au monde est mon monstre intérieur. Je veux qu’il meure pour ce qu’il nous a fait. Je veux le voir, étendu sur le sol, torturé et souffrant, hurlant comme je hurle à l’intérieur. Je veux qu’il paie. Je veux qu’il souffre. Alex, le gentil petit Alex qui nous a tous vendu. Sur qui je n’ai pas eu le cran, le mois dernier, de tirer. Bientôt, j’aurais assez de force.

Ross capitule et je frémis, incapable de définir si je me sens soulagée ou coupable. Cette bataille, gagnée amèrement, m’a épuisée. Je n’étais pas là pour détruire. Je sens, pourtant, distinctement, la distance qui s’est crée entre mon protecteur et moi.
Et, je sais que je suis la seule à blâmer. Je me sens si fatiguée. Usée, du haut de mes vingt et un ans.

« Mes mains ? » répété-je, l’enrouement dans ma voix trahissant mon émotion. Quelques secondes se passent avant que je n’écrase à mon tour ma cigarette et que je déclare un «D’accord. » bancal et mal assuré.

Percevra-t-il mon malaise ? Je glisse mes mains, un peu tremblantes à cause de la nervosité, dans les siennes. Si je suis gelée, il n’est que chaleur. Je n’ai jamais su comment gérer les contacts physiques, les gestes d’affection. Je suis gauche avec les autres. Son visage est apaisant. Les rides, témoins du temps passé, ajoutent à sa bienveillance. J’aimerais le dessiner, garder cette trace dans mon esprit et ne pas oublier ce qu’il a été, ce qu’il a fait.

« Tu promets qu’on ne va pas faire une séance de spiritisme ou une connerie dans le genre, hein ? »
Revenir en haut Aller en bas
Ross F. McGregor

Psy chic | Admin de choc

avatar

Messages : 11654

All about you
Your secret life:
Disponibilité: [1/3]

MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Ven 7 Juin - 17:26

Ross n’aimait pas être devant une énigme et encore mois quand une partie de l’énoncé était illisible.  Si le type du domaine avait une quelconque responsabilité dans l’incendie meurtrier, il serait étonnant qu’il donne sa carte de visite. Comment ne pas se faire berner dans ce cas ? Têtue comme elle était, pire que l’écossais et son fils réunis, Maxime ne dirait rien de plus sur la menace. L’écossais devait se contenter d’accepter de faire ce que la jeune fille lui demandait : la prévenir s’il refaisait surface. Il le ferait s’il arrivait à l’identifier et si Maxime ne changeait pas de portable aussi. Il savait très bien qu’une fois qu’elle franchirait le seuil de la maison, il se passerait un long moment avant qu’il n’ait de ses nouvelles. Les événements se déroulant à Los Angeles depuis un an ne facilitaient pas les choses et garder le contact n’était pas toujours évident. Peut-être mènerait-il discrètement sa petite enquête auprès d’Anne, Sonny et pourquoi pas Jeremy ? Cette idée mériterait d’être approfondie s’il voulait avoir quelques cartes en main pour protéger son petit monde. Avant, il pèserait les pour et les contre pour ne pas se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de la promesse faite à la jeune fille. Rien que le fait qu’elle et pris la peine de venir le voir pour l’avertir d’un danger, il ferait en sorte de s’y tenir ; Maxime méritait sa confiance.

Elle fut indéniablement surprise par la demande de Ross. La gêne qui transparut dans l’intonation de sa voix le fit sourire gentiment. La connaissant, il n’était pas étonné de cette réaction ; la jeune fille n’était pas du genre démonstratif lorsqu’il était question de contact ou de communication corporelle. Ross referma alors ses mains sur celles tremblantes de Maxime ; il exerça une petite pression comme pour lui transmettre un peu de quiétude. Sa petite plaisanterie pour masquer son malaise le fit sourire franchement. Elle lui faisait penser à son fils, aussi fit-il ce qu’il aurait fait avec lui. Il entra dans son petit jeu sachant parfaitement que ce n’était pas ce qu’elle attendait.

- Mais en voilà une idée qu’elle est bonne ! S’exclama-t-il
- Désolé, je ne vais pas pouvoir accéder à ta requête. Précisa-t-il faussement ennuyé, en fermant les yeux comme s’il s’apprêtait à rentrer en contact avec les esprits auxquels il ne croyait pas.

- Surtout, ne bouge pas !  Ordonna-t-il dans un murmure en faisant mine de se concentrer, plissant les yeux exagérément.

- Les esprits affirment tu n’es pas une profiteuse, Maxime. Ils disent que tu es une jeune fille avec un cœur énorme qui s’efforce de l’oublier pour qu’il ne saigne pas plus qu’il ne l’a déjà fait. Ils pensent aussi que tu pourrais faire des conneries que tu pourrais regretter ; alors ils souhaitent que tu réfléchisses avant de prendre des décisions sur lesquelles il serait difficile de revenir… Dit-il le plus sérieusement du monde.
Bien entendu, le spiritisme n’avait rien à voir avec tout ça ; c’était simplement ce que pensait Ross.
- Je sais, ce n’est pas ton fort ; t’es comme Wyatt, tu fonces et tu réfléchis après, mais avec le temps, j’ai bon espoir, ça ne peut que s’améliorer.  Plaisanta-t-il avant d’ajouter :
- Ah ! Les esprits ont dit aussi que tu pouvais compter sur moi si un jour tu as besoin d’un coup de main. Bon là, je ne sais pas s’ils ont raison, mais comme on dit, qui ne tente rien n’a rien.

Un petit signe de tête accompagnant une expression de visage encourageante clôtura ce petit discours sincère et sans prétention. Etre pris au dépourvu permettait parfois d’être plus réceptif. Ross espérait que ce serait le cas pour Maxime aujourd’hui. Il savait que ça ne porterait pas tous ses fruits mais il avait la faiblesse de penser que ce ne serait pas vain. S’il avait réussi ne serait-ce qu’ouvrir une petite brèche dans la tête de turc qui se tenait devant lui, il oserait espérer qu’elle ouvrirait son cœur à quelqu’un afin de trouver le chemin menant vers un petit coin de paradis. Ross se ferait une joie de l’aider si elle le souhaitait tout en sachant qu’elle était capable de le faire seule, sauf qu’elle, elle l’ignorait.

- Une chose qu’il me faut ajouter et qui est certainement la plus importante : il existe des personnes qui tiennent à toi, plus que tu ne le crois.
Ross accompagna cette phrase d’une petite tape amicale qu’il donna sur le bras de Maxime. Il n’avait rien d’autre à ajouter si ce n’était :
- Un autre verre, ça te dit avant de partir ? Mais si tu n’as pas où dormir, tu sais que tu peux rester ici si tu le souhaites. Ma porte t’es grande ouverte.

_______________________________________________________________

Hebergeur d'image
Revenir en haut Aller en bas
Maxime M

Invité

avatar


MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   Mer 19 Juin - 22:23

Ma gêne se modère même s’il m’est difficile de tolérer un contact pourtant si simple. Les gens se prennent la main, se pressent les épaules, s’embrassent sur la joue avec une facilité qui m’est étrangère. Ces gestes ne m’ont jamais été naturels. Ça ne m’attriste pas, ni ne me manque. On ne peut pas manquer de ce que l’on n’a jamais vraiment connu. Le contact de nos mains n’est pas désagréable mais, pour être tout à fait honnête, il suscite davantage mon malaise que mon plaisir. Je trouve ça étrange, presque trop intime. J’y mets du mien parce que c’est Ross, que ma tête apaise mes instincts en me rappelant que je n’ai rien à craindre. Il détourne mon ironie pour s’en servir contre moi en jouant les grands gourous. J’étouffe un rire et me mords la lèvre. Je me sens bête dans cette position, à feindre l’attente d’un signe des esprits censés nous entourés. C’est un sentiment léger qui désamorce partiellement la tension qui régissait jusqu’alors notre conversation. Un poids en moins, je respire déjà mieux.

L’ascenseur émotionnel dans lequel Ross me plonge est aisément perceptible. Je me crispe et mes mains reculent instinctivement sans pour autant s’échapper totalement. Je crois même qu’elles se mettent à trembler. Je ne peux pas les retirer mais je me sens vulnérable et infantile. Pas une profiteuse, c’est ça qui a déclenché mon rejet. Et toute la suite. Pardon, Ross. Je n’y arrive pas. Je ne m’y attendais pas et mes yeux me brûlent. Ils se gorgent d’une eau que je retiens. Mes muscles se tendent. Je lutte pour ne pas verser la moindre larme sur ce portrait qui me ressemble si peu. Si tu savais ce que j’ai fait… Il est déjà trop tard pour moi. Peut-être même que ça a toujours été le cas. Je ne veux pas pleurer sur moi. Je ne peux plus me le permettre, la noirceur est déjà profondément ancrée.

Le voilà qui me compare à Wyatt et je lâche un rire nerveux. Justifié ou non, ça remarque me soulage et je m’y accroche comme à une bouée. Mais, ça recommence. Émotions en dents de scie, Ross m’assène une nouvelle vague de je-ne-sais-pas-quoi qui m’atteint de plein fouet et me chamboule viscéralement. Ça cogne dans ma poitrine. Violemment et brutalement. Je suis encore vivante. C’est ce que ça signifie. La tête me tourne, incapable que je suis de faire face à ce genre de situations. Ross me rappelle sa présence, me propose son aide et souligne finalement…Je n’ai pas besoin de répéter les mots qu’il emploi. Il me balance son affection. Celle-ci se heurte à mes remparts mais il n’abandonne pas. Il poursuit sa lutte acharnée, lance d’autres offensives, ébrèche ma tête de pioche. Il fait reculer le monstre tout en attisant sa colère. Je suis double et dans ma dualité, mes envies et sensations se contrarient, se contredisent. Mes certitudes se sont fait la malle. Il me faut un temps fou pour ravaler ma salive, cligner des yeux, me connecter à la réalité.

« Un verre ne sera pas de trop, oui. » Ma voix enrouée par l’émotion, rendue rauque et basse. C’est de la faiblesse. Je me hâte pour nous servir en tentant consciencieusement de contrôler mes gestes. Me concentrer sur ces petites tâches me permet d’éviter de trop réfléchir, de songer à ce que je devrais normalement dire. « Une amie m’héberge pour le moment, ne t’inquiète pas. »

Je n’ai même pas pensé à dire qu’il s’agissait de Sonny. Je n’ai pas non plus songé à évoquer mon impossibilité à revenir ici en raison de la présence d’Anne. J’ai répondu sans réfléchir, ébranlée au plus profond de mes convictions. Je pourrais m’effondrer comme un château de carte, là, tout de suite. J’allume une cigarette et fait dériver la conversation. Comment va Wyatt ? Est-ce qu’il compte revenir ici ? J’essaie du mieux que je peux, d’entretenir une discussion normale, de garder la tête haute. Je ne suis pas très douée et le silence finit par regagner ses droits, entrecoupant la conversation, imposant de plus en plus sa présence. Une idée germe alors dans mon esprit, je sors un calepin de mon sac et entreprend d’écrire quelques lignes que je raye sans attendre. Trop pompeux. Je recommence. Trop conventionnel. Mes autres tentatives se soldent par des échecs. Je reproche à mes mots leur sensiblerie, leur mièvrerie, leur distance, leur manque de consistance. Je pourrais dire à haute voix tout ça. Pourrais. Au conditionnel. J’en suis incapable. Je ne pourrai pas supporter l’expression de Ross. Lui laisser l’opportunité de réagir me terrasserait. C’est lâche. J’emploie un moyen très lâche de me faire entendre. Mais, après tout, je suis un être de fuite.

Au bout d’un moment, quand nos sujets de discussion semblent s’être définitivement taris, je me lève et range verres et cendriers. Je me racle la gorge avant de saluer Ross.

« Je vais y aller avant qu’on se demande si j’ai pas repris l’avion pour l’autre bout de monde. » Pitoyable tentative d’humour, ma grande. « Bonne soirée, merci pour le scotch. » Juste avant de partir, je glisse un papier dans sa main. « Je suis pas très douée pour parler, hein ? » Il trouvera bien quelqu’un pour le lui lire. Il pourrait même l’entendre s’il est équipé du matériel adéquat. Je n’ai pas écrit grand chose sur ce mot car tout le reste me semblait superflu. Des fioritures sans intérêt. C’est vrai que je ne sais pas parler mais je crois qu’il est important qu’il sache ce qu’il doit déjà avoir deviné. De mon écriture penchée, je me suis appliquée à tracer les lettres d’un « Merci pour tout, Ross. » que je pense du plus profond de mes tripes.

Pour m’avoir accueillie quand je n’avais plus personne.
Pour m’avoir permis de rencontrer Wyatt.
Pour m’avoir tendu la main.
Pour m’avoir laissée me relever.
Pour ne pas m’avoir jugée.
Pour les souvenirs que j’ai dans cette maison.
Pour penser que je suis quelqu’un de bien.
Pour m’avoir ouvert ta porte.
Pour m’avoir un peu aimée, je crois.

Moi, je ne savais pas vraiment la valeur de toutes ces choses avant d’arriver chez toi.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé





MessageSujet: Re: J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]   

Revenir en haut Aller en bas
 

J'aurai aimé te dire merci, mais les mots m'échappent. [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
EVOLUTION :: CALLAHAN & MCGREGOR'S PLACE-