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 Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]

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Sonny Malone

La Fille de vos Rêves… ou de vos Cauchemars

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MessageSujet: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Ven 30 Mar - 20:57

17 octobre – fin d’après midi

La veille, tout s’était bien passé. Son patron l’avait appelée pour la prévenir d’un changement dans le planning. Elle n’aurait pas à travailler ce samedi soir. Alors elle en avait profité. Elle avait passé la fin d’après midi avec Remington. Ils étaient allés au ciné puis il l’avait invitée au japonais. Que demander de plus ? Finalement ce qui s’était passé quelques jours avant semblait effacé. Enfin plus ou moins. Parce que tous deux étaient encore bien amochés, mais cela avait du bon. Des câlins plus tendres, des gestes qui effleurent, des étreintes attentives. Et une vérité qui avait été dite. Aucun des deux n’en avait reparlé, ce n’était pas nécessaire. Ils savaient, cela les unissait. Rien à ajouter.

Bref, après tout cela, ils avaient passé la nuit chez Remington. Elle avait bien dormi, blottie au creux de son épaule, comme à chaque fois qu’elle dormait avec lui et qu’elle ne se mêlait pas de ses cauchemars. Quand elle se réveilla, les rayons du soleil filtraient déjà à travers les volets. En grommelant, elle jeta un coup d’œil au réveil, puis elle sentit le froid du grand lit vide. Evidemment, vu l’heure, Remington devait être levé depuis longtemps. Il n’était pas du genre à traîner comme elle au lit. Il fallait toujours qu’il s’active dès le matin…

Alors elle s’était levée, avait enfilé ses sous-vêtements et juste un débardeur avant de se traîner jusqu’à la cuisine, les cheveux en bataille et les yeux encore à moitié fermés. Pour le coup, elle avait été surprise de la trouver vide. Il n’était pas là. Pas dans le salon non plus. Ça, c’était bizarre. Il ne l’avait encore jamais laissée seule chez lui, craignant peut-être que sa curiosité naturelle ne la pousse à fourrer son nez partout. Peut-être était-il parti courir. Ou acheter des croissants. Quoi, on a le droit de rêver non ? En l’attendant, Sonny s’était préparé un café qu’elle avait siroté devant la télé. Il n’y avait vraiment rien le dimanche matin… Il fallait qu’elle s’occupe, et surtout qu’elle évite de fouiller partout. Elle en mourait d’envie, mais ce serait moche. Alors elle se mit à presser des oranges, voilà, comme ça il serait content s’il se décidait à rentrer…

Et elle avait entendu la porte d’entrée. Elle finissait de presser le dernier fruit et elle en avait plein les mains, alors elle se contenta de lui crier, depuis la cuisine :

« J’espère que tu apportes le petit-déj, parce que sinon je te ferai payer de m’avoir laissé seule ce matin ! Mais comme je suis un ange je t’ai préparé du jus de fruit. Je ne comprends pas comment tu peux boire une chose pareille. Je pue l’orange. »

Astiquant ses mains avec un torchon, elle avait débarqué dans le salon, en même temps que Remington. Et ce qu’elle avait vu l’avait frappée en pleine figure. Un couteau… un couteau était niché dans l’épaule de Remington qui faisait sa tête des mauvais jours. Elle avait lâché son torchon, qui s’écrasa au sol et elle s’était précipitée vers lui, n’osant même pas le toucher. Sa veste était couverte de sang… bon sang, cela recommençait… Sauf que cette fois, ça n’avait rien d’une éraflure. Quelqu’un lui avait fait du mal, quelqu’un avait manqué de le tuer ! Le cœur qui s’arrête, la respiration qui déraille, les pensées qui s’entrechoquent. Le cerveau de Sonny déconna de nouveau, imaginant Remington baignant dans une mare de sang… Mais il était vivant, il fallait qu’elle se concentre là-dessus. Et le poignard semblait bien enfoncé dans sa chair, si profondément qu’elle ne se voyait pas du tout l’enlever et soigner ça. Rem ne lui avait appris que les rudiments et cette blessure là avait besoin d’un savoir-faire qu’elle était loin de posséder.

« Rem ! Rem qu’est-ce qui s’est passé bon sang ? Qui t’a fait ça ? T’étais où ? Dis-moi !»

Fidèle à lui-même, il n’avait pas caché l’énervement que lui provoquaient ses questions et il avait passé quelques minutes à bougonner, le temps qu’elle tente de jeter un coup d’œil en écartant précautionneusement la déchirure de sa veste. Ce n’était pas joli… et surtout c’était profond. Puis il avait fini par lâcher un nom…

« Jay ? C’est Jayden qui… Je vais la tuer. »

Et c’était ce qu’elle allait faire. Elle avait même commencé à aller vers la porte mais Remington l’avait attrapée au vol enserrant son poignet de son bras valide.

Oui, il avait raison, ce n’était pas le moment. Mais merde à la fin, qu’est-ce qui avait bien pu se passer dans la tête de Jay pour qu’elle fasse ça, elle qui attendait le retour miraculeux de son frère depuis si longtemps ? Elle qui n’avait jamais cessé de l’aimer, soit disant… Au lieu de ça, cette fille en qui elle avait toute confiance, loin d’accueillir son frère, avait voulu lui faire payer ses années d’absence. Jayden revancharde, aigrie au point de commettre ça, c’était dur à croire. Mais en même temps, elle avait été témoin des pulsions de violence de la violoniste qui l’avait griffée au visage dans un accès de colère, soi-disant sous l’influence de son côté animal. Sonny avait dissimulé cette blessure sous du fond de teint pendant des jours, pour éviter les questions de Remington. Et elle avait bien fait, qui sait ce qui se serait passer si elle lui avait dit que c’était l’œuvre de sa sœur ? Enfin… La vie réserve décidément des coups bien tordus. Dire qu’elle avait cru que le sujet Jayden était clos, qu’il n’irait jamais la revoir et qu’elle avait accepté son choix, prête à cacher à jamais la vérité à sa meilleure amie. Elle se demandait maintenant pourquoi il ne lui avait rien dit. Peut-être aurait-elle pu l’accompagner et servir de tampon entre eux. Ou alors il avait voulu se débrouiller tout seul, couper les ponts définitivement avec elle tout en préservant l’amitié des deux jeunes filles… Et bien c’était raté.

« Je suis désolée… Rem qu’est ce qu’il s’est passé ? Quand je l’ai revue elle m’a dit que tu lui manquais, qu’elle était prête à accepter l’homme que tu étais devenu. Je l’ai crue. Je suis désolée, je n’aurais rien dit si je m’étais doutée que… je t’aurais fichu la paix… je suis trop conne… je… »

« Je » rien du tout, ce n’était vraiment pas le moment. Il avait besoin de soin, pas des larmes et de la culpabilité de Sonny.

« Je peux tenter quelque chose mais si tu veux garder l’usage de son épaule il faut aller à l’hôpital. Et ne vas pas conduire dans cet état, c’est moi qui t’emmène. »

Et là ce fut un florilège de grognements. Evidemment, oser toucher à SA voiture. Comprenez, une voiture de sport… Les hommes et leur bagnole, une histoire d’amour absolument incompréhensible. Bien sûr sa voiture était belle, classe et tout ce qu’on voulait. Une Porsche, ou un truc du genre. Sonny n’y connaissait rien, elle appelait ça des voitures de crâneur, quoiqu’elle se fût toujours abstenue de ce genre de commentaire devant Remington. Mais tout amoureux de sa voiture qu’il était, il avait bien dû admettre qu’il ne pourrait pas la conduire. Et ce fut bien avec appréhension et méfiance qu’il lui avait remis les clés une fois qu’elle eut fini de s’habiller. Et dès le moment où Sonny s’était installée au volant, effectuant les premiers réglages concernant les rétroviseurs et le siège, il l’avait noyée sous les recommandations. Le pire fut certainement quand il s’était mis à fermer les yeux comme s’il était dans le grand huit. Alors qu’elle conduisait très bien. Tous ses points et pas un seul accident en deux ans.

« Arrête ça tout de suite Remington. Il y a encore une semaine tu étais prêt à faire cramer ta maison de 200 000 dollars alors ne vas pas me dire qu’une petite éraflure – que je n’ai pas faite et que je ne ferai pas – sur ta voiture te fera mourir ! Et je conduis très bien, merde. »

Tiens d’ailleurs, en parlant de ça, Sonny s’était soudain demandé d’où lui venait tout cet argent. Il avait coupé les ponts avec sa famille, difficile donc de prétendre à un héritage d’un vieil oncle paternel inconnu au bataillon. Et sa BD n’avait pas encore été acceptée. Cela payait si bien que cela l’armée ? Peut-être, avec les primes de risques, les compensations financières des tortures subies au nom du pays. Dire qu’elle avait besoin de bosser dans un bar et à la bibliothèque de la fac pour arriver à joindre les deux bouts. Pire, ce n’était qu’avec l’argent de ce prétentieux macho arrogant de John qu’elle avait enfin pu se payer, trois jours plus tôt, un ordi. Finalement, elle allait peut-être arrêter ses études et s’engager. Quoique non en fait, elle ne tiendrait pas deux jours à l’armée.

Bref. C’était donc passablement énervés qu’ils étaient arrivés tous deux à l’hôpital. Encore… Pour la deuxième fois en dix jours, elle s’était retrouvée dans ce lieu maudit qu’est l’hôpital. Après Anne, Remington… et encore une salle d’attente. Oui, parce que même aux urgences, un poignard dans l’épaule était loin d’être considéré comme une priorité. Or l’attente et Remington, ça faisait deux. Elle non plus n’aimait pas ça. Elle était énervée, à cause de Jay, à cause de sa propre stupidité, à cause du temps qui s’écoulait avec une lenteur exaspérante, à cause de Rem qui râlait. Le pompon fut atteint quand il se leva brusquement, déclarant que ce n’était qu’une égratignure et qu’il ne voulait pas attendre une minute de plus. Au bord de la crise de nerf, Sonny s’était levée, l’avait rattrapé par le bras droit et s’était mise à lui crier dessus devant tout le monde.

« Maintenant tu vas arrêter de faire ton ours mal léché Rem, tu me soûles à la fin. Moi aussi j’aurais aimé faire autre chose de mon dimanche, ok. Moi aussi ça m’emmerde d’être coincée ici depuis des heures et franchement, pour être déjà passée par cet endroit, je peux t’affirmer que râler ne sert à rien, ça ne fera rien avancer du tout. Alors si tu ne poses pas tes fesses immédiatement sur cette chaise je remuerai le couteau dans la plaie littéralement. »

Par chance, le tour de Remington n’avait pas trop tardé à enfin arriver après cela. Sonny avait pu l’accompagner. Pas sûr qu’il en avait envie, mais tant pis. Elle avait au moins fait l’effort de se taire, pendant toute l’intervention du médecin. Il avait fallu retirer le couteau, moment où Sonny choisit de bien fermer les yeux, ce qui n’arracha aucun râle à Remington. Il grognait parce qu’elle conduisait sa voiture mais pas quand on lui retirait ce qui était apparemment un couteau de cuisine… Cet homme était infernal. Après cela, il avait fallu lui faire des points de suture et lui faire passer des radios. Il allait finir par tomber en mille morceaux. Il faudrait redoubler de précaution avec son bras gauche. Pas d’effort trop intense, pas de geste maladroit, des pansements à changer. Rien qu’un dimanche ordinaire pour un couple ordinaire…

Elle avait repris le volant après ça, Remington devant laisser son bras au repos quelques temps. Elle pensait qu’ils rentreraient à la maison mais il lui indiqua de changer de route. Soit, elle n’avait encore envie de se prendre la tête avec lui. Il lui avait expliqué qu’il voulait l’emmener au stand de tir. Et elle s’était retenue de lui dire que ce n’était pas vraiment le moment. Mais finalement, peut-être que cela leur ferait du bien de se défouler.

Voilà, c’était comme ça que s’était passé ce long dimanche. La fin d’après-midi était déjà là, et Sonny garait la précieuse voiture chérie de Remington sur un parking, près du port. Des bruits d’une fête foraine parvenaient à ses oreilles. Elle ne devait pas être loin. Mais il y avait d’autres bruits, plus secs, plus froids. Des coups de feu. Venant certainement de ce grand bâtiment, cette espèce d’usine. Cela l’impressionnait soudainement. L’idée de se retrouver dans un endroit si… glacial, où il suffisait de payer en présentant un port d’arme, ce que Remington possédait. Elle n’avait vraiment pas l’impression d’être à sa place et d’ailleurs, les habitués le lui firent comprendre par leurs regards curieux et interrogateurs. Mais elle était là pour une bonne raison. Elle avait demandé à Remington de lui apprendre à se servir d’une arme, pour ne plus se sentir faible, pour ne plus être une victime incapable de se défendre. Elle était là aussi pour lui, car visiblement il avait besoin de passer ses nerfs sur quelque chose. Et si ça pouvait éviter de lui tomber dessus, elle n’allait pas se plaindre.

Il lui avait tendu un casque, pour se protéger les oreilles, et vida le chargeur à toute vitesse. Sonny fut surprise du bruit, même amoindri, c’était comme s’il résonnait dans tout son corps. Elle avait même sursauté. Elle n’avait jamais vu quelqu’un tirer, et jamais d’aussi près. Surtout que là, ça n’était pas n’importe qui, c’était Remington. Le voir avec une arme, avec ce regard d’acier méthodique, cet air concentré, c’était perturbant. Bien sûr qu’elle connaissait son passé de soldat, mais là, ça devenait concret, réel. Elle pouvait l’imaginer tirant sur quelqu’un à bout portant, et c’était assez dérangeant comme sensation, et étrangement attirant.

Sa mâchoire était contractée et il y avait de la colère dans ses yeux. Chaque coup qu’il tirait déversait sa colère, ça crevait les yeux. Il devait s’imaginer que cette cible n’était autre que Jayden. Ou peut-être Sonny, après l’énervement de la journée. En tous les cas, mieux valait que ce soit cette cible en papier qui prenne et non l’une des deux jeunes femmes.

La jeune fille détacha son regard de Remington pour se concentrer sur la cible. Il n’avait manqué aucun tir. Aucun.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Sam 31 Mar - 7:39

J'avais l'impression que ma moto tournait au ralenti. Je crois bien que c'était la première fois que je roulais aussi lentement à travers les rues de Los Angeles. Quand je me faufilais en temps habituel entre deux voitures pour gagner du temps et aller encore plus vite, cette fois, je restais bien sagement derrière les voitures, ne cherchant pas à doubler. Dans les lignes droites, je me redressais. La douleur était moins importante et la position plus confortable même si vu mon état, il n'y avait rien qui pouvait être approprié comme position sur une moto. Le dernier virage avant d'atteindre la rue où j'habitais fut horrible. Je lâchais un grognement sous la douleur pour ne pas lâcher le guidon. Puis j'atteignis enfin ma destination. Je n'eus pas le courage d'ouvrir le garage pour ranger l'engin. Cela attendrait plus tard. Quand je n'aurais plus ce couteau qui me rendait ridicule, enfoncé dans mon épaule. Le casque à la main, j'ouvris avec précaution la porte d'entrée. Je tentais de faire le moins de bruit possible alors que j'étais chez moi, c'était un comble. Pourtant je n'avais pas le choix. Si elle me voyait dans cet état, j'imaginais déjà ce qui allait suivre. Et je ne le désirais pas. Un grincement. Fichue porte. Il faudrait vraiment que je pense à graisser ses gonds un jour. En pestant tout bas contre moi même, et contre la porte d'entrée, je la refermais. Et là je l'entendis. Enfer et damnation. Elle était réveillée. Déjà ? Je ne savais même pas quelle heure il était mais j'avais l'impression qu'il était tôt. Encore beaucoup trop tôt pour qu'elle trouve le courage de s'extirper du lit. Pourtant, il avait fallu qu'elle réussisse à le faire ce matin là. Ce n'était vraiment pas ma journée. J'aurais peut être du penser au petit déjeuner avant de rentrer. Si je lui tendais des croissants, chose si précieuse aux yeux des français – son attention aurait peut être été assez détournée pour ne pas voir ce qui sortait de mon épaule. Elle m'avait préparé un jus d'orange en plus. Non vraiment ce n'était pas ma journée. En temps normal, je l'aurais rejoint dans la cuisine. Je l'aurais pris par la taille et je l'aurais embrassé avant de piquer le verre de jus d'orange pour le boire. Oui dans cet ordre car si je faisais l'inverse, j'aurais pris un coup sur l'épaule. Et si elle était dans un jour sadique, ça aurait été sur le mauvais bras, celui qui était fragile depuis quelques jours. Et dont l'état ne s'arrangeait pas avec ce qui s'était produit ce matin même.

Plutôt que de prendre la direction de la cuisine, j'optais pour le salon. Mon but était la salle de bain mais il fallait passer devant la cuisine pour l'atteindre et je ne pouvais pas défiler ainsi sous son nez sans avoir droit à une avalanche de questions. Je me demandais déjà comment j'allais échapper à tout ce qui allait suivre. Il fallait pourtant que je me rende à l'évidence. Il m'était impossible d'y échapper ! Tant pis, ce dimanche s'annonçait splendide sous tous les angles. Je crus que j'allais avoir quelques secondes de répit. Je me leurrais. Elle arriva dans le salon en même temps que moi. Je vis son regard interloqué quand elle vit ce que j'avais à l'épaule. Je ne restais pas là dessus et j'avançais pour poser mon casque sur la table du salon, le visage fermé. J'avais ma tête des mauvais jours, celle qui disait clairement qu'il ne fallait pas me parler à moins de recevoir en retour mes foudres. Cette tête aurait arrêté n'importe qui mais pas elle, ça je le savais et je m'en doutais. Elle était déjà près de moi à regarder ma blessure. De loin pour le moment. Allez quelques secondes et c'était bon pour moi. Trois... Deux... Une... Bingo. Autant de questions en une seule respiration, elle était tout simplement incroyable. Je balayais le flot de questions d'un revers de ma main droite, lui signifiant ainsi que je n'allais pas y répondre.

« Tout va bien... »

J'avais un couteau planté dans l'épaule, ma veste de moto était recouverte de sang et fichue. Mon tee shirt je n'en parlais même pas. Mais oui, tout allait bien. Ce n'était qu'une égratignure que j'allais soigner rapidement. Et si je n'y arrivais pas et bien on prendrait la bonne vieille méthode du fil et de l'aiguille pour recoudre le tout. Je tentais de m'éloigner mais elle me suivait, cherchant à mieux voir la blessure. Je lâchais un grognement et un soupir excédé. C'est bon, je n'étais pas mort, il n'y avait pas de quoi s'affoler, du moins pour le moment ! A un moment, alors qu'elle écartait doucement la veste, je ressentis une douleur plus importante. Je lâchais un juron bien senti en la fusillant du regard. Mon énervement était à son comble. Je n'avais pas envie de répondre à un flot de questions. Je voulais simplement me soigner et qu'on me foute la paix. Le temps que ma colère redescende. Surtout que cette colère n'était pas dirigée contre Sonny. C'était Jayden qui l'avait provoqué. Sauf que c'était ma petite amie qui en faisait les frais pour le moment. Elle dira merci à Jay à l'occasion, pour ce déluge de grognements qui s'abattait sur elle. Au bout d'un instant et après une nouvelle question, je finis par lâcher le morceau.

« Jayden... »

Ma chère et tendre sœur qui ne ressortirait pas vivante de notre prochaine rencontre si elle tentait de me revoir et de me pourrir la vie. Ma chère et tendre sœur qu'elle voulait tuer. Hein ? Non, hors de question cela, si quelqu'un devait le faire, ça serait moi et personne d'autre. Je ferai payer cet affront à Jayden et elle regretterait amèrement son coup de folie envers moi. Ma main valide agrippa le bras de Sonny, enserrant son poignet comme dans un étau. Je ne dis rien mais mon regard parlait pour moi. Ce n'était pas le moment d'aller la tuer. Et surtout, ce n'était pas à elle de le faire. Hors de question qu'elle me coupe l'herbe sous le pied et me gâche ce plaisir. Tout ceci, je me contentais de le formuler dans ma tête car si elle venait à apprendre le dixième de ce que je pensais à cet instant, elle prendrait peur. Heureusement que son domaine était les rêves et non les pensées sinon elle serait horrifiée par tout ce qu'elle découvrirait dans mon cerveau. Tant de tortures que j'aimerais faire à Jay... J'arriverais bien à lui tordre le cou avec un seul bras valide tant ma colère était grande. Je la retenais pourtant, m'empêchant d'exploser. Car Sonny se sentait coupable et s'excusait. Ma main lâcha son poignet pour venir effleurer sa joue. Elle se sentait coupable alors que je ne lui en voulais pas du tout cette fois-ci. On n'avait plus abordé le sujet Jayden depuis notre terrible dispute, elle n'était donc pas censée savoir que j'allais prendre la décision d'aller la voir. Elle ne pouvait pas savoir que sa meilleure amie lui avait menti sur ses intentions à mon égard. Non, elle n'y était pour rien dans ce qui venait de m'arriver. J'allais sourire pour la rassurer quand elle dit deux choses qui firent que j'abandonnais ma caresse sur sa joue.

« Hors de question. »

Aussi bien pour l'hôpital que pour qu'elle conduise ma voiture. Ce n'était qu'une petite blessure, je n'allais pas mourir ! Bon ok, je commençais à être en sueur à cause de la douleur contre laquelle je résistais. J'avais perdu du sang mais je n'étais pas encore sur le point de m'évanouir. Et puis ma voiture... Ma porsche Cayman avait moins d'un an. C'était une voiture sportive, qui se conduisait sportivement et... Je n'avais jamais vu Sonny conduire car jusque présent, je ne lui avais jamais laissé le volant. Je n'avais même jamais songé à le faire car c'était une évidence pour moi que je conduise ma voiture. Je voulus répliquer davantage mais elle me planta au milieu du salon pour aller finir de s'habiller. Je remarquais seulement qu'elle avait juste des sous vêtements et un débardeur. Comme quoi la situation ne se prêtait pas aux câlins car ce détail ne m'aurait pas échappé dans d'autres circonstances. En maugréant tout ce que je savais, je fis un passage express par la cuisine pour prendre un torchon et me le mettre sur l'épaule. Il n'aurait plus manqué que je souille ma voiture de sang. Toujours en pestant, je pris les clés de la porsche et je rejoignis Sonny dans le couloir. Méfiant, je finis par lui tendre les clés dans un soupir. Puis j'ouvris la porte menant au garage, prenant tout de même le soin de la lui tenir, malgré ma mauvaise humeur.

Être installé sur le siège passager de ma propre voiture, je n'y croyais pas. J'aurais vraiment voulu conduire, j'aurais pu le faire. C'était mon bras gauche qui était abimé. Je pouvais conduire du droit et arriver à passer les vitesses. Après tout c'était une boite automatique. Je lâchais quelques recommandations au passage malgré moi. La pédale d'accélération était sensible... Qu'elle n'oublie pas d'appuyer sur le bouton pour que la porte du garage s'ouvre, ça serait bête d'abîmer ma voiture contre... La voiture était également sensible au freinage... Quand enfin, elle démarra, je fermais les yeux. Pour ne pas voir qui m'attendait. Je détestais perdre le contrôle et me faire conduire, c'était un peu comme une perte de contrôle. Je n'avais pas la maitrise de la voiture ni celle de la vitesse. Mon comportement était excessif et je le savais. Mais ce n'était pas le moment. Ce fichu couteau me faisait de plus en plus mal et je me gardais bien de le dire. Pourtant, malgré toute ma mauvaise humeur, elle réussit à me faire sourire alors que j'avais les yeux encore fermés. Car je m'inquiétais pour ma voiture alors qu'une semaine auparavant je voulais brûler ma maison, avec la voiture aussi à l'intérieur.

« Désolé... »

Un simple mot lâché dans un soupir. Mes yeux se rouvrirent et mes prunelles bleues se posèrent alors au dehors, sur les rues qui défilaient et les maisons qu'on passait. Je ne dis plus rien de tout le trajet, la laissant faire. Il n'y avait pas besoin de parler. Elle savait que j'étais énervé. Elle l'était également même si je ne déterminais pas trop si c'était à cause de mon comportement ou de ma blessure à cause de Jayden. Peut être les deux. La tension était palpable entre nous quand enfin nous arrivâmes à l'hôpital. Sans un mot, je descendis et la suivis jusqu'aux urgences. Je ne tentais pas de récupérer mes clés de voiture. A quoi bon, elle ne me les rendrait pas de toute façon. On nous fit remplir un dossier à l'accueil des urgences. Puis une fois que j'eus fini et que je me retournais pour aller attendre mon tour, je fronçais les sourcils. Il y avait beaucoup trop de monde à mon goût. J'allais perdre patience, je le sentais venir gros comme une maison. Je m'installais dans un fauteuil sans rien dire et me mis à patienter. Au bout d'un moment, je me levais pour aller nous chercher des boissons au distributeur. Un couteau dans une épaule, ce n'était vraiment pas la priorité dans cet hôpital. Je me rasseyais en soupirant. Mon regard se posait fréquemment sur l'horloge. Les minutes défilaient. Puis les heures. C'était insupportable. Une vraie perte de temps pour moi. Peut être que si je retirais moi même le couteau et me laissais me vider de mon sang en plein milieu de la salle, mon tour viendrait plus vite. Si je ne dis rien durant un très long moment, je finis par commencer à râler. Et puis, je n'y tins plus.

« Je me tire, j'en ai marre. Je me soignerai à la maison. Ce n'était qu'une éraflure après tout. »

Et ce n'était pas ça qui allait me tuer. Ça serait plutôt ces heures d'attente interminable qui venaient à bout de ma patience. Je l'étais parfois. Très patient quand il pouvait s'agir d'un contrat et d'une cible à abattre. Mais là, il s'agissait de moi. Il n'y avait aucun contrat donc c'était une pure perte de temps. J'étais déjà prêt à me diriger vers la sortie quand je sentis qu'elle me retenait par le bras. Mon regard se posa sur elle et là ce fut une avalanche de reproches. Certes elle n'avait pas tort. J'étais insupportable depuis mon retour à la maison et le séjour aux urgences ne faisait qu'empirer les choses. J'aurais préféré qu'on fasse autre chose. Aller se promener, profiter du soleil, s'affaler sur un banc dans central park l'un contre l'autre, discutant de tout et de rien. Faire un détour pour s'acheter une glace et un jus d'orange. Mais non, nous étions bloqués dans ce fichu hôpital à cause de la lenteur des urgences qu'on devrait songer à renommer... Et elle menaçait à présent de remuer le couteau dans ma plaie. Je compris à cet instant qu'elle était sérieuse et qu'elle le ferait vraiment. Même si ça lui coûterait de me faire du mal. Même si elle savait que je ne broncherai pas juste par défi pour lui tenir tête. J'émis un grognement incompréhensible et retournais m'asseoir. Mon visage était fermé, ce n'était plus le moment de venir me parler. Je m'installais confortablement sur le siège et me mis à fixer un point sur le mur. Je fis le vide autour de moi, l'oubliant presque mais ça m'aidait. Car oui, j'avais toujours aussi mal.

Enfin mon tour vint. Un médecin m'appela et je me levais en même temps qu'elle. Je fronçais les sourcils mais ne fis aucun commentaire. J'étais proche de la délivrance, on n'allait pas se disputer car elle souhaitait m'accompagner. Tout le temps que dura l'intervention du médecin, je ne bronchais pas. Je répondais à demi mots à ses questions. Je m'étais fait ça en faisant l'idiot avec un couteau de cuisine ce matin. Je voulais impressionner ma petite amie avec mon adresse. Oui, je ferais plus attention la prochaine fois. Mais qu'il se taise, sinon une fois le couteau enlevé je lui enfoncerai en plein coeur pour ne plus l'entendre. Enfin, il me l'ôta. La douleur était plus intense mais je ne bronchais pas. Oh le médecin était impressionné que je ne dise pas un aïe. Est-ce que je voulais jouer au dur à cause d'elle. J'avais envie de lui dire une phrase du genre ta gu**** con**** mais je me retins. Plus que quelques secondes et on pourrait partir. Une radio ? Non mais et puis quoi encore ! Mon bras allait très bien. Ce n'était pas parce que j'avais un bandage et que j'allais me retrouver avec une écharpe autour du cou que je n'allais pas bien ! Mais le médecin se fit insistant et un coup d'oeil en direction de Sonny fit que je lâchais prise et acceptais. Cette dernière corvée et pas une autre derrière car j'allais exploser.

Une heure plus tard, nous sortîmes enfin de l'hôpital avec toutes les recommandations nécessaires. Garder mon bras en écharpe durant plusieurs jours, changer les pansements, ne pas faire de nouveau l'idiot en cuisine... Non, il n'y avait aucune crainte à ce sujet, la prochaine fois, ça serait moi qui planterais le couteau et non l'inverse. Une fois dans la voiture, elle démarra.

« Tourne à gauche. »

Ce n'était pas le chemin pour rentrer chez moi. Elle le savait et je m'attendais à ce qu'elle pose des questions. Elle n'en fit pourtant rien, ce qui m'étonna et s'exécuta en tournant dans la rue indiquée. Je la remerciais silencieusement ne pas me faire crouler sous un flot de questions. Si bien que je pris la peine de lui expliquer où nous allions. Le médecin avait dit repos mais je ne pouvais pas rester sans rien faire. J'avais un trop plein de colère à faire sortir. Et je ne souhaitais pas le contenir. Souvent quand ça m'arrivait, je me rendais au stand de tir. Pour me défouler, pour imaginer que ma cible représentait l'origine de ma colère. Et puis ça serait l'occasion de lui donner le cours qu'elle m'avait réclamé et que j'avais accepté de lui donner. Une fois à l'intérieur, j'allais trouver le gérant que je connaissais bien pour régler les formalités. Quand j'eus fini, je me retournais et vis qu'elle semblait perdue. Et que certains la regardaient bizarrement. Des habitués du stand que je rencontrais parfois. Sans un mot, je lui fis signe de me suivre, ayant tout ce qu'il fallait dans ma main valide. Je posais le tout sur le comptoir du box de tir. Je mis l'arme dans ma main gauche juste pour la maintenir et je la chargeais de la main droite. Une fois que ce fut fait, je posais l'arme sur le comptoir. Je tendis un casque à Sonny, en mettant un également sur mes oreilles. Puis je repris l'arme et mes yeux pivotèrent en direction de la cible. Mon bras valide se tendit. Ma mâchoire contractée, j'imaginais un bref instant la scène du matin. Jayden se tenant en face de moi et me plantant avec son couteau. Et là, le premier coup partit. Suivi par les suivants. J'imaginais la tête de ma soeur à la place de celle de la cible. Mes prunelles restaient fixées dessus jusqu'à ce que je finisse de vider le chargeur. Je ne me sentais pas mieux mais au moins c'était fait. Je commençais enfin à me défouler.

J'enlevai le casque pour le laisser glisser sur ma nuque. Puis j'appuyais sur le bouton qui commandait un grand rail sur lequel la cible était accrochée. Je restais appuyé dessus jusqu'à ce que la cible se trouve au niveau du comptoir. Je n'étais pas déçu de moi sur ce coup là. Malgré un bras en moins, un état d'énervement intense, j'avais fait mouche à chaque fois. J'ôtais la cible d'une main. Je la remplaçais par une nouvelle, toute neuve que je fixais sur le support. Puis j'appuyais une nouvelle fois sur le bouton pour la mettre à bonne distance. Un peu plus courte que la distance précédente toutefois. Une fois que ce fut fait, je me tournais vers Sonny.

« Prête ? »

Ma colère était à moitié redescendue. Je m'abstins de lui dire que j'avais imaginer la tête de ma soeur à la place de la cible. De toute façon, elle devait s'en douter, elle commençait à bien me connaître, surtout quand j'étais énervé. Je lui tendis l'arme et attendit qu'elle la prenne pour lui tendre ensuite le chargeur. Je lui expliquais comment le mettre, comment ôter le cran de sécurité. Une fois que ce fut fait, je lui fis signe de venir se mettre à ma place. Je remis mon casque sur les oreilles. Je ne m'éloignais pourtant pas. Je vins me coller contre son dos. Ma main droite effleura sa hanche. Mon souffle glissa sur ses cheveux.

« C'est comme tu le sens. Je te guide pour les premières ou tu tentes seule. Tu me dis et on fait comme tu veux.»

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Sam 31 Mar - 9:55

Toute cette puissance, toute cette force, c’était vraiment un spectacle bien étrange. Une nouvelle facette de Remington, qu’elle avait déjà affleurée sans jamais la découvrir totalement. Or ce dimanche, un pas de plus avait été franchi, car en l’emmenant ici, il l’avait laissé entrer dans son monde, dans son univers bien à lui. Car il était chez lui ici. Le gérant le connaissait très bien, les habitués aussi. Certains l’avaient salué. Pour elle en revanche, tout était nouveau. Encore un point de différence majeure entre eux deux. Quand elle était en colère ou éprouvait le besoin de se défouler, elle mettait la musique à fond et braillait par-dessus en gesticulant dans tous les sens. Lui, il allait tirer. Il reprenait son calme froid et serein, tandis qu’elle se laissait exploser.

Constater son indéniable succès surprit Sonny. Comment faisait-il pour rester aussi calme et aussi concentré, alors qu’il allait mal. Parce qu’il allait mal, c’était évident, quoiqu’il en dise… ou plutôt quoiqu’il n’en dise rien. Il avait mal physiquement, ça, c’était indéniable, elle le savait, elle le sentait. Mais peut-être était-il aussi perturbé de la témérité et de la cruauté de Jayden. Pourquoi pensait-elle cela ? Parce qu’en dépit de la détermination dans son regard et de son caractère de cochon, il n’avait pas été totalement lui-même aujourd’hui. Déjà, cela avait commencé par son « Désolé ». Une capitulation au lieu d’une surenchère ? Rien que cela lui avait mis la puce à l’oreille. Puis il y avait eu l’entretien avec le médecin. Quand celui-ci lui avait demandé comment il s’était fait cela, Remington avait préféré passer pour un idiot maladroit, ce qu’il n’était pas le moins du monde, plutôt que de prétendre que c’était Sonny qui l’avait poignardé. Il aurait bien été capable de raconter ce genre de choses, juste pour la mettre mal à l’aise. Et soyons honnête, même elle, dans de telles circonstances, y avait pensé, en voyant les regards curieux des autres patients. Tous devaient croire que c’était elle… logique des apparences. Mais non, il n’avait même pas sorti une bêtise pareille. Il n’était pas en forme.

Mais là, l’arme à la main et dans son monde où il pouvait tout contrôler, il redevenait lui-même. Le même Remington qui fascinait Sonny autant qu’il l’inquiétait. Le même qui l’attirait autant qu’il lui faisait peur. Et ce fut ce Remington-là qui lui tendit l’arme et le chargeur en lui demandant si elle était prête.

Prête c’était certainement un bien grand mot, mais il fallait qu’elle le fasse, pour elle. Alors elle suivit bien à la lettre les explications qu’il lui donnait pour charger l’arme. Cette étape là, elle la réalisa sans encombres. Elle était capable d’apprendre vite quand elle le voulait. C’était vraiment une sensation étrange que d’avoir un engin de mort entre les mains. Rem l’avait pourtant prévenue, quand elle lui avait demandé de lui apprendre à tirer. Avec un flingue, on se sent tout puissant, mais tout peut basculer d’un regard. Oui, au début, elle avait l’impression d’un objet surajouté à sa main, qui n’avait rien à voir avec elle. Qui aurait pu imaginer Sonny Malone braquant une arme ? Oui, elle avait des coups de chauds, oui elle s’énervait pour un rien, mais elle n’avait jamais été violente au point de… Enfin, tout cela, c’était avant. Elle avait changé, à cause d’un homme sans pitié, qui s’en était pris à des enfants et qui lui avait pris sa vie. Vie que Remington pouvait l’aider à récupérer.

Elle ôta le cran de sureté. C’est qu’avec des gens aussi maladroits qu’elle, il valait mieux qu’il y ait des protections. Mais le temps était venu. Remington, parce qu’il la connaissait bien, vint se mettre tout contre elle, contre son dos. Elle sentit son cœur battre… plus rapidement que de coutume, la faute à l’adrénaline, à l’énervement, à la blessure. Mais c’était bizarre de ne pas avoir le bon rythme. Puis elle sentit un chatouillement, le long de sa hanche. La main de Remington venait se s’y poser. Oh, s’il jouait à ce petit jeu, elle n’allait jamais réussir à se concentrer et à tirer. Mais après tout, il fallait bien qu’elle soit capable de réagir dans n’importe quelle condition non ?

Tout doucement, il lui proposa de la guider ou de la laisser se débrouiller seule. Pour faire ses propres erreurs et pour l’aider ensuite à se corriger. Que faire ? Rem ne serait pas toujours derrière elle, mais s’il y avait bien une chose qu’elle avait apprise, c’était qu’elle faisait les choses de travers quand elle essayait de se débrouiller toute seule.

« Laisse-moi le premier chargeur. Enfin je veux dire, reste-là, s’il te plait, mais laisse-moi me planter toute seule comme une grande, le temps que je m’habitue et que je sois blessée dans mon orgueil. Parce que si tu me tiens la main maintenant, je vais avoir d’autres choses en tête… »

Elle remit le casque sur ses oreilles avant d’entendre le « perverse » qui n’allait certainement pas tarder à arriver. Mais elle se connaissait. Si elle le laissait la guider immédiatement, elle ne serait pas attentive, elle se concentrerait sur son souffle contre sa joue, sur ses hanches collées aux siennes, sur ses mains recouvrant les siennes, sur… Non, voilà qu’elle déraillait déjà. Elle préférait essayer d’abord toute seule, quitte à s’humilier. Au moins, son orgueil serait piqué, et son caractère de mauvaise perdante reprendrait le dessus et l’obligerait à une concentration maximale.

Et si elle savait que son orgueil risquait d’être piqué, c’est parce que normalement elle visait bien. Elle était maladroite, déséquilibrée (probablement dans tous les sens du terme), et tout ce qu’on voulait, mais elle visait bien. Elle l’avait dit à Ingrid, peut-être pas à Rem, elle ne s’en souvenait plus tellement elle parlait souvent pour ne rien dire, mais elle pratiquait le tir à l’arc depuis longtemps. Cela l’avait grandement aidé à contrôler son don, durant les mois qui suivirent son déclenchement. En apprenant à se focaliser sur la cible, en oubliant ce qu’il y avait autour, en trouvant comment tendre l’arc, avec quelle pression, en anticipant le souffle du vent, elle avait découvert comment gérer la multitude de rêves qui se présentaient à elle durant la nuit. Elle avait compris comment trouver un rêve, comment le diriger, comment échapper aux autres.

Alors oui, elle savait viser. Elle se doutait bien qu’un arc et une arme à feu n’avaient rien à voir, mais tout de même. Elle tendit l’arme de sa main droite et plaça la gauche sous la première, pour la soutenir. Elle avait vu ça dans les films. Restait à savoir si ce n’était que du cinéma ou une vraie bonne posture, mais ça, elle ne le découvrirait qu’en essayant. Puis elle ferma l’œil gauche, le droit étant son œil directeur. La cible n’était pas si loin, Rem l’avait rapprochée. Mais elle savait qu’elle visait bien plus loin en temps normal… Oui, sûrement, mais elle omit deux détails : elle n’avait pas touché un arc depuis le mois de juin et surtout, c’était une arme à feu qu’elle avait dans la main. Et cela faisait une énorme différence.

Elle appuya sur la gâchette après avoir profondément inspiré et s’être concentrée. Sauf que la détonation et le recul furent tels que le coup retentit dans toute sa main et sans son bras, jusque dans son estomac, se répercutant sur ses nerfs et lui faisant perdre la position. Son bras trembla et le tir n’atteignit pas sa cible. La violence du coup, à laquelle elle ne s’attendait pas, la fit même légèrement reculer, butant contre Remington.

Elle fronça les sourcils et fit une moue d’enfant mécontent. Ok, elle avait compris, il fallait qu’elle assure sa position et qu’elle durcisse les muscles de ses bras pour maintenir fermement l’arme sans la faire bouger. Elle réessaya, encore et encore. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une balle dans le chargeur. Elle s’était concentrée pourtant. Elle n’avait laissé la place à aucune émotion, abandonnant dans un recoin de son cœur sa colère envers Jayden et sa haine pour l’incendiaire. Elle avait essayé d’être froide et méthodique.

Oui, elle pensait avoir fait tout ce qu’il fallait, mais quand la cible revint vers elle, Sonny constat qu’elle ne l’avait touchée que deux fois… et encore, même pas en son centre. Et comme prévu, son fichu caractère s’offusqua de ce minable résultat. Peut-être s’y était-elle mal prise, peut-être qu’elle aurait dû faire comme Rem et déverser toute sa colère dans ses coups. Ou pas. Elle ne savait pas ce qui était allé de travers, mais ce n’était pas avec une telle adresse qu’elle protègerait les gens qu’elle aimait. Et en visant de la sorte, et si Remington se retransformait en lynx, elle risquerait de le tuer au lieu de le blesser juste ce qu’il fallait. Le coup du 11 octobre avait été un miracle, il ne fallait pas recompter là-dessus une seconde fois. Hors de question, elle ne voulait pas représenter un danger.

Elle enleva son casque, enleva le chargeur vide et se tourna vers Remington sans cacher son désappointement. Oui, elle se connaissait vraiment bien : son orgueil était froissé et la proximité du corps de son petit-ami ne suscitait plus de pensées privées pour le moment.

« C’est limite vexant ce truc. Je vise très bien, je suis sûre que la cible ou cette arme est possédée et que c’est pour ça que je n’y arrive pas. »

Elle ne pensait pas un mot de ce qu’elle disait, bien évidemment ; mais il valait mieux en rire qu’en pleurer non ? Et puis, elle lui avait demandé de la laisser se vautrer, ce qu’elle avait fait avec un franc succès.

Cela étant fait, les choses sérieuses allaient pouvoir commencer. Elle chargea l’arme, laissant bien le cran de sûreté cette fois, et regarda Remington, avec toute la détermination dont elle était capable. Il était dans un certain sens son Pygmalion, pour bien des choses, il fallait qu’il le soit encore une fois, car nul autre que lui avait la force de la faire changer et de la tirer vers l’avant, de l’extirper de ses craintes, de l’obliger à progresser en abattant ses propres barrières :

« Vas-y, c’est bon cette fois. Aide-moi. »

Et il y avait tout dans ce « aide-moi ». Aide-moi à tirer, aide-moi à grandir, aide-moi à ne plus avoir peur, aide-moi comme avec le feu, aide-moi à être forte, aide-moi à être un peu plus comme toi, aide-moi à devenir qui je suis…

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Sam 31 Mar - 18:14

Je pouvais encore ressentir les coups qui s'étaient répercutés dans tout mon corps, traversant ma main, remontant le long de mon bras puis s'étendant dans l'ensemble de mon corps. Mon bras gauche était en feu, j'avais l'impression qu'on m'avait marqué au fer rouge au niveau de ma blessure. Je ne sourcillais pourtant pas, prenant comme d'habitude sur moi-même. Je ne me plaignais vraiment que très rarement de la douleur. Il fallait qu'elle devienne insupportable, au point que j'avais l'impression que j'étais sur le point de mourir. En fait, il n'y avait que ma transformation en lynx qui me laissait échapper des râles de douleur. Dans les autres cas, je râlais ou je me murais dans un silence qui en disait long. J'aurais pu choisir cette solution, j'avais toutes les raisons du monde de me replier sur moi-même et de ne pas avoir envie de parler. Une sœur qui avait tenté de me tuer, un couteau dans l'épaule, des heures interminables d'attente aux urgences. Et Sonny qui me criait dessus. Bon justifié mais tout de même.

Au lieu de me plonger dans un silence dont j'étais coutumier, j'avais opté pour l'option du stand de tir. Cela n'allait pas arranger mon état, j'en avais la preuve avec mon bras que je ne bougeais quasiment plus, avec cette sueur qui perlait sur mon front car je luttais. Mais au moins je me défoulais. Et j'allais lui donner ce cours qu'elle m'avait réclamé. Je lui avais tout expliqué, comment charger, ôter le cran de sécurité, les noms des différentes parties de l'arme même si ce n'était guère intéressant et qu'elle aurait oublié dès le lendemain. A présent, mon torse contre son dos, je lui proposais de l'aider ou non. Je lui laissais le choix. J'ôtais ma main de sa hanche pour décaler le casque que j'avais sur la tête et entendre sa réponse. Elle voulait tenter seule, soit. C'était son choix et je le respectais. Cela me laisserait le temps d'observer sa façon de tirer, de l'analyser pour mieux l'aider par la suite. Je la pensais studieuse, qu'elle désirait apprendre en me laissant voir les erreurs qu'elle allait faire et que je lui ferai remarquer. Je dus revenir sur ma décision à sa dernière phrase.

« Mais quelle perver.... »

Je ne finis par ma phrase car elle avait déjà remis le casque ses oreilles. J'en fis de même, m'écartant un peu mais restant derrière elle. Je me plaçais de telle sorte que je pouvais voir le positionnement de ses mains, sa façon de placer son corps. Et cet œil qu'elle fermait. Elle allait se laisser guider par son œil directeur. L'option était bonne seulement si on avait une lunette de visée. Là, elle n'en avait pas. C'était juste une simple arme qu'elle tenait dans ses mains, sans lunette et donc qui perdait en précision à la visée. Elle avait besoin de ses deux yeux. Elle s'apprêtait à tirer, l'arme tournée vers la cible. Un instant je me dis que je devrais peut être la prévenir. Vu sa position, elle devrait faire attention au recul. Je n'en fis rien, elle voulait se planter toute seule comme une grande alors je la laissais faire. Je fis juste un mouvement pour me positionner vraiment derrière elle cette fois. Et au premier coup qui partit, elle vint buter contre moi. Je m'y attendais à celle-là. Je posais instinctivement de nouveau ma main sur sa hanche au cas où elle aurait besoin de se rétablir.

« La force de recul mon ange... »

Je ne pus m'empêcher de l'ouvrir pour me moquer gentiment d'elle. Il fallait dire qu'avec sa moue d'enfant qui n'arrivait pas à obtenir ce qu'il voulait et qui allait persister jusqu'à réussir, je la trouvais adorable. Chose que je me gardais bien de lui dire. Je retirais ma main et reculais, m'appuyant contre le box pour l'observer. J'attendis patiemment, comptant le nombre de balle au passage, jusqu'à ce qu'elle eut fini de vider le chargeur. J'appuyais sur le bouton pour faire revenir la cible vers nous. Ce n'était pas la feuille que j'observais mais elle. Sa réaction quand la cible fut suffisamment près. Elle n'était pas contente, je n'avais pas besoin de le lui demander, tous ses traits exprimaient son mécontentement. Je finis par détourner mon regard d'elle pour le poser sur la cible. Elle l'avait touchée deux fois mais vu les emplacements, elle n'aurait pas tué personne sur le coup. Seulement blessé, en s'exposant au risque d'essuyer en retour une rafale de tirs. J'ôtais mon casque en même temps qu'elle. Mon regard croisa le sien. Vexée. Elle n'avait pas besoin de parler pour que je le devine. Et de mauvaise foi en plus.

« Mais bien sûr... J'ai embauché un fantôme pour qu'il dévie les balles. Mauvaise foi française. »

La mienne n'était guère mieux quand je m'y mettais mais j'avais l'occasion d'en profiter donc je n'allais pas me gêner. Elle s'était vautrée en beauté mais pour une première fois, je n'allais pas en rajouter une couche. Déjà une c'était suffisant. Et l'énerver davantage ne servirait à rien, si c'était que j'allais devoir redoubler d'effort pour la calmer par la suite sinon elle ne toucherait jamais cette fichue cible. J'arrivais à tirer en étant énervé mais c'était seulement parce que j'avais des années d'expérience derrière moi. Que je faisais passer tout mon énervement à travers mon bras, jusqu'à ma main et l'arme que je tenais.

Je la suivis du coin de l'œil alors qu'elle mettait un chargeur plein. En attendant, je sortis de ma poche un tube de cachets que le médecin m'avait donné aux urgences. Des anti douleurs. A prendre dans au moins quatre heures si c'était insupportable. Ce toubib n'avait jamais eu de réelle blessure pour croire que l'on pouvait supporter la douleur avec une simple piqûre. J'ouvris le tube et pris un cachet avant de tout remettre dans ma poche. Puis mon regard croisa une nouvelle fois le sien. Je lus toute la détermination qui l'habitait. Elle était prête à ce que je la guide. Mais sa demande d'aide me troubla. J'eus l'impression qu'elle me demandait beaucoup de choses à la fois, qu'elle se confiait totalement à moi, faisant reposer ainsi une grande responsabilité sur mes épaules. Je savais que c'était trop, qu'à un moment ou un autre, tout s'effondrerait. Elle ne pouvait pas tant se reposer sur moi car je la décevrai. C'était inévitable. C'était écrit.

J'appuyais sur le bouton pour faire repartir la cible sans un mot. Je la mis à une distance un peu plus éloignée que juste avant. Une fois que ce fut fait, je m'approchais d'elle. Ma main se posa sur sa hanche, la faisant pivoter pour qu'elle se retrouve légèrement en biais par rapport à la cible. Mon torse se plaqua contre son dos. Je pouvais profiter de l'occasion mais je ne le fis pas. Restant sérieux, tout comme elle. Ma main remonta le long de son bras, l'effleurant en une caresse. Je levais sa main pour la mettre à la bonne hauteur.

« Ne ferme pas un œil même si tu penses que ton directeur peut t'aider. Tu n'as pas de lunette, il te servira à rien.. »

Restant contre elle, je fis retomber mon bras. Je me positionnais seulement pour l'empêcher de perdre l'équilibre à cause de la force de recul. Juste pour le premier tir. Ensuite je savais qu'elle n'aurait plus besoin de moi. Elle apprenait vite, j'avais eu la preuve quand je lui avais expliqué comment me soigner. Elle avait tout retenu de mes gestes quand je l'avais soignée. Il suffisait de lui expliquer ou de lui montrer.

« Aligne ton arme avec ton oeil. Tu sais, un peu comme ceux qui tirent à l'arc et qui remontent la corde contre leur joue, à hauteur de l'oeil. C'est la même chose là mais avec une courte distance. Tu ne lâches pas ta cible du regard. Si ça peut t'aider, tu imagines que c'est une personne que tu détestes. Ou juste un objet, sans conséquence. Tu inspires, et avant d'expirer, tu bloques ta respiration. Ça c'est mon truc, tirer toujours entre l'inspiration et l'expiration, au moment du blocage. C'est celui où tu as le moins de chance de bouger. Tu y vas quand tu veux. On a le temps. »

Quelques secondes passèrent. Elle ne disait rien mais je savais qu'elle avait écouté attentivement tous mes propos. Elle devait chercher à avoir une respiration régulière. A se caler juste après l'inspiration. Elle prit son temps mais le premier coup de feu partit. Mon regard ne quitta pas la cible. Satisfait du résultat, je me décollais d'elle pour reculer d'un pas et laisser faire le reste seule. Elle n'avait plus besoin de moi et si réellement elle le voulait, j'étais juste à côté. Il suffisait d'un mot ou d'un regard pour que je revienne me mettre contre elle si ça pouvait l'aider. Bien que cela me donnait plutôt d'autres idées et faisait partir mon cerveau sur une autre voie de détente.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Sam 31 Mar - 22:21

Ah, eh bien voilà. Il avouait. Il avouait que la cible était hantée et que donc ce n’était pas de sa faute si elle avait tout raté. Sa remarque la fit rire. Enfin, sourire intérieurement. Parce qu’elle savait que ce n’était pas méchant, il entrait dans son jeu.

Il lui expliqua alors, en bon pédagogue, comment se tenir. Elle était déjà bien mal partie. Tout doucement, la main sur sa hanche, il la fit modifier sa posture. Elle pensait qu’il fallait tirer de face, mais finalement non, c’était comme au tir à l’arc, elle devait pivoter. Soit, admettons, il savait ce qu’il faisait après tout. Elle épousait chacun de ses gestes, n’opposant aucune résistance, se laissant totalement faire. Puis leurs corps se collèrent de nouveau. Mais cette fois, l’esprit de Sonny ne partit pas en vrille. Elle voulait être fière d’elle-même. Elle voulait qu’il soit fier d’elle. Elle voulait beaucoup de choses, peut-être trop.

Elle sentit la main de Remington remonter le long de son bras. Ce geste l’électrisa. Il était sensuel, mais cette fois, elle ne lui sauterait pas dessus. Ce geste, d’une douceur extrême lui donnait de la force. Chacun de ses nerfs se tendit à ce contact. Incompréhensible. Lentement, il l’invita à lever le bras. Ce fut lui qui décréta quelle était la hauteur appropriée. Au niveau de l’œil, comme au tir à l’arc. Ah, donc elle ne lui avait pas parlé du fait qu’elle pratiquait ce sport, mais cela l’aiderait en tout cas. Elle n’aurait pas pensé à placer l’arme aussi haut. Mais c’était logique. Une ligne droite, il fallait que le canon de l’arme fasse corps avec elle, avec sa main et avec son œil. Un parfait alignement. Il ne fallait plus que le revolver soit une pièce détachée, il fallait qu’il fasse partie d’elle, qu’il soit une extension naturelle de sa main. Une ligne droite, voilà, c’était ce qu’elle cherchait à obtenir, et à maintenir. Et cela, elle savait le faire. Elle se souvenait du contact d’une flèche, effleurant sa joue, la pointe dans le parfait prolongement de sa main tenant l’arc et de son œil.

Remington lui parlait, mais sa voix lui paraissait lointaine, alors qu’il était tout près. Se concentrer sur la cible, cela, elle le faisait. Imaginer quelqu’un qu’on déteste. Ce n’était ni de la colère pure, ni un vide qu’il fallait. C’était la conscience de vouloir tuer quelqu’un. C’était accepter ce froid désir viscéral d’ôter la vie à quelqu’un. C’était accepter pleinement cette part obscure de soi. C’était accepter le mal qui germait dans ses entrailles, accepter de l’extérioriser, de lui donner corps, de l’exprimer.

A qui penser ? A l’incendiaire dont le visage lui était inconnu. A Jayden ? Oui, s'il y avait bien quelqu’un qu’elle détestait à l’heure actuelle, c’était bien elle… Quoique non. Pas exactement. Il y avait quelqu’un d’autre que Sonny détestait. Quelqu’un qu’il fallait éliminer.

Elle-même.

La personne que Sonny détestait le plus, c’était elle-même.

Elle n’aimait pas cette image d’elle. Cette petite fille perdue, qui n’a pas su se remettre d’un traumatisme, cette gamine sans aucun point de repère qui s’était laissé déboussolée par une dispute avec sa fausse mère, une amie faible et lâche qui s’était faite manipuler comme une crétine, cette fille qui prétendait haut et fort vouloir se venger mais qui tirait avec maladresse. Cette lâche qui avait fui, cette minable incapable de protéger les gens qu’elle aimait. Ce diable par qui le malheur arrivait : le Domaine et ses morts, l’accident d’Anne, le coup de feu et la blessure à l’épaule de Remington. Cette Sonny, il fallait la tuer. Elle ne voulait plus la voir. Elle devait achever sa mise à mort entreprise par l’incendiaire. Il l’avait laissée à l’agonie. Il fallait maintenant achever le travail.

Remington lui conseilla de tirer au moment où elle bloquerait sa respiration. Elle avait la même technique. Il resta contre elle tout du long, le temps qu’il fallut pour qu’elle se décide à tirer. Elle capta le rythme de son cœur et celui de son souffle, comme à chaque fois, puis elle se concentra sur la cible : elle.

On dit qu’en devenant adulte, on tue l’enfant qui est en soi. Pour Sonny, c’était maintenant. Adieu la petite qui avait perdu son innocence quand Sarah avait été violée et qu’elle en avait rêvé. Adieu l’enfant qui était perdue sans famille. Adieu celle qui croyait aveuglément ses prétendus amis. Il était temps pour elle de grandir. De mourir. Et de renaître.

Le doigt sur la gâchette, elle fixa la cible où elle se voyait comme dans un miroir. Tout était parfaitement aligné : son horizon, le canon, son reflet. Et elle tira.

En plein dans le mille. Au moment où la balle se nicha au cœur de la cible, Sonny eut l’impression de voir un miroir exploser en mille morceaux et de voir son visage s’éparpiller sur le sol.

Avait-il compris qu’elle était prête et qu’elle avait fait ses adieux à une part d’elle-même ? Ou s’était-il simplement dit qu’elle était juste capable de tirer toute seule à présent. Il avait un don pour la comprendre, ou du moins pour pressentir ses évolutions, ses changements intérieurs. Du moins, les moments où ils se produisaient. Il ne savait sûrement pas ce qui se passait dans sa tête et honnêtement, elle-même n’en savait rien du tout, mais il savait quand il se passait quelque chose.

En tout cas, il s’était reculé, la laissant seule avec elle-même. Elle avait totalement accepté l’arme comme une part intégrante d’elle, comme faisant partie de la femme qu’elle devait être. Elle avait totalement accepté cette puissance et les responsabilités que cela impliquait. Elle avait franchi un cap, et il ne lui serait plus jamais possible de retourner en arrière. Il lui avait dit qu’on ne se remettait jamais vraiment de donner la mort à quelqu’un. Mais savait-il que c’était elle, sa première victime ? Qu’elle venait de se donner la mort, une mort symbolique, certes, mais une mort quand même.

Elle vida alors le chargeur, balle après balle, acceptant chaque contrecoup dans son corps comme les coups d’un bourreau invisible. La seule chose qui lui permettait d’endurer tout cela, de supporter le tiraillement que lui provoquait le recul dans les nerfs des avants-bras, c’était Remington. Car à côté de sa mort, c’était lui qu’elle voyait. Il lui avait tendu l’arme pour se tuer, et bizarrement, elle l’aimait pour ça. Cette personne qu’elle devenait la terrifiait et Remington en était en partie le créateur. Elle devenait une part de lui. Elle ne l’égalerait jamais, cela était une évidence, mais il lui insufflait un peu de son être, consciemment ou non.

Une à une les balles allèrent se nicher dans la cible, même si Sonny ne savait pas trop où précisément, mais le progrès était considérable. Quand le chargeur fut vide, elle resta un instant silencieuse, l’arme toujours tendue, le bras douloureux. Et elle expira sans bruit, mais lentement, avant de reprendre sa respiration, comme si c’était la première fois qu’elle avait de l’air dans les poumons.

Son bras se baissa sur le sol, tandis qu’elle fixait un point, au-delà de la cible, son cadavre gisant au sol, ses fantômes qu’elle traînait avec elle depuis le cinq juin. Ils étaient encore là, mais elle saurait désormais les maintenir à distance. Puis elle posa l’arme, ôta son casque et s’efforça d’afficher un masque de satisfaction sur son visage. Sourire à demi-feint. Car c’était une victoire, sur elle et sur ses peurs, et de cela, elle était très fière. Mais il y avait également cette sensation d’un abîme noir et profond juste à ses pieds, et dans lequel elle risquait de tomber si elle se laissait aller.

Mais quand elle croisa le regard de Remington, elle sentit ses forces lui revenir. Pour lui, elle se donnerait la mort mille fois. Elle ne permettrait plus qu’on se serve d’elle pour l’atteindre. Elle le protègerait, d’elle et de tous les menteurs de l’univers, qu’il ait besoin d’elle ou non. Elle se jura de ne plus refaire les mêmes erreurs qu’avec les autres : elle ne l’abandonnerait pas, jamais. Elle le sauverait toutes les fois où il en aurait besoin. Elle le sauverait de lui-même s’il le fallait, comme il l’avait sauvée d’elle-même.

Tout cela était débile. Bien trop débile pour un tel endroit. Pourquoi se mettait-elle à penser à ce genre de choses. Bonjour l’angoisse.

« Je ne suis peut-être pas aussi irrécupérable que cela mon cœur. La prochaine fois que tu me sauteras dessus – je veux dire, sous ta forme animale – je ne te louperai pas, promis. Pas sûre que je pourrai vraiment tirer sur quelqu’un pour l’instant, ou même sur une cible en mouvement, mais un jour je te battrais peut-être. »

Soudain, sans crier gare, elle acheva les derniers mètres qui la séparaient de lui et elle attrapa sa tête entre ses mains avant de déposer un baiser empli d’amour sur ses lèvres, collant son corps au sien tout en prenant soin de ne pas peser sur sa blessure. Elle avait besoin de son souffle, de sentir son âme se mêler à la sienne.

Quand elle trouva la force de mettre fin à ce baiser, elle regarda Remington dans les yeux. Elle avait retrouvé un peu de sa joie de vivre et son regard devait pétiller de nouveau.

« Tu fais le malin parce que tu sais tirer. Soit. Mais là c’était dans un endroit tranquille, sans aucune menace. Mais un bon tireur doit être maître de lui-même en toute circonstance je suppose. Alors, je te mets au défi de faire aussi bien avec une Sonny dans les parages. »

Sur ce, elle récupéra l’arme, la chargea et la tendit à Remington qui s’approcha du box. Casque sur les oreilles, il braqua le revolver. Ce fut ce moment que choisit Sonny pour s’approcher de lui, pour enlacer sa taille. Le premier coup partit sans problème.

Qu’à cela ne tienne, Sonny passerait à la vitesse supérieure. Elle guetta le moment où il allait bloquer sa respiration pour le second tir et dès qu’elle le perçut, elle fit glisser ses mains, tout doucement, de son ventre jusqu’à une zone plus… sensible.

Rira bien qui rira le dernier…

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Dim 1 Avr - 6:57

Le premier coup de feu était parti, atteignant la cible en plein cœur. Mes prunelles restèrent fixées au loin, sur ce bout de papier. Je ne regardais plus Sonny. Je guettais simplement l'impact de la balle. Les tirs étaient réguliers, calés à chaque fois après une inspiration. Je n'avais pas besoin de tourner la tête pour avoir la confirmation. Son rythme était calé sur ma propre respiration. Elle s'était accordée à moi quand j'étais collé contre elle, et depuis elle gardait cette vitesse. Aussi bien de respiration que de tir. Mentalement, je comptais les coups. Une nouvelle balle se nicha dans le cœur de la cible. La dernière fut décalée, atteignant le cou. J'appuyais sur le bouton, faisant revenir la cible vers nous. Enfin je me décidais à tourner la tête vers elle. J'étais pensif. Je savais que quelque chose s'était opéré en elle mais j'étais incapable de deviner ce que c'était. Je me demandais qui elle avait imaginé à la place de la cible pourtant je m'abstins de lui poser la question. Elle me le dirait si elle le souhaitait. Peut être quand elle se serait reprise car là, le bras ballant le long de son corps, elle fixait un point. Il y avait bien un sourire satisfait sur ses lèvres mais également autre chose. Que je n'arrivais toujours pas à déterminer.

Nos regards se croisèrent. Nul besoin de se parler, il n'y avait pas grand chose à dire pour qu'on se comprenne. Je lui fis juste un signe pour qu'elle jette un œil sur la cible. Elle avait fait mouche à chaque fois. Certes les balles n'étaient pas toutes logées en plein cœur. Il y en avait quelques une éparpillées sur le corps. Mais elle ne l'avait pas raté une seule fois. Elle pouvait être fière d'elle, en tout cas moi je l'étais. Je la trouvais douée, davantage que certains agents que je côtoyais. Elle n'avait plus besoin de moi pour se défendre. Il suffisait de lui placer une arme entre les mains et elle saurait quoi faire. Cela me rassurait en quelque sorte. La prochaine fois que je perdrais le contrôle et me transformerais en lynx, elle ne me raterait pas et pourrait me tuer sans problème. Ma crainte de lui faire du mal disparaissait. Mais pas celle qui faisait que j'avais l'impression qu'on était relié. Elle devait avoir un autre don, celui d'arriver parfois à entrer dans mon cerveau pour savoir ce que je pensais. Car ses propos, c'était exactement ceux auxquels je songeais, et qui concernaient ma transformation. Elle promit de ne pas me rater et je la crus. J'étais prêt à mourir si c'était elle qui tirait pour se défendre. Il n'y avait pas d'autre choix, elle savait à présent de quoi j'étais capable sous ma forme animale. On savait tous les deux qu'à ma prochaine transformation, ça serait elle ou moi. Et je préférais que ça soit moi plutôt qu'elle, allez savoir pourquoi. Mon instinct de survie me faisait défaut sur ce coup là et réagissait à l'inverse de d'habitude.

« Pas peut-être mais sûrement. »

Le temps viendrait où l'élève dépasserait le maître. Où elle serait capable de me loger une balle en plein cœur sans que je sois sous ma forme animale. Peut être le jour où elle apprendrait toute la vérité sur moi et qu'elle se rendrait compte que c'était la seule façon de se sauver. Car elle ne pouvait pas me sauver. Je savais qu'elle l'espérait. Qu'on gagne ou qu'on perde tous les deux. Elle gagnerait ou elle perdrait seule en réalité. L'échéance avant que ça se produise était simplement retardée. Je la retardais depuis un peu plus d'un mois et je ne savais pas combien de temps encore je pourrais le faire. Quelques jours ? Un mois ? Mes pensées s'assombrissaient, devenaient plus noires que je ne le voulais. Je voyais le tunnel sombre qui composait ma vie et j'étais en train d'en prendre la direction.

Sa lueur m'arrêta en cours de route. Quand je sentis ses mains se poser sur le contour de mon visage pour m'attirer contre elle. Je lâchais prise. J'envoyais promener ce fichu tunnel pour rester pour le moment dans la lumière. Encore un temps, celui qu'on nous accorderait. Le temps d'un baiser plein d'amour comme celui-ci. Le temps de sentir la chaleur de son corps contre le mien. Le temps que nos souffles se mêlent, que ma main droite se pose dans le bas de son dos pour l'attirer contre moi. J'avais besoin de ça. J'avais besoin d'elle. Non pas pour me sentir vivant mais pour m'accrocher à cette lueur qu'elle m'offrait et qui me changeait. Pas radicalement non, je ne pouvais plus changer. Mais en sa présence, je me sentais mieux. J'avais cette impression à la fois agréable et désagréable d'être là où je devais être. Même si ça ne me ressemblait pas, même si ce n'était pas dans mon caractère. Et même si ça ne durerait qu'une période.

Des coups de feu retentirent dans un box voisin. Peut être était-ce cela qui fit que nous nous écartions pour mettre fin à notre baiser. Je ne m'en préoccupais pas, mon esprit et mon regard étaient braqués sur elle. Je vis revenir cette lueur dans ses prunelles, celle qui me disait qu'elle préparait une bêtise ou qu'elle allait me sortir une connerie. Quelque chose avait changé en elle au moment de tirer mais ça n'avait pas pris le dessus sur sa véritable personnalité. Je me demandais ce qu'elle mijotait. Après un tel baiser, j'avais envie de reprendre possession de sa bouche mais pas seulement. De son corps aussi tout entier. Ce n'était pourtant pas le lieu, ni guère le moment de penser à de telles choses. Heureusement, elle se chargea de me remettre les pieds dans la réalité en me lançant un défi. Arriver à tirer avec elle dans les parages ? Non mais elle croyait vraiment qu'elle pouvait me déconcentrer ? J'étais tout de même un professionnel de la gâchette même si j'avais un bras en moins et qu'elle avait les atouts pour mettre à mal ma concentration.

« Défi relevé mais tu vas perdre mon ange... »

Car oui, je ne comptais pas la laisser gagner. Je remis mon casque sur les oreilles, appuyais sur le bouton pour faire repartir la cible. Au moins si elle me parlait, je ne l'entendrais pas, ce qui ferait un motif en moins de déconcentration. Je pris l'arme qu'elle me tendait et qu'elle avait chargé. Je lui souris, déterminé puis me tournais vers la cible que je visais. Au moment de tirer, je sentis ses bras m'enlacer, sa poitrine venir se coller contre mon dos. Cela ne m'arrêta pas et le coup partit, touchant la cible en plein cœur. Raté et bien tenté mais je ne voulais pas perdre. Bien que l'écharpe me gênait dans mes mouvements, je recouvrai ses mains de la mienne. Mon bras toujours tendu, mes yeux restaient fixés sur la cible. Ma respiration était régulière. J'attendis d'inspirer et au moment où je fis mon blocage pour tirer, je sentis ses mains glisser et échapper à la mienne. Elles descendirent jusqu'à atteindre une zone plus sensible. Mon tir partit mais j'avais réagi et bougé.

« Et merde... »

Je fixais la cible et vis que je m'étais raté sur le coup. Ce n'était pas le cœur que je visais que j'avais atteint. Mais seulement le bras. Et encore, la balle l'avait touché simplement sur le bord. Elle avait réussi son coup la diablesse. Touché un bras, c'était un échec pour moi. C'était le risque de me mettre en danger. J'eus une moue mécontente, pas contre elle mais contre moi-même. Je m'étais fait avoir par son côté pervers. Qu'à cela ne tienne, je ne comptais pas en rester là et j'allais me venger. Si je trouvais une idée de vengeance. J'en eus une. Je posais l'arme sur le comptoir, un peu sur la droite, puis je pivotais. Elle m'enlaçait toujours mais au moins ses mains n'étaient plus posées sur une partie de mon anatomie qui mettait à mal ma concentration. Je n'attendis pas qu'elle ouvre la bouche pour parler et je pris possession de ses lèvres. Un baiser tendre mais à la fois fougueux. J'avais envie d'elle, c'était indéniable et je ne le niais pas. Elle pouvait le sentir avec mon corps collé contre le sien. Malgré ce désir et ce besoin de la posséder je n'en oubliais pas le défi qu'elle m'avait lancé. Mes mains se posèrent sur elle. Cela me couta un effort à cause de mon bras gauche mais je la soulevais pour l'asseoir sur le comptoir. Mes lèvres ne quittaient pas les siennes encore quelques secondes. Puis je me décidais à m'en séparer pour parcourir son cou de baisers. Je descendis lentement jusqu'au creux de son cou. Ma main se tendit pour récupérer l'arme que j'avais posé sur le comptoir. Une fois que je l'eus en main, je ne cessais pourtant pas de l'embrasser. Entre deux baisers dans le cou, ma respiration se bloqua. Je jetais un oeil à la cible qui se trouvait derrière elle et mon bras se tendit dans son dos. Le coup partit. Je m'écartais alors très légèrement, regardant par dessus son épaule le point que j'avais touché.

« Beaucoup mieux. »

Je déposais un bref baiser sur ses lèvres, la mine satisfaite. Bon, je visais le cœur et j'avais atteint la poitrine, du côté droit et non du gauche. Ce n'était pas mon but initial mais ça, elle n'était pas censée le savoir. J'avais fait mouche malgré l'effet qu'elle me produisait. Cela voulait dire que je n'étais pas complètement irrécupérable quand elle était dans les parages et chamboulait tout en moi.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Dim 1 Avr - 10:01

Après les idées noires qui lui étaient passées par la tête, il avait bien fallu que Sonny redevienne elle-même. Simplement, elle savait pertinemment maintenant qu’il y avait deux faces puissantes en elle. Un côté sombre, obscur, dangereux et un côté plus léger, accroché à la vie et à ses plaisirs. Les deux la composaient, s’équilibraient en elle. Mais en tirant ce soir, elle avait découvert le risque que l’un supplante l’autre… et le gouffre était profond. Si elle y tombait, elle mettrait un temps fou à en sortir, si tant est que ce soit possible.

Mais par chance, le baiser et le corps de Remington avaient provoqué en elle une puissante décharge qui fit ressortir son autre elle-même. Une femme amoureuse, emplie de désir pour un homme qu’elle n’échangerait pour rien au monde, en dépit de tous ses défauts. Une femme heureuse qui voulait profiter de ce sentiment.

Il avait un grand pouvoir sur elle, cela, nul n’aurait pu le nier. Mais leur relation n’était pas déséquilibrée pour autant. Cela, elle en eut la preuve quand elle exerça une pression pourtant légère sur son entrejambe au moment où il allait tirer. L’œil espiègle, Sonny constata que la balle était bien loin d’avoir fait des dégâts. Le bras. Il n’avait touché que le bras. Petite victoire personnelle qui ‘enlevais absolument rien du respect et de l’admiration qu’elle éprouvait pour lui. Elle l’avait pris en traître et elle doutait sérieusement que d’éventuels ennemis l’attaquent de la sorte. Mais elle avait finalement elle aussi un peu de pouvoir sur lui. Un partout, non ?

Sonny crut même qu’elle avait gagné la partie quand Remington lâcha l’arme avant de se retourner vers elle. Non, elle ne le lâcherait pas, et elle n’enlèverait pas ce sourire satisfait et gentiment moqueur qu’elle affichait à présent. Elle avait juste une nouvelle partie de son anatomie sous ses paumes. Ses fesses. Qu’importe, elle les aimait aussi. Elle avait même une petite réplique pour l’achever qui était là, sur le bout de sa langue. Sauf que Remington s’empara de ses lèvres, de sa bouche toute entière pour un baiser qui, comme tous ses baisers, l’électrisa. Sauf que là, elle avait en plus l’impression de gagner la partie, alors cela l’excitait au plus haut point.

Ce n’était ni le lieu ni le moment, mais elle avait envie de lui, là, tout de suite, maintenant. Ce n’était que le deuxième baiser de la journée et elle avait tellement peur de le perdre qu’elle ne voulait plus laisser la frustration la gagner. Elle ne voulait plus perdre de temps. Et le moins que l’on puisse dire, c’était que tous deux n’étaient pas du genre à perdre du temps. Et alors que son corps commençait à épouser les courbes de Remington, elle sentit qu’il était dans le même état qu’elle. Le box était clos après tout, qui sait…

Comme s’il avait entendu sa supplique silencieuse, il posa ses mains sur elle et la fit décoller du sol. Malgré son épaule blessée que Sonny était sur le point de totalement oublier, il parvint à l’asseoir sur le comptoir tout en l’embrassant. Sonny était en train de perdre le contrôle parce qu’à ce petit jeu, il la connaissait très bien, au point d’en faire une marionnette sans volonté. Instinctivement – car elle ne réagissait plus que par l’aiguillon de son désir, n’étant plus du tout en état de penser – elle enroula ses jambes autour de la taille de Remington, l’attirant encore plus contre elle. Et elle s’accrocha à son cou, ne laissant aucun centimètre de peau sans contact avec la sienne.

Où étaient-ils ? Comment s’appelaient-ils ? D’où se connaissaient-ils ? Chaque baiser de Remington la faisait partir si loin qu’elle en oubliait absolument tout le reste.

Et comme ce maudit diable la connaissait par cœur, il savait également comment la torturer, et il ne s’en priva pas. Il abandonna ses lèvres pour s’attaquer à son cou. Cela était petit, il savait très bien que c’était son point faible. Et dès le premier baiser son corps trembla et elle dut lâcher Remington pour prendre appui sur le comptoir. Il lui arracha même un gémissement quand ses lèvres atteignirent le creux de son cou. Elle n’en pouvait plus et il le savait, il attendait qu’elle cède, comme à chaque fois, qu’elle craque sous cette torture et qu’elle le supplie de passer à l’étape suivante. Et elle était véritablement à un quart de seconde de le faire, d’autant qu’il s’acharnait sur ce point terriblement sensible. Sa main l’avait lâchée. Que préparait-il ? Allait-il la glisser au creux de ses reins ? Commencer à la déshabiller avec une lenteur délibérée et exaspérante ?

BANG

Un cri de Sonny accompagna la détonation. Un cri de surprise et de peur ; parce qu’elle ne l’avait pas vu venir. Malgré le casque, elle eut l’impression que son tympan avait explosé. Son corps tout entier avait été parcouru d’un soubresaut, à cause de la vague de plaisir et à cause de la répercussion du coup de feu dans le bras de Remington et dans tout son être.

Cessant ses baisers, il regarda par-dessus une Sonny abasourdie la cible, visiblement très satisfait de son petit manège. En dépit de sa moue outrée, il déposa un baiser rapide sur ses lèvres, bien content de son tour.

Sonny avait laissé retomber ses jambes qui pendaient désormais alors qu’elle était toujours assise. Elle tourna la tête et vit que sa balle avait touché la poitrine. Elle n’avait donc rien maîtrisé du tout. Elle croyait qu’elle avait gagné, mais non, pas le moins du monde, il s’était vengé. Elle avait envie de sauter du comptoir et de le gifler, mais elle savait que ses jambes, encore chancelantes sous l’effet du désir qu’il avait suscité en elle, ne la porteraient pas. Oh, elle ne voulait pas le gifler par colère. Ce coup en traître la rassurait même : il était redevenu lui, incapable de la laisser gagner, prêt à utiliser les mêmes bassesses qu’elle pour parvenir à ses fins.

Ils se connaissaient par cœur, et pourtant il leur restait tant à découvrir l’un sur l’autre… Sonny se souvint de ce que sa mère, sa mère biologique, lui disait : aimer ce n’est pas trouver la personne parfaite. C’est trouver la personne parfaite pour soi. Et tous deux s’étaient bien trouvés. Deux fous, deux pervers, deux sadiques.

Elle tremblait encore en enlevant le casque, partagée entre la frustration maximale et l’envie d’éclater de rire.

« Je te hais, Remington Pillsbury. »

Son ton et son visage ne laissait pas le moindre doute sur le fait qu’elle mentait. Quoique… la mettre dans un tel état et la laisser en plan il faudrait bien que cela se paie un jour. Même si elle doutait sincèrement de pouvoir mener à terme un chantage sexuel… Qu’importe elle trouverait.

Mais là, dès qu’elle prononça ces mots, elle lui prit l’arme des mains, pivota à peine sur le comptoir, tendit l’arme et tira. Une rafale de balles. Toutes allèrent se planter exactement à l’endroit qu’elle souhaitait. Finalement, elle ne se débrouillait pas si mal à ce petit jeu. Elle demanda à Remington, d’un ton fier et assuré, d’appuyer sur le bouton pour avancer la cible jusqu’à eux. Elle y jeta un bref coup d’œil, elle n’avait pas rêvé, elle avait bien réussi son coup.

Elle croisa ses jambes, puis ses bras et redressa fièrement le dos. Elle guettait sa réaction quand il verrait. Elle voulait lire l’amusement dans son regard, quand il constaterait qu’aucune de ses balles n’avait atteint ni le cœur, ni la tête. Non, cela aurait été trop simple, trop banal et n’aurait absolument rien dit de son état. Elle vida le chargeur calmement et désigna les points d’impact du bout du canon.

« Ça, c’est ce que je vais te faire si tu me refais un coup pareil – de sa main gauche, elle agrippa le tee-shirt de Remington l’obligeant à se rapprocher d’elle, et riva son regard noisette dans ses yeux bleus – si une fois à la maison tu ne finis pas ce que tu as commencé, et que tu ne le finis pas bien au point de me faire hurler, pense que cette cible ce sera toi mon cœur. »

Car toutes ses balles s’étaient nichées dans l’entrejambe de la silhouette peinte sur le papier. Nul doute que sa pauvre victime serait morte. Morte de honte et morte tout court. Et elle déposa un rapide baiser sur les lèvres de Remington. Elle lui concédait la victoire pour cette fois, mais il était prévenu. S’il jouait avec ses armes à elle, elle jouerait avec les siennes. Et ce bras de fer pourrait durer longtemps.

Elle était loin d’avoir appris tout ce qu’il fallait savoir : comment viser une cible en mouvement, comment tenir compte du vent, comment ne pas flancher sous le regard de sa victime, comment tirer en étant soi-même en mouvement, comment viser sous la pression… Oui, elle avait fait un pas en avant, mais la marche était encore longue avant qu’elle n’atteigne la capacité de concentration de Remington. Mais elle y arriverait un jour, question de fierté personnelle. Et puis s’il lui prenait l’idée saugrenue de retourner la distraction de Sonny contre elle, elle ne voulait pas se faire avoir, il se ferait un malin plaisir de le lui rappeler.

Mais au moins à l’heure actuelle, les coups de gueule et les coups de sangs de la journée semblaient partiellement oubliés, du moins mis en sourdine. Ils s’étaient criés dessus en sachant bien que l’autre n’était pas responsable. Mais ils savaient aussi tous deux que l’autre accepterait d’être un puntching ball le temps nécessaire. Parce que c’était ça aussi, être avec quelqu’un. C’était être avec lui dans les bons comme dans les mauvais jours. Accepter ses joies et ses colères. Accepter les imperfections de l’autre et les compenser. Cela, Remington et Sonny le faisaient plutôt bien. Restait à savoir si le reste de la soirée arriverait à les ramener complètement du côté de la légèreté ou pas.

Quand le feu qu’il avait allumé en elle s’éteignit, Sonny sauta du comptoir, reprenant son sérieux, mais prête également à déraper à tout moment, dans une glissade dont elle seule avait le secret. Qu’allait-il lui réserver pour la suite ? Reculer la cible un peu plus ? La tester sur sa force de concentration ? L’envoyer sur un stand avec des cibles mouvantes ? Arrêter là pour ce soir ? Elle le suivrait, de toute façon. Quoiqu’il décide, alors…

Soudain, un coup de folie comme il n’y en avait que dans son esprit l’envahit. Elle avait encore l’arme, vidée, dans sa main. Cela ne la choquait plus, d’avoir cette extension au bout du bras. Sans prévenir et sans aucune raison, elle braqua l’arme à quelques centimètres du front de Remington. Elle avait déjà fait ce geste. Deux fois. Une fois en mimant un revolver avec ses doigts. Une autre en tenant une arme dans sa main. Lors de leur première rencontre, pour le sortir du rêve. Sauf qu’à l’époque, l’arme n’était qu’une image et le toucher de cet instrument de mort était radicalement différent en vrai. Et qui plus est, à l’époque, elle lui avait tiré dessus pour le réveiller et pour le ramener à elle. Si elle tirait en vrai, elle le perdrait pour toujours. Elle en était incapable.

« Tu as raison. Je n’aurais pas pu le faire à l’époque. Je crois même que je n’en serai plus capable maintenant. Pas froidement et pas contre toi. Je n’y arriverait pas. Faudrait que je sois en colère. Les seuls que je pourrais tuer ce seraient ceux qui s’en sont pris à mes proches. Ou qui les menaceraient. Là je sens que j’y arriverai. »

Elle baissa l’arme et la lui tendit, sans se défaire d’un sourire las, mais sincère. Elle était contente d’avoir pu trouver un équilibre entre devenir un monstre froid et être une victime. Elle savait qu’elle était capable de tuer, mais qu’elle ne se laisserait jamais envahir par l’ivresse du pouvoir que procure le fait de tenir une arme à la main. Elle avait trouvé l’équilibre adéquat.

« Et quelle est la prochaine leçon, professeur Pillsbury ? »

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Dim 1 Avr - 15:49

J'avais réussi. Malgré cette envie que j'avais d'elle et cette torture que cela m'avait coûté de me détacher pour tirer, j'avais eu la cible. Pas à l'endroit désiré mais réussi tout de même. Elle était capable de m'ensorceler, de me faire perdre le contrôle. Pourtant avec une volonté extrême, je réussissais à être moi même, celui qui était incapable de la laisser gagner et qui faisait que notre relation était une lutte perpétuelle à cause de nos caractères forts. On ne s'ennuyait pas au moins. On arrivait toujours à se surprendre quand l'autre s'y attendait le moins. Et sur ce coup là, j'étais animé d'une satisfaction mal placée car mon coup était parfaitement réussi. Elle avait crié de surprise à cause de la détonation. Je l'avais attaquée sur un de ses points faibles juste avant, lui faisant croire que je ne m'arrêterais pas. S'il n'y avait pas eu ce défi, sans doute que je ne me serais jamais arrêté et que j'aurais commencé à la déshabiller. Le lieu n'était pas ce qu'on pouvait qualifier de romantique, mais si les circonstances avaient été différentes, nous aurions probablement fait l'amour dans ce box. Il était fermé, insonorisé. La lumière rouge au dessus de la porte à l'extérieur indiquait qu'il y avait quelqu'un en train de tirer. Personne ne se serait préoccupé de ce qu'on y aurait fait. Nous aurions pu faire l'amour s'il n'y avait pas eu ce fichu défi que je me devais absolument de relever. J'ôtais mon casque en même temps qu'elle. Je la voyais bien trembler mais je ne fis aucun geste dans sa direction. Je ne savais pas encore si j'allais essuyer ses foudres ou si elle allait bien le prendre. Ses traits étaient pourtant détendus et disaient tout le contraire quand elle déclara qu'elle me détestait. 

« Moi pas, Sonny Malone. »

J'avais répondu dans la foulée, sans réfléchir. Et ce n'était qu'une vérité que je venais de prononcer à voix haute. Certes, je n'avais pas dit une nouvelle fois les trois petits mots fatidiques mais ma phrase voulait dire la même chose. Si elle disait me détester, moi j'avouais l'aimer indirectement, avec deux mots. Je n'aurais peut être pas du dire ça. Cela ne me ressemblait tellement pas d'exprimer ce que je ressentais par des paroles. Mais elle avait une emprise sur moi. Elle arrivait à abattre des barrières dressées depuis tant de temps et que personne d'autre avant elle n'avait réussi à ébranler voir même à atteindre. Elle m'avait touché mais sur le terme, je ne savais pas si c'était un antidote qui me guérirait ou un poison qui me consumerait de l'intérieur.

Je m'étais égaré dans mes pensées que quelques secondes. Il lui suffit de ce temps là pour me prendre l'arme des mains. Je la regardais pivoter sur le comptoir, ne songeant pas à remettre mon casque. Elle se mit à tirer. Des coups beaucoup plus rapides que ceux d'avant. Je ne regardais pas où les balles atterrissaient mais simplement elle et la détermination que je lisais dans son regard. Et cette fierté également quand apparemment elle s'aperçut qu'elle avait réussi ses tirs. Elle me demanda d'appuyer sur le bouton pour faire revenir la cible. Je m'exécutais machinalement. Ce ne fut que lorsque la cible arriva à quelques mètres de nous que j'y jetais un œil. Rien au niveau de la tête, ni au niveau du cœur. Mes prunelles continuèrent à descendre et je remarquais enfin ce qu'elle me désignait du bout du canon. Je souris, manquant éclater de rire. Pauvre cible. Elle avait subi la frustration que je lui avais donné. J'aurais peut être du prendre la situation au sérieux mais je n'y arrivais pas. Même si elle me menaçait de me faire la même chose si je lui faisais de nouveau un tel coup.

« Ne me lance plus de défi et je ne le referai plus »

Je répondis d'une voix amusée juste avant qu'elle m'agrippe le tee-shirt pour m'obliger à me rapprocher d'elle. Nos regards se rencontrèrent. J'aurais pu l'embrasser pour tenter de la faire taire, pour l'empêcher de parler. Je n'en fis rien et je ne fus pas déçu quelque part de la laisser parler. Elle menaçait de me faire subir le même sort si je ne mettais pas un terme à cette frustration que j'avais fait naître en nous et qui perdurait sûrement pour le restant de la soirée. Jusqu'à ce que l'on cède à notre envie, que nos corps s'épousent pour ne faire plus qu'un. Je finirai ce que j'avais commencé oui. Mais pas tout de suite, plus tard une fois qu'on serait rentré à la maison. L'attente d'ici là serait une torture pour chacun de nous mais ça en vaudrait le coup. Surtout avec un bras en moins. Il allait falloir redoubler d'imagination, de tendresse. Et c'était une chose que je commençais à apprécier. Je lui murmurais un « promis » quand elle écarta ses lèvres des miennes.

La tension et la demi engueulade du matin étaient envolées. Les heures d'attente et les mots échangés à l'hôpital également. C'était déjà derrière nous et on n'y reviendrait pas dessus. C'était une certitude que j'avais. Peu importait ce qu'on pouvait se balancer à la figure, on ne restait jamais très longtemps ancrés sur nos positions. Et nous n'étions, l'un comme l'autre, pas du genre à ressasser les choses et à les ressortir. Cela n'aurait servi à rien. Elle savait que ma blessure venait de Jayden. Le reste, ce n'était que des détails que l'on pouvait oublier et qui n'étaient guère important. On était passé à autre chose, à ce cours de tir improvisé et qui nous détendait, même si ce n'était pas dans tous les sens du terme.

Quand elle sauta du comptoir pour en descendre, je m'avançais vers celui-ci. Je rassemblais les chargeurs vide dans un coin. Je pris le dernier plein qui restait dans ma main. Un dernier pour la route pour nous défouler. Elle voudrait peut être le tirer ou me le laisser. On pouvait également tirer tous les deux en même temps au risque de déraper une nouvelle fois et de nous laisser entraîner sur une pente vertigineuse. Je me retournais pour lui demander son avis quand j'aperçus l'arme qui se levait et qui venait s'arrêter à quelques centimètres de mon front. Je retins mon souffle, espérant qu'elle ne s'amuserait pas à appuyer sur la gâchette. Lors de la dernière rafale, je n'avais pas compté le nombre de balles qui avaient été tirées. Elle avait ôté le charger mais il en restait peut être une dernière. Logée dans la chambre de combustion. Elle ne le savait pas car je n'avais pas parlé de ce détail. Et moi non plus car j'avais oublié de compter. Il fallait peut être que je lui dise. Ou que je prenne l'arme de ses mains dans un mouvement vif même si je m'exposais au risque qu'elle tire par pur réflexe. Je ne fis rien et je ne dis rien, m'en remettant à ma bonne étoile et à elle. Ce n'était que la troisième fois qu'elle me visait de la sorte. Les deux premières étaient sans risque. Une arme dans un rêve et une main mimant un revolver ça ne pouvait pas me tuer. Mais là...

Ma respiration redevint normale quand l'arme fut baissée et qu'elle me la tendit. Je la pris sans un mot. Elle n'était pas capable de me tirer dessus avec une vraie arme, même si elle était vide. Je pouvais bénir ma bonne étoile si j'en avais une, et surtout si j'y croyais ce qui n'était pas le cas. Ce blocage qu'elle faisait me dérangeait pourtant. Je me demandais si cela voulait également dire qu'elle était incapable de tirer avec moi dans les parages. Une idée germa dans ma tête. Elle n'allait pas apprécier du tout. Elle risquerait même de me traiter de tous les noms. Mais tant pis. Après tout c'était elle qui voulait connaître la nature de la prochaine leçon. J'appuyais sur le bouton pour faire repartir la cible. Plus loin que ce qu'elle avait tiré jusqu'à présent. Puis je m'approchais d'elle et je déposais un baiser sur ses lèvres.

« Pur sadisme la prochaine leçon et tu vas me détester. Mais si tu la réussis, on fera ce que tu veux pour le restant de la soirée. »

Je lui mis d'office le chargeur plein et l'arme dans les mains. Puis je me dirigeais au comptoir. Je pris appui sur ma main valide et je grimpais dessus pour passer de l'autre côté. C'était interdit. Si le gérant savait que je faisais ça, il allait me passer une soufflante dont je me souviendrai. Il m'interdirait même le stand de tir pour quelques temps. Ce qui serait dommage pour lui car j'étais un bon client. Une fois de l'autre côté du comptoir, je croisais le regard de Sonny. Je vis qu'elle commençait à comprendre ce que j'allais faire. Je commençais à m'éloigner à reculons en direction de la cible, ne la quittant pas du regard. Puis je finis par me détourner pour continuer à avancer et m'arrêter à côté de la cible. Je me collais contre son côté droit, ne la laissant visible que de moitié, celle du côté du cœur. Tirer sur une cible en papier c'était une chose. Tirer sur une cible avec moi à côté, ce n'était plus du tout la même situation. Je la fixais, ne la quittant pas du regard. J'attendais l'hystérie, je m'attendais à la colère, qu'elle pose l'arme et s'en aille du box, furieuse contre moi. Mais j'espérais aussi qu'elle se surpasse, qu'elle se prouve que si j'étais en danger, elle oserait tout de même tirer malgré ma présence à proximité, malgré le risque de me toucher et de me tuer.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Dim 1 Avr - 17:23

Plus de défi pour avoir la paix ? Mais il n’avait jamais été question de paix entre eux deux. Jamais. Des trêves, à la rigueur. Mais ce genre de défis idiots, puériles et parfois même malsains, faisaient totalement partie de leur relation. Aussi fatiguant et frustrant que ce soit. Quoiqu’en termes de frustration, il avait fait fort ce soir. Et ce soir, elle le lui ferait payer. D’ailleurs, il le lui promit, de la combler au point de la faire hurler de plaisir. Soit, alors elle attendrait, mais il avait franchement intérêt à être à la hauteur, s’il ne la détestait pas, comme il le prétendait, et comme elle le savait…

Mais avant cela, il faudrait prendre son mal en patience. La leçon n’était pas finie et Remington renvoya la cible au loin. Plus loin que toutes les tentatives précédentes. Alors c’était cela, la suite, apprendre à viser plus loin. Soit, cela ne serait pas plus compliqué. Mais le baiser rapide que Rem lui donna et l’étincelle dans son regard lui firent immédiatement sentir l’arnaque. Du pur sadisme hein ? Mais qu’est-ce qu’il…

Ah non ! Non ! Il lui avait mis l’arme et un chargeur plein dans les mains avant de sauter par-dessus le comptoir. Le con… l’espèce de… Voilà que la colère l’envahissait de nouveau. Elle avait chaud maintenant, mais ce n’était plus du tout à cause de l’excitation. Maudit Remington. Deux fois. Non, trois, en fait quatre fois qu’il lui faisait ce coup-là. Car en le voyant river ses yeux dans les siens et reculer, reculer, reculer sans détourner le regard, Sonny comprit immédiatement. Il allait jouer à la cible humaine. Lui et sa fâcheuse manie de vouloir mourir… et de vouloir mourir à cause d’elle. Oui, c’était son quatrième désir de mort.

Il lui avait demandé de le tuer dans le rêve. Il l’avait menacé de mettre le feu à sa maison, les tuant tous les deux lors de leur violente dispute. Il lui avait ordonné de lui tirer dessus lors de sa métamorphose en lynx. Et là, il allait faire la cible. Enfin, une moitié de cible. Car il se plaça de telle sorte que son cœur jouxtait celui de la cible en papier.

Il était suicidaire, ou complètement fou. D’accord, Sonny visait plutôt bien, mais pourquoi lui imposait-il cela ? Elle était parvenue à tirer sur son propre reflet, mais elle n’arriverait pas à se concentrer avec lui en dang… Bon sang, c’était cela. Il n’écoutait pas toujours tout ce qu’elle disait, mais il sélectionnait les informations le bougre. Et il voulait voir comment elle réagirait s’il était en danger. Parce qu’elle venait de lui dire qu’elle ne craindrait pas de tuer quelqu’un qui s’en prenait au sien. Mais qu’elle n’arriverait pas à tirer sur lui. Il voulait la tester, voir si elle pourrait atteindre sa cible avec lui dans son champ de vision.

Parce qu’il était sa plus grande force, mais aussi sa plus grande faiblesse. Et qu’il en avait conscience.

Le sang de Sonny bouillonnait dans ses veines. Il l’énervait. Il l’exaspérait. Comment pouvait-il la faire passer si vite d’un extrême à un autre comme ça, aussi vite et aussi intensément ? Et Sonny qui croyait qu’il ne fallait plus se défier. La bonne blague. Il aimait ce jeu sadique, car il y excellait. Il savait qu’il la mettait dans cet état, et il savait qu’elle ne renoncerait pas alors qu’elle n’avait qu’une envie : lui balancer le revolver en plein visage et tourner les talons.

« T’es rien qu’un gros con, Rem. Tu mériterais que je me plante et que je te tue. Ou que je mette ma menace à exécution. Je m’occuperai de mes fesses toute seule ! »

Elle avait claqué l’arme violemment sur le rebord du comptoir et s’était bien penchée pour qu’il entende chacun de ses mots. Mais il ne renoncerait pas. Il resterait planté là jusqu’à ce qu’elle se décide. A partir, ou à relever le défi. Elle n’en avait rien à faire de sa proposition. Faire ce qu’elle voulait après, pour le restant de la soirée. Elle voulait en finir, lui rabattre son caquet une bonne fois pour toute.

Hors d’elle et à coup de gestes secs et brutaux, elle enfonça le chargeur plein dans l’arme. S’il n’avait pas bronché quand elle l’avait tenu en joue, elle allait le faire douter, foi de Sonny. Toujours en colère, elle ôta le cran de sureté et braqua très vite l’arme avant de tirer.

Le bruit fut assourdissant, d’autant qu’elle n’avait pas remis son casque, mais elle voulait se rendre sourde. Ou plutôt se rendre sourde et aveugle à sa colère. Parce que là, c’était lui qu’elle détestait et pas cette pauvre cible en papier.

Sauf qu’elle avait délibérément tirer très haut, bien trop haut et de face. Elle l’avait fait pour se vider de son surplus de haine et de frustration. Mais elle ne voulait pas que Remington pense qu’elle avait échoué, parce que ce n’était pas le cas, alors très vite elle se positionna comme il fallait. Légèrement de côté, le bras tendu à bonne hauteur .

On aurait pu tracer une ligne droite entre sa pupille, le canon et sa double cible. Où tirer ? Qu’attendait-il précisément ? Tête en papier à hauteur de tête humaine. Cœur à hauteur de cœur. Elle se sentit vaciller. Elle s’imagina tirer et rater. Elle s’imagina blesser et tuer Remington. Elle s’imagina le perdre. Impossible. Elle n’imaginait pas sa vie sans lui. C’était trop tôt pour s’attacher à ce point, mais c’était trop tard. Elle savait qu’elle mourrait le jour où elle le perdrait.

Sa main trembla. Sa vue se troubla et les pulsations de son cœur s’accélérèrent dangereusement. Et il n’était pas là, elle ne pouvait pas se synchroniser sur lui. Elle devait se débrouiller seule cette fois. Elle se concentra sur lui, sur ses yeux. Elle connaissait le rythme de son cœur, elle l’avait en elle. Bam-bam. Bam-bam. Bam-bam.

Elle s’était jurée de le sauver, de tout, y compris d’elle-même. Elle n’allait pas trahir sa promesse. Même s’il le méritait. Jamais elle ne le laisserait mourir. C’était impensable. Et il faudrait qu’elle soit capable d’agir si quelqu’un le retenait et braquait une arme sur sa tempe.

Ce fut sur cette image qu’elle bloqua sa respiration et qu’elle laissa échapper trois petits mots. Tout bas. Ceux qu’elle lui avait déjà dit et qu’il n’entendrait pas. Et son doigt pressa la gâchette.

Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Tête, cou, cœur, bras, genoux. Le tout très vite et avec une régularité d’horloger.

Elle ne pensait plus à rien. Plus de Sonny. Plus de Remington. Plus que la cible. Cette cible noire et menaçante. Cette cible à cause de laquelle elle pouvait perdre l’homme qu’elle aimait. Son visage devait être fermé. Son esprit en tout cas l’était.

Puis elle baissa le bras et expira. Elle revint au monde en un instant et tout ce qui l’environnait se rappela à elle. Elle n’avait pas baissé le bras au point qu’il pende sur le côté. Il était toujours tendu vers Remington, mais plus dans la bonne position pour tirer.

Elle le braquait toujours, et il était toujours vivant. Apparemment. Pas de sang, pas d’écroulement. Mais elle avait fait mouche sur la cible, elle le sentait. Voilà, elle était capable de tirer en risquant de le tuer. Mais elle lui en voulait de ce défi sadique. Il voulait jouer à ce petit jeu, il allait être servi.

A son tour, elle sauta par-dessus le comptoir et se rapprocha de lui, arme tendue. Sans s’arrêter, elle tira. Bang. Bang. Deux coups. Tirés à bout portant, sans stabiliser sa position. Sans prendre le temps de viser. Tête. Cœur. De papier.

Elle se laissait guider par sa colère et par son instinct. Elle se laissait envahir par le monstre froid qu’elle avait entraperçut la première fois qu’elle avait tiré. Ce monstre capable d’ôter la vie sans la moindre considération morale.

Puis elle fut sur lui. Furieuse. Elle le poussa pour qu’il ne fasse aucun geste vers elle. Elle lui imposa silencieusement de rester collé à cette fichue cible. Ensuite elle lui tourna le dos et se cala contre son torse. Elle tordit son bras de sorte que l’arme dessinait un mouvement inquiétant et elle tira. La première balle passa près de son oreille et donc près de l’épaule de Remington, lui explosant le second tympan au passage. Puis la seconde atterrit par accident dans le cœur de la cible. Le mouvement de l’air provoquait un drôle de sifflement et une sensation de mort imminente.

Elle se détacha de Remington et lui fit face. L’arme passa de sa main droite à sa main gauche. Sa main nouvellement libre fendit l’air et alla s’écraser avec violence sur la joue de Remington. Puis elle l’agrippa et l’embrassa… avant de le gifler une seconde fois.

« Ne me refais plus jamais ça. Jamais ! »

Puis elle alla chercher sa main et lui plaça avec brutalité l’arme dedans. Elle ne le lâcha pas pour autant, mais elle l’obligea à lever l’arme à hauteur de son front à elle. En le défiant du regard.

« Une balle. Si tu veux vraiment jouer à ce petit jeu, en remettant TA vie entre MES mains, je ne vois pas pourquoi je n’en ferai pas autant. Tu me demandes d’avoir un droit de vie ou de mort. Tu m’imposes de vivre avec la menace d’avoir ta mort sur la conscience et c’est dégueulasse. Vois un peu si tu es capable de faire ce que tu m’imposes. Je peux jouer à la cible, moi aussi… »

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Dim 1 Avr - 20:49

Auto destruction. Notre relation pouvait se résumer à ces simples mots. Nous avions bien comme tous les couples nos moments à nous. Des instants de calme, de douceur durant lesquels nous pouvions dire que notre relation était tout ce qu'il y a de plus normal. Quand ils arrivaient, nous les apprécions, profitions de chaque instant que l'on passait ensemble. Mais à côté de cela, il y avait cette autre facette. Celle qui était guidée par nos caractères et qui nous mènerait à notre perte. J'étais conscient d'en être le grand responsable. Je repoussais toujours les limites, allant toujours plus loin dans le domaine de l'imprudence et du danger. Je jouais avec ses nerfs très souvent, la mettant hors d'elle. Elle aurait pu partir depuis un mois mais elle restait. Je ne voulais pas qu'elle parte pour le moment de toute façon. C'était comme si une force nous attirait l'un vers l'autre et on ne pouvait pas la contrôler. Cette force nous apportait de la douceur mais beaucoup de destruction. Elle était guidée en partie par ma folie. Comme celle que je venais de lui sortir et que je lui imposais presque, même si je lui laissais une porte de sortie. S'il n'y avait que ma folie, nous aurions une chance de nous en sortir. Mais elle était tout aussi folle que moi. Je me demandais si ça avait toujours été ainsi ou si c'était l'incendie du domaine qui faisait qu'elle était devenue ainsi. Ou alors c'était moi. Mon simple contact. J'étais nocif pour beaucoup de monde. Je l'avais peut être contaminée, dans le mauvais sens du terme.

La première insulte arriva enfin. Je m'y attendais et j'en avais l'habitude. Ce n'était pas comme si je débarquais car on m'insultait pour la première fois. Je ne comptais plus le nombre de fois où l'on me donnait des noms doux dans une conversation. J'étais un parasite et j'avais conscience de l'être. Et le parasite que j'étais la poussait dans ces derniers retranchements. Elle allait le faire. Elle était trop en colère pour renoncer. Et surtout trop orgueilleuse. Je l'avais touchée dans son amour propre. Elle relèverait le défi. Juste pour me faire taire, pour me rabattre mon clapet et que je ne puisse plus l'ouvrir. Même si elle avait posé violemment l'arme sur le comptoir, elle allait la reprendre. Elle pouvait me menacer, je savais qu'elle ne la mettrait pas à exécution. Elle avait avoué ne pas pouvoir me faire du mal. Alors, elle ne le ferait pas et quoiqu'elle dise, ça serait toujours moi qui m'occuperais de ses fesses. C'était ce qu'elle voulait au fond d'elle, je le savais, et c'était également ce que je désirais. Alors je ne répondis rien, me contentant de sourire de loin. Si elle distinguait mon sourire malgré la distance, elle saurait ce que je pensais de tout ça. Ce qui l'énerverait encore davantage.

Elle ne tarda pas à reprendre l'arme. Et qui avait raison, encore moi. Elle ne partait pas et restait. Elle mettait même le chargeur en place. Son bras pivota et le coup partit. Première balle. Elle ne toucha ni la cible ni moi. L'angle de son bras était tel qu'elle avait visé en hauteur, au dessus de ma tête. Si c'était pour me faire peur, c'était complètement raté. Il lui en faudrait davantage pour arriver à me troubler. Allez plus que neuf balles et sa corvée serait terminée. Je cesserai d'être sadique et si elle ne me tuait pas avec une des balles restant dans le chargeur, je me promis intérieurement d'être sage pour le restant de la soirée. J'aurais suffisamment joué avec ses nerfs comme cela. Et si je voulais la faire hurler de plaisir en rentrant, il fallait bien que j'arrête de la braquer d'ici que nous rentrions. Enfin si je rentrais vivant n'est-ce pas.

Elle bougea, visant la cible et cette fois son alignement était bon. Oeil, bras et arme. Elle n'avait plus qu'à tirer. Mais elle ne le fit pas de suite. Je ne savais pas ce qui se passait dans sa tête mais j'avais confiance. Elle y arriverait et ne me toucherait pas. C'était peut être ça mon problème. J'avais trop confiance en moi et surtout je lui faisais trop confiance. Je faisais reposer ma vie entre ses mains, chose que je ne faisais jamais. Le seul être pour qui j'étais capable de confier ma vie les yeux fermés, c'était son meilleur ami. Pourquoi elle à présent. La réponse était évidente pourtant. Elle se résumait en trois petits mots. Je l'aimais et même si je n'avais jamais connu ce sentiment auparavant, je l'assimilais en la confiance que l'on plaçait en l'autre. J'acceptais de me reposer sur elle même si c'était à son détriment. Je lui en demandais peut être trop et je tirais sur la corde. Un jour elle finirait par rompre. Mais pour le moment, elle tenait.

Deuxième. Troisième. Quatrième. Cinquième. Sixième. Cinq coups venaient de partir. Je sentis la cible bouger juste à côté de moi sous l'impact des balles. Mes prunelles bleues restèrent braquées sur elle. Je me fichais où la cible avait été atteinte. Six coups de feu et elle ne m'avait pas touché. Elle avait franchi la moité du chemin, peut être sans s'en rendre compte. Allez, plus que quatre et c'était fini. Elle avait juste à les tirer les uns derrière les autres et ça serait bon. Mais elle réagit autrement. Je ne pensais pas qu'elle passerait par dessus le comptoir. Je ne pensais pas qu'en se rapprochant de moi, elle braquerait l'arme, tirant en marchant, en se laissant simplement guider par son instinct et sans avoir eu de conseil au préalable. Les septième et huitième coups furent tirés. L'un ne passa pas loin de ma tête. Je clignais des paupières, me décidant enfin à tourner la tête pour voir où elle avait touché la cible. En pleine tête. A quelques centimètres de la mienne. Ce n'était pas passé loin. Je tournais la tête vers elle et ce que je lus dans son regard m'inquiéta. Colère et folie.

« Attends... »

Mais elle me poussa pour que je reste à côté de la cible. Pour que je ne bouge pas. Bizarrement, je n'osais pas la contredire. Car c'était elle qui était armée et il lui restait deux balles à tirer. Je ne comprenais pas ce qu'elle cherchait à faire. Je ne compris rien quand elle se cola contre mon torse de dos. Je vis seulement le canon par dessus son épaule. Et le bruit assourdissant du coup qui était partit. Je ne ressentis aucune douleur, je supposais donc que ce n'était pas moi qu'elle avait touché. Elle tirait à l'aveugle, de dos, guidée par sa colère. Plus qu'une balle. Il fallait que je l'arrête avant qu'elle ne fasse une connerie. Elle ne m'en laissa pas le temps. Le dixième coup retentit. Mes paupières se fermèrent. Miracle ou non, elle ne m'avait pas atteint. J'avais cherché à la provoquer, sur les deux derniers tirs, j'avais eu droit à sa folie.

C'était fini. Il n'y avait plus de balle dans le chargeur. Et j'étais toujours vivant. Du moins provisoirement. Je voulus regarder tous les impacts de balle sur la cible sans en avoir l'occasion. Elle se détacha de mon torse pour me faire face. L'arme changea de main. Un bruit sec. Ma tête qui tournait légèrement sous l'impact. Ma joue en feu et qui commençait à me picoter. Elle venait de m'administrer une superbe claque. Je ne l'avais pas volé bien au contraire. Elle était amplement méritée et je ne comptais pas répliquer. Je n'en eus pas l'occasion de toute façon. Elle m'attira contre elle pour m'embrasser. Un baiser rageur qui n'avait rien de tendre. Je ne cherchais même pas à lui rendre pour prendre le dessus, je savais que je n'y arriverais pas. Ce n'était pas comme quand je lui avais fait perdre ses moyens. Elle ne cèderait pas cette fois. Même si je glissais mes lèvres le long de son cou pour la faire craquer. Un second bruit sec. Et la douleur dans ma joue redoubla. Elle était complètement en feu et me lançait. Je méritais donc deux claques et pas de balle ? Apparemment oui.

Peut être que si on renouvelait l'expérience, j'aurais droit aux balles et non aux claques ? Je ne pouvais pas émettre cette hypothèse. Je ne pouvais même pas la formuler à voix haute. Une voix dans ma tête m'intimait de ne pas le faire. Par mesure de sécurité. Et aussi parce qu'elle me donnait l'ordre de ne plus jamais refaire un coup comme je venais de lui faire. La liste des choses que je ne devais pas refaire commençait à s'allonger. A cette allure, il allait falloir que je redouble d'imagination. Pour qu'on ne s'ennuie jamais. Il fallait juste que je songe à des jeux moins dangereux pour nos vies. Ce qui était un peu dur à concevoir dans ma tête puisque je passais mon temps à me mettre en danger.

Elle agrippa ma main pour me forcer à prendre l'arme. Sans me lâcher mon bras, elle le leva pour que le canon soit à hauteur de son front. Qu'est-ce qu'elle me manigançait. Une balle ? Mais non, il n'en restait pas. C'était un dix coups et j'avais compté les dix détonations. Par elle apparemment. Elle pensait qu'il restait une balle dans le chargeur. Et elle me provoquait à mon tour, tentant de me pousser dans mes retranchements pour savoir si j'étais capable de faire la même chose.

« Tu crois que je n'en suis pas capable... ? »

Il n'y aurait pas eu ces dix coups, je n'aurais pas sorti une telle phrase. Je l'aurais forcé à détourner mon bras et l'arme de sa tête. Je n'aurais pas songé à appuyer sur la gâchette. Je n'aurais jamais songé à lui tirer dessus. J'aurais fait profil bas en m'écrasant et peut être en m'excusant de lui avoir fait subir tout ça. Mais j'avais le décompte de mon côté, chose qu'elle n'avait pas. Alors mes doigts se resserrèrent sur l'arme. Mon index se plaça et lentement j'appuyais sur la gâchette. Il y eut un déclic. Seulement celui qui disait qu'on avait tiré mais qu'il n'y avait pas de balle. Pas de détonation, seulement ce déclic.

« Tu avais déjà tiré tes dix balles.... »

Je fis cette simple remarque. Pour qu'elle comprenne que je venais de le faire uniquement parce que je savais le chargeur vide. Une fois de plus, elle allait rager car je gagnais. Je n'avais pas cherché cette victoire, car la seule chose que j'avais faite c'était compter. Car même si j'avais risqué délibérément ma vie, il y avait toujours cette partie de moi qui prenait tout en compte et qui mettait toutes les chances de mon côté. L'instinct de survie. Même s'il m'avait coûté deux claques et une joue en feu. Ma main tenait toujours l'arme mais je relâchais la pression de mes doigts dessus. Sans un mot, je passais ma main autour de son cou pour l'attirer contre moi. Je ne l'embrassais pas, je la plaquais simplement, pour sentir la chaleur de son corps contre le mien. Je ne pouvais pas lui expliquer pourquoi je remettais ma vie entre ses mains, pourquoi je la forçais à se dépasser. Je ne pouvais pas lui dire que le moment venu, il faudrait qu'elle choisisse entre sa vie et la mienne. Il fallait que je la rende forte pour cet instant. Pour qu'elle n'ait aucune hésitation, ni aucun regret. Mes lèvres se posèrent sur ses cheveux. J'y déposais un baiser. Je murmurais une phrase à peine audible, pour moi même « un jour tu comprendras.. ». Un nouveau baiser sur ses cheveux. J'avais repris le dessus, sortant de mes pensées.

« Tu veux rentrer chez toi ? »

Ce n'était pas ce que je désirais mais je pouvais comprendre. Après tout le stress, tout l'énervement qu'elle avait eu, elle pouvait ressentir le besoin d'être seule. Et de ne plus me voir durant quelques temps. Pour que sa colère passe. Que ses envies de me gifler également. J'étais allé beaucoup trop loin, je le savais mais il le fallait. Pauvre con.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Dim 1 Avr - 23:11

Il voulait jouer au suicidaire ? Très bien. Il se croyait plus fort qu’elle. Plus assuré. Il savait qu’il la dominait. Mais que se passerait-il si elle devenait lui ? Aussi folle et aussi cruelle. Serait-il seulement faire ce qu’il lui imposait ? Sonny voulait en avoir le cœur net. Elle voulait qu’il se rende compte de ce que cela faisait que d’avoir la vie de la personne qu’on aimait entre ses mains. Que de voir cette personne vous regarder droit dans les yeux et s’en remettre totalement à vous, alors que vous n’avez que cinquante pour cent de chance de la sauver.

Alors elle lui avait mis l’arme dans sa main, le mettant de défi de la viser. Il l’aimait, soit disant… alors il éprouverait ce qu’elle avait ressenti. La douleur, le déni, la colère. Etait-ce parce qu’il était vraiment fou à lier ou qu’elle l’avait mis en rogne avec ses gifles qu’il lui lança une phrase de défi ? Bien sûr qu’il n’en était pas capable. Il n’allait pas la tuer de sang froid, là ici, après tout ce qui s’était passé entre eux. Ou peut-être que si, précisément à cause de tout ce qui s’était passé entre eux.

Quand elle vit ses articulations blanchirent sur l’arme ses yeux s’écarquillèrent et sa respiration se bloqua. Tout se passait lentement. Son doigt, prenant place sur la gâchette. Son regard rivé dans le sien. Le temps se dilatait de nouveau. Et elle se demanda vraiment si elle allait mourir ce soir, de la main de Remington. Il allait lui faire payer ses défis. Son intrusion dans sa vie. Ça ne pouvait être que cela. Il le lui avait dit, elle avait fait tomber des barrières. Des barrières qu’ils avaient mis des années à ériger pour se protéger. Et elle avait tout balayé. Elle l’avait rendu vulnérable, bien qu’il n’en eût pas l’air. Allait-il lui faire payer cela ?

Un frisson la parcourut. Et il appuya. Instinctivement, elle ferma les yeux, comme si le fait de ne pas voir le geste allait l’empêcher ou amoindrir la douleur. C’était fini. Il allait la tuer, lui, à cause d’un simple défi…

CLIC.

Clic ? … pourquoi ce bruit ? Sonny expira. Il y aurait dû avoir un bang et sa cervelle répandue sur le sol. Et son cadavre par terre. Mais elle était encore debout. Vivante, du moins, apparemment. La balle ? Où était-elle ? L’arme s’était-elle miraculeusement enrayée ? un dieu romain des armes à feu ? Non, juste Remington qui lui affirma calmement qu’elle avait déjà tiré les dix balles… Bah, non. Elle les avait comptées. Cinq depuis le comptoir, deux en marchant et deux en se prenant elle-aussi pour cible. Cela faisait dix, nom d’une pipe ! Sauf que non. Et Sonny se sentit profondément idiote. Elle avait tiré une balle en l’air, avant de passer aux choses sérieuses. Une balle de frustration qu’elle avait vite oubliée.

Cela voulait-il dire qu’il ne l’aurait pas fait, si elle était restée dans le chargeur ? Qu’il aurait abdiqué ? Peut-être. Sûrement même, car il n’y avait pas de moquerie dans sa voix. Mais elle ne se sentit pas moins stupide pour autant. Il demeurait trop fort pour elle, trop fin stratège pour qu’elle puisse faire quoi que ce soit. Elle était épuisée, nerveusement parlant. Il la poussait toujours si loin, toujours si fort pour si peu de résultat. Parce qu’elle échouait. Toujours et inévitablement. Tout au plus, elle ne remportait que des demi-victoires, sans cesse contrebalancées par un échec encore plus gros. Son coup d’éclat contre Remington le 11 octobre l’avait conduite à sortir toute penaude de la chambre et à faire le premier pas. Sa tentative de manipulation pour aller au bal d’halloween s’était transformée en une épreuve de torture, comme ce cours de tir. Elle avait surmonté en partie sa peur panique des flammes et elle savait désormais tirer… mais à quel prix. Car le prix était toujours très lourd. Trop lourd, comme lorsqu’elle avait cru qu’il pourrait contrôler sa transformation en lynx. Ils avaient failli s’entretuer et elle aurait à jamais des cicatrices sur le corps pour le lui rappeler.

Il la taillait à vif. Comme un sculpteur taillant le bois ou la pierre à grands coups de burin. Elle était de la matière brute et il la façonnait, avec une violence inouïe, avant de peaufiner et d’attendrir la texture par des caresses.

Ce qu’il fit sans tarder. Il passa l’une de ses mains d’artiste sur son cou et l’attira contre lui. Sonny posa sa joue contre son torse, n’ayant plus aucune force de lutter contre lui. Est-ce que cela devait faire si mal ? Aimer ? Parce qu’à ce rythme-là, il allait la tuer. C’était terrible comme sensation. De se dire que l’homme que vous aimez est mauvais pour vous, qu’il vous tue à petit feu, et de ne rien pouvoir faire pour enrayer le phénomène. Finalement Remington était un peu comme la cigarette de Sonny. On sait que c’est mauvais, mais l’on ne peut s’en passer tant l’ivresse qu’elle nous procure nous ébranle.

Elle sentit la caresse d’un baiser dans ses cheveux. Et une phrase à peine prononcée. Un jour elle comprendra. Un jour elle comprendra quoi ? Pourquoi aimer fait si mal ? Pourquoi il lui impose tout cela ? Pourquoi il veut faire d’elle l’instrument de sa mort ?

Un autre baiser. Cherchait-il à la calmer elle, ou à se rassurer lui ? Pourquoi la gardait-il aussi tendrement auprès d’elle alors qu’il multipliait les tentatives extrêmes pour la faire fuir ? Pourquoi ?

« Pourquoi… »

Mais elle ne put jamais finir sa question. Parce qu’elle n’arrivait pas à la formuler tant son esprit était encombré et embrumé. Et la dernière demande de Remington ne l’aida absolument pas. Non elle ne voulait pas rester chez elle et si elle voulait rentrer. Non elle ne voulait pas être seule et si elle voulait qu’il sorte de sa vie, au moins pour ce soir. Tout se mélangeait et plus rien n’avait de sens.

« Non. Non, je ne veux pas rentrer. Sauf si c’est ce que toi tu veux. Parce que tu peux en profiter cette fois Rem. Je ne me battrai pas. C’est fini. Dis-moi de partir et je partirai. Sinon, je veux juste sortir d’ici. »

Elle ne put retenir deux larmes qui roulèrent sur ses joues. Il n’aimait pas les chialeurs. Mais là, c’était trop, encore une fois. Elle se détacha de Remington pour lui dire tout cela. Dire qu’elle était allé jusqu’à mettre sa propre vie en danger pour lui prouver ce dont elle était capable pour lui. Et là, elle était prête à rendre les armes. Si prête qu’elle n’attendit même pas sa réponse et qu’elle commença à repartir vers le comptoir, en se demandant encore combien de temps elle tiendrait. Ou pire, combien de temps Remington allait tenir jusqu’au prochain défi sadique qui la briserait encore, tout en lui inculquant de nouvelles forces. Mais cela en valait-il seulement la peine ? Bien sûr qu’il y avait des compensations à ces terribles épreuves, mais la disproportion entre la souffrance et le bienfait était énorme.

Elle était un zombie. Avec ou sans lui, il fallait qu’elle sorte de cet endroit. Tout ce qu’elle espérait, c’était que Remington ne tente pas de lui parler maintenant car elle n’était tout simplement pas en état d’entendre quoi que ce soit. Elle avait un besoin viscéral et vital de sortir d’ici, de cet enfer qui avait été à deux doigts d’être leur cercueil à tous deux. Elle voulait retrouver l’air frais du soir, celui qui aller lui glacer le sens mais au moins lui faire ressentir quelque chose. Parce qu’elle était comme anesthésiée là…

Elle repassa derrière le comptoir et ouvrit la porte du box sans se retourner. Elle fila droit vers la sortie du stand de tir, sans prêter attention aux tireurs et au gérant qui lui lancèrent des « la p’tite demoiselle se sent pas bien ? ». Ce ne fut qu’une fois dehors qu’elle commença à se sentir mieux.

L’air froid la fit frissonner. Bon signe. Elle était frileuse et redevenait elle-même. Elle respira et sentit les odeurs du port. Et d’autres parfums. Ça sentait le churro par ici. Et effectivement, en tournant la tête, elle vit un couple de son âge riant aux éclats, un cornet de churros à la main. Ils étaient heureux. Innocents, d’une certaine façon. Et Sonny se demanda si le garçon imposait lui aussi à sa copine de viser une cible en se plaçant devant. Mais non. Les gens normaux ne faisaient pas cela. Les gens normaux allaient à la fête foraine dont les sons lui parvenaient plus ou moins distinctement au gré du souffle du vent. Oui, les gens normaux allaient au resto puis sortaient s’amuser à des jeux innocents. Ils riaient aussi. Et Sonny pouvait compter sur les doigts d’une main les moments où elle avait vu Rem rire, autrement que dans les jeux préliminaires à leurs ébats. N’était-il donc pas heureux avec elle ?

Elle se tourna alors vers lui, car il l’avait suivie.

« On n’aura jamais ça, n’est-ce pas ? »

Et par ça, elle entendait, une relation normale, où ils seraient tous deux heureux en même temps, sans avoir besoin de faire fléchir l’autre. Une partie d’elle n’avait pas envie d’entendre la réponse. Parce qu’un « si » serait un mensonge, une feinte. Une illusion dont ils auraient conscience et qui cesserait tôt ou tard. Parce qu’un « non » la briserait peut-être encore un peu plus. Son ventre se tordit soudain de douleur et se rappela à elle. Il fallait dire qu’ils avaient passé toute la journée à l’hôpital, grignotant à peine une vieille barre de céréales sortie d’un des distributeurs. Superbe opportunité de diversion. Profitant du cri de détresse de son estomac qui n’avait pas pu passer inaperçu, elle soupira et afficha un sourire sur son visage.

« J’ai faim. On devrait aller manger, si tu veux toujours de moi… »

Maintenant qu'elle était sur le parking, elle se dit qu'elle aurait pu menacer de s'en prendre à sa chère et tendre de voiture. Mais cela aurait encore dégénéré, cela, elle en aurait mis sa main à couper. Et elle avait été sincère avec Remington. Encore un défi sadique de sa part et elle partirait. Elle partirait même sans défi, juste parce qu'il le lui demanderait. Et elle ne s'en prendrait pas à sa voiture, en tout cas, pas ce soir. Elle était bien trop fatiguée pour cela. Peut-être après mangé, quand elle aura repris des forces et que la situation aura encore tourné au pugilat... mais elle espérait vraiment que le reste de la soirée, si elle devait continuer, se déroulerait plus calmement, peut-être même avec des rires de joie, liés à la seule présence de l'autre et non à son humiliation. De la part de Rem, comme de la sienne, car elle n'était pas blanche blanche non plus, il fallait le reconnaître....

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Lun 2 Avr - 14:36

Avec ma dernière folie, je l'avais mise en état de choc. Elle ne réagissait plus alors qu'elle était dans mes bras. En temps normal, elle aurait passé les siens autour de ma taille pour se serrer contre moi. Mais là rien. Elle semblait être à bout, se contentant de poser sa tête contre mon torse uniquement parce que je l'avais attiré contre moi. Je me demandais si je n'avais pas brisé quelque chose en elle. Le mal était fait et je ne pouvais revenir en arrière. M'excuser de ce que j'avais fait aurait été une ironie mal placée. J'avais voulu la tester, j'avais voulu qu'elle arrive à tirer avec moi à côté. Je n'allais pas le nier. Je ne pouvais donc pas m'excuser. Je ne pouvais même rien faire à l'heure actuelle qui la soulagerait. Car je ne faisais pas parti de ces personnes qui sont de grands orateurs et qui savent trouver les mots pour réconforter. Je savais sélectionnes les paroles mais les employer autrement, c'était toute une histoire qui m'était inconnue et que je n'avais pas encore lue.

Tout ce que je pouvais faire, c'était lui proposer de passer le restant de la soirée séparément en lui laissant le choix. Si elle voulait rentrer chez elle, je l'accepterai. Tant pis pour la promesse que je lui avais faite. Après ce qui s'était passé, je doutais de toute façon qu'elle ait envie que je lui fasse l'amour, que je tente de lui faire prendre du plaisir comme elle n'en avait jamais pris jusqu'à présent. Au point de hurler au risque de tirer de son sommeil paisible cette chère Greta qui ne manquerait pas de venir toquer à la porte, en robe de chambre et bonnet de nuit, pour savoir si tout allait bien. Je la sentis s'écarter de moi. Je relâchais l'étreinte de mon bras pour la laisser libre de ses mouvements. L'expression de ce visage me contraria. Des larmes roulaient sur ses joues. Je ne supportais pas de voir des gens pleurer, c'était un signe de faiblesse pour moi. Je préférais souffrir le martyre plutôt que de m'abaisser à une peine ou une douleur qui me ferait pleurer. Pourtant, que ça soit elle qui pleure une nouvelle fois devant moi me dérangea. Je n'avais jamais promis de ne pas lui faire verser des larmes à cause de moi. Je n'avais pas promis de l'aider à les sécher. Mais les voir couler me contrariait car je savais que c'était à cause de moi. Je me sentis légèrement coupable alors que c'était un sentiment qui ne me parcourait quasiment jamais.

Je lui laissais le choix mais elle le rejetait sur moi. Voilà que nous étions bien avancés. Elle ne voulait pas rentrer mais elle souffrait à cause de moi. Elle préférait rester avec le poison que j'étais plutôt que de s'éloigner pour tenter d'avoir une vie saine. Elle m'offrait les pleins pouvoirs pour que je la rejette de ma vie. C'était ainsi que je le comprenais. Après s'être tant battue, avoir risqué sa vie, elle rendait les armes. Il fallait peut être que je saisisse l'occasion. Que je lui dise que c'était fini pour ce soir et peut être pour toujours. Qu'elle n'aurait plus jamais à se battre contre moi. Mais les mots ne sortirent pas dans la foulée. Je restais silencieux alors qu'elle s'éloignait déjà de moi pour quitter le box de tir. J'avais l'occasion de lui rendre sa liberté et je ne la prenais pas. Je n'y arrivais tout simplement pas. Je savais que je devais le faire mais je n'étais pas prêt. Et cette constatation me tortura l'esprit. Je me demandais à quel moment elle avait abattu complètement toutes mes barrières pour que je ne sois plus capable de les ériger quand l'occasion se présentait. Quand elle m'était même offerte sur un plateau. Et cela me fit l'effet d'un coup de poing en plein coeur.

Il me fallut quelques secondes pour que mon cerveau et mon corps se remettent en route et que je commence à marcher derrière elle pour retourner de l'autre côté du comptoir. Elle sortait du box quand je l'enjambais seulement. Je pris les chargeurs vides, les casques, et l'arme toujours en main je sortais à mon tour du box. D'un pas vif, je ramenais le tout au gérant. Il me posa une question pour savoir si mon amie allait bien mais je la balayais d'un regard qui signifiait clairement qu'il ne m'interroge plus. Je lui avais tout ramené, la séance était payée. Qu'il me foute la paix. Cela ne le regardait pas. Il n'y avait pas eu de mort dans son stand après tout. Même s'il aurait pu y en avoir. Mais il n'y en avait pas eu alors qu'il se taise.

Quelques secondes plus tard, je refermais la porte du bâtiment derrière moi. Ce n'était plus du tout le même air ni la même atmosphère. L'air frais fouetta mon visage. C'était comme si je sortais en quelque sorte d'un mauvais rêve. J'avais l'impression d'être engourdi pourtant je m'étais défoulé. Je baissais le regard et je réalisais que cette sensation provenait de ma main et de mon bras qui étaient en écharpe. Je pliais lentement mes doigts pour les dégourdir, jusqu'à ce que j'eus la sensation que le sang circulait normalement. Mon épaule me faisait mal mais j'avais pris deux cachets déjà. Et si j'en reprenais, j'allais passer pour un shooté. Tant pis, je supporterai la douleur. Jusqu'à ce que je me couche et que je m'endorme, la tête reposant sur l'oreille, trop épuisé.

Mes prunelles se posèrent sur Sonny. Elle regardait quelque chose et mes yeux se tournèrent dans la même direction qu'elle. Un couple. Riant, un cornet de churros à la main. Tellement inconscients et heureux. Mon regard les suivit durant quelques secondes. Je n'avais pas besoin de la regarder elle pour savoir ce qu'elle pensait. Elle les enviait. Elle se demandait pourquoi elle n'avait pas droit à une simple soirée comme eux la vivaient. Pourquoi elle devait supporter des heures d'attente à l'hôpital car on m'avait blessé et pourquoi elle devait subir des tortures comme je lui en faisais subir. Je la vis du coin de l'oeil se tournait vers moi. Mon regard se braqua sur elle. Et sa question me laissa pensif. Je ne pouvais pas lui répondre oui car je lui mentirai et elle le saurait. Je ne pouvais pas non plus lui répondre non car ça serait briser tous ses rêves. J'optais alors pour la réponse qui me semblait la plus honnête à mon sens.

« Je ne sais pas... »

Car je ne pouvais pas lui promettre qu'elle aurait tout ça un jour. Il était trop tard pour me changer. Ce qui l'attirait chez moi, ce n'était pas ma gentillesse, ni ma douceur. Non, c'était la part sombre que je dégageais, cette assurance sans faille qui me parcourait et qui faisait que je la forçais à se surpasser. Je ne pouvais vivre innocemment car tout était calculé chez moi. J'allais même jusqu'à compter le nombre de balles qui sortaient d'un chargeur, c'était pour dire. Quand j'entendis son ventre bramer la faim je me dis que le temps d'un soir... Peut être que je pouvais rattraper le coup et faire naître un vrai sourire sur son visage et non pas celui qu'elle affichait et qui me paraissait tellement faux. Juste pour que je ne pose pas de question ni ne m'inquiète. Elle oubliait qu'on n'avait pas vraiment besoin de se parler pour se comprendre et que sa feinte ne prendrait pas avec moi. Elle avait mal, à cause de moi. Je me promis de faire passer ce mal être et de racheter ma conduite. Pour un soir. Peut être davantage si j'en étais capable mais rien n'était sûr. Je pouvais me faire cette promesse pour le restant de la soirée mais j'étais incapable de me la faire pour le lendemain ni le surlendemain. Je ne voulais pas me mentir à moi même s'il m'était impossible de la respecter.

« On peut tenter d'avoir ça, au moins ce soir. Et on verra par la suite. »

Je faisais référence au couple qu'elle avait observé, à cette envie de normalité à laquelle elle aspirait un peu. Je faisais également référence au fait que j'acceptais qu'on aille manger ensemble. Aussi que je voulais toujours d'elle, même si je n'arrivais pas à l'exprimer avec de simples mots, de manière directe. Je tendis ma main droite vers elle. Comme une promesse silencieuse que je lui faisais. Il n'y aurait plus de dérapage sadique pour ce soir. On serait simplement un couple, qui tenterait d'avoir une relation normale comme tous les autres couples. Même si ça ne nous ressemblait pas, même si ce n'était pas nous.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Lun 2 Avr - 20:13

Sonny essayait de se souvenir. De se souvenir de ce que c’était qu’être en couple. C’était si loin, et la réponse de Remington ne faisait que confirmer ses craintes. Ils n’en seraient jamais un, au sens classique. Et Sonny ne savait pas pourquoi ce constat la mettait dans tous ses états. Parce qu’elle l’avait su dès le début, dès leur rencontre, dès leur premier baiser et leur première nuit. D’habitude, les rares hommes à qui elle accordait sa confiance étaient ceux qui ne pouvaient pas lui faire de mal, qui ne représentaient en quelque sorte aucune menace pour elle. Mais si elle en avait aimés certains, parfois très fort, jamais aucun n’avait su susciter en elle autant d’amour et de haine mêlée. Pourquoi l’aimait-elle ? Pour les moments de tendresse qu’il pouvait lui donner. Oui, mais il fallait le reconnaître, aussi masochiste que ce soit, elle l’aimait aussi pour ce qu’il était : un homme méthodique, froid, dur, qui la faisait souffrir. Parce qu’elle le savait, il ne le faisait pas totalement de gaieté de cœur. Il le faisait en partie pour elle, quitte à ce que cela lui fasse du mal. Mais à présent, elle devait bien reconnaitre qu’elle était plus forte. Le feu, l’adresse au tir, et le fait d’accepter sa colère et de se laisser aller à ruer dans les brancards, chose que la Sonny d’autrefois aurait été incapable. Oui, la Sonny d’avant était folle, mais habitée par une douce folie, gentille, comme un doux-dingue. Mais il y avait eu l’incendie et cette colère irrépressible. Cette soif de vengeance. Et Remington accentuait cette part d’elle-même, mais il lui offrait les clés pour être plus forte, il fallait bien qu’elle soit capable de le reconnaître.

Il lui offrit une trêve. Pour ce soir au moins. Parce que tous deux ne pouvaient pas faire de projet à long terme. Ça ne marchait pas comme ça. Et tous deux connaissaient les règles du jeu. Il fallait juste que Sonny l’accepte. La main qu’il lui tendit était une double proposition. Aller manger (la proposition la plus triviale) et faire semblant. Faire semblant d’être heureux, faire semblant de ne pas avoir besoin des extrêmes pour être ensemble. Et ça, c’était un pas de géant pour Remington. Car il n’était pas du genre à feindre. Cette concession qu’il lui faisait, c’était probablement le plus beau cadeau qu’il pouvait lui faire. Parce qu’il lui offrait une parcelle de bonheur. Il lui offrait de changer, momentanément, pour elle. Et surtout, il lui disait silencieusement qu’il voulait qu’elle reste.

Alors, elle avança vers lui. Elle avait la chair de poule mais elle n’avait pas envie de rentrer. Elle voulait être avec lui et jouait à ce jeu des illusions. Sans mot dire, elle entrelaça ses doigts dans les siens. Cela faisait du bien de sentir sa chaleur. Tout doucement, elle se rapprocha de lui, se leva sur la pointe des pieds et l’embrassa avant de lui murmurer à l’oreille un « merci » serein et parfaitement sincère.

Merci du mensonge. Merci de l’effort consenti. Merci de supporter son ingratitude. Merci de ne pas la laisser partir. Tant de choses à dire dans un merci. Tant de choses qu’il pouvait entendre, ou pas. Elle voulait qu’il soit heureux, mais elle ne savait pas comment. Peut-être pourrait-il se contenter d’un vernis de bonheur pour ce soir.

« Je sais que tu vas détester. Alors considère cela comme une revanche sadique de ma part. Mais je crois me souvenir que tu m’as offert de faire ce que je voulais pour le reste de la soirée. Alors évidemment, je veux que tu tiennes ta promesse, celle que tu m’as faite dans le box. La meilleure nuit de ma vie. Mais ça, ça va te plaire aussi. Ta punition et je sais que ce sera une torture pour toi, c’est d’aller à cette fête, là, qu’on entend. »

Et elle accompagna sa demande d’un geste de la tête. Il n’avait pas le choix. Et il céda. Main dans la main, ils avancèrent en direction des cris et de la musique. Pour une fois, Sonny n’avait pas envie de parler, elle voulait au moins lui offrir ça. Le silence. Mais elle ne put s’empêcher de se coller à lui. Son bras droit vint même s’enrouler autour du sien et sa tête se posa sur son épaule intacte.

Une pause, juste pour ce soir, alors autant ne pas perdre de temps. Très vite, le bruit s’intensifia et les lumières se rapprochèrent. Il y avait du monde. De tous âges et de toutes sortes. Des jeunes en bandes, des couples, des parents et des enfants. Dont une ribambelle leur passa juste devant, provocant le rire de Sonny. La vie grouillait ici et cela faisait du bien. Enfin, à elle en tout cas… parce qu’elle n’était vraiment pas convaincue que cela plairait à Remington. Pas de silence, des cris partout, trop d’informations à emmagasiner. Parce qu’il devait être en train de tout observer, comme il le faisait à chaque fois, quelle que soit la situation.

Un manège vola au-dessus de leur tête. Une attraction à sensations fortes. Pitié, Remington, ne propose pas ça, pas ce soir… Sonny avait déjà eu le cœur qui avait fait mille fois l’équivalent d’un grand huit. Et pour l’heure, elle avait surtout faim. Et les fêtes foraines, quand on est gourmande comme Sonny, c’est le Mal. La tentation incarnée. Barbe-à-papa, churros, beignets, nougats… Un paradis pour les caries.

Choix cornélien. Et Remington qui n’aimerait certainement rien. Alors elle eut une idée. Elle repéra un banc sous un kiosque, un peu en retrait et elle tira doucement la main de Rem pour l’attirer dans cette direction. Elle monta les quelques marches du kiosque et invita Rem à s’assoir. Ils pourraient ainsi profiter du spectacle de l’agitation tout en en étant quelque peu protégés. Mais elle ne s’assit pas à côté de lui. Elle se pencha vers lui, appuyant ses mains sur ses cuisses.

« Je nous ramène de quoi manger, fais-moi confiance. Tu vas adorer, même si je sais que là tout de suite, maintenant tu ne me crois pas du tout. Ne te sauve pas. »

Elle espéra le convaincre en lui déposant un baiser assez long pour lui dire combien elle appréciait l’effort, mais pas assez approfondi pour la distraire de sa mission. Puis elle s’éloigna. Et s’engouffra parmi la foule. Bousculée, elle ne s’en offusqua pas, car ça riait de partout. C’était du bonheur à l’état pur. Et voir ces tous petits enfants, notamment cette petite fille aux yeux pétillants, rire aux éclats dans un manège lui réchauffa le cœur. Il y avait encore du bonheur dans ce monde, une chose pour laquelle cela valait le coup de se battre. Elle s’approcha d’un stand qui vendait plein de confiseries et passa commande. Elle vit alors un tout petit bébé, enfin, d’un an à peu près, dans les bras de sa mère, qui la regardait avec de grands yeux. Elle demanda d’un regard l’autorisation de la mère pour faire cette chose ridicule que font certaines personnes face à des bébés : faire des gazouillis et des chatouilles. Et le rire éclatant du petit garçon acheva de la ramener à elle. Déjà elle s’imaginait avec l’enfant de Anne dans les bras, faisant les mêmes bêtises, lui apprenant à tirer la langue ou ce genre de choses. Alors elle demanda une autre chose au vendeur, une petite sucette, qu’elle offrit au bambin. Elle fondit en entendit un « m‘ci ». Mais il fallait partir. Se détacher de cette image d’innocence pure. Un jour, peut-être, elle serait à la place de cette femme. Mais ce jour n’était pas encore arrivé, par chance.

En retournant auprès de Remington, les bras chargés de sa commande – vive le métier de serveuse qui lui permit de ne rien renverser – elle repéra quelque chose qui pourrait déjà bien plus plaire à Rem. Même s’il risquait de croire, après la scène qu’elle lui avait faite, qu’elle se foutait de lui.

« Monsieur est servi. Caramel-Macchiato et gaufre nutella, fraise, chantilly. »

Et elle le regarda, amusée. Il n’allait pas aimer. Enfin, si, il supporterait, mais il n’y avait là que des choses qu’elle aimait, pas ses petits plaisirs à lui. Dans un rire, elle lui tendit le tout. Mais en réalité, dans son verre à lui, il y avait du jus d’orange…

« Je suis un ange, n’oublie pas, ajouta-t-elle en lui reprenant la gaufre des mains et en sortant un énorme sachet de sa poche, je ne t’aurais pas fait un coup pareil. Graines de tournesol. Même si j’ose espérer que tu goûteras cette merveille de la gastronomie qu’est la gaufre. Et j’ai vu là-bas… il y a des stands de tirs. Je suis sûre que tu meurs d’envie d’avoir une peluche mais que tu ne l’avoueras jamais… »

Elle avala une gorgée de caramel macchiato bouillante et cela lui fit un bien fou. Elle s’assit alors sur le banc, le dos contre l’épaule droite de Remington et étala ses jambes sur les pans en bois. Et elle mordit à pleine dent dans sa gaufre de gueuse. Bon sang, ce mélange était jouissif. Elle se connaissait assez pour savoir qu’elle devait en avoir partout sur le visage mais tant pis. Au pire, Rem se moquerait d’elle, peut-être même allait-il rire. Ou avoir honte pour elle. Au choix.

Prenant le risque de tourner vers lui un visage ridicule, tout en en ayant encore dans la bouche, elle lui tendit la gaufre.

« S’il te plait, goûte ça, vraiment, juste une fois. Je te laisserai me badigeonner de jus d’orange un soir si tu veux. Ou je te laisserai gagner au tir tout à l’heure, et je te promets qu’il n’y aura pas de crise de nerf cette fois, mais goûte ça. »

Et s’il pouvait se foutre du chocolat partout lui aussi, ce serait juste parfait. Eux aussi étaient donc capables d’avoir un moment tranquille. Elle l’imagina rire, elle l’imagina tâché de chocolat ou de chantilly, elle s’imagina l’aider à l’enlever. Elle l’imagina l’enlacer pour lui apprendre à tirer à la carabine. Car le stand de tir proposait des carabines cette fois, et cette arme n’avait rien à voir avec un revolver. Pas la même position, pas le même recul. Mince, voilà qu’elle pensait comme lui à présent, ne voyant que ce que la situation pouvait lui offrir comme avantage. Et la fête devenait un prétexte à devenir plus forte, encore… mais cette fois, pas de drame, pas de crise. Juste eux deux. Et éventuellement quelques peluches…

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Mar 3 Avr - 15:37

Il avait fallu que je cède, que je fasse une proposition qui ne me ressemble pas. Feindre le gentil petit couple pour une soirée et une nuit. Ce n'était pas que j'en étais incapable. J'avais mes moments de calme, la preuve la veille, nous étions allés au cinéma avant d'enchaîner sur un restaurant japonais. Mais la soirée avait juste été calme. Elle n'avait pas été précédée d'une tempête. Tandis que là.... La tempête était passée déjà, et je proposais le calme, comme si le vent entre nous pouvait se calmer. Je savais que ce challenge allait être dur, voir même presque impossible à tenir. Pourtant, avec cette main que je tendais, je promettais de faire cette effort. Je promettais de tenter de ne pas déraper et si par malheur je n'y arrivais pas, ça n'irait plus aussi loin. Je ne jouerai plus avec sa vie, ni avec la mienne. Au moins ce soir là. Demain était un autre jour disait-on.

Elle m'embrassa et je pris ce baiser comme une sorte de pacte scellé entre nous. Elle me murmura un simple merci. Il était beaucoup trop tôt pour qu'elle le fasse. Qu'elle attende un peu, de voir comment se déroulerait la soirée. De voir comment je me comporterai et si je tenais vraiment cette promesse silencieuse que je lui avais faite. Je ne voulais pas entendre son remerciement. Peut être quand elle s'endormirait épuisée et blottie contre moi. Le sourire aux lèvres car j'aurais tenu et relever le défi. Passer une soirée calme et lui faire vivre une nuit inoubliable entre mes bras. Double challenge, double pression. Mais bizarrement, je ne ressentais pas ceci comme un poids qui m'accablerait. C'était davantage une force en laquelle je pourrais puiser. Car j'aurais franchi une nouvelle étape si je réussissais. Si j'y arrivais, j'aurais découvert une partie de moi insoupçonnée.

J'exerçais une légère pression sur sa main. Elle m'annonça direct que j'allais détester. Je me demandais ce qu'elle me réservait même si quelque part au fond de moi, mon intuition me le soufflait. Si c'était bien ça, en effet sa revanche était sadique. Ça serait un nouvel effort consenti de ma part. Aller à cette fête que l'on entendait. Sa proposition ne me surpris pas mais ne m'enchanta pas non plus. Cela ne me dérangeait pas d'aller dans une fête foraine, de déambuler au milieu des manèges, d'en sortir les odeurs même si je ne raffolais pas de tout ce qu'on y vendait. L'épreuve pour moi, ce n'était pas de m'y rendre mais d'y rester. Elle avait raison, ça serait une torture. A cause de tous ces gens qu'on allait rencontrer. De ces imprudents qui hurleraient pour certains, pour d'autres qui nous bousculeraient. Et je n'aurais qu'une envie, soit de partir, soit de les égorger. Je n'aimais pas la foule même s'il m'arrivait rarement de m'y mêler. Elle le savait et elle voulait en profiter. Soit. Je l'avais mérité.

Alors je ne bronchais pas, me contentant de hocher de la tête. Une affirmation et non une négation. Voilà que je signais le début de mon calvaire. Sa présence et mes efforts pourraient peut être me le rendre plus doux. Nos doigts entrelacés, nous prîmes la direction de la fête, suivant les bruits que nous entendions et les odeurs qui arrivaient jusqu'à nos narines. Je lui fus gré de ne pas rajouter une couche et de me laisser profiter du silence jusqu'à l'instant fatidique où nous verrions juste devant nous cette fête et tout ce qu'elle entraînait. C'était comme si je marchais dans le couloir de la mort. Mais je n'avais pas eu mon dernier repas de condamné. Et je ne ressentais pas le besoin de le prendre pour le moment. Mon paquet de cigarettes restait plongé au fond de ma poche. Je n'avais quasiment rien fumé de la journée. Comment souvent quand j'étais avec elle. Selon elle la clope était un poison qui me tuerait à petit feu. Elle détestait cela. Et inconsciemment j'en tenais compte. J'évitais d'en griller en sa présence, sauf quand j'étais une véritable boule de nerfs, et quand je le faisais, très souvent je sortais de la maison. Je jetais un bref coup d'œil sur sa tête qu'elle cala contre mon épaule et j'émis un bref soupir, braquant de nouveau mon regard devant moi.

Et enfin la torture commença. Je vis passer juste devant nous deux gamins qui riaient aux éclats, et qui couraient. J'aurais eu un comportement puéril, j'aurais tendu la jambe. Juste pour que un s'y accroche et s'affale sur le sol. Je ne l'aurais plus entendu rire. Je ne savais plus où donner de la tête. Non ce n'était pas l'émerveillement de découvrir la fête foraine. J'analysais tout ce qui se passait autour de nous. Cela faisait rire Sonny ce qui n'était pas mon cas. Au moins un de nous deux qui s'amusait. Et ce rire était sincère, pas comme le simple sourire qu'elle avait plaqué sur son visage à la sortie du stand de tir. Elle recouvrait sa joie de vivre. Elle redevenait celle qui arrivait à me clouer le bec quand je la voyais se déhancher devant la télévision, chantant à tue tête. Juste pour se défouler, pour sortir le trop plein d'énergie qui couvait en elle. Nous étions vraiment deux opposés à ce sujet. Si elle ressentait le besoin de chanter, danser, de brailler pour se calmer, il fallait pour ma part que je sois au calme. Que je dessine, que j'aille courir ou que je me défoule au stand de tir. Nos méthodes étaient radicalement différentes. Tout comme nous.

Un bruit au dessus de nos têtes attira mon attention. Je levais le regard pour apercevoir un manège à sensation forte. Il avait l'air intéressant. Il semblait même parfait pour moi, pour me procurer une décharge d'adrénaline qui ferait que je me sentirais relativement mieux, sans ce besoin de faire demi tour et de retourner jusqu'à ma voiture. Même si c'était elle qui avait les clés. Ce manège me tentait mais mon épaule m'en dissuadait. La douleur était toujours présente malgré les cachets et les secousses n'arrangeraient rien. Et si j'avais trop mal, je ne pourrais pas tenter plus tard de tenir ma seconde promesse. Alors quand il repassa au dessus de nos têtes, je le regardais passer avec moins d'envie, mais ne le regrettant tout de même pas.

Je sentis alors qu'elle me tirait la main, déviant de notre direction initiale. Nous nous éloignions des manèges, des stands, de la foule. Finalement, elle ne voulait plus y aller ? Mes prunelles se posèrent sur un kiosque et un banc qui se tenaient à l'écart. Je me demandais ce qu'elle manigançait. Elle pouvait me faire vivre une véritable torture mais elle m'entraînait à l'écart, m'invitant à m'asseoir sur ce banc. Son sadisme n'était pas si grand qu'on pouvait le penser. Elle cédait déjà et avait pité de moi. Chose que je ne faisais pas. Je n'avais pas cédé au stand de tir. Elle pouvait me rendre la pareille et ne le faisait pas. Elle proposait même d'aller nous chercher à manger, m'offrant le luxe de ne pas parcourir la foule, de ne pas poireauter dans une file d'attente interminable qui mettrait ma patience à mal.

« Je reste... De toute façon tu as les clés de la voiture... »

Excuse bidon car je savais que si je le désirais réellement, ce n'était pas ce détail qui m'empêcherait de rentrer à la maison. Même si cela voulait dire lui confier ma porsche au risque qu'elle la raille. Chose qu'elle ne ferait pas si elle ne voulait pas que je grogne. Elle se pencha vers moi et je posais ma main valide sur sa joue. Le temps du baiser, espérant qu'elle oublierait cette fête. Pourtant cela ne suffit pas, elle finit par s'écarter et par descendre les quelques marches du kiosque pour disparaître dans la foule. Je ne cherchais pas à la suivre du regard, c'était impossible. A cause des gens, mais aussi de sa taille. Alors je détournais le regard, le levant sur le toit du kiosque. Je soupirais. Ma main droite se posa sur ma blessure. Toujours douloureuse. Je fus encore tenté de prendre des médicaments mais je réussis encore une fois à m'abstenir. Je bougeais mes doigts pour les dégourdir. Fichu bandage et maudite écharpe. Certes elle me soulageait un peu de la douleur mais elle me gênait terriblement dans mes mouvements. Et il n'y avait pas pire pour moi que d'avoir l'impression d'être muselé. C'était comme si je faisais un flashback de mon dernier séjour en Irak. J'étais éveillé, je pouvais contrôler mes pensées. Je pouvais faire le vide dans mon esprit.

Ce que je fis, je fermais les yeux et j'attendis. Jusqu'à entendre un bruit sur le côté. J'ouvris les paupières pour constater qu'elle était de retour, les bras chargés. Caramel quoi ? Et Gaufre ? J'étais interloqué. Je m'étais lourdement trompé en pensant qu'elle n'était pas aussi sadique que moi. Elle voulait me tuer en m'empoissonnant. Avec ces trucs horribles. Déjà cette espèce de café alors que je n'en buvais jamais. Et ce truc sucré qu'elle mit dans ma main. Je préférais le salé. Elle le savait. J'endurais le sucré seulement pour lui faire plaisir. On pouvait acheter trois tonnes de glaces, de bonbons, ou de gâteaux, ils ne bougeraient pas du placard ou du congélateur avec moi. Ça c'était une certitude, elle ne pourrait jamais m'accuser de lui manger ses friandises. Est-ce que je devais lui dire que je la détestais sur ce coup là ? De me refiler cette gaufre dégoulinant de sucre et ce caramel macchiato. Un instant... Mon regard se porta sur le gobelet qu'elle m'avait tendu. C'était orange à l'intérieur. Un simple jus d'orange. Et avant que je puisse réagir, elle m'avait retiré la gaufre des mains pour y glisser un sachet.

« Diablesse.. »

Des graines de tournesol. Avec un jus d'orange. Encore une fois son sadisme se laissait battre par sa bonté d'âme. Enfin pas tout à fait, elle voulait que je goute à son truc au sucre que je regardais de travers. Qu'elle le garde éloigné de moi. J'avais ce qu'il fallait pour me restaurer même si les graines de tournesol ne me nourriraient pas énormément. Je posais le jus d'orange à côté de ma jambe gauche, sur le banc. Le sachet de graines atterrit sur mes genoux. Je l'ouvris et en glissais une entre mes lèvres. Mais aussitôt je manquais m'étouffer. Le stand de quoi ?

« C'est une blague ? »

Je me posais réellement la question mais il n'y avait aucune animosité dans ma voix. Je ne comprenais pas pourquoi elle voulait retourner dans un stand de tir, même pour gagner des peluches, alors que je lui avais fait vivre un véritable calvaire. Elle était soit folle, soit masochiste. Ou alors c'était un mélange des deux. Sûrement même. Quand je croyais arriver à la comprendre, elle arrivait toujours à me surprendre. Quand je m'y attendais le moins, quand j'étais persuadé de pouvoir tout contrôler à ma façon et sans dévier pour y arriver. Du coup, j'en oubliais de mâchouiller mes graines de tournesol. Je l'observais alors qu'elle était appuyée contre moi, croquant dans sa gaufre. Nutella, fraise et chantilly... Mais comment faisait-elle pour ingurgiter ça. Ça repoussait presque ma faim. Mon sachet de graines de tournesol rejoignit mon jus d'orange sur le banc alors qu'elle me tendait sa gaufre. Ce n'était pas cette chose repoussante que je regardais mais le contour de ses lèvres. Elle voulait me faire goûter à ça en prenant le risque de lui ressembler ? Je me pinçais les lèvres pour ne pas rire même si un léger sourire apparaissait sur mon visage. Elle en avait de partout au coin des lèvres.

« Vade retro avec ce mélange bourré de sucre. Les français ont vraiment des goûts bizarres. Ou alors c'est juste toi qui fais défaut à leur gastronomie... »

Je n'allais pas goûter à cette gaufre mais à autre chose. Mes prunelles bleues la fixèrent. Je lui souris, me rappelant une de ses répliques.

« De toute façon tu vas encore m'accuser de ne pas savoir manger comme il faut pour apprécier ton truc. Alors autant passer de suite à l'étape suivante. »

Je me penchais alors. Mes lèvres se déposèrent à la commissure des siennes. Là où il y avait du chocolat et de la chantilly. Je me souvenais de notre rencontre et de la glace. De tous ces jeux auxquels nous nous étions prêtés depuis. Ma langue glissa pour faire disparaître les traces, remplacée ensuite par mes lèvres. Je fis la même chose de l'autre côté de sa bouche, prenant mon temps pour effacer toute trace de son pêché de gourmandise. Mes lèvres effleurèrent les siennes mais je n'en pris pas possession, m'amusant simplement à les titiller.

« Pas mauvais. »

Puis, je m'écartais, remettant une distance respectable entre nos lèvres et le sourire aux lèvres.

« Tu veux réellement faire ce stand de tir, t'es sûre ? Avec tout ce qui s'est passé là bas... Car si on le fait, ça sera moi qui te laisserais gagner et non l'inverse. »

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Mar 3 Avr - 17:10

« Mauvaise foi américaine », lui avait-elle répondu avant de partir au stand de douceurs. Il comprendrait. En tout cas, son petit stratagème avait fonctionné, Remington avait vraiment cru qu’elle serait sadique au point de lui faire avaler du sucré. Mais le sadique dans leur relation, c’était lui, même s’il l’accusait de perversion ou autre. Tiens donc, de « ange », elle venait de passer à « diablesse ». Une évolution notable.

Par contre, il émettait encore de la résistance face à la gaufre. Bien sûr qu’elle savait qu’il n’aimait pas le sucré. Combien de fois s’était-elle posée devant la télé avec un pot de glace alors qu’il se contentait de picorer ses graines. Graines qu’elle n’aimait pas du tout. Décidément, il fallait reconnaitre que tout les séparait. Ils étaient deux opposés. Le silence et le bruit. La nuit et le jour. Le calme et la tempête. La gravité et la légèreté. Le salé et le sucré. Ils ne seraient donc jamais capables d’apprécier la même chose en même temps, excepté peut-être les câlins ? D’ailleurs, à ce sujet… Ils se fréquentaient depuis trop de temps, voilà qu’il lui ressortit l’excuse bidon qu’elle utilisait pour lui faire goûter de nouvelles choses et il prit cette fois les choses en main, ou plutôt en bouche. Sonny sentit sa langue qui l’effleura à la commissure des lèvres. A gauche puis à droite, le tout agrémenté de baisers furtifs, venant parachever le nettoyage. Puis Remington effleura ses lèvres des siennes, sans lui donner le baiser que sa bouche réclamait silencieusement. Bon sang, c’était mille fois meilleur que la gaufre cette chose-là. Il la titillait, comme lors de leur première rencontre, après le coup de la glace. Il l’avait torturée avec un baiser qui ne venait pas, qui s’arrêtait à la lisière du plaisir, pour voir si elle était capable de le suivre. Et elle l’avait suivi. Chose qu’elle n’avait jamais faite. Jamais elle ne s’était donnée de la sorte à un homme qu’elle ne connaissait pas. Pourtant, était-ce l’effet Remington ou le désir, depuis l’incendie, de ne plus perdre de temps en tergiversations, ou une combinaison des deux, elle l’avait fait, et elle ne le regrettait pas. Parce que malgré tout, elle était heureuse. Dur à croire et à admettre, mais elle était heureuse.

Puis il s’écarta d’elle et lui reparla du stand de tir. Sa proposition du tir à la carabine l’avait étonné quelques minutes plus tôt, et continuait de l’intriguer. Oui, Sonny s’attendait à cette réaction, mais il n’avait pas compris. D’ailleurs, pourquoi voulait-elle continuer à tirer ? Pour plein de raisons : pour apprendre, déjà et avant tout. Parce qu’elle savait que Remington aimait cela et elle voulait qu’il soit heureux, au moins un petit peu. Il souriait. C’était déjà un exploit. Il était là, dans cet enfer, et il lui souriait. Et ce n’était même pas un sourire feint. Qu’il se moque de sa façon de manger ou qu’il se sente bien, il souriait. Et pour Sonny, cela était le signe de quelque chose. Impossible de définir quoi, mais quelque chose. Mais il y avait aussi une autre raison, qu’il n’avait pas devinée, même lui qui semblait la connaitre par cœur : elle aimait tirer. Tir à l’arc et maintenant tir au pistolet, cela ne la répugnait pas, au contraire. Et pour une fois que tous deux appréciaient une même activité, il fallait en profiter. En y repensant, ils aimaient courir aussi, pourtant ils n’avaient jamais couru ensemble. Peut-être parce qu’il était du matin et elle du soir. Mais cette fois, ils pourraient prendre du plaisir ensemble à une activité commune qui ne soit pas de celle que les chastes oreilles réprouvent.

Ce n’était pas tirer qui l’avait bouleversée. Ce n’était pas ça, et Remington se trompait s’il le croyait. Et… mais qu’est-ce que voulait dire cette insinuation ?

« D’où tu me laisserais gagner ? D’une, ce n’est pas ton genre et de deux, je ne te laisserai pas faire. Si tu tires comme une bille exprès, je ferai pareil et on ne sera pas plus avancés. De toute façon je te battrai, que tu fasses ton grand seigneur ou pas. »

Sonny afficha une moue offusquée, délibérément exagérée pour qu’il comprenne qu’elle plaisantait. Et sans crier gare, elle trempa son doigt dans la chantilly et en ficha sur le nez de Remington, ce qui la fit exploser de rire. Oui, réaction de gamine attardée, et alors ? Il voulait jouer au clown en la laissant perdre ? Autant qu’il en ait le costume.

Entre deux rires, Sonny lui caressa le visage avec tendresse et bascula sur lui, posant ses fesses sur ses genoux et posant ses mains sur son cou pour le regarder bien en face.

« Ne t’énerves pas pitié, je ne recommencerai jamais les attaques au sucre. Fallait bien que je la fasse cette connerie. »

Et elle riait en disant cela. Elle appuya son front contre le sien et fit glisser son nez contre le sien, récupérant sur elle toute la chantilly. Elle se fichait d’avoir l’air ridicule, mais ce n’était pas son cas. Et elle l’avait assez torturé pour ce soir. Sans rien dire et sans enlever la crème de son nez, elle embrassa Remington en se serrant tout contre lui. Mais elle savait que cela n’allait pas dégénérer, pas maintenant en tout cas. Alors elle mit fin à leur étreinte et attrapa une serviette en papier, elle s’essuya le nez et le visage, avant de la passer sur celui de Remington. Voilà, plus de traces de la bêtise maladive de Sonny.

Il fallait qu’elle lui explique maintenant. Qu’elle ne le laisse pas dans l’ignorance des raisons de sa crise de tout à l’heure. Même si mettre des mots là-dessus serait complexe… et dangereux, car soit il s’endormirait, soit il ne retiendrait que ce qui l’arrangerait et le ressortirait au visage de Sonny le moment venu. Mais il fallait qu’il comprenne que ce n’était pas entièrement de sa faute, qu’elle n’était pas complètement folle et que cette soirée n’était pas un caprice égoïste.

« Rem, ce n’est pas le fait de tirer qui m’a fait du mal. J’ai même plutôt aimé ça. Ça m’aide à me concentrer, ça me défoule. J’aime bien. Et je sais aussi pourquoi tu as fait… ce que tu as fait. Je sais que c’est une marque de confiance absolument incroyable et je ne t’en remercierais jamais assez. Je sais que tu as fait ça pour me montrer à quel point c’est dur d’avoir la vie de quelqu’un entre ses mains et à quel point ça fait mal de se dire qu’il faut tirer pour sa vie. Je le sais. Maintenant grâce à toi je suis plus forte qu’avant et je sais que si on s’en prend à toi j’arriverai à agir. Enfin, non pas que tu n’arriverais pas à te défendre seul hein, je plains le pauvre crétin qui s’en prendrais à toi mais je me suis sentie tellement impuissante la dernière fois, à voir mourir des gens que j’aimais sans pouvoir rien faire. Aujourd’hui, je sais que je ne serai pas obligée de les regarder mourir. Je pourrai me battre pour ma vie et pour la leur sans avoir à me cacher. Et tout cela je te le dois. »

Et comment formuler le reste, si Remington n’était pas encore mort noyé sous son flot de paroles ?

« Rem je sais que tu fais tout ça pour que je sois plus forte. Mais cette fois, j’aurais pu te tuer. J’aurais pu te perdre par ma seule faute. Tu imagines un peu ce que j’aurais ressenti si je t’avais… Qu’est-ce que tu aurais ressenti si tu m’avais tuée quand tu t’étais transformé ? Essaye d’imaginer. Et encore, tu ne m’aurais pas regardé dans les yeux, consciemment, au moment de me donner la mort. Là c’est ce que tu me demandais. Tu me demandais de prendre le risque de te tuer en te regardant dans les yeux. C’était ta mort sur ma conscience que tu m’imposais. Ni plus ni moins. »

Pas très claire comme explication, mais c’était ça. Se battre pour sa vie à lui était une chose. Tenir l’arme qui pourrait le tuer en était une autre.

« J’ai vu trop de gens mourir Rem. Je sais que je ne supporterai pas que tu alourdisses la liste et qu’en plus ce soit de ma faute. »

Elle se leva alors en l’entraînant avec elle, le tirant par la main. Elle allait lui laisser le choix pour une fois. Enfin en l’obligeant quand même à lui parler, ce qu’il n’aimait pas faire.

« Rem, cette soirée pourrait être parfaite mais elle ne l’est pas. Même pour moi. J’aime tous les efforts que tu fais mais ça ne marche pas car ça… ça n’est que moi. Je ne veux pas que tu changes. Je ne veux pas que tu t’écrases pour ne faire que des trucs qui me plaisent. Je voudrais partager des choses avec toi, et le tir c’est une option. J’ai pas envie d’être heureuse si ça doit te rendre malheureux. On y arrive, parfois, à être bien en même temps. Je t’ai vu sourire il n’y a pas cinq minutes, ne dis pas le contraire. Je sais que tu aimes dessiner, courir, manger des graines de tournesol, tirer, lancer des défis pourris aux gens. Je sais qu’il y a des choses qui te rendent heureux. J’aimerais juste pouvoir avoir une place dans ce monde-là. Qu’est-ce qui te rend heureux, Remington ? Parce que je peux faire des efforts moi aussi, après ce que tu as fait ce soir… »

Faire des efforts, s’il ne l’assommait pas avant. Et s’il lui demandait de se taire pour qu’il soit heureux ? Bah, elle ne serait pas dans la mouise. Greta se chargerait de parler pour elle. Sonny appréciait la voisine de Remington qui était autant piplette qu’elle et avec qui Rem parvenait à se maîtriser. Oui, elle la vengerait. Et puis, s’il lui imposait le silence, elle ne crierait plus sous ses caresses, et cela, elle n’était pas sûre que ça lui plairait.

Elle lui tendit alors la main. Comme lui un peu plus tôt. Il avait le choix maintenant. Un petit peu de bonheur, éphémère, certes, mais parfaitement sincère et réel, qui serait fidèle à eux-mêmes, à ce qu’ils étaient. Ou continuer à faire semblant.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Mer 4 Avr - 16:03

Sonny n'avait pas tort. Ce n'était pas du tout mon genre de me laisser perdre à un jeu, peu importe de quelle sorte il était et quel qu'en soit l'enjeu et les conséquences. Je préférais lutter jusqu'au bout, quitte à ne pas gagner. Et si ça arrivait, je savais reconnaître mes défaites. Je ne faisais pas parti de cette catégorie de personnes qui étaient de mauvaise foi quand la défaite pointait le bout de son nez. Il fallait savoir perdre et apprendre à dépasser le sentiment qui nous animait alors pour tenter de progresser. Alors, elle n'avait pas à s'inquiéter. Je ne ferai pas exprès de tirer comme une bille. Même si je n'aimais pas trop les carabines des stands de tir et même si je partais avec un handicap vu que j'avais un bras en moins. Ce n'était pas important, je comptais gagner juste pour avoir le plaisir de voir cette petite moue dépitée sur son visage. Et si je perdais, je m'attendais déjà à une effusion de joie, aux phrases disant qu'elle avait battu l'ancien militaire entraîné que j'étais. Pas grave, on se serait amusé et on aurait pratiqué une activité commune. Sans que cela dégénère car je comptais bien ne pas déraper. Une simple compétition entre nous de tir, sans enjeu et surtout sans perte à accepter pour celui qui ne remporterait pas la victoire. Je partais dans cette optique même si ça pouvait dévier en cours de route. Tout pouvait changer avec elle, son imprévisibilité ne cessait de me surprendre.

Oh seigneur... Enfin si tenté qu'il en existait un quelque part et que je me mettais à y croire. Je vis arriver trop tard le doigt plein de chantilly. Il atterrit sur mon nez, m'en recouvrant. Du sucre, sur moi... Elle m'en voulait, il n'y avait pas d'autre explication... Enfin si, ça l'amusait car elle se mit à rire aux éclats. Normal en voyant ma tête. Mes yeux étaient attirés par cette chantilly qui me barrait le nez, et ça me faisait limite loucher. C'était une première, on ne m'avait jamais fait ce coup là. D'ailleurs qui aurait osé me faire un truc pareil en me connaissant un minimum ? Personne car on se serait douté de ma réaction. Pas forcément colérique mais contrariée. Et mes répliques cinglantes qui seraient balancées au visage. Non, personne n'aurait pu oser me faire une telle chose, sauf elle. Car elle savait que je la connaissais, que je ne prendrais pas ceci comme un affront, et qu'elle saurait se faire pardonner avant que je n'explose. Je soupirais mais ne dis rien. Pas le courage, pas l'envie. Elle voulait une soirée comme si nous étions un couple tout ce qu'il y avait de plus banal. Alors je supposais que cela implique que je ne réplique pas, que je me laisse faire quand elle me caressa le visage puis quand elle vint s'asseoir sur moi. C'était le point positif, cette chantilly qui me faisait loucher me permettait de la tenir contre moi. De passer mon bras valide dans son dos et de glisser sa main sous son débardeur. Tant pis pour les regards indiscrets. Tant pis pour mon ridicule. Pour cette fois.

«  Ça va je suis très calme. »

Ce qui était vrai. Je ne comptais pas m'énerver. Cette situation ridicule me faisait plutôt sourire. C'était peut être ça se laisser aller. Arrêter de penser à tout et profiter simplement de l'instant présent. En faisant des choses que je ne ferais pas en temps normal. Et la liste de choses que je ne faisais pas en temps normal et que j'acceptais de faire à présent commençait à s'allonger. A cause ou grâce à elle. Elle appuya son front contre le mien, je fermais les yeux. Je sentis son nez qui venait se frotter au mien. A présent, nous devions avoir l'air tous les deux de clowns avec notre nez barbouillé de chantilly. Je pouvais l'accepter, je ne soupirais même pas de dépit, c'était un progrès. Et quand elle posa ses lèvres sur les miennes, je la pressais contre moi. Nous n'aurions pas été dans un endroit public, sans doute la situation aurait dérapé. Sûrement même. On se serait laissé entraîner, on aurait joué avec la chantilly en l'étalant à tour de rôle sur nos corps, à des endroits stratégiques que nous connaissions et où nous savions qu'on ferait craquer l'autre. Mais la situation n'allait pas dégénérer et il fallait que l'on remette un peu de distance entre nos lèvres. Ce qu'elle fit avant de prendre une serviette pour nous essuyer en effaçant de nos visages les traces qui auraient pu nous amener au pêché.

Ma main glissa le long de son dos, mes doigts effleurant sa peau. Le silence était retombé entre nous mais il fut de courte durée. J'aurais du m'en douter. Il lui était impossible de se taire. Seulement quand elle dormait, qu'elle avait vraiment mal au fond d'elle ou que je la faisais fondre sous l'assaut de mes baisers. Elle ne dormait pas, elle semblait aller plutôt bien et je ne l'assaillais pas de baisers. Donc les conditions étaient réunies pour qu'elle se lance dans une de ces longues tirades dont elle était coutumière. Je le sus dès la première phrase que ça serait long. Elle voulait m'expliquer ce qu'elle ressentait et une telle chose, ça n'était jamais court chez elle. Alors, je tendis l'oreille, écoutant ce qu'elle avait à me dire. Et elle m'expliqua qu'elle avait compris le but de ma manœuvre, là où je voulais en venir. Tout ce qu'elle disait était vrai, même s'il y avait une toute dernière explication derrière tout ça. La plus importante et que je passais sous silence depuis plus d'un mois que nous étions ensemble. Chaque jour, mon petit soldat devenait un peu plus fort et bientôt elle n'aurait plus besoin de moi. Elle pourrait découvrir la vérité et continuer sa route. Sans moi. Et cette idée me contraria bizarrement. Si bien que lorsqu'elle marqua une pause, je ne dis rien. Sans doute devait-elle croire que je m'étais perdu sous son flot de paroles. Ce qui m'arrivait parfois. Je décrochais et sélectionnais seulement les passages qui m'intéressaient et qui attiraient mon attention. Ce n'était pas contre elle, mais mon cerveau fonctionnait ainsi. Et elle le savait.

J'essayais d'imaginer ce qu'elle me disait car oui, je l'écoutais toujours. Si je l'avais tuée en étant sous ma forme animale, je n'aurais eu aucune hésitation à cet instant. Je le savais car le lynx en moi prenait toujours le dessus et s'il devait tuer, il ne faisait pas de distinction entre ma longue liste d'ennemis et la liste très restreinte de mes amis. A mon réveil, je n'aurais pu que constater les dégâts de ce que j'aurais fait. Et je savais que ce n'était pas la peine qui m'animerait si ça se produisait. Mais la colère et la culpabilité. Contre moi car je n'aurais pas réussi une nouvelle fois à prendre le dessus contre le lynx. Contre elle car elle ne m'aurait pas tué avant que je commette l'irrémédiable. J'essayais de continuer à imaginer cette scène mais mon cerveau ne voulait plus la faire vivre dans ma tête. Je faisais un blocage à cause de ma confiance en elle. Ça ne se produirait jamais car elle était capable de me tuer à présent pour sauver sa propre vie. Et j'avais confiance dans le fait qu'elle se choisirait elle plutôt que moi. C'était logique, si on nous comparait, elle méritait de vivre, moi non. Même si on ne se comprenait pas sur ce coup là et qu'elle ne supporterait pas que je meurs par sa faute.

Elle se leva alors. Sa main glissa sur mon bras et agrippa la mienne. Elle m'attira à sa suite, m'obligeant à me relever. Direction le stand de tir ? Peut être. Son long discours semblait terminer. En apparence. Nos mains se lâchèrent. On en avait déjà presque oublié notre repas et nos boissons. Elle allait prendre son breuvage bizarre, et le portait à ses lèvres pour s'hydrater de tous ces mots qu'elle avait sorti. J'allais prendre mon jus d'orange et le boire. Juste par plaisir et aussi parce que ça me redonnerait un peu d'énergie. Cela devait se dérouler ainsi, le silence devait se réinstaller entre nous. Mais elle n'en avait pas terminé. Pourquoi j'aurais du m'en douter. Et à présent elle parlait de la soirée. Elle voulait de la normalité, je la lui offrais, et ça n'allait toujours pas. Pourquoi comprendre la femme était une chose complexe qui me dépassait souvent et qui restait un mystère quelque soit tous les moyens que j'emploie pour tenter de capter quelque chose ? Pourquoi quand je lui offrais tout sur un plateau, elle ne s'en contentait pas et voulait en faire autant pour moi. Ça me posait problème. Je n'avais pas pour habitude d'exprimer ce que j'aimais, mes envies du moment. Je n'étais pas très expressif de toute façon et il fallait me côtoyer régulièrement pour devenir ce que j'aimais et ce que je détestais. Elle savait déjà ce que j'aimais, elle énuméra une liste. Alors pourquoi cette question ? Qui me posait une colle et dont je ne pourrais certainement pas me défiler. Qu'est-ce qui me rendait heureux... Je n'étais déjà pas très bavard mais là elle me réduisait encore davantage au silence.

J'observais la main qu'elle me tendait à présent. Le même geste que j'avais fait un peu plus tôt. Cette fois, les situations étaient inversées. Je savais que je pouvais me défiler et ne pas lui répondre, lui disant simplement que ce n'était pas important. On pouvait continuer à faire semblant de jouer au parfait petit couple pour le restant de la soirée. Mais ça finirait par éclater. Et je m'étais promis intérieurement plus de sadisme mais de la gentillesse pour le restant de la soirée. Je supposais que cela voulait également dire de l'honnêteté. Que je me devais de répondre à sa question même si elle me dérangeait à un point qu'elle ne pouvait soupçonner. J'essayais de réfléchir mais rien ne me venait. Est-ce que j'avais été heureux dans ma vie jusque présent ? J'écartais le mot bonheur de mon vocabulaire, c'était une faiblesse et en avoir une m'exposait au risque de perdre le contrôle et de me mettre à la merci pour qu'on me chope ou qu'on me tue. Alors que dire... Que faire...

« La guitare... J'en jouais plus jeune et c'est un peu comme le dessin. Je suppose que ça me rendait heureux même si j'ai arrêté. »

Première pensée qui venait de me traverser la tête. Je pouvais mieux faire... Certes quand j'étais adolescent, j'aimais pratiquer de cet instrument. Mais de là à dire qu'il me rendait heureux ? Probablement avant oui, mais plus maintenant vu que je m'en passais depuis dix ans. En réalité, j'avais mis le doigt sur le vrai problème qui répondait à sa question. Je m'en rendais compte et je refusais que mon cerveau formule tout ça dans ma tête. Je me mentais à moi-même à cet instant. Car il m'en coûtait de le reconnaître et de mettre ma fierté de côté. Ce qui me dérangeait réellement, c'était qu'en plus de ma transformation en lynx qui me mettait dans un sale état, je me découvrais une seconde faiblesse. Différente, qui me rendait heureux mais qui m'exposait. Et qui l'exposait également. Un homme comme moi ne pouvait pas avoir ce genre de faiblesse, c'était pourtant trop tard, elle était là et semblait déjà ancrée en moi. J'étais contrarié. Pas contre elle, seulement contre moi. J'observais toujours cette main qu'elle me tendait et que je ne pouvais pas prendre. J'en étais incapable même si j'en avais envie. Mon esprit était trop torturé par ce que je venais de finir par m'avouer. Mon silence s'éternisait, je savais que je lui devais une vraie réponse et non celle que je lui avais sortie avec la guitare. Mes prunelles lagon quittèrent alors cette main pour remonter jusqu'à son visage et croiser son regard noisette.

« Toi.. Tu me rends heureux. Même quand tu n'arrêtes pas de parler. »

Et là je me tus. Les grands discours, ce n'était pas mon fort. Et exprimer ce que je venais de dire était dur. Je n'étais pas démonstratif en paroles. J'avais déjà eu du mal à lui avouer que je l'aimais. Et là, reconnaître qu'elle me rendait heureux, c'était une blessure différente que celle de me prendre une balle ou un couteau dans le bras.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Mer 4 Avr - 20:18

S’était-elle trompée quelque part ? Avait-elle dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? Un mot de trop ? Ou l’avait-elle juste eu à l’usure ? Parce que là, Remington ne bougeait plus et ne disait rien. Enfin, ses silences étaient habituels, mais là, ils étaient un peu longs. Il ne s’était pas fâché pour le coup de la chantilly, il avait glissé sa main sur son dos dans une caresse. Elle n’avait rien fait de travers pour une fois. Elle voulait juste lui rendre la pareille, lui offrir une soirée qui le rendrait heureux. Elle aurait dû lui proposer de rentrer, d’aller se vautrer dans le canapé et de bouquiner en silence. Ça, ça lui aurait plus. Peut-être même aurait-il été heureux… mais elle lui avait demandé, d’habitude, pour être sûr de ne pas se tromper, il suffit de demander, non ?

Pourtant sa question troubla Remington, presque autant que la fois où elle lui avait demandé ce qu’il ressentait pour elle. Il n’allait tout de même pas se transformer à nouveau en lynx ? Pas ici, pas dans un lieu public avec autant de monde ? Mais non, il se contrôla et resta lui-même. Les premiers mots sortirent enfin. La guitare. Oui, Sonny se souvenait avoir vu cet instrument dans la chambre d’adolescent de Remington chez les Blackwell. Depuis le temps qu’elle le connaissait, il n’en avait jamais parlé, jamais joué. Se doutait-il que sa guitare était encore en un seul morceau, bien au chaud, avec le reste de ses affaires ? Si cela le rendait heureux jadis, peut-être qu’en la retrouvant il le serait à nouveau. Sonny se garda cette réflexion dans un coin de sa tête. Il n’était plus temps de parler de sa vie d’avant. Il ne voulait pas en parler et Sonny ne voulait rien savoir à ce sujet.

Combien de temps resta-t-elle avec sa main tendue ? Aucune idée, elle ne voulait pas le forcer et n’osait plus bouger, de peur de faire ou dire une nouvelle idiotie qui provoquerait une tempête. Elle eut presque envie de renoncer, de baisser le bras et de lui proposer de rentrer. Elle se tairait et enterrerait l’idée de pouvoir trouver un endroit, un quelque part qui ne soit qu’à eux. Peut-être qu’elle ne pouvait pas faire partie de ce qui enjouait Remington, peut-être que ce n’était qu’un rêve…

Sauf que quelque chose changea dans son regard qui se riva dans les yeux de Sonny. Que se passait-il ? Pourquoi ce reflet de colère et de lassitude ? Pourquoi ces sentiments qui n’étaient même pas visiblement tournés vers elle. Parce que c’était contre lui qu’il éprouvait tout cela, Sonny le sentait, même si elle n’aurait pas pu l’expliquer.

La réponse qui suivit ce regard la troubla. Elle ? Vraiment ? Elle le rendait heureux ? Alors pourquoi semblait-il si triste à cet instant ? Pourquoi ne souriait-il jamais ? Pourquoi passait-il son temps à soupirer quand elle était là ? Pourquoi avait-elle l’impression de lui gâcher sa vie et de le blesser plus profondément qu’il ne l’admettrait jamais avec ses questions ? Certes, dire à quelqu’un qu’on tenait à lui était une chose difficile, mais si douloureuse, vraiment ? Peut-être n’en avait-il plus l’habitude. Il avait vécu l’enfer en Irak. Il avait connu l’inhumanité la plus totale et la barbarie la plus sanglante. Comment arriver à croire en quelque chose après cela ?

Sonny se demanda même s’il lui répondait cela uniquement parce qu’il pensait que c’était ce qu’elle voulait ; Pourtant, ce n’était pas le cas, elle voulait savoir ce qu’il aimait pour s’adapter et contribuer à son bonheur. Et ses yeux ne mentaient pas. Elle y lisait que c’était une terrible vérité, et un effort surhumain pour lui que de le reconnaître. Parce qu’il avait passé tellement de temps à se débrouiller tout seul, sans dépendre de quelqu’un, sans s’attacher à quelqu’un. Parce que maintenant il avait une faiblesse, une faille. Et cette faille, Sonny en avait conscience, c’était elle. Maintenant on pourrait lui prendre quelque chose. Ce sentiment, Sonny le connaissait. Depuis l’incendie, elle n’avait plus rien à perdre, sauf lui.

Il fallait faire quelque chose, parce que ce silence entre eux devenait de plus en plus gênant. Il ne la croirait jamais, si elle lui disait être heureuse avec lui, pas après toutes les crises de larme qu’elle avait eu, partiellement à cause de lui. Pourtant, ce sentiment était là. Bel et bien là. Elle se décida alors à prendre les choses en main. Elle approcha de lui et lui prit la main. Une légère pression pour lui dire que tout allait bien. Comme il le faisait souvent. Pas de mots mais des actes. Des contacts. Alors qu’elle avait cette maudite chanson dans la tête : « embrasse-moi idiot, C'est vraiment beaucoup beaucoup mieux que des mots, Embrasse-moi idiot, Et j'oublierai tes défauts ». Elle pourrait lui chanter, après tout, il ne parlait peut-être pas français. Mais il se ficherait d'elle.

« Pour la guitare, je ne peux pas faire grand-chose. Mais à partir de maintenant, on va faire des choses qui nous rendent heureux tous les deux. Au moins pour ce soir. Alors je vais aller te mettre la raclée de ta vie au tir, et ne me sors pas l’excuse bidon du « j’ai un bras en moins », parce que je te sortirai celle du « mais c’est la première fois que je tiens une carabine entre mes mains ». Et je te promets que tu vas t’amuser. Et on repartira, je te laisserai râler parce que je ne conduis pas ta voiture comme il faut. Et ensuite, on fera ce pour quoi on est très doué et on se rendra heureux comme nous seuls savons le faire. »

Elle lâcha soudain sa main et se blottit contre lui. Elle glissa son bras autour de sa taille et impulsa le mouvement. Tenter de s’amuser ensemble. Tenter d’être eux et un peu plus comme les autres le temps d’un soir. Cela devait pouvoir se faire. Oubliant sa gaufre et sa boisson fétiche, elle les fit avancer vers la foule. Qu’importe le monde, ils étaient à deux. Personne ne prêterait attention à eux, et eux ne prêteraient pas attention au monde.

Le bruit s’intensifiait. Le pauvre devait détester. Alors Sonny eut une nouvelle idée de bêtise à faire, et elle ne put s’empêcher de plonger sa main droite dans la poche de la veste de Remington pour lui piquer son téléphone. Elle ouvrit le mémo et tapa à toute vitesse quelques lignes de texte, avant de lui montrer.

« Je sens déjà que je vais le regretter, mais considère ceci comme un « bon du silence ». Utilisable quand tu veux, une seule fois et pour une durée d’une heure. Tu le sors et je me tais. Quand tu sentiras que je commence à trop parler. »

Ça pour un cadeau, c’était un cadeau, et elle ne doutait pas qu’il l’utiliserait à bon escient, la freinant dans son entrain avec une satisfaction non dissimulée, et elle ne pourrait même pas râler. Mais bon, il le méritait après tout.

Sans prêter plus d’attention au monde qui les effleurait, Sonny emmena Remington vers le stand de tir. Au détour d’un chemin, elle croisa la mère et son bébé, ceux de la confiserie. Le petit sembla la reconnaître et lui fit un signe maladroit de la main. Sonny, souriante, lui fit un signe en retour. Ridicule, non ? Peut-être, mais ce soir, elle avait bien besoin de se raccrocher aux petits bonheurs de la vie.

Quand ils furent enfin au stand de tir, Sonny avait plein d’idées en tête. Des idioties à faire et à dire, pour la plupart. Comment allaient-ils procéder cette fois ? Allait-elle lui réclamer un cours particulier pour commencer ou démarrer tout de suite avec un duel ?

« Tu sais quoi, les premières balles ne comptent pas. Le temps que je comprenne comment ça marche ou que tu m’expliques et que de ton côté tu saches quoi faire de ton bras en moins. Ensuite ce sera la guerre mon cœur. Tu vois cette peluche là, je vais la gagner. »

La peluche ? Un lapin bleu. Elle s’en fichait en réalité. Elle savait qu’il aimait les défis, et elle lui en lançait un qui ne porterait pas à conséquence. Sauf s’il décidait encore de sauter par-dessus le stand pour aller se planter devant les cibles, des petites cibles sur un tapis roulant. Bon, Sonny avait fait sa maligne mais nouvelle arme et cibles instables, c’était de l’inédit pour elle. Heureusement qu’elle avait assuré ses arrières en décrétant que la première tentative ne compterait pas.

Elle observa soudain avec un sérieux qui ne la caractérisait guère la forme de l’arme. Elle repéra l’emplacement où mettre les plombs, soupesa la carabine. Elle se mit sur le côté, cala l’arme contre son épaule. Il y aurait une force de recul, c’était certain, une violente même, à voir la taille de l’engin. Mais il fallait bien qu’elle se prenne un coup pour savoir quelle force opposer à la détente. Même si par réflexe elle ferma un œil, elle se souvint des conseils de Remington et ouvrit ses deux yeux. Elle se servit de sa main gauche sous le canon pour stabiliser l’ensemble, pour empêcher son bras de trembler. L'arme était étonnamment légère mais tout de même. Le bruit, les cris, les lumières ne l’atteignaient plus. Il n’y avait plus qu’elle et la cible. Mais cette fois, c’était plus difficile, à cause du mouvement. Il y avait un léger différé qu’il fallait prendre en compte.

Elle ne tremblait pas, tout son esprit était focalisé sur le mouvement régulier. Son cœur battait bien, calmement. Elle inspira et tira. Raté. De peu mais raté. Et surtout, elle fut surprise qu'il n'y eu pas de recul... Une arme factice, pas de balles réelles. Quelle idiotes, ce n'était qu'un jouet. Elle lui jeta un rapide coup d’œil qui voulait tout dire : oui, elle savait quoi faire. Alors elle se reprit et retenta sa chance. Sur les cinq premières balles, trois firent mouche. Encore des progrès à faire.

Puis elle tendit la carabine à Remington en lui souriant. Elle l’observa avec un soin tout particulier. Et pour une fois, son cerveau ne dériva pas vers d’autres rivages. Tous ses gestes se gravaient dans son esprit, elle détaillait avec une minutie le moindre de ses mouvements. Elle ne regarda même pas la cible, seulement l’alignement du regard et de l’arme, le mouvement de ses yeux étudiant le passage des cibles. Premier plomb, ok, en dépit de son épaule endolorie. Il était fort, des années d’entraînement qui ne s’oublieraient pas du jour au lendemain. Il s’apprêtait à recommencer. Sonny se rapprocha lentement de lui, guettant la cible cette fois. Puis, discrètement et le sourire en coin, elle remarqua qu’il venait de bloquer sa respiration. Tout était absolument parfait, réglé au millimètre près. Ce fut à ce moment-là qu’elle rehaussa de quelques centimètres l’arme, en y appliquant deux doigts…

Voilà ce qu’on appelle un coup en traître…

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Ven 6 Avr - 15:32

Il s'était passé de longues et interminables secondes avant que les mots ne réussissent à franchir le seuil de mes lèvres. Une courte phrase qui n'en disait pas beaucoup mais qui en elle-même, voulait dire tellement de choses. Ma faiblesse se trouvait devant moi. Elle ne mesurait certes pas deux mètres de haut, ne prenait pas de place, physiquement parlant, car en ce qui concernait la parlotte c'était une autre histoire, et pourtant, en reconnaissant qu'elle me rendait heureux je faisais d'elle une cible pour qu'on puisse arriver à m'atteindre. Cela me contrariait sur deux points. Le premier était que je dérogeais à toutes les règles que je m'étais établi. Pas d'attache, pas de faiblesse, rien qui pourrait me mettre en danger. Seulement des aventures d'un soir, sans conséquence, sans lendemain et qui n'engageait à rien. J'étais engagé depuis plus d'un mois, j'avais dit que je l'aimais et à présent j'avouais qu'elle me rendait heureux. Sombre crétin que j'étais. Ma seconde contrariété, c'était que je devais la mettre à l'abri. Si on en venait à s'en prendre à elle, je n'étais pas en mesure de dire quelle serait ma réaction. Que moi je fasse le sadique avec elle était une chose, mais qu'une tierce personne la touche... Je crois bien que je tuerai et ce, sans contrat à la clé. Chose qui ne m'arrivait jamais. Encore une règle à laquelle je dérogeais. Cela commençait à faire beaucoup.

Sonny me rendait trop humain, elle arrivait à faire sortir ce qu'il y avait de meilleur en moi, même s'il y avait des dérapages qui la faisaient souffrir. Car oui, je n'étais pas aveugle, je savais que je lui faisais tout autant de mal que je l'aimais. Un fragile équilibre s'était instauré entre les deux pour le moment pourtant je savais que très bientôt la balance finirait par pencher d'un côté. Et que les effets seraient dévastateurs. Mais pour le moment, j'en étais là. A cette vérité que je venais d'avouer et qui me coûtait. A ce silence dans lequel je m'étais réinstallé car je ne savais pas quoi dire. Les effusions de sentiment, je n'avais jamais connu. On aurait pu rester plusieurs minutes ainsi, à se regarder. Sauf que comme d'habitude, elle réussit à avoir la bonne réaction pour faire passer cette gêne entre nous. Elle s'avança vers moi et me prit la main, exerçant une pression dessus.

Pas de parole pour une fois, un simple geste. Ma méthode qu'elle employait pour tenter de faire passer ce qu'elle ressentait. Et pour me rassurer. Moi qui avais besoin d'être rassuré ? C'était un euphémisme, une chose que je n'avouerai jamais même sous la torture. Pourtant ce simple geste de sa part me fit du bien intérieurement. Je savais qu'elle comprenait ce que je ressentais, que je n'avais plus besoin de parler car elle devinait le cours de mes pensées, ces choses nouvelles que je n'arrivais pas à formuler. C'était peut être pour cette raison que cela durait depuis plus d'un mois entre nous. De simples contacts suffisaient pour qu'on se comprenne quand les situations étaient trop délicates. Une simple pression de main. Des bras qui venaient enlacer la taille de l'autre. Sa tête qui venait se poser contre mon cœur. Ma joue sur ses cheveux. De simples geste quotidiens de la vie d'un couple mais qui exprimait davantage de choses chez nous.

Elle énuméra alors le programme qui allait suivre et celui-ci me plut. Pas seulement la fin mais l'ensemble. Je ne pouvais même pas répliquer ce que je comptais dire car elle m'avait déjà devancé sur le coup de mon bras en écharpe et de ma douleur à l'épaule. Je me contentais alors de sourire, bien décidé à ne pas me laisser perdre. Elle voulait un duel à la loyale, elle l'aurait. Je n'aimais pas perdre même si je savais reconnaître mes défaites. C'était en apprenant d'elles qu'on devenait plus fort. Donc si je perdais à cette séance de tir à la carabine, je reconnaîtrais sa victoire. Et j'apprendrais de ma défaite pour ne pas me laisser avoir pour la prochaine fois. J'étais un tueur à gage froid et méthodique mais j'avais peut être encore à apprendre grâce à elle, au contact de son enthousiasme et de sa bonne humeur parfois exaspérante.

La suite du programme me convenait même si je devrais sans doute fermer les yeux pour le chemin du retour pour ne pas soupirer ou lever les yeux au ciel. Car sa conduite n'était pas sportive, qu'elle forçait les vitesses au lieu de les laisser couler. C'était en faisant des erreurs qu'on apprenait donc si je lui laissais le volant plus souvent, elle s'y ferait. J'étais même prêt à lui céder la voiture pour qu'elle se rende à l'université, gardant la moto pour moi. Même si ça me tuerait de le formuler à voix haute et même si je n'étais pas en état de remonter sur la moto avant quelques semaines.

Quant à la fin du programme, c'était la promesse que je lui avais faite et dont elle m'avait donné l'ordre d'accomplir. Chose que je ferais. En temps voulu. On se fera basculer sur les pentes du plaisir, mutuellement oui, même j'avais un défi à relever et qu'elle me tuerait si je ne le faisais pas. C'était censé peut être me mettre la pression pourtant je ne l'avais pas. Car peu importait que je le relève ou non, on se laisserait emporter. Les bras de l'autre nous suffiraient, ainsi que ses caresses et ses baisers. Et il y aurait encore peut être des découvertes. Au bout d'un mois, on se connaissait bien mais on n'était pas à l'abri de surprises. Comme cette passion qu'elle s'était découvert pour le tir et qui nous unissait désormais.

Peut être que nous nous découvrirons par la suite d'autres passions communes, peu importait. Le mélange des opposés que nous étions me convenait. Cela empêchait l'ennui, cela mettait du piment entre nous. Sans que cela nous empêche d'avoir nos moments de tendresse. Comme celui-ci. Elle lâcha ma main pour venir se blottir contre moi. Mes lèvres tout contre ses cheveux, je lui murmurais un simple « merci ». D'être elle. De me comprendre. De ne pas avoir profité de la situation pour me mettre davantage dans l'embarras. De proposer une porte de sortie et un programme qui nous convenait à tous les deux. D'être simplement là, contre moi.

Quand elle glissa son bras autour de ma taille, je passais mon bras valide autour de ses épaules pour l'attirer contre moi. Il allait falloir affronter la foule, chose qui me repoussait mais j'allais faire cet effort. Pour cette séance de tir qui nous amuserait tous les deux. Pour cette soirée tranquille que nous allions passer à nous amuser, sans enjeu, profitant simplement de l'autre. On en oublia nos victuailles. C'était rare les fois où je délaissais un jus d'orange et des graines de tournesol pour un autre programme. Celui de fendre la foule, une horreur en soi. Trop de bruits, encore des gamins qui hurlaient à droite et à gauche. Des groupes qui riaient et se croyaient obligés de parler trop forts. Pour s'entendre entre eux et qu'on les entende. Parmi l'un d'eux, il y avait un homme qui jouait au jeu du marteau. Qu'il fallait balancer de toute sa force. Je lui aurais bien pris le marteau. Pour le taper sur sa tête et ne plus l'entendre rire ni parler si fort.

Je me retins de soupirer face à cette perspective qui me passait sous le nez. Au contraire, je sentis quelque chose et je tournais la tête. Sonny venait de prendre le téléphone de ma poche. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait faire. Ça ne me dérangeait pas qu'elle l'utilise mais avec le bruit autour de nous, elle devrait hausser la voix pour se faire entendre de son interlocuteur. Et moi je devrais supporter, une fois de plus et avec le sourire. Pour la séance de tir et pour la suite. Encore un effort, j'y arriverais. Mais elle n'appela personne et se contenta de pianoter sur les touches. Puis elle me fit voir le téléphone. Je regardais l'écran, ne pouvant m'empêcher de sourire en réaction à ce que je lisais mais aussi à ce qu'elle me disait.

« C'est un cadeau que tu vas regretter. Je l'utiliserai mais pas pour le moment. Peut être pas ce soir même. Mais je le ferai et une fois que l'heure de silence sera commencée, je me devrais de te faire craquer par tous les moyens, même les plus pervers. Ce n'est pas du sadisme, je le précise avant que tu ne le penses. »

Ce qui était vrai. Je savais que ça lui coûterait de ne plus parler durant une heure, surtout si son moral était au beau fixe et qu'elle avait envie de sautiller de partout pour faire partager sa bonne humeur. Ce cadeau qu'elle me faisait, je le prenais simplement comme un jeu, sans arrière pensée et sans but méchant à la clé. Juste pour voir si elle aurait les ressources nécessaires pour ne pas craquer et si moi j'aurais la force de la faire craquer. Sans violence, sans haine, juste en employant des méthodes différentes, sensuelles, divertissantes. Et sans dépasser la limite que je franchissais souvent et qui lui faisait du mal. Je voulais également voir si j'avais la force de ne pas la franchir en tentant de me contrôler. Ce n'était pas gagné mais avec mon mental, ce n'était pas perdu non plus.

On continuait à avancer en direction du stand de tir. A un moment, on croisa une femme avec un bébé dans les bras. Je jetais un œil discret dans leur direction et remarquais le signe que faisait le mioche. Et Sonny qui lui faisait un signe en retour. Ne rien dire, ne pas faire de remarque qui risquerait de casser son moral et disparaître le sourire qu'elle avait aux lèvres. Je ne dis rien même si je n'en pensais pas moins que les gamins et moi, ça faisait deux. S'ils pouvaient naître et passer directement à l'âge adulte grâce à n'importe quel médicament, je crois bien que je bénirai l'inventeur de ce médicament. Cela éviterait la période où ils n'arrêtent pas de brailler, puis celles où ils arrivent à formuler des phrases qui commencent toutes par 'pourquoi'. Cette période où ils ne se contentaient pas des réponses qu'on leur apportait et insistaient alors qu'ils avaient la possibilité de trouver les réponses en faisant leurs propres recherches. Les gamins c'était bien oui, s'ils devenaient adultes en trente secondes.

Je n'eus pas à supporter longtemps la vision de ce bébé qui me ramenait à ma période Jayden qui n'arrêtait pas de brailler et qui m'obligeait à mettre la musique sur les oreilles pour ne plus l'entendre. Le stand de tir se dressait devant nous, enfin. Finalement, je me dis que ça n'avait pas été autant un calvaire que je l'aurais cru de passer du kiosque au stand de tir. J'avais supporté la distance. Mon bras était resté sur les épaules de Sonny sans que j'ai l'envie de m'écarter d'elle et de partir en courant pour trouver un endroit calme. C'était sans doute grâce à elle si je supportais tout ça. Au contact de son bras autour de ma taille, de nos jambes et de nos hanches qui se frôlaient.

Sans la lâcher, j'observais le stand de tir. Des carabines à plomb qui devaient être extrêmement légères comparées aux vraies. Des petites cibles qui défilaient sur un tapis. Et des lots accrochés un peu de partout. Beaucoup de peluches. Et un horrible lapin bleu qu'elle me désigna. Je tournais le regard dans sa direction et secrètement je me promis de tout faire pour l'empêcher de gagner cette horreur et de la ramener à la maison. Sauf si elle voulait la ramener à son logement à l'université. Tant que je n'avais pas à supporter ce bleu criant sous mon propre toit, ça irait. A mon tour, je me mis à regarder les peluches et les autres lots. Une attira mon attention. Ma main exerça une légère pression sur son épaule pour attirer son attention.

« Et moi, je vais gagner celle-ci. Comme ça tu en auras deux à la maison dont un inoffensif. Prépare-toi à faire ta mine boudeuse signifiant que tu perds mon ange. »

La peluche ? Un charmant et mignon lynx dont les couleurs étaient beaucoup moins criardes que son lapin bleu. Chacun avait désormais son but à atteindre, un défi à relever pour gagner sa peluche. Le lapin ou le lynx, c'était au choix. Peut être même que nous remporterons les deux. Si on se concentrait, chose que j'avais du mal à faire pour le moment. Je déposais un baiser sur sa tempe puis la lâchais. Je fis signe au gars tenant le stand et payais pour la carabine et les plombs. Je la laissais commencer, ça me laisserait le temps d'observer comment elle s'y prenait. Voir les défauts dans sa position et peut être les rectifier si je voulais un duel équitable. Je pris appui contre le stand, à côté d'elle mais tournant le dos aux cibles. Mon regard ne la quittait pas. Elle m'avait dit aimer tirer et je devais bien reconnaître que c'était le cas. Elle était concentrée, tenait compte des conseils que je lui avais dit, elle rouvrit les deux yeux. Je suivais silencieusement sa respiration, jusqu'à ce qu'elle la bloque et tire. Pas de bruit caractéristique qui signifiait qu'elle avait fait mouche. Elle me regarda, je n'eus pas besoin de parler. Je formulais un simple 'raté' en remuant mes lèvres. Nul besoin de parler, elle n'avait pas besoin de moi. Elle rechargea l'arme et visa de nouveau.

« Pas mal. Mais il va falloir faire mieux pour ton lapin »

Trois cibles atteintes sur cinq plombs. Sans que je ne dise rien pour rectifier. C'était bien au contraire mais si je l'encourageais de trop, je lui mettrais toutes les cartes en moins pour relever le défi. Je m'abstins, c'était mon tour de toute façon. Je pris la carabine dans ma main droite. Comme je le supposais, elle était très légère. Suffisamment pour que je n'ai pas à utiliser mon bras gauche. Un seul bras me suffirait. Je chargeais l'arme. Puis ma main se positionna en dessous du canon. Je fis glisser la carabine pour la caler contre mon épaule. Puis je repliais lentement le bras pour positionner mon doigt sur la gâchette. La position n'était pas du tout confortable pour tenir une carabine mais je m'y ferais. Pas le choix, mon bras gauche devait rester au repos. Je penchais alors la tête sur la droite pour aligner mon regard avec celui du canon. Mes prunelles suivaient le mouvement des cibles. Je me l'imprégnais, calculant le rythme. Si régulier et si prévisible. Une fois que j'aurais capté le mouvement, je savais que je pourrais faire mouche à chaque fois. Car il n'y aurait pas d'imprévu. Les stands de tirs étaient si banals en surprise.

Ma respiration se bloqua et je tirais. La première cible tomba vers l'arrière. Plus que quatre pour l'échauffement et on pourrait passer ensuite aux choses sérieuses. Je mis un autre plomb dans l'arme puis je réajustais ma position, reprenant le rythme des cibles. Je le captais de nouveau. Ma respiration se bloqua et juste avant que je tire, je sentis un léger mouvement sur la carabine. C'était trop tard pour que j'arrête mon geste. Le plomb passa au dessus de la cible et atterrit contre le mur juste derrière. Échec. Involontaire et provoqué par une certaine personne qui se tenait juste à côté de moi.

« Tricheuse... ça mériterait que je te prive de câlin... Mais pour la peine c'est ton tour. »

Je remis un plomb dans l'arme pour le troisième tir. Je mis d'office la carabine entre les mains de Sonny et ne lui laissant pas le choix, ma main la fit pivoter, comme au stand de tir plus tôt. Mon torse se cala contre son dos. Mon bras droit glissa contre le sien. Je pris sa main et la positionnais sur la gâchette. Je recouvris ses doigts des miens. Elle voulait jouer, on allait s'amuser. Le mot d'ordre était bien de prendre du plaisir tout en faisant des choses à deux, simplement pour être ensemble et s'amuser.

« Allez tente d'avoir la cible à présent. »

Ma main glissa le long de son bras dans le sens inverse. Mes doigts descendirent jusqu'à la limite de son débardeur. Je glissais alors en dessous, posant mes doigts sur son ventre. Je la gardais contre moi, attendant qu'elle penche la tête pour aligner sa vue avec l'arme. Une fois que ce fut fait, je lui laissais quelques secondes pour se concentrer. Puis je me penchais sur le côté gauche pour déposer mes lèvres sur son cou. Elle avait remonté l'arme pour m'empêcher de faire mouche, c'était mon tour d'employer ma propre méthode pour l'empêcher d'avoir la cible. En frappant directement sur son point faible que je parsemais de baisers. Chacun son moyen de tricher, je ne touchais pas l'arme, je mettais simplement à mal sa concentration.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Ven 6 Avr - 21:11

Tricher, c’est moche. Oui, c’est vrai et Sonny le savait. Comme elle savait qu’il ne se formaliserait pas. Parce qu’ils avaient fait la paix. Parce qu’aucun ne voulait réellement gagner cette fois. Ils gagneraient tous les deux. Les peluches n’étaient qu’un prétexte idiot. Elle se fichait de ce lapin bleu, si elle le gagnait, il finirait dans sa chambre, sous une tonne d’affaires empilées. Si elle perdait, eh bien, ce serait un lynx. Elle n’aurait jamais cru que Rem ou même elle puissent un jour rire de la transformation en animal qui leur avait valu de sacrés bobos et des émotions forte. Et pourtant, un rire sortit spontanément quand Remington lui désigna la peluche en lui expliquant qu’au moins avec celui là, elle ne risquerait rien.

C’était terrible et vertigineux cette sensation de légèreté. Et surtout de légèreté réciproque. Elle ne l’avait jamais vu ainsi. Et cette facette lui plaisait. Qu’elle soit sincère ou feinte. Et elle pouvait enfin savourer l’ambiance et la soirée, parce qu’il était heureux, parce qu’il se laissait aller. Cela ne durerait pas. Il redeviendrait très vite cet homme fort, dur, qui la poussait au-delà d’elle-même pour son bien. Il était et serait à jamais le seul à pouvoir en attendre autant d’elle, à pouvoir la briser à ce point tout en la tirant vers le haut. Personne d’autre n’y arriverait. Parce qu’avec un autre, elle aurait jeté l’éponge. Ou au contraire, elle aurait fait craquer celui qui prétendait la changer. Ses réactions étaient imprévisibles, folles, insensées et parfois violentes, et il fallait du courage pour les endurer. Et Remington n’en manquait pas. Depuis plus d’un mois maintenant, il avait essayé de la faire partir. Pourtant, elle, elle avait toujours cru que ce serait lui qui la quitterait. Parce qu’elle était chiante. Toujours à sauter partout quand elle était contente, y compris devant lui. A brailler, à chanter, à danser n’importe comment. Parler. A hurler. A le gifler. A pleurer. Elle avait toujours eu cette affreuse intuition qu’elle le perdrait par sa seule faute, qu’elle ne pourrait s’en prendre qu’à elle-même.

Et pourtant il tenait. Il lui avait même dit merci. Et elle sentait qu’il y avait beaucoup de chose dans ce simple mot. Plus que ce qu’il disait. Elle n’était pas sûre de percevoir tout ce qu’il impliquait, certainement autant que son « merci » à elle quelques temps plus tôt. Merci d’être là. Merci d’être qui tu es. Merci de me supporter. Merci de me faire du mal pour mon bien. Merci de tenir. Merci de rester. Merci de me rendre meilleur. Tant de choses… Et comme si cela ne suffisait pas, elle finissait par déteindre sur lui car il rentra complètement dans son petit jeu du « bon du silence », lui jurant de la faire craquer. Il lui fit naître un sourire sur le visage. Cela l’étonnait, qu’il n’en profite pas pour savourer le silence qu’elle lui offrirait de bonne grâce. Il lui promit de la faire craquer, par des coups pervers… mais la perversion, c’était son arme à elle. Mais soit, la perspective d’un jeu sensuel qui viserait à la faire parler la titillait au plus haut point. Elle s’y plierait volontiers. Et qui sait, sous ses assauts, elle cèderait peut-être. Sûrement même.

Tout cela pour dire qu’il était resté. Qu’il tenait malgré lui et malgré elle. Et il semblait s’amusait cette fois. Et le défi qu’ils se lancèrent ne ferait aucun mal. Il voulait voir sa mine boudeuse ? Vraiment ? Mais elle n’avait pas l’intention de perdre, même si cela ne la dérangeait pas. Elle apprenait en se trompant. Toujours. Dès qu’elle était confrontée à l’échec, son orgueil reprenait le dessus et elle faisait tout pour se surpasser. Elle fonctionnait comme ça et il le savait. Elle lui donnerait une moue boudeuse, si cela pouvait lui faire plaisir. Elle était une fille après tout, elle savait bouder sur commande.

Elle avait tiré du mieux qu’elle pouvait, en se concentrant un maximum. C’était nouveau et différent comme sentiment. Elle prenait du plaisir à cet exercice. Mais pour une fois, ce plaisir ne se traduisait pas par des cris, des sauts, du babillage. Ce plaisir était raisonné, calme, méthodique. Mais c’était agréable comme impression. Il n’y avait que Remington qui pouvait lui faire découvrir cela. Un monde à eux. Un petit « anywhere out of the world » où ils pourraient se retrouver sans que l’un ait à se forcer.

Il n’y avait eu aucun mépris, aucune moquerie dans son ton, quand il constata qu’elle n’avait atteint que trois cibles. C’était un jeu, rien de plus. Et un constat. A lui de faire mieux maintenant. Et même avec un bras en moins, il ferait mieux. C’était écrit. C’était un professionnel après tout. C’était pour cela que Sonny avait décidé de tricher. Pour être un minimum à égalité, et pour jouer. Juste jouer. Et paf, une balle qui atterrit contre le mur.

« Oh mon cœur, raté… Tu n’es pas très concentré. »

Foutage de gueule ? Oui, complètement, et son ton ne laissait aucun doute sur le fait qu’elle savait pertinemment qu’il aurait réussi sans aucune difficulté si elle n’avait pas triché. Privée de câlin ? Il serait prêt à cela ? Peut-être, oui, peut-être qu’il tiendrait quelques heures, mais elle n’aurait qu’à se balader en tenue d’Eve dans la maison, qu’à effleurer bien malencontreusement certaines parties de son corps et il craquerait. Il le faudrait bien. Mais il ne laissa pas son esprit imaginer mille stratégies de persuasion et lui colla la carabine entre les mains. Il alla plus loin encore en posant ses mains sur elle pour la faire pivoter bien comme il faut. Il la plaça devant le comptoir, avec le bon angle pour tirer sur les cibles mouvantes.

Le voilà qui prenait totalement les commandes. Au stand de tir, il l’avait toujours laissée libre de ses mouvements, ne la touchant que le strict nécessaire pour guider ses gestes et corriger ses approximations. Excepté peut-être lorsqu’il avait manqué de l’envoyer au septième ciel rien qu’en l’embrassant dans le cou. Elle frissonna encore à ce souvenir. Et là, il contrôlait tout. Il colla son torse contre son dos, lui prit la main en la forçant presque – non pas presque, vraiment, - à mettre le doigt sur la gâchette. Esprit pervers oblige, Sonny trouva cet élan à la fois autoritaire et tendre très stimulant et excitant. Son corps contre le sien, ses doigts contre les siens tenant l’arme, tout cela était exaltant. Mais elle l’entendit : il la défia de toucher la cible. Hum, avec lui dans le dos elle serait un peu déconcentrée, cela ne faisait aucun doute, mais elle saurait reprendre son calme, ne serait-ce qu’en se calant sur son rythme cardiaque.

Oh, mais il avait décidé de corser le jeu visiblement. Elle sentit ses doigts glisser le long de son bras nu puis toucher son estomac. Elle tressaillit à ce contact. Ses doigts étaient glacés mais ce n’était pas la raison principale à son frisson. Non, il suffisait qu’il la touche pour qu’elle parte au quart de tour. Et pourtant, son ventre n’était pas une zone sensible. Mais c’était lui. Son corps à lui. Son toucher bien particulier.

« Si tu crois que ça va m’arrêter tu te trompes, Rem. De nous deux, c’est moi qui utilise ces armes, je ne vais pas me laisser avoir comme toi tout à l’heure… »

Le pire, c’était qu’elle le croyait. Sans se dégager de son étreinte, elle tenta de refroidir son corps grâce à sa raison. Pas de colère, pas d’excitation. Remington le lui avait dit : juste elle et la cible. Et aussi dur que ce soit, il fallait qu’elle l’oublie, qu’elle fasse le vide dans sa tête. Et elle n’était pas loin d’y parvenir quand elle leva enfin la carabine à bonne hauteur. Plus qu’à la caler contre son épaule et à soigneusement pencher la tête et ce serait dans la poche. Elle traça une ligne mentale entre la cible et le bout du canon pour déterminer la position la plus idoine. Puis elle pencha la tête pour que l’alignement soit parfait. Et il l’était. « Tu vas voir ce que tu vas voir » pensa-t-elle en son for intérieur. Elle ne voyait plus que la cible et sentait à peine les doigts de Remington sur son ventre, même si elle avait spontanément tendu tous ses muscles. Elle bloqua son souffle et…

Gémit. Elle venait de gémir et de tuer une malheureuse et innocente peluche qui trônait sur un promontoire… une chance que le gérant soit occupé à surveiller un groupe d’adolescents qui tiraient n’importe comment à quelques mètres d’eux. Le traître ! Il venait de l’embrasser dans le cou. Le cou ! Elle s’était faite avoir comme une bleue. Il retournait contre elle ses propres armes. Ça, c’était une vengeance pour le coup de l’entrejambe dans le box. Bon sang, un gémissement et un tremblement sous sa bouche et sous ses doigts. Impossible de cacher son émoi. Impossible de cacher l’effet fou qu’il lui faisait. Impossible de cacher que son corps prenait le dessus sur sa tête quand il posait ses mains expertes sur elle. Impossible de cacher qu’elle avait sans cesse envie de ne faire qu’un avec son corps. S’il n’y avait pas eu tout ce monde, elle aurait lâché la carabine, elle aurait caressé son cou pendant qu’il s’occupait du sien, elle aurait recouvert les doigts sur son ventre des siens, elle se serait retournée pour l’embrasser comme jamais, à ne plus pouvoir respirer, elle se serait assise sur le comptoir, elle aurait enlacé de ses jambes et de ses bras le corps de Remington, elle aurait glissé ses mains partout sur ses muscles, elle aurait défait sa ceinture, ses boutons de jean, elle lui aurait enlevé sa veste et son tee-shirt, elle l’aurait laissé la déshabiller dans un premier temps, avant de l’aider pour que ça aille plus vite, elle aurait…

Mais il était dans un lieu public. Avec plein d’adolescents en chaleur et d’enfants. Pour une fois, elle en vain à maudire la présence de ces enfants. Elle devait se ressaisir, elle devait laisser sa tête reprendre le contrôle de son corps. Laisser le froid de l’air et de la raison rééquilibrer son corps et son cœur échauffés.

« Espèce de traître vicieux… »

Comme elle, et alors ? Elle aurait dû dire ces mots d’une voix ferme, pour lui montrer qu’il ne gagnerait pas. Sauf qu’elle les sortit d’une voix chevrotante qui n’avait rien d’assuré. Mais elle ne voulait pas qu’il gagne si facilement, alors elle tenta de tendre l’arme à nouveau, mais les lèvres de Remington et la pointe de sa langue titillant sa chair provoquaient un incendie douloureux dans tout son être. Elle n’arrivait pas à respirer et sa poitrine se soulevait de plus en plus rapidement. Son cœur s’accéléra au point que toute synchronisation soit désormais impossible. Elle essaya quand même d’aligner l’arme, la cible et son œil tout en se mordant la lèvre inférieure. Elle avait mal partout, les bras engourdis. Plus aucune force dans le corps. Mais il fallait qu’elle le fasse.

Elle tremblait, tellement qu’elle dut baisser la main gauche et la poser, à travers son tee-shirt, sur celle de Remington. Puis elle la remonta et se repositionna. Elle passa sa langue sur ses lèvres, ferma brièvement les yeux, les rouvrit et appuya sur la gâchette.

Echec retentissant. Le plomb se nicha dans le mur, avec tous ceux des tireurs absolument pas doués. Moue d’enfant déçue. Elle posa la carabine et se tourna vers Remington, lui agrippant le tee-shirt pour la deuxième fois de la soirée.

« Tout ce que ça prouve, c’est que je ne suis pas plus douée que toi au jeu de la résistance. Pas que tu es plus doué que moi au tir. Je ne l’admettrai pas. »

Elle jeta un coup d’œil au gérant et aux autres joueurs. Aucun ne prêtait attention à eux, alors elle attira Remington contre elle et l’embrassa avec un savoir-faire mûrement prémédité, effleurant ses lèvres, caressant sa langue de la sienne sans s’y attarder. Tout son corps l’embrassait.

« Ok, je renonce au lapin bleu pour cette fois. Mais je demande à voir si jamais quelqu’un d’autre aurait l’idée de nous déconcentrer de la sorte. Tu as déjà eu ça toi, dans ta vie de soldat ? Une grosse brute qui viendrait poser ses mains n’importe où et t’embrasser dans le cou pour te faire manquer ta cible ? Si oui, il aura affaire à moi, je ne suis pas d’accord pour que d’autres trichent comme ça avec toi. »

Elle lui avait lancé ça à voix basse, entre deux baisers. Ça ne regardait personne d’autre après tout. Bon sang, il était fort. Elle aurait beau tricher, elle n’arriverait jamais à sa cheville, mais pour une fois, cela ne lui déplaisait pas de perdre, elle n’était même pas froissée dans son orgueil de mauvaise joueuse.

« Puisque j’ai perdu, je suppose que c’est à toi de décider pour la suite et que je devrais te suivre aveuglément. Alors très bien, je me remets entre tes mains baladeuses. Dis-moi à quelle sauce je vais être mangée. Punching ball ou marteau pour te moquer de ma force de moustique? Super looping pour me voir échevelée et m'entendre hurler ? Ou une autre partie si tu tiens à ton lynx inoffensif qui me consolerait les jours où tu ne serais pas sage ? »

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Mar 10 Avr - 20:42

Mes armes étaient différentes des siennes, nous le savions tous les deux. Pourtant, ce n'était pas parce que je n'étais pas le spécialiste en perversion contrairement à elle que je ne pouvais jouer au même jeu. Et ce n'était pas non plus pour autant que je n'y arriverai pas. Même si ça commençait par une simple main innocente posée sur son ventre. Même si elle disait que je ne l'arrêterai pas. Je savais quoi faire et j'allais le faire en sachant pertinemment que le plomb ne toucherait pas la cible visée. C'était petit et mesquin mais tant pis. Mon regard la suivit jusqu'à ce qu'elle se penche. Et quand je sentis qu'elle était sur le point de tirer, je me penchais à mon tour, me rapprochant davantage d'elle et mes lèvres se posèrent sur son cou et... Je ris.

Le plomb venait de se nicher dans une pauvre petite peluche qui n'avait rien demandé si ce n'était qu'à continuer à être exposée jusqu'à ce qu'une âme charitable la choisisse. Vu la mine qu'elle avait à présent, il n'y aurait plus grand monde qui voudrait d'elle. Plus personne en fait. Guère étonnant vu que Sonny venait de la tuer. Tueuse de peluche elle faisait ! J'avais réussi mon coup, elle avait raté la cible. Mieux même, juste au contact de mes lèvres sur sa peau, elle avait gémi. Je l'avais eu par surprise, j'étais fier de ma connerie. J'avais gagné. Mon étreinte ne se desserra pas, bien au contraire. Je la gardais plaquée contre moi, sentant les tremblements qui l'animaient. Je ne les mettais pas sur le coup de l'énervement, loin de là. Mais sur le compte de la frustration d'avoir raté, de s'être laissée avoir si facilement, de réagir à ce simple contact sur sa peau. Elle me traita de traître vicieux. Je souris à cette annonce.

« Je l'admets... Mais tu aimes ça. »

Et qu'on brûle tous les deux en enfer si elle déclarait penser le contraire. Elle pour mentir. Et moi juste pour ce que j'étais. Ma main quitta un instant son ventre juste pour attraper un plomb sur le comptoir et le glisser dans l'arme. Puis elle reprit sa position initiale Elle tenta de viser. Je sentis le tremblement qui animait toujours son être. Cette fois je n'attendis pas de l'avoir par surprise. A peine avait-elle penché la tête que mes lèvres se posèrent de nouveau sur sa peau. Ma langue la titillait. Elle n'y arriverait pas. Je le savais, son esprit ne pouvait faire abstraction de la torture à laquelle je la soumettais. Il suffisait de voir sa main qui vint recouvrir la mienne à travers son tee-shirt. Juste quelques secondes, pour tenter de se calmer. Espérant surtout se calmer et prendre le dessus. Mais son esprit ne prendrait plus le discours sur son corps. C'était écrit.

« Tu vas rater mon ange... »

Je lui glissais cette phrase près de son oreille, mon souffle effleurant sa peau. Puis je repris mon jeu, alternant la danse entre mes lèvres et ma langue. Jusqu'à ce que j'entende le bruit signifiant qu'elle venait de tirer. Je n'entendis pas celui de la cible qui tombait mais le bruit sourd annonçant que le plomb venait de se loger dans le mur derrière. Mes prunelles se levèrent dans cette direction pour avoir confirmation de son échec. Je ne me mis pas à rire, me contentant de sourire cette fois. Je lui jetais un œil et constatais qu'elle ne souriait pas. Elle avait la tête que je lui avais annoncé quelques minutes auparavant quand j'avais déclaré qu'elle allait perdre le duel.

« Désolé... »

Mais je ne l'étais pas du tout. J'avais gagné ce duel même si ce n'était qu'un jeu. J'avais réussi à la déconcentrer tout comme elle avait réussi à me faire rater en trichant de manière plus directe. Elle se retourna et en réponse à sa mine boudeuse, je lui souris. Je m'attendais à ce qu'elle reconnaisse sa défaite ce qu'elle ne fit pas. Non, au contraire, elle m'agrippa le tee-shirt, cela commençait à devenir une habitude chez elle ce soir là. Et elle reconnaissait être moins douée au niveau de la résistance et non du tir. Certes, elle n'avait pas tort. Peut être que dans le fond, si on comparait nos tirs, il se pourrait qu'elle vise mieux que moi. Sauf que ce qui faisait souvent la différence chez les tireurs, c'était la concentration. La capacité à oublier tout ce qui nous entourait pour avoir dans notre champ de vision que la cible. Cet unique but qui nous motivait.

Alors oui je lui donnais raison sur son raisonnement même si je ne l'exprimais pas à voix haute. Comment l'aurais-je pu de toute façon, elle m'aurait réduit au silence, une fois n'était pas coutume, avec le baiser qu'elle me donnait. Et que je lui rendais. Je sentais mon corps qui commençais à s'embraser à son contact. Si nous n'avions pas été dans un lieu public, je me serais laisser aller. Ma main se serait posée ailleurs qu'en bas de son dos. Mes lèvres auraient délaissé les siennes pour descendre et s'aventurer vers d'autres parties de son corps. J'aurais pris mon temps pour la déshabiller, parsemant chaque parcelle de peau de baisers. Jusqu'à ce qu'elle craque et me dise qu'elle n'en pouvait plus et voulait l'étape suivante. Celle qui nous menait vers des sommets de plaisir dont je ne soupçonnais pas l'existence. Et que j'atteignais pour la première fois depuis que j'étais avec elle. Elle me faisait tout oublier avec ses baisers. J'en oubliais même qui j'étais réellement au fond de moi, derrière cette face sombre que je lui cachais. Et les propos qu'elle me lançait à voix basse, entre deux baisers m'arrivaient comme s'ils provenaient du lointain.

« Jamais eu cette déconcentration non. Mais si une grosse brute était venue pour me déconcentrer, j'aurais aimé qu'elle ait ton apparence. La torture mentale pour garder ma concentration aurait été agréable. » Paradoxal, je le savais. « Attention, tu fais ta jalouse.. »

Entre deux baisers, je lui répondis à mon tour. Je me demandais de quelle façon la grosse brute aurait eu affaire à elle. Peut être une torture non physique car elle avait une force de moustique, mais plutôt mentale, par un flot continu de paroles. Peut être aussi en jouant de ses charmes et en se pavanant sous son nez pour réveiller son désir pour finalement le torturer. Hum, si c'était cette option, il ne valait mieux pas que je le sache car ça serait à moi que la grosse brute aurait affaire. Juste lui arracher les yeux, ça aurait été une gentille torture. Bref je m'égarais en commençant à glisser sur une pente de la jalousie et de la possessivité qui ne me ressemblait pas. Il fallait que je revienne à la suite du programme dont elle me laissait le choix.

« Il te consolerait souvent ce pauvre lynx. »

Simple constatation. Je faisais des efforts, pourtant je savais que je ne serais jamais l'homme idéal, celui dont les femmes rêvaient et qui exauçaient leur moindre souhait. Celui qui ne contrariait quasiment jamais et qui faisait en sorte d'éviter les disputes. Pas en s'abaissant pour donner raison à la femme, mais sans lui donner tort non plus. J'étais loin de cette vision, j'étais même à l'opposé. Je ne pouvais pas promettre d'être sage car je déraperai à un moment ou à un autre. M'écraser, retenir mon caractère, ce n'était pas possible pour moi. Alors j'émettais une simple constatation. Cette peluche la consolerait souvent, même si je m'en voulais de lui faire du mal. Mes yeux se portèrent sur le lynx. Puis sur le lapin bleu. Et finalement se posèrent sur la peluche déformée par l'impact du plomb durant un instant avant de revenir vers Sonny.

« Autre partie mais à deux et sans tricherie ? Pour gagner cette peluche que personne ne voudra adopter et qui sera laisser de côté à cause de sa différence ? »

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Mer 11 Avr - 0:16

Le jeu était lancé. Et ce serait encore lui qui allait gagner. Il le savait. Sonny le savait. C’était ainsi. Mais perdre sous des baisers et des caresses n’était pas déplaisant. Et il fallait bien admettre que c’était elle qui avait commencé, dans le box et là, en surélevant l’arme. Et pour une fois, Remington jouait. Pas de calcul froid. Un laisser aller. Total et ensemble. Et entre deux agressions sur son cou, Rem lui soufflait des paroles. Des moqueries gentilles, sans aucune intention de blesser ou de la faire sortir de ses gonds. Si elle n’avait pas un caractère de cochon, elle n’aurait même pas essayé de tirer. Elle lui aurait répondu et ce serait parti pour une joute verbale qui aurait fini par des baisers. Bien sûr qu’elle aimait ces jeux, bien sûr qu’elle aimait ses pièges sensuels… mais elle ne l’avouerait jamais… ou sous la torture de ses mains et de ses lèvres.

Deux échecs absolument indéniables. Et une non-reconnaissance de sa faiblesse. Mauvaise foi, parfaitement. Mais elle s’en fichait en réalité, et il s’en moquait aussi. Il avait ri. De sa connerie, certes, mais il avait ri. Il était en train de lâcher prise, et Sonny commençait à croire que finalement, c’était peut-être vraie ce qu’il lui avait dit. Peut-être que sans s’en rendre compte, elle le rendait vraiment heureux. Alors soit, si cela l’amusait, elle acceptait de perdre bien volontiers. Quant à jouer les grosses brutes pour le torturer mentalement, c’était déjà ce qu’elle faisait depuis plus d’un mois, non ?

« Je serai jalouse si je veux mon cher monsieur. Et maintenant que je sais tirer, les femmes qui s’approcheraient d’un peu trop près auraient intérêt à se méfier. »

Demi-aveu seulement. En vrai elle les aurait maudites jusqu’à la vingt-cinquième génération, elle aurait hanté leurs rêves jusqu’à ce qu’elles deviennent folles. Mais cela, autant que Remington ne le sache pas. Et puis pour l’instant, il avait au moins ce respect de ne pas se retourner quand une belle femme lui faisait du gringue. Et pour l’heure, c’était elle qui profitait de ses bras, de ses mains, de ses baisers, de son corps et de lui. De sa folie, de son caractère, de son désir de l’aider à se surpasser. Et cette part là de Remington réapparaîtrait bientôt. Il le lui avouait à demi-mot, en lui disant que le lynx en peluche la consolerait souvent. Il était sage ce soir, mais il ne le serait pas toujours. Parce qu’il fallait qu’elle s’endurcisse, parce qu’il était comme ça, parce qu’ils avaient tous deux des caractères forts qui empiraient en présence l’un de l’autre. Il ne plierait jamais face à elle et elle ne plierait pas face à lui. Ça c’était bizarre. Auparavant, elle se serait écrasée. Elle n’aurait pas chercher le conflit. Au contraire, elle aurait accepté de prendre tous les torts sur elle, elle aurait tout fait pour pacifier la situation. Mais cette attitude c’était non seulement le meilleur moyen de perdre Remington, mais c’était désormais impossible. Avec lui, c’était un combat permanent.

En tant que vainqueur de leur petit duel inoffensif, il avait le choix des armes pour la suite. Et Sonny s’y plierait. En maugréant, s’il l’obligeait à grimper dans l’un de ces engins de malheur, qui tournaient dans tous les sens et à toute vitesse. Il faudrait qu’elle ait le cœur bien accroché si elle se retrouvait là-dedans. Elle hurlerait à la mort, il se moquerait gentiment, en l’appelant « mon ange », ce surnom qu’elle affectionnait tant maintenant, en passant un bras autour de ses épaules pour l’aider à garder son équilibre. Mais si elle s’attendait à ce petit sadique, ou au coup du marteau, qu’il fallait frapper de toutes ses forces pour faire monter un poids qui heurterait une cloche, jeu qui prouverait aux yeux du monde entier sa force lamentable et qu’il connaissait très bien, Remington lui proposa en fin de compte une nouvelle partie.

Les conditions étaient attrayantes. Pas de triche et ils tireraient ensemble. Pour la peluche que Sonny avait tuée et mutilée. Paix à son âme. Mais d’ailleurs, qu’est ce qu’elle représentait ? Un ourson peut-être… difficile à dire pour être honnête. Mais il fallait bien qu’elle assume ses bêtises. Elle l’avait tuée, elle se devait de lui donner une nouvelle vie. Et Rem avait raison. Qui voudrait d’une peluche dans cet état ? D’un être blessé, d’un monstre ? Un autre monstre. Donc Sonny.

« D’accord. On va l’avoir cette peluche. Ce sera notre trophée. Mais je la veux vraiment, alors tu auras intérêt à rattraper mes bêtises et à être un professeur exemplaire. Allez, zou, pose tes mains où il faut et colle toi à moi, soldat, on a une peluche à sauver ! »

Et elle se tourna en mimant grossièrement un salut militaire et fit signe au gérant de leur apporter dix nouveaux plombs. Méthodiquement, elle plaça le premier dans le canon et elle sentit que Remington se plaçait derrière elle. Elle ne put réprimer un sourire. Voilà, elle était parfaitement heureuse à cet instant. Les mains de Rem vinrent se positionner sur les siennes, corriger leur position tout en les caressant. A nouveau elle se sentait en sécurité, là, blottie dans les bras de cet homme qui la surprenait d’heure en heure et de minute en minute. Elle aimait son contact, son souffle qui l’effleurait comme une douce caresse. Comme quoi, une activité théoriquement violente et meurtrière pouvait être l’occasion de se rapprocher et de se dire des choses belles et sereines.

Ainsi positionnée, Sonny aligna l’arme avec les cibles. Enfin, à sa hauteur à elle, parce que du point de vue de Remington, ça n’irait pas. Comment faire. Il fallait qu’ils coopèrent totalement, en se fiant aveuglément au jugement de l’autre.

« Je les ai. C’est aligné, j’en suis sûre… je ne sais pas quand appuyer… »

Pourtant le rythme était d’une régularité parfaite. Ce fut Remington qui appuya sur son doigt qui appuya sur la gâchette. Gagné. Et pour une fois, son souffle dans sa nuque ne la perturbait pas outre mesure. Elle ne faisait plus qu’un avec sa respiration, avec ses réflexes, ses gestes. Elle était un miroir parfait, un mimétisme exemplaire. Avec lui c’était facile. Les plombs partaient et trouvaient immanquablement leur cible. Au rythme de leurs cœurs. Bam-bam. BANG. Bam-Bam. BANG. Bam-Bam. BANG.

Les cibles tombaient une par une. Symbiose absolue. Sonny ne pensait même plus. Elle ne savait plus si elle contrôlait encore son corps ou si elle ne faisait que suivre Remington comme une marionnette. Puis soudain, ce fut fini. Plus de plomb sur le comptoir. Plus de cible encore debout. Mais Sonny n’eut pas envie de baisser l’arme immédiatement. Elle voulut maintenir le contact encore quelques secondes. Ses doigts, sans lâcher la carabine, se mirent à frôler ceux de Remington, dans un silence qui disait plus que ce qu’on aurait pu croire. Puis ils posèrent enfin l’arme sur le comptoir.

Le gérant les regarda bizarrement quand ils désignèrent la pauvre peluche qui semblait avoir vécu la guerre. Il devait surtout se demander comment elle s’était retrouvée dans cet état. Mais l’insistance de Remington et de Sonny eurent raison de ses doutes, et il leur tendit le pauvre ourson troué…

Allez savoir pourquoi, cette situation amusa Sonny. Une scène typique des vieilles séries télé, où deux adolescents allaient dans une fête foraine, où le garçon gagnait un prix qu’il offrait à la fille. Elle avait toujours trouvé cela stupide… et pourtant… ils ne valaient pas mieux. Et elle n’arrivait pas à se défaire du sourire qui fendait son visage, elle n’arrivait pas à faire disparaître les étincelles qui pétillaient dans ses yeux, elle n’arrivait pas à faire s’envoler les papillons dans son ventre, et cette agréable sensation de légèreté. Cette situation était un comble de ridicule et elle était heureuse…

Il fallait qu’elle le fasse… Il fallait qu’elle enfonce le clou. Elle n’y tint plus.. Elle s’éloigna de deux pas de Remington, plaça son ourson en peluche devant elle et se mit à chanter, d’abord calmement puis en sautillant de plus en plus :

Baby let me be, around you ev'ry night
Run your fingers through my hair
And cuddle me real tight
Oh let me be (Oh let him be) your teddy bear

I don't wanna be a tiger
'Cause tigers play it too rough
I don't wanna be your lion
'Cause lions ain't the kind you love enough
I just wanna be, your teddy bear
Put a chain around my neck and lead me anywhere
Oh let me be (Oh let him be)
Your teddy bear


Vive Elvis ! Et quand elle ne put plus chanter à force de s’épuiser dans une vieille chorégraphie toute pourrie et surtout qu’un fou rire la prit, elle prit son élan et se rua sur Remington. Elle voulait lui sauter dans les bras, qu’il la fasse tourner jusqu’à ce qu’elle en soit étourdie.

Sauf qu’elle s’arrêta à un millimètre de lui. Son épaule. Elle n’allait pas le casser plus qu’il ne l’était déjà. Alors elle s’était arrêtée juste à temps pour déposer un chaste et sage baiser sur ses lèvres.

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Jeu 12 Avr - 16:51

L'occasion m'était donné de profiter de la situation. Je pouvais l'emmener dans un manège à sensation pour l'entendre hurler et faire affoler son cœur. Je pouvais choisir un défi dont j'étais certain de pouvoir remporter la victoire et qui m'ouvrirait la porte pour je me moque d'elle. J'avais le choix, et bizarrement j'optais pour celui qui était le moins intéressé. Il n'avait rien de sadique, il n'y avait aucune moquerie ni de coup fourré derrière. Je voulais juste tirer. A ses côtés, sans rivalité et avec le seul objectif commun de gagner cette peluche qu'elle avait défiguré. Car personne ne voudrait d'elle. Les grands la trouveraient moche, les petits en auraient peur. Cet ourson déformé était une sorte de monstre. Nous avions ce point commun. Lui c'était physique, moi c'était mental. Et qui à part Sonny pouvait accepter un être tel que nous ?

Ma propre sœur n'acceptait pas ce que j'étais devenu. Elle avait même souhaité me tuer alors que je lui proposais mon aide. Certes, c'était pour tuer mon père adoptif mais ainsi, il ne propagerait plus le mal au tour de lui, atteignant ses proches comme une blessure qui s'étendait. On pouvait tenter de la ralentir mais ça ne servait à rien, le mal se propageait et la gangrène arrivait. Il ne restait plus qu'un seul choix, celui de couper le cordon, à la racine du mal. C'était ce que j'avais fait l'année de mes dix huit ans. Je m'étais coupé de Ben pour qu'il ne me ronge plus de l'intérieur. J'aurais aimé que Ellen fasse de même et emmène Jayden avec elle mais elle ne l'avait pas fait. Elle était trop sous l'emprise de cet homme. Et je ne pouvais revenir en arrière. Je refusais que le mal me ronge une nouvelle fois même si depuis, c'était d'autres formes de mal qui m'avaient atteint.

J'attendais une réponse à ma proposition et celle-ci ne tarda pas. Toujours sur cette tendance à la légèreté qui nous animait depuis un moment déjà. Son salut militaire était très mal fait. Il aurait fallu que sa main soit plus ferme, son bras plus haut. Il y avait tout un tas de petites corrections à faire mais peu importait en réalité. Je n'étais plus à l'armée et je ne voulais plus en entendre parler même si j'acceptais de lui parler de ce que j'y avais fait -du moins de ce qui pouvait être dit- et de ce que j'avais subi. Cette période était derrière moi même si j'en gardais des traces physiquement et moralement. J'aurais même pu garder une trace matérielle avec cette médaille qu'on m'avait donné, pour me récompenser de mon courage au combat soit disant – plus réellement pour avoir résisté à la torture et n'avoir rien dit qui aurait pu compromettre mon pays. Belle récompense du courage qui avait fini dans un feu avec toutes mes affaires militaires. Puis ce qui n'avait pas brûlé avait terminé dans une poubelle.

Je sortis un billet que je déposais sur le comptoir alors que le gérant nous amenait la série de plomb. J'ôtais mon bras de l'écharpe. J'eus l'impression qu'il pesait soudainement une tonne. Pour quelques minutes il tiendrait. Je le remettrai en écharpe après, je prendrai même des cachets même si je ne savais pas combien de temps s'était écoulé depuis la prise précédente. Mes mains glissèrent le long des bras de Sonny. Elles vinrent recouvrir ses mains, caressant sa peau au passage. J'aimais ce simple contact. C'était autour d'une carabine certes, mais je trouvais ceci plaisant. Et détendant. Nous faisions quelque chose que nous aimions tous les deux, partageant cette activité avec un but commun. Gagner cette peluche difforme. Il nous avait fallu un mois pour trouver une activité commune qui nous plaisait réellement à tous les deux, sans que l'autre soit obligé de prendre un peu sur soi et d'accepter. Car l'activité ne le dérangeait pas, mais il n'en raffolait pas non plus.

Mon corps se plaqua contre le sien. Je me penchais légèrement à mon tour, mon souffle effleurant sa peau. Mon regard était fixé sur les cibles. Je ne les avais pas en face de moi, je devais m'en remettre à sa vue et à sa visée. Ma respiration se calqua sur la sienne, à moins que ça ne soit l'inverse. Les cibles défilaient sous nos yeux. Il n'y avait plus qu'à repérer le créneau pour tirer. J'étais en décalage par rapport à l'alignement du canon mais je l'avais déjà. Je ne dis rien, la laissant se concentrer. Jusqu'à ce qu'elle m'annonce qu'elle était alignée mais ne savait pas quand tirer. Elle s'en remettait à moi, en mon jugement malgré le décalage que j'avais. Je laissais passer une petite poignée de secondes. Puis mon doigt qui recouvrait le sien sur la gâchette exerça une pression pour que le tir parte. La cible tomba vers l'arrière.

« Tu vises... Je tire... »

La première était touchée, il ne nous restait plus qu'à aligner les autres. Ce que nous allions faire. Malgré ce contact rapproché entre nos corps, nos attentions étaient tournées vers les cibles et non sur nos gestes. Elle ouvrit la carabine et je pris un plomb que je mis. Puis elle la referma et visa de nouveau. Je revins me coller contre elle. Nous répétions les mêmes gestes. Mes mains qui se posaient sur les siennes, Mon torse contre son dos. Sa tête qui se penchait. Mon souffle qui venait se caler dans son cou. Elle n'avait plus besoin de parler, et moi non plus. Je savais quand elle était alignée. Et une fois que c'était fait, je tirais. Les cibles tombèrent les unes derrière les autres. Plus de déconcentration, on faisait mouche à chaque fois, à deux. Le dernier plomb tiré, nous étions encore là, sans bouger. Ses doigts effleurèrent les miens. Je ne rompis pas cet instant. Mes lèvres se déposèrent sur ses cheveux pour l'embrasser.

Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'on se décide à se séparer. Il était temps à présent de choisir notre récompense. Ce fruit de nos efforts conjugués qui devaient être adoptés par nous. Le gérant s'approcha et demanda ce qu'on souhaitait. Il s'attendait sans doute au lynx ou au lapin bleu que l'on reluquait au début. La surprise se lut sur son visage quand on désigna d'un même geste la peluche difforme. Son regard était bizarre, peut être qu'il nous soupçonnait d'être à l'origine de l'état de l'ourson. Ou peut être nous prenait-il tout simplement pour des fous. Mais c'était celle-ci qu'on voulait et on ne plierait pas. Au contraire, on lui faisait une faveur en la choisissant. Il finit par nous la donner et l'ourson se retrouva entre les mains de Sonny. Je le regardais en me disant que vu de plus près, il paraissait encore plus horrible qu'avant. Enfin bref, nous l'avions eu et sans effort particulier.

Je la sentis s'éloigner soudain de moi. Je ne sus pas pourquoi mais je sentais qu'elle allait partir dans un délire. Comme ceux qu'elle me faisait partager quand nous étions chez moi et qu'elle était subitement animée par un grain de folie. J'aurais du parier. J'aurais gagné gros. Car elle plaça la peluche devant elle, me faisant face. Puis elle se mit à chanter. Du Elvis Presley. Alors, ça je ne m'y attendais pas. Une chanson et une chorégraphie pourrie ne m'étonnaient pas. Mais qu'elle connaisse cette chanson de Elvis en n'étant pas américaine si. Elle se dandinait devant moi tout en chantant. J'aperçus du coin de l'œil quelques personnes qui la regardaient bizarrement. J'avais dépassé ce stade à force de la voir partir dans ses délires.. Je me contentais de me mordiller l'intérieur de ma lèvre pour ne pas rire. Face à son ridicule, face à cet attendrissement qui me parcourait de la voir chanter et rire ainsi, oubliant tout et croquant la vie à pleine dents.

Elle s'arrêta de chanter quand le rire prit le dessus. Et là elle se précipita vers moi. Comme elle le faisait parfois. Et je la réceptionnais sans broncher, la serrant contre moi. Sauf que là, j'avais un bras en moins que je n'avais pas remis en écharpe encore. J'allais devoir prendre sur moi et résister au choc, mais j'étais prêt. Elle s'arrêta, juste devant moi. Sursaut de conscience en se rappelant que j'étais blessé ? Possible. Son attitude contrasta avec la folie qui l'avait animé quelques secondes auparavant. Elle se contenta de déposer un baiser sur mes lèvres. Mes bras s'enroulèrent autour de sa taille. Mon bras gauche me fit mal mais je ne bronchais pas, laissant percevoir une grimace à peine visible.

« I just wanna be your teddy bear. »

C'était bien ça que j'étais censé dire non ? La dernière phrase de la chanson qu'elle n'avait pas encore prononcé. Mon regard se posa sur l'ourson qui se retrouvait coincé entre nos deux corps. Vraiment horrible décidément. Puis mes prunelles remontèrent jusqu'à se plonger dans son regard noisette. J'étais toujours aussi détendu malgré mon épaule douloureuse. Mon regard n'était plus froid ni sombre comme il l'était habituellement. Et c'était à elle que je le devais.

« Direction la maison hantée ? Juste pour le plaisir de t'entendre crier quand tu sursauteras. Et aussi pour en profiter pour te prendre dans mes bras à chaque fois. Autant joindre l'utile à l'agréable. A moins que tu veuilles rentrer ? »

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Jeu 12 Avr - 20:26

Oublier tout, juste pour quelques minutes. Rire, être heureuse, amoureuse. Etre folle. Ce soir, elle pouvait faire tout cela. Et que ce soit avec lui, ça démultipliait son bonheur. Parce que ses éclats de rire, ses coups de folie, ses danses ridicules, ses jeux sensuels, ses coups de colère n’avaient aucun intérêt et aucune saveur, si elle ne les vivait pas avec Remington. Elle voulait tout partager avec lui. Et peut-être qu’elle se trompait, mais elle avait l’agréable impression qu’il finissait par prendre goût à leurs activités communes et à son caractère extraverti. L’espace d’un instant, elle s’était demandé si sa petite danse et son tour de chant ne le mettraient pas mal à l’aise. Elle, elle se fichait de ce que les gens pouvaient penser d’elle. Qu’ils se moquent, qu’ils la prennent pour une folle, elle ne les reverrait jamais de toute façon, et leur avis ne comptait pas. Mais Remington n’était pas du genre à aimer sentir peser les regards sur lui. Et en faisant l’idiote, elle attirait forcément l'attention sur eux deux. Pourtant il souriait et ce qu’il y avait dans son regard, ce n’était pas de la colère envers elle ou de la gêne. C’était de l’amusement, et un je ne sais quoi d’autre.

Elle sentit ses bras enlacer sa taille alors qu’elle venait de l’embrasser bien sagement bien qu'elle eût voulu lui sauter au cou. Et ce qu’il lui dit lui fendit le visage d’un sourire encore plus grand que celui qu’elle affichait déjà, si c’était possible. Alors il connaissait les paroles. Et il se proposait d’être son « teddy bear », son ourson ? Rien qu’à imaginer cela, Sonny en rit.

« C’est très tentant… d’avoir un ourson à serrer contre moi quand ça n’irait pas, qui viendrait dans mon lit à chaque fois que j’en aurais envie. Et puisque tu te proposes… »

Mais elle regarda sa peluche. Leur peluche. Leur monstre qui ne pouvait être adopté que par eux. Qui d’autre aurait pu vouloir de lui. Les gens n’aiment pas ce qui est différent. Qui était mieux placé que Rem et Sonny pour demander cette peluche, eux qui étaient si éloignés des gens dit « normaux », tant biologiquement que mentalement ? Une de ses mains se dégagea de l’étreinte de Rem et agita leur Teddy Bear.

« Mais je crois que je le préfère… Comprends-moi… regarde sa bedaine poilue et son œil complètement explosé. Comment je pourrais résister à son charme naturel ? »

Ses prunelles croisèrent celles de Remington. Se doutait-il seulement de ce qu’elle ressentait ? Qu’elle ne voudrait jamais qu’un autre homme lui serve de teddy bear ? Qu’il n’y avait que lui qui comptait ? Qu’il n’y avait que dans ses bras qu’elle était bien ?

Il lui proposa d’aller faire un tour à la maison hantée… pour la consoler quand elle aurait peur. Pour la prendre dans ses bras au moindre sursaut. Sonny n’osa pas lui avouer que les trains fantômes et autres mascarades soi-disant hantées ne lui faisaient aucun effet, mais la perspective d’avoir une excuse toute trouvée pour se coller à lui et ne plus bouger de ses bras lui plaisait assez. Et puis, simuler une petite frayeur une fois de temps en temps, ça ne serait pas la mort. Alors elle accepta et lui murmura…

« Me faire peur pour me garder dans tes bras. De deux choses l’une, soit tu es vraiment sadique, soit ma soi-disant perversion déteint trop sur toi. Mais soit. Et puis si ça tombe, c’est toi qui auras peur et moi qui devrais te consoler. »

On n’y croit pas une seconde. Bref. Il lui avait laissé le choix après tout. Ils pouvaient rentrer et passer à une toute autre étape de la soirée. Il la prendrait dans ses bras et profiterait aussi de ses hurlements… Aussi tentant que ce soit, ils s’amusaient trop. Et elle était sur un petit nuage, alors certes il l’emmènerait au septième ciel, mais elle voulait faire durer ce moment, parce qu’elle ne savait pas s’il se représenterait de sitôt. Et pour le reste, ils auraient tout le temps nécessaire.

Alors bras dessus, bras dessous, ils prirent la direction de la maison hantée. Le décor extérieur était plutôt bien fait, et assez impressionnant pour une installation éphémère. Elle donnait l’impression d’un vieux manoir aux lattes rongées par le temps. Des fausses toiles d’araignée parsemaient les murs, ainsi que des insectes en plastique. Et de l’extérieur on pouvait entendre les « houuuuuuuuuuuuuuuuu » des fantômes censés hanter la maison. Et déjà, dans sa tête, elle répétait les vrais-faux cris d’effroi qu’elle pousserait de temps à autre, bien innocemment.

Ils se dirigèrent résolument vers le guichet et payèrent deux tickets avant de pénétrer dans l’antre mystérieuse. La pièce était plongée dans l’obscurité. Ah non… quelques fausses bougies… des ampoules électriques, il en faudrait plus pour effrayer Sonny. La seule réaction qu’elle eut fut une réaction de dégoût quand elle eut l’impression de traverser une toile d’araignée. Et ils avancèrent main dans la main à travers les différentes pièces… des squelettes qui surgissaient d’une armoire, des éclairs multicolores aveuglants, des systèmes de soufflerie qui se déclenchaient par détection de mouvement. Décidément, ce n’était pas très probant… Pourtant, il y avait des gosses sur qui apparemment cette mascarade faisait de l’effet, parce qu’on les entendait hurler d’ici. Une fille surtout, au hurlement suraigu.

Alors, Sonny se tourna vers Rem et prit un air terrifié mais outrageusement joué. Elle se mit, de la voix la plus aigu dont elle était capable, à crier :

« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhh ! Remingtoooooooooooooon ! J’ai trop peur ! Sauve moiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. »

Et elle se cacha dans ses bras, faisant signe à Rem de garder le silence et d’écouter. Elle voulait savoir si la fille qu’elle venait ouvertement de singer l’aurait bien entendue … Et vu les doux noms d’oiseaux qui leur parvinrent cela ne faisait aucun doute. Ce qui la fit bien rire. Puis elle entendit un groupe qui allait arriver. Des gamins… Bon, puisque cette maison ne faisait pas peur du tout, autant s’amuser un peu. L’œil malicieux, elle fit signe à Rem de la suivre. Elle se cacha dans un recoin et guetta leur arrivée. Dès qu’elle les vit, elle tira la langue à Remington, signe qu’elle allait faire une grosse bêtise, et sauta devant eux en hurlant à la mort. Les gosses détalèrent en criant et en manquant de se faire dessus. C’était épique. Et Sonny qui n’en pouvait plus de rire.

Sauf que ses bêtises à répétition n’étaient pas passé inaperçues et ils entendirent l’un des gérants de l’attraction arriver en râlant.

Citation :

Bande de sales gosses ! Vous allez arrêter de faire les p’tis cons ou je vous vire à coup de pied au cul. Où vous êtes, sortez d’ici tout de suite ! dehors !

Mais Sonny n’avait envie de partir et cela l’amusait trop. Alors que la menace se rapprochait dangereusement, elle prit la main de Remington et se mit à courir dans les couloirs sombres de la maison hantée. Mais à part sortir d’ici à toute vitesse, quelle autre solution avaient-ils ? Et non, décidément, Sonny avait décidé d’être désobéissante ce soir. Sales gosses… Il les prenait pour des gamins de treize ans ou quoi ? Bon, ok, le comportement de Sonny n’était pas super mâture… et elle allait lui donner raison.

Lassée de ne pas trouver d’échappatoire et sentant que le gérant se rapprochait, Sonny remarqua un coin sombre, une ouverture dans les panneaux du décor. Les coulisses, en quelque sorte, où elle poussa Remington. Le coin était étroit, un millimètre près et la lumière dévoilerait leur présence. Il était aussi encombré, des caisses en bois, des cordes, des poulies, tout ce qu’il fallait pour faire fonctionner la machinerie.

Sonny poussa Remington contre le panneau, dans la zone encore obscure, à côté du passage censé être invisible aux visiteurs. Et elle se colla à lui pour rester invisible au méchant rabat-joie. Elle souriait toujours. Une vraie gamine. Elle déposa un baiser dans le cou de Remington avant de tendre le sien pour voir où était l'horrible croque-mitaine. L’entr’apercevant, elle dégagea son visage de l’ouverture et se blottit un peu plus contre le torse de Remington.

"Tu entends ? T'es un sale gosse et ce n'est pas moi qui le dit pour une fois", murmura-t-elle dans un souffle.

Finalement, contrairement à ce qu’elle avait pu croire quelques temps plus tôt, au club de tir, elle n’avait peut-être pas tuer la part d’enfant en elle. Cette puissance de légèreté et de stupidité était plutôt bien ancrée en elle et cela la rassurait. Cette part là, de joie de vivre, était ce qui la maintenait debout, tous les jours de sa vie. Elle lui devait sa survie. Et allez savoir pourquoi, elle sentait que tant que cette part d’elle subsisterait, elle pourrait toujours s’en sortir et tout affronter. Et surtout, cette part de gaminerie et de bonheur semblait ne pas déplaire tant que cela à Remington et pouvait peut-être contribuer à le rendre heureux… alors soit… être libres et heureux encore un peu…

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Sam 14 Avr - 17:06

Ce sourire qui fendait son visage. Quel contraste avec la tête qu'elle avait eu durant la séance de tir. Est-ce que c'était vraiment moi qui provoquais cette réaction chez elle ? Je me savais capable du pire, de lui faire mal mentalement, d'éveiller la colère voir même la haine à mon encontre, tout comme la peine. Mais un sourire en reprenant une simple phrase de chanson ? J'avais peut être des qualités insoupçonnées, que même moi j'ignorais. Les défauts étaient de toute façon si facile à voir par rapport à ce qui était bon en nous. Un gros pourcentage de la population ne voyait que ce qui n'était pas bien chez eux, et pour certaines choses concernant ma vie personnelle, je reconnaissais en faire parti. Pour le côté professionnel, c'était une autre histoire car j'avais une confiance en moi inébranlable, me laissant guider simplement par mon cerveau et non par mes émotions.

Et mes émotions à cet instant m'avaient poussé à prononcer cette dernière phrase de la chanson. Il n'y avait aucune réelle intention dans celle-ci. Je me prêtais simplement au jeu auquel elle aspirait. Mais elle le prit autrement, et je n'eus pas le courage de démentir ses propos. Elle était si heureuse que je ne pouvais pas lui dire que je souhaitais pas être son ourson, que c'était de simples paroles de chanson comme d'autres que j'aurais pu sortir. Heureusement, elle préféra notre Teddy Bear à serrer contre elle quand ça n'irait pas. J'approuvais complètement son choix. Il était horrible mais au moins il ne parlait pas. Il ne risquait pas de lui faire du mal en dérapant à un instant où l'on s'y attendrait le moins. Teddy Bear était peut être défiguré mais en consolation, il serait certainement plus doué que moi, un vrai maître en la matière, ce que je ne serai jamais. Nos regards se croisèrent alors. Je préférai la voir avec cet ourson dans les bras plutôt que de pleurer dans ceux d'un autre. J'aurais pourtant aimé être celui qui la consolerait de tout mais ma rationalité m'en empêchait. Je me sentais bien dans ses bras mais j'étais également celui qui la faisait souffrir. Je reconnaissais le paradoxe pourtant je ne l'expliquais pas. Certaines choses ne pouvaient être expliquées, comme les croyances pour un être supérieur, ou en l'existence de petits hommes verts. Qui étaient gris d'après certaines théories qui étaient encore moins bien fondées que les précédentes.

Il valait mieux rester dans quelque chose de concret qui mettrait moins à mal mon esprit et mon raisonnement. Comme un tour dans la maison hantée de la fête. Ou tout simplement rentrer à la maison. Deux choses concrètes, aux perspectives différentes mais qui m'éviteraient de trop penser. Je me demandais comment mon esprit pouvait encore être en ébullition alors qu'il y avait tant de bruit qui nous entourait. Il me fallait du calme en général pour réfléchir, pas toute cette effervescence. Et puis cette fichue épaule qui me faisait souffrir. Cela faisait plusieurs mois que je n'avais pas souffert autant le martyr mais ça jamais je ne l'avouerai. Je préférai souffrir en silence et prolonger cette soirée plutôt que de rentrer et me reposer. J'étais légèrement masochiste sur les bords, il n'y avait pas besoin de me le dire. Et apparemment soit j'étais vraiment sadique, soit je devenais aussi pervers qu'elle. Peut être un mélange des deux ? La perspective que ça soit moi qui sursaute dans le noir et qu'elle me sert dans ses bras me fit sourire.

« Je suis sadique et tu me rends encore plus pervers. » soufflais-je juste avant de l'embrasser.

Il fallait bien reconnaître que j'étais pervers à la base. Qui ne l'était pas ? Les anges n'existaient pas, nous avons tous une part de perversion en nous. La différence, c'est qu'au contact de certaines personnes, celle-ci est accentuée ou freinée. Et Sonny accentuait ma perversion en rajoutant la sienne. Ce qui ne me déplaisait pas, le contraire aurait été mentir. Je me détachais alors pour remettre mon bras en écharpe. Et je lui tendis l'autre pour qu'on se mette en route en direction de cette maison hantée. Il fallait encore traverser la foule, accepter de se faire bousculer de temps à autre. Mais je n'eus pas à supporter cette épreuve cette fois car je ne la vis pas passer. Ce ne fut qu'une fois devant la maison hantée que je me rendis compte que je n'avais pas analysé les personnes autours de nous, que je n'avais pas cherché un geste suspect qui pourrait représenter un danger. J'avais baissé la garde, ce qui ne m'arrivait quasiment jamais.

Après avoir acheté nos billets, l'antre s'ouvrit à nous. Le décor était plutôt bien fait, en tout cas il me plaisait à défaut de me faire peur. Plus c'était dégoûtant en fait, et plus ça me convenait. Ma main restait dans celle de Sonny alors que nous avancions à travers la pièce. Je la sentis s'arrêter. Mes prunelles se tournèrent vers elle et je vis sa mine à la vue de ce qui semblait être une toile d'araignée. Je lâchais sa main pour la toucher. Elle semblait si réelle et pourtant. Ce n'était qu'un simple décor. Ça m'apprenait au moins une chose, elle n'aimait pas les insectes en général ou simplement ce qui semblait être dégoûtant. Je haussais simplement les épaules, m'arrachant une grimace de douleur vu que j'avais encore oublié ma blessure et nous poursuivîmes notre route. Jusqu'à ce qu'un cri me transperce les oreilles. Une folle était en train de hurler dans une autre pièce. Elle hurlait à la mort pour une simple maison hantée.

Je n'en croyais pas mes oreilles. Même mes victimes ne faisaient pas autant leur chochotte quand je leur ôtais la vie. Au second cri qu'elle poussa, j'eus l'irrésistible envie de quitter notre pièce et de la rejoindre. Pour la faire taire. La maison hantée était sombre, personne ne verrait si elle venait s'empaler contre un objet pointu. Un accident du à un sursaut de peur. Elle aurait reculé, et se serait pris un objet. Conclusion qu'aurait pu tirer le légiste après son autopsie. Mes envies sombres me reprenaient, c'était bon signe. Même si je ne le ferai pas car le simple fait que le hurlement de cette fille m'horripile ne suffisait pas pour que je la tue. Sans contrat, je ne tuais pas à moins d'extrême urgence. Encore un cri. J'étais sur le point de soupirer de dépit quand je vis la mine de Sonny. Ah non, elle n'allait pas s'y mettre. Et si.... Elle se mit à hurler à son tour, prenant une voix suraiguë que je ne lui avais encore jamais entendu. Puis elle se blottit dans mes bras, me faisant signe de me taire. Ce que je fis, écoutant. Et la voix de la fille arriva jusqu'à nos oreilles. Pas de peur cette fois, elle en avait après Sonny.

« Tu t'es fait une amie... »

Elle était censée avoir peur mais fort était de constater que cette maison ne nous effrayait ni l'un ni l'autre. Alors il allait falloir passer son temps autrement jusqu'à la sortie et je ne doutais pas qu'elle allait trouver une pitrerie à faire. C'était super logique et il ne pouvait en être autrement car elle était trop heureuse pour ne pas faire de gaminerie. Et moi qui acceptais ça, j'étais loin de celui qui allait bientôt entrer dans la trentaine quand j'étais à ses côtés. Surtout ce soir là. Main dans la main, elle nous guida jusqu'à un coin sombre. Puis elle lâcha ma main et me tira la langue. Je poussais un léger soupir. Advienne que pourra. Autant la laisser faire. Elle sortit brusquement de l'ombre en hurlant, faisant peur aux gosses qui déguerpirent en courant. Elle riait aux éclats, tandis que moi, j'étais consterné. Elle était vraiment désespérante. Pourtant j'avais un mince sourire aux lèvres. Certes sa connerie, je ne la ferai pas, mais je l'approuvais, ce qui était sans doute pire.

Une voix retentit. Sûrement celle d'un gérant qui nous prenait pour des gamins qui mettaient le foutoir dans son attraction. J'étais déjà prêt à l'affronter, pour lui expliquer le plus calmement du monde que ce n'était pas nous. Que nous étions des adultes responsables mais qu'ils nous avaient semblé avoir vu les fautifs partir en courant. Je lancerai un regard à l'homme qui serait sans appel. Il n'aurait pas d'autre choix que de me croire ou de faire semblant. Le plan était déjà dans ma tête mais apparemment pas dans celle de Sonny. Elle m'agrippa par la main pour m'entraîner à sa suite. On se mit à traverser les couloirs, ne se préoccupant plus du décor qui nous entourait. Elle n'était même plus dégoutée par les toiles d'araignées qu'elle traversait. Je n'avais pas d'autre choix que de la suivre dans sa bêtise alors que le gérant nous poursuivait. Je tombais décidément dans une autre dimension et si je racontais cet épisode à Brennen, jamais il me croirait. Ou alors il me demanderait ce que j'avais bu ou fumé.

Elle me tira alors sur le côté, dans un recoin que je n'avais pas remarqué. Il était sombre, c'était l'envers d'un décor. Il était à peine visible et j'étais passé à côté. Pourtant pas elle. Il n'y avait pas beaucoup de place pour y entrer, ni même à l'intérieur. Je la sentis qui me plaquait contre un panneau. Elle se colla à moi et je passais mon bras autour d'elle. Je sentis ses lèvres se poser sur mon cou. Je guettais l'arrivée du gérant et ne m'y attendis pas. Un frisson me parcourut au contact de ses lèvres sur ma peau. Elle jeta un œil par l'ouverture avant de revenir se plaquer contre moi. Collés l'un contre l'autre, on ne bougeait plus. Je sentais son souffle chaud dans mon cou. Sale gosse moi ? Non, en général ce n'était pas ça qu'elle me disait sous le coup de la colère mais plutôt abruti ou crétin fini. Mes doigts se posèrent sous son menton pour relever son visage vers moi.

« Tu sais ce qu'il te dit le sale gosse... Que si tu continues, je vais t'entrainer sur une mauvaise pente dans ce coin sombre. Et il faudra que je te bâillonne à coups de baisers pour t'empêcher de crier de plaisir, sinon tu attireras l'attention du gars sur nous.. »

Ma main remonta alors jusqu'à sa joue. Je couvris la distance qui séparait nos visages pour prendre ses lèvres. Un simple baiser au départ, qui ne tarda pas à s'approfondir. Ma langue cherchait la sienne pour la titiller. Puis mes lèvres quittèrent les siennes pour couvrir son visage de baisers, avant de revenir inlassablement sur ses lèvres. Entre deux baisers, je lui murmurais...

« Alors tu continues ou tu stoppes... »

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Sonny Malone

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MessageSujet: Re: Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]   Sam 14 Avr - 20:18

Son cœur battait vite. Très vite. Comme si sa vie était en jeu. Alors qu’il ne s’agissait que d’une bêtise, d’une gaminerie. Mais elle se sentait revivre. Et cela lui faisait du bien de sentir son cœur cogner contre sa poitrine. Et Remington qui avait joué le jeu, qui l’avait suivie dans son délire. Elle se demandait combien de filles il avait emmenées dans ce genre d’endroit, dans son adolescence. Et si certaines avaient fait comme elle à l’instant : le cacher dans un coin sombre et se coller ainsi à lui. Hum… mieux valait ne pas y penser, mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander s’il avait eu comme elle ses coups de folies joyeuses par le passé, ou s’il avait toujours eu ce sérieux et cette gravité qui le caractérisaient ? Même si là, dans son regard, il y avait autre chose. Une lueur d’amusement. Une lueur de désir. Une lueur de folie. Comme lorsqu’il avait avoué être sadique et pervers à cause d’elle.

Et les propos qu’il lui tint ne firent qu’accentuer cette lueur de déraison et de bêtise qui allait venir. Et c’était elle la perverse ? Il la menaçait grosso modo de lui faire l’amour là, comme ça, ici. Au nez et à la barbe de tout le monde. Mais il était complètement fou en fait ? Dans le box, au club de tir, passe encore. C’était fermé, insonorisé, mais ici… En plus, là bas, il l’avait mise en condition. Là…

Ah eh bien là, il allait la mettre en condition aussi apparemment. Parce qu’il passa une main sur sa joue et l’embrassa sans crier gare. Un baiser. Un baiser sur les lèvres. Puis un baiser plus intense, et encore plus profond. Un baiser qui ne se contenta plus des lèvres. Un baiser qui disait tout du désir naissant entre eux. Et une langue qui accentuait les sensations. Un autre baiser qui quitta sa bouche pour son visage. Et elle qui lui répondait en posa ses lèvres où elle pouvait : commissure, joue et même menton. Ce genre de baisers, qui revenaient systématiquement aux lèvres, mêlant leurs souffles comme s’ils ne pouvaient respirer que l’un par l’autre, les menaient inlassablement et inévitablement plus loin. Leurs corps allaient s’embrasser, s'embraser, ne faire plus qu’un, leurs lèvres se poseraient partout où elles le pourraient, comme pour dévorer le corps de l’autre. Leurs doigts caresseraient leur chair avant de se crisper dessus comme pour se rattraper de leur chute vertigineuse là où la raison n’avait plus sa place.

Oui, un simple baiser chez eux ne restait jamais pur et innocent bien longtemps. Un baiser de ce genre les conduisait automatiquement à des sommets de plaisir, où la moindre parcelle de leur corps serait électrisée sous une délicieuse torture, où leur respiration se ferait difficile. Et la série de baisers qu’il lui donna aurait pu ouvrir grand la porte vers l’orgasme assuré… s’il s’était contenté de se taire.

Sérieusement ? Il voulait jouer à ce petit jeu ? Comme tout à l’heure dans le box ? Comme au stand de tir ? Il voulait éveiller son corps au désir le plus absolu, la faire avancer jusqu’aux limites de la raison et de sa capacité de résistance ? Pour quoi faire ? Pour que ce soit elle qui craque la première ? pour qu’il puisse satisfaire à son envie et la traiter de perverse après ? Il savait jusqu’où la mener pour qu’elle perde pied et qu’elle cède aux appels de son corps, et il jouait souvent là-dessus. Sauf que là, il abusait. Il l’avait frustrée trop de fois pour ce soir. Cela n’allait pas se passer comme ça.

Etait-ce lui qui déteignait sur elle ? Voilà que sa raison lui revenait en pleine tête comme un boomerang. Voilà que même entre ses mains et sous ses baisers, elle était capable de discerner ses plans diaboliques… et peut-être même d’en concocter… Qui sait. Son influence sur elle allait peut-être jusque là, jusqu’à s’infiltrer dans son esprit. S’il voulait de la perversion, à lui d’assumer que diable !

Mais pour l’heure, autant jouer encore un peu.

« Ici ? Dans un lieu public. Vous êtes un pervers Remington Pillsbury. Et pire que moi, soyez-en sûr. Mais vous allez voir comment je traite les sales gosses. »

Elle l’agrippa violemment. Tant pis pour son épaule. Elle l’embrassa avec ardeur. Lèvres particulièrement actives, langue tout spécialement cruelle avec celle de Remington. Puis elle le tira vers elle, tout en reculant légèrement. Tendrement, elle mordilla les lèvres de Rem, puis fit glisser sa langue dans son cou. Elle reculait encore puis elle sentit l’obstacle tant désiré. La caisse en bois. Elle savait bien qu’il y en avait une. Sa main droite maintenait le cou de Remington penché vers elle, et de sa main gauche, elle brassa l’air avant de toucher enfin le rebord de la caisse. Elle s’y appuya et sauta dessus. Bien. Elle était confortablement assise à présent. Enfin, confortablement, façon de parler. Mais cela ferait l’affaire.

De sa main droite, toujours dans le cou de Remington, elle l’attira tout contre elle, de sa main gauche, elle le tirait par le tee-shirt tandis qu’elle s’allongeait de tout son long sur la caisse. Et elle ne pouvait s’empêcher de l’embrasser, encore et encore. Ses jambes s’écartèrent pour mieux s’enrouler autour des hanches de son amant. Son corps se cambrait naturellement, instinctivement pour épouser celui de Remington. Ses mains décidèrent alors de bouger toutes seules, et de se glisser sous le maillot de Remington, pour aller caresser ses abdos, ses hanches, son dos.

Elle avait envie de lui, c’était indéniable. Et lui aussi, sans aucun doute. Alors elle se redressa et lui enleva sa veste qu’elle fit tomber sans ménagement au sol, avant de défaire l'écharpe qui soutenait son bras endolori. Puis elle attrapa le rebord de son tee-shirt et le remonta jusqu’à ce qu’il en soit débarrassé. Bon sang qu’il était beau. Malgré la pénombre, elle devinait son torse qu’elle connaissait par cœur. Et elle y fit glisser une main baladeuse et laissa son œil se délecter de ce spectacle à peine gâché par son pansement à l'épaule… Elle l’embrassa de nouveau avec fureur puis le lâcha, avant de se rallonger.

Mais cette fois, elle ne l’attira pas contre elle. Elle le regarda droit dans les yeux. Puis sa jambe droite glissa lentement, se déroulant, quittant les hanches de Remington. Et elle plaqua son pied contre le torse nu de son cher et tendre.

« Désolée, tu m’as trop frustrée pour ce soir. Et vu l’état dans lequel tu es… je crois que tu ne seras pas à la hauteur. »

Et elle déplia sa jambe sans violence mais fermement, repoussant Remington de quelques centimètres. Se souviendrait-il de cette allusion ? De cette phrase qu’elle lui avait lancée jadis et avec quel plaisir il lui avait démontré son erreur ?

Un air de défi dans le regard… elle avait cette étincelle dans les yeux qui hurlait à Remington « alors, tu continues ou tu stoppes ? ». Parce qu’elle aussi pouvait relever les défis même si elle n'en avait pas du tout envie, elle aussi finalement pouvait résister à ce douloureux et délicieux appel de la chair pour gagner un défi. Elle aussi pouvait les frustrer tous les deux, s’il refusait de céder et de plier, d’avouer qu’il était plus pervers qu’elle et qu’il n’avait pas le moins du monde envie de se contrôler…

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Shoot to thrill - Partie 1 [Terminé]

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