..../...................../.....................................................................



 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Dunney H

Invité

avatar


MessageSujet: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Lun 13 Fév - 14:17

14 octobre, 10 heures du matin. Fin des réserves alimentaires.

Il y avait quelque chose dans ce jeu qui avait réussi à capter son attention depuis trois semaines. Ce n'était pas le scénario principal, dont toutes les solutions étaient en ligne dans leur moindres détails. Ce n'était pas la qualité des graphismes, qui était nettement inférieure à celle atteinte par le jeu sensé lui succéder. Ce n'étaient pas non plus le marchandage, qui était aussi disponible dans la version ultérieure. Et encore moins le système des changements de niveau qui l'horripilait au plus haut point. Un jeu où dormir était nécessaire pour progresser, c'était logique. Mais très agaçant. D'autant plus agaçant qu'il n'avait pas beaucoup de patience pour les choses simples. Simples comme passer du niveau un au niveau deux. Il était actuellement au niveau trois en moyenne et s'en sortait plutôt bien. Son objectif, finir le jeu sans mourir et donc sans sauvegarder, avait quelques chances d'être atteint.

Mais pour ça il fallait être méthodique. Il n'aimait pas vraiment ça. De toutes ses forces, il haïssait de se concentrer là-dessus. Il aurait été plus simple de s'abrutir joyeusement sur un de ces prototypes de jeux en lignes à visée lucrative dont les personnages étaient d'une basicité telle qu'une statue eut été plus expressive. Tout ça pour un scénario unique et sans surprise, où rien dans les actions disponibles ne supportait d'alternative. Des jeux d'un ennui mortels, qui lui auraient mis le cerveau en bouillie. Mais il avait trop de fierté encore pour en arriver là. Certes, ce jeu-là lui mettait aussi le cerveau en bouillie. Vu le temps qu'il passait dessus. Mais au moins, il était cohérent et diversifié. Holster avait passé une semaine à réfléchir sur son personnage de départ. Il avait recensé toutes les caractéristiques de race, classe et signe du zodiaque afin de les croiser pour avoir une idée de tous les résultats possibles.

Ses statistiques lui avaient pris un moment et il avait dû amorcer des parties pour se faire une idée des effets réels indiqués pour chacune de ces caractéristiques. Pour plus de sûreté, il avait éliminé d'office tous les signes qui permettaient apparemment de se battre plus facilement, gageant que le niveau allait monter et que ces pouvoirs ne risquaient pas de lui être réellement utiles par la suite. Optant finalement pour un Rougegarde sous le signe de la Dame, il avait encore passé un moment à se prendre la tête au sujet de la classe. Afin de trancher, il avait entamé trois parties. Une en tant que barde, l'autre en tant que mage de guerre, et la dernière comme chevalier. De fait il avançait très lentement dans les trois. Le fait de lire tous les livres disponibles ne facilitait pas sa rapidité : il était toujours à Seyda Nihyn. Seul le mage avait débarqué à Balmora, et il était mort peu de temps après en sautant d'un toit. Holster avait décidé d'effacer la partie.

On ne pouvait pas mourir deux fois dans la réalité. Alors dans le jeu non plus.

Suite à cet incident, il avait été dormir, se maudissant d'avoir encore autant besoin de sommeil, et s'était réveillé cinq heures plus tard, vers huit heures du matin. N'ayant d'abord pas faim, il était retourné sur son ordinateur, qu'il n'avait pas quitté en 110 minutes. Il s'était ensuite dirigé vers le réfrigérateur,mais ce fut pour le trouver vide. Il l'avait oublié, avec tous ses motifs de dépression, mais il fallait qu'il embauche quelqu'un pour s'occuper de l'appartement. Autant il pouvait envoyer seul ses costumes aux bons soins d'entreprises spécialisées dans leur entretien, autant les tâches domestiques n'avaient pas vocation à se faire seules. Mais dans le même temps, il ne savait pas s'il était prêt à supporter de voir quelqu'un entrer chez lui. D'ordinaire, la question ne se serait pas posée. Il passait l'essentiel de son temps au travail. Mais à présent il était assigné à résidence à chaque heure de la journée et ne pouvait donc pas échapper à la présence inquisitrice de toute personne qu'il aurait à salarier pour s'occuper de la maison.

Ça pouvait encore attendre un peu.

Son estomac se plaignant du vide, il alla piocher une sucette dans sa réserve d'urgence et se remit sur le jeu. En un peu moins de deux heures, il avait fumé un paquet entier de cigarettes. Cette façon compulsive de fumer n'était pas dans ses habitudes, mais c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour s'obliger à respirer lentement. À présent, le goût de la nicotine se mélangeait désagréablement avec celui du sucre, mais il s'en fichait. Il n'espérait rien d'agréable de cette sucette, il n'avait seulement rien d'autre à manger. À midi, sans doute, il irait dans un restaurant. Et il faudrait aussi qu'il règle ce problème des tâches domestiques. Il se demandait si améliorer l'agilité de son barde avant de l'envoyer à Balmora serait pertinent quand il entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Mary Jane ? Il pouvait envisager qu'elle rentre d'une soirée au matin, mais il lui semblait l'avoir entendue rentrer la veille...

Il pensa à un cambrioleur. Environ une demi-seconde, le temps de se rappeler que ça n'était pas possible. Et puis il se rappela qu'en fait, ça l'était. Il y avait une personne qui savait où il habitait et était parfaitement capable d'entrer. Puisque c'était elle qui avait refait, ou plus vraisemblablement fait refaire, la porte à l'identique. Violemment, il écrasa sa cigarette à peine entamée dans le cendrier déjà plein, et dut immédiatement ensuite essuyer la cendre de sa main. Il n'y parvint pas tout à fait, mais de toutes façons ça n'était pas important. Il y avait potentiellement une psychopathe dans son appartement, et elle pouvait le menacer. Il se leva de son siège. La lumière étant éteinte, il ne se rappela d'abord plus comment se diriger. Trop de temps passé devant l'écran. Puis, tremblant et dépourvu d'équilibre, il se dirigea vers la porte à grand-pas, accentuant son déséquilibre pour ne pas tomber.

« Sortez de chez moi ! »

Il n'y croyait pas sincèrement. Mais ça lui paraissait la réaction la plus logique. Anny n'avait aucun intérêt à venir le voir. Aucun intérêt à le tuer. Aucun intérêt à quoi que ce soit le concernant. Et ça n'avait rien de rassurant. Car quelqu'un d'inutile avait toutes les chances d'être écrasé par les puissants, il était bien placé pour le savoir. Sa roue de la chance s'était radicalement renversée ces derniers temps. Restait à savoir jusqu'où elle descendrait.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mar 28 Fév - 15:14

Les derniers jours n'avaient pas été de repos pour Francine. S'installant peu à peu dans sa nouvelle vie, et dans sa nouvelle blondeur depuis son retour, elle avait essayé de faire les choses progressivement et de régler chacun de ses problèmes pas à pas. Ce qui la frustrait terriblement, c'est qu'elle piétinait depuis une semaine déjà. Elle avait donc choisi d'être un peu moins éparpillée, de se concentrer objectif par objectif et d'être méthodique.
Ce matin, levée aux aurores comme à son habitude, la jeune femme avait planifié la journée. « Tous les chemins mènent à Rome », elle irait en quête de sa Rome. Elle s'appelait Dunney Holster et dirigeait Genentech ou Genetic (c'était la même chose), dans laquelle elle s'était enrôlée croyant qu'elle pourrait résoudre tout ses problèmes. Forcée de constater que l'organisme ne l'avait pas aidé à mettre fin à ses problèmes et qu'au contraire elle n'avait réussi qu'à ne lui en créer davantage, Francine était résolue à le quitter. D'autant que le problème qu'elle avait à l'époque où elle s'était tournée vers Holster avait été réglé depuis. C'est devant sa tasse de café qu'elle réfléchissait à l'itinéraire pour se rendre chez Holster. Elle n'avait pas envie de retourner à Genentech surtout que les caméras de surveillances avaient du filmer sa petite accrocher avec cet imbécile de Owen Harwell. Imbécile auquel elle pensait beaucoup depuis leur rencontre car il pourrait par ailleurs se montrer très utile dans son entreprise de reconquête au sein de la famille. Francine ne voulait plus avoir quoi que ce soit à faire avec Genetic, donc, il valait mieux s'assurer que le message soit passé. Sans doute trouverait-elle Mary Jane qui transmettrait à son père la nouvelle et elle, passerait à autre chose. Mais elle avait l'espoir de parler à Holster lui-même tout de même, parce que les questions restaient nombreuses et qu'un voile épais couvrait encore la plupart des souvenirs où il se trouvait mêlé.
Assise en tailleur sur le canapé, elle était perdues dans les innombrables pensées qui l'avait assaillies à l'idée de faire face à Holster. Par où pourrait-elle commencer ? Sans doute par l'épisode du Blue Lake, côté Genetic, comment ça s'était fini. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi elle ne l'avait pas vu. Ce genre de choses sûrement. Elle lui parlerait aussi d'Anny. Irait sans doute jusqu'à lui annoncer son départ... et bien sûr, elle lui signifierait sa démission. Pourquoi est-ce qu'elle en attendait autant de sa part ? Et bien...il était « Rome », n'est-ce pas ? Toutes les pistes de sa mémoire qu'elle fouillait, toutes les rencontres dont elle se rappelait, menaient toujours à un seul souvenir, le sien. Qu'avaient-ils été ? Qu'avait fait Anny ? Elle expira une bonne fois pour toute, fini son bol d'une traite, le posa dans l'évier et alla se préparer.

Puis, elle tira un papier de derrière son écran télévisé. « 36 Over Street », oui bien sûr qu'elle s'en rappelait, elle était sur le point de devenir sa boniche l'été dernier, elle connaissait le chemin par cœur. Elle descendit quatre à quatre les escaliers et gagna sa voiture. Prise dans les bouchons matinaux de la ville des Anges, elle patienta quelques trois quart d'heures entre les feux rouges, pour l'effet de surprise au saut du lit, ce serait donc raté. Tant pis, elle avait toujours l'espoir de ne pas manquer Mary Jane. Dans le pire des cas, c'est-à-dire si l'appartement serait vide, elle l'attendrait toute la journée s'il le fallait mais elle avait décidé de faire ce qu'elle avait prévu. Et puis, comble en plus du reste, c'était qu'elle ne trouvât même pas anormal le fait de s'introduire chez son ancien patron avec effraction et l'attendre tout le jour durant comme un vieux stalker barré.

Arrivée devant le majestueux immeuble, elle trouva sans peine un endroit où se garer. Se rappelant qu'il logeait au dernier étage, elle monta rapidement les marches d'un pas ferme et assuré, étrangement baignée dans une espèce de confiance qui ne lui était pas inconnue mais qu'elle se surprenait à afficher alors qu'elle pensait se sentir un peu plus nerveuse. Mais elle était déterminée, c'était peut être ce qui changeait. C'est qu'elle savait ce qu'elle faisait, où elle posait les pieds, où elle se dirigeait, où elle irait. Enfin.
Devant la porte en bois visiblement blindée, elle sourit, pourquoi ? Elle n'en savait trop rien, mais elle était à deux doigts de le deviner, elle le savait. Elle posa sa main sur la poignée lentement, la crispa et d'un geste sec tourna sa main sans l'aide de la moindre clé pour faire sauter le loquet. Elle entra. Rien n'avait décidément changé ici. Elle jeta un coup d’œil autour d'elle et passa sa main sur la porte qu'elle venait d'ouvrir courant de ses doigts les veines et les striures fines du bois. Elle avait elle-même posé cette porte, elle s'en rappelait, parce qu'elle l'avait elle-même détruite l'originale. Elle en avait demandé l'exact reproduction d'après la porte d'en face qui n'était que son reflet, elle avait pu être livrée en moins de seize heures. Elle s'en rappelait. Certains détails lui échappaient encore. Les lieux, les dates, les heures, les protagonistes de la scène.
Francine fronça les sourcils, fit demi-tour et pénétra dans le salon lui-même en jetant un regard circulaire. Oui, la plupart des objets, c'était elle qui les avait apportés aussi. Sans doute avait -elle aussi détruit du mobilier. Pourquoi ? Elle ne s'en rappelait pas. Des bruits pas retentirent brusquement faisant vibrer le parquet, elle ne paniquait pas.

Un Holster bien changé lui apparut. Loin de l'homme qu'elle avait rencontré. Fatigué, mal rasé, laissé à l'abandon ou presque, amaigri. Elle lui adressa un regard désolé. Il lui faisait pitié. Que diable lui était-il arrivé ? Genetic se portait pourtant très bien d'après ce qu'elle avait vu alors sur le plan professionnel, ça roulait malgré l'épisode du Blue Lake qui commençait un peu à dater. Se pourrait-il que tout n'aille pas comme il faudrait dans sa vie personnelle alors ? Elle pensait à Mary Jane surtout. Elle n'avait jamais su ce qu'elle était devenu et n'avait pas vraiment cherché non plus alors...qui savait ? Il lui somma d'une voix métallique de quitter les lieux. Elle n'était pas impressionnée, et au contraire, sentait le sentiment d'insécurité grimper de son côté.

« Du calme, c'est la femme de ménage, elle dit calmement en levant les mains en l'air. Je n'avais plus les clés, j'ai du forcé la porte un peu. Comment ça se fait que tu sois encore ici ? »

Elle l'avait tutoyé très naturellement, comme si elle avait l'habitude d'être intime avec lui. D'ailleurs, oui, elle se sentait nettement plus à l'aise qu'elle ne l'aurait pensé. Aussi, elle prit une chaise et s'assied.

« Allez, racontes-moi ce qui s'est passé ? Qu'est ce qui t'a mis dans cet état ? Elle lui demanda. Après j'aurais des trucs à te raconter aussi. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mer 29 Fév - 20:17

La femme de ménage. La femme de ménage ?! Comment cette femme pouvait-elle encore oser se présenter de cette manière ? Elle n'était pas sa femme de ménage. Ni lui ni elle ne le voulaient, c'était évident. Lui parce qu'il ne voulait pas la voir dans son appartement, et elle parce qu'elle n'accepterait certainement pas un tel rapport de forces. Non, elle avait utilisé ces mots-là pour une autre raison : la familiarité. Comme si elle avait toujours travaillé là. Comme s'il lui était absolument naturel de forcer la serrure pour entrer chez lui. Mais ce qui l'inquiétait encore un peu plus, c'était cette référence aux clefs. Comme si les avoir en sa possession était son droit le plus légitime. Ou plus exactement, comme si le fait de ne pas les avoir n'était qu'un léger contretemps provisoire. Quelque chose qui n'allait plus durer très longtemps.

Comme s'il allait dans un instant être sommé de donner les siennes. Heureusement, elles n'étaient pas sur lui. Ni dans une de ses poches, ni dans sa main. Non, ce qu'il tenait dans sa main, c'était une sucette à moitié entamée, donc le bâton commençait à dépasser un peu. Celle qui avait failli tomber dans la cendre quand il avait entendu la porte s'ouvrir et qu'il avait eu le réflexe de tirer de sa bouche avant qu'elle ne soit en danger. Son sens des priorités était pathétique. Et il devait avoir l'air bien débile, à gueuler avec sa sucette à la main. D'ailleurs, il ferait mieux de fermer la bouche aussi.

Ce qu'il faisait ici ? Elle blaguait là ? Il était chez lui encore ! Il avait tout de même le droit d'y être, c'était elle qui n'avait rien à y faire. Il se demandait s'il serait bien prudent de le faire savoir à son invitée persistante et improvisée quand il se rappela l'heure qu'il était. Effectivement, à cette heure-là, les gens normaux bossaient. Elle devait donc s'être attendue à trouver l'appartement vide. Pour y faire quoi, en revanche, la question demeurait entière. Mais il n'était pas certain de vouloir la réponse. Qu'elle fouille autant qu'il lui plairait, tant qu'elle le laissait tranquille ça allait. Tout à sa réflexion horaire, il avait manqué un truc. Mais la suite, il ne la loupa pas. Ce qui l'avait mis dans cet état ? La clope et le sommeil. Vraiment, ça ne lui réussissait pas de dormir.

Quant à ce qu'elle pouvait avoir à lui raconter... Non, il ne voulait pas le savoir non plus. Mais pour le coup, il était coincé entre deux attitudes aussi urgentes l'une que l'autre. Répondre à la question posée sous peine de torture, et s'assurer qu'il n'entendrait pas de nouvelles informations capitales pouvant nécessiter sa mise à mort par la suite. Pas qu'il tienne à la vie, mais il trouvait toujours aussi naze de se faire assassiner par sa femme de ménage. Même mafieuse. Même folle. Surtout mafieuse et folle en fait. L'inconvénient majeur à sa survie en l'instant actuel était qu'il ne savait pas trop comment répondre à Francine. De fait, il se tourna d'abord vers son second objectif de survie : éloigner les confidences à double tranchant.


« Si vous le voulez bien, je préfère que vous vous absteniez de me raconter votre vie. La dernière fois vous m'avez tordu un doigt après coup, je préfèrerais ne pas avoir à payer les pots cassé de votre propension à faire connaître vos crimes et votre double maléfique à n'importe qui cette fois. »

Se rappeler tout ça ne faisait pas du bien à son ego, mais ça avait au moins le mérite de le réveiller. Il avait devant lui quelqu'un de hautement dangereux, qui faisait exprès de se comporter de manière familière pour lui rappeler à quel point il était à sa merci. Rien dans cet énoncé ne devait être éclipsé par des considérations aussi bassement matérielles que le fait de ne pas avoir mis de cravate sur la chemise qu'il portait depuis trois jours. Ça avait son importance, bien sûr, mais moindre. Nettement moindre. Et son principal problème en cet instant était d'expliquer à la capricieuse brute qui lui faisait face son état actuel.

« Mon état est dû à vint-six paquets de cigarettes et cent-cinquante heures de sommeil que j'aurais passées à travailler si j'avais eu des raisons de le faire. Jetez un œil à ce que vous voulez, je peux même vous aider si vraiment c'est nécessaire mais fichez-moi la paix sur ma santé, vous êtes mal placée pour vous en souciez. »

Il ne s'était pas rendu compte qu'il était aussi agacé que ça par la question. Que la présence de Francine l'énervait. Bien sûr, il était nerveux mais il avait pris ça pour un signe de panique naturelle. Avant de se souvenir que d'une part il était contre les réactions "naturelles" à l'être humain et d'autre part n'avait pas les moyens psychologiques pour se préoccuper actuellement de sa survie. Il avait eu peur, ce serait faux de le nier. Peur de souffrir beaucoup. Mais cette peur n'était pas encore très grande dans la mesure ou il était encore plus ou moins amorphe. Il ne doutait pas qu'elle allait grandir. Mais maintenant qu'il était conscient du danger il pourrait faire illusion. C'était son job après tout.

« Faites commes chez vous, vous avez déjà tout cassé et remplacé donc bon. Moi je vais retourner jouer, comme ça je ne saurai rien. Surtout, je ne saurai rien. Niveau hospitalité je peux vous offrir une cigarette, une sucette ou un verre de... je crois que c'est de la vodka mais j'suis pas sûr, j'évite de vérifier mes réserves d'alcool ces temps-ci. »

Il avait hésité à raison. Il ne se souvenait absolument plus du nom de l'alcool que sa fille épargnait entre tous, généreuse comme elle pouvait l'être avec ses fréquentations. Mais comme il ne s'approchait plus de l'alcool il n'avait pas la moindre idée de l'état de ses réserves. Bon, il se doutait qu'elle n'avait pas tout volé. Elle ne volait rien qui ne l'intéresse pas personnellement, et il y avait cet alcool dont elle avait dit qu'il était absolument immonde et qu'elle n'en donnerait même pas à un clochard. Il ne se souvenait juste plus de quel alcool il s'agissait. Un truc que lui non plus ne buvait pas vraiment, mais qu'il avait par principe. Il faudrait qu'il vérifie.

Mais il valait mieux pour sa vie qu'il attende la permission de s'éloigner. Simple mesure de sécurité.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Jeu 1 Mar - 21:14

Francine le voyait bien : il était dans un état pitoyable, au bord de la détresse, il lui fallait vraiment de l'aide. Pauvre homme, était-il malade ? Ça serait triste. Pour quelqu'un qui avait montré autant de dédain et d'impertinence à leur première rencontre, lui, symbole de pouvoir, d'intelligence, du sens de l'entreprise, il n'était plus que l'ombre de lui-même. La mémoire de Francine n'était pas aussi fraîche qu'elle l'aurait souhaité mais elle gardait des souvenirs indélébiles concertant Dunney Holster et la manière dont il l'avait engagé. Et ensuite la façon dont il l'avait reçu alors qu'elle était en proie à une crise sévère de lutte contre son vieux démon Anny. Il n'avait rien compris de son problème. Il s'était montré hautain et autoritaire. Il avait refusé de l'écouter, pire encore, il l'avait rabaissée. Non, ça, elle s'en souvenait. Il n'y avait pas de doutes possibles.
D'autres bribes et parcelles de souvenirs, moins paisibles revenaient néanmoins, elle tâchait de ne pas se concentrer pour les retrouver parce que si elle devait y réfléchir ce n'était pas le moment. Ça ne lui apporterait rien de s'éparpiller devant lui alors qu'elle était venue pour une raison précise.

Holster était complètement décontenancé par la présence de la jeune femme et ne déployait aucun effort pour cacher son déplaisir, à la plus grande indifférence de Francine qui au contraire s'amusait beaucoup à le voir perdre ses moyens d'une façon aussi peu glorieuse. Elle était flattée même, le patron même de Genentech sensible à ce point à sa présence...ce n'était pas peu de choses. Allons donc, Anny l'avait un peu bousculé, du peu qu'elle se rappelait mais elle ne pensait pas qu'il avait son traumatisme serait aussi profond, aussi lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler, elle voulu tout de suite dissiper ses doutes, non sans une once de moquerie et d'ironie.


« Tss tss tss, elle fit en l'interrompant, chassant l'air d'un geste de sa main. Monsieur Holster, nous ne sommes pas là pour parler de moi, enfin, pas maintenant, pas encore. »

Bien sûr qu'elle se moquait de lui et qu'elle cherchait à lui faire perdre son sang froid. Il y avait quelque chose de délicieusement vengeur dans sa démarche et elle se félicitait d'avoir saisi une occasion pareille de rabaisser quelqu'un qui l'avait autant méprisé que Dunney Holster. Comme si il payait pour tout ceux qui ne l'avaient pas respecté à sa juste valeur et ne l'avait jamais considérée.
Il expliquait les raisons de sa misère. Francine s'en réjouissait malgré elle. Non pas que ça n'avait jamais été dans sa nature, mais elle était d'un caractère conciliant, paisible et pacifique depuis toujours, avoir des pointes caractérielles aussi mesquines n'avait jamais été dans son tempérament mais voilà qu'elle s'endurcissait. Ruminer sa frustration n'aidait pas non plus, fallait le dire.
Elle s'arrêta toutefois sur l'explication qu'il venait de lui fournir et surtout sur « les cent cinquante heures de sommeil qu'il aurait du passer à travailler » Qu'est ce que ceci signifiait ? Qu'il ne travaillait plus ? Alors le boss avait le droit à un arrêt maladie un mois à peine un événement majeur ? Il devait être sérieusement atteint.

« Tu me fais culpabiliser, Holster, elle répondit calmement. Je n'aurais jamais dû te laisser, tu sais. Cet endroit est un taudis, regardes-toi avec ta sucette. Tu es tombé malade, c'est ça ? Ahhh. Je n'aime pas te voir dans cet état-là, ça me donne envie de m'occuper de toi. Je devrais faire ça tiens, un peu de ménage par-ci par-là. Et puis tu es malade. Tu te trompes, sur moi. Je me fais du soucis pour toi, sérieusement. J'aime pas ce qui t'arrive. J'ai l'impression de t'avoir abandonné. »

Elle n'était pas sérieuse une seule seconde. Elle voulait juste le faire enrager. Le pousser à bout dans ses retranchements, le forcer à admettre ce qu'il avait, à expliquer les raisons pour lesquels il ne ressemblait à rien et pourquoi il avait cette foutue sucette à la main. Il avait eu envie de comprendre ses problèmes et les résoudre, eh bien... pourquoi elle aussi ne tenterait pas de l'aider avec les siens.

« Je ne veux rien, Holster, rien que t'aider, elle ajouta.

Il était humain et on le voyait. Francine pensait que c'était ça qui le gênait, sa faiblesse humaine révélée à ses yeux à elle, cette femme qu'il avait méprisé et sous estimé, c'était une humiliation. Plus grande la honte était quand il devait faire face dans les yeux d'une autre à la cruelle réalité de son être, de ce qu'il était devenu et ce qui intéressait la jeune femme justement, c'était qu'il avait transformé pour ainsi dire en loque humaine. Dépourvu de tous ses sens de la réalité, de son autorité, de sa prestance, de sa confiance et de son intelligence apparente. Vainement, il lui proposa le peu qu'il semblait avoir. Ce qui ne le rendit que plus misérable et abandonné. Diable que s'était-il passé ?

« Je ne veux rien, elle répéta. Dis moi juste ce qui t'es arrivé. »

Mais voyant qu'il se murait dans un mutisme, elle reprit la parole :

« Moi, je vais t'expliquer ce qui s'est passé. Les choses ont changées. Je suis le seul maître à bord aujourd'hui, plus de Anny, plus de connerie. Ce qui veut dire que je n'ai plus besoin ni de toi, ni de tes amis. Je suis venue démissionner. Maintenant, à toi, je vais pas te laisser bouger tant que tu m'auras pas expliqué. Ça prendra le temps que ça prendra, je suis pas pressée, j'ai ma journée, y a pas mal de ménage à faire par ici. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Ven 2 Mar - 20:34

Elle l'avait rappelé à l'ordre. Il n'avait pas haussé un cil. Comme si cette situation allait de soi. Il haïssait son propre comportement, faible et lâche. Mais il n'était pas même assez bien pour se rappeler qu'autrefois il aurait demandé une cigarette et vingt dollars à toute personne le menaçant ouvertement. Toute cette mascarade lui faisait mal, sans qu'il parvienne à se l'expliquer. Il n'avait plus rien à perdre, plus de fierté. Pourtant, les muscles de sa mâchoire tressaillaient comme si un quelconque désagrément était en train d'obscurcir sa journée. Des désagréments, il en avait plus d'un. Et il s'attendait précisément à se pas s'agacer de l'ajout d'une autre donnée négative dans son quotidien pourri. Portant, contre toute attente, cette présence inquisitrice le recadrait, le replaçait dans un univers dont il s'était considérablement éloigné. Et dans lequel il n'avait clairement plus sa place. Il se sentait sale devant cette femme qui, elle, n'avait pas encore cessé de se battre.

Le coup de grâce fut la pitié. La culpabilité, disait-elle. C'était pire. Cela équivalait à du protectorat. Et à bien y réfléchir, ce l'était effectivement. En remettant tout en place, en le laissant vivre, elle l'avait protégé. D'elle même et D'Anny. Ou l'inverse, il ne savait pas bien. En tout cas, il aurait dû se douter que cet incident ne serait pas une simple anecdote. Ç’avait été un duel, qu'il avait perdu. Il aurait du savoir que cet échec le plaçait dans une situation de dépendance. Le pion, c'était lui. Pas que ça le change réellement, mais c'était assez vexant. Ou du moins, ça aurait pu l'être si seulement il avait eu les moyens de le redouter. Oh, il pouvait peut-être angoisser à l'idée qu'elle veuille le remettre sur pieds pour se servir de lui. Peut-être. Mais il ne pensait pas qu'elle parvienne à un tel résultat, ni même qu'elle le veuille. Elle était juste venue le narguer et était sans doute agacée que ça soit si facile.

Pas de chance, jeune fille, l'attraction est fermée.

Une fois qu'il avait compris ça, il parvenait à ne pas s'énerver de l'attention désagréable dont il faisait l'objet. Malade ? Non, pas au sens strict du terme. S'il avait été un peu moins remonté contre le domaine de la psychanalyse, il aurait volontiers reconnu qu'il faisait une dépression. Et ajouté ensuite qu'il ne s'en portait pas plus mal, merci bien. Mais son cerveau était encore embourbé dans un marasme constitué à la fois de sommeil, d'idées noires et de mépris de soi. Il n'avait pas d'éloquence disponible. Tout au plus maintenait-il la politesse, qui était chez lui une seconde nature, et une syntaxe irréprochable. En dehors de cela, on pouvait lui reprocher aisément la basicité de son vocabulaire.

Il était évident qu'on ne pourrait rien tirer de lui. Peut-être Francine-Anny s'en rendait-elle compte, puisqu'elle ne lui demandait rien. Mais la question demeurait de savoir pourquoi elle restait là. Prendre de ses nouvelles ? L'environnement parlait de lui même. Il était fini. Laminé. Dévoré par ce mode de vie qui lui était étranger. Holster, voûté devant son ordinateur et rêvant des bords d'un lac radioactif. Ce n'était pas lui. D'une certaine façon, il n'y aurait plus jamais de "lui". Et pourtant elle restait, semblant réellement attendre une réponse. Il serra les dents. Il ne pouvait pas. Narrer sa déchéance était au-dessus de ses forces, quand bien même sa vie serait en jeu.

Elle insista. Pendant un instant, elle eut l'air sincère. Comme si elle souhaitait réellement qu'il s'en sorte. Peut-être était-ce le cas : avec un peu de chance Tussle allait se retrouver confronté à elle. Mais elle n'avait rien à craindre de ce fat douillet. L'imbécile avait une confiance si grande dans son réseau d'influences et de chantage qu'il en oubliait certains principes de sécurité basiques. S'il avait encore eu une quelconque motivation, la tentation eut été forte d'en profiter. Mais cette motivation, il ne l'avait pas. Et il était peu probable que son adversaire du jour veuille le restaurer pour s'épargner un affrontement avec le fatiguant maire de Los Angeles.

Il pensa à se boucher les oreilles quand elle décréta sa volonté de donner de ses nouvelles, mais le geste ne suivit pas. Soit qu'il n'en eut pas la force physique ou morale, soit qu'il eut peur de se faire reprocher une telle attitude, ses mains restèrent sagement à leur place. D'ailleurs, ayant une sucette dans l'une d'entre elles, il eut été bien en peine de mettre à exécution cette volonté vacillante de ne rien entendre. Même si, au final, il s'agissait plus ou moins de bonnes nouvelles. Anny n'était plus. Finies les crises d'hystéries incontrôlées, place à Francine. Celle qui niait angéliquement le chaos environnant et parvenait encore à le mettre en tort.

Elle n'avait plus besoin de lui, si tant est qu'elle ait jamais eu réellement besoin de son aide. Elle n'était jamais venue à Genetic à sa connaissance, et il préférait encore cela. Le terme de démission, en revanche, le fit tiquer. Elle venait le voir pour démissionner. Elle avait donc appartenu à Genetic, même si ç'avait été pour un bref moment. Probablement durant la période où il avait été gardé prisonnier à Genome. Compte tenu de sa force, il était naturel que nul ne songe à lui refuser un poste. Et à présent elle venait ici, pour y mettre fin. Elle venait le voir en tant que dirigeant de Genetic. Et elle le sommait de s'expliquer. Elle remarquait que le ménage était à faire. Elle avait tout son temps, mais ne réalisait pas qu'elle était en train de le perdre. Il y avait quelque chose de presque drôle à cela. Un mince sourire s'étira sur sa barbe de trois jours.


« Vous ne savez vraiment pas... »

Elle finirait par se rendre compte, tôt ou tard, qu'il n'était pas la personne dont elle avait besoin. Pour l'instant, elle était simplement curieuse. Presque altruiste. Mais dès qu'elle saurait ce qu'il en était, elle serait vexée et agacée de la situation. En même temps, quel besoin avait-elle d'aller mettre les pieds à Genetic ? Les locaux étaient insuffisants pour contenir sa force. Quant à endormir Anny avec des drogues, ça n'aurait pas été évident dans la mesure où ce n'était pas un trouble psychiatrique ordinaire. Il s'était combiné à sa capacité. Qu'elle ait repris le contrôle total était une sorte de miracle. Et la preuve que les psys ne servaient à rien. Genetic n’avait rien à y voir dans tous les cas. Alors quel besoin avait-elle d'aller chercher une laisse ? C'était ridicule. Et il en ferait les frais, aussitôt qu'elle saurait. Devait-il essayer de lui mentir ? Après tout, elle n'avait pas encore réalisé... Mais à quoi bon ? Cela ne ferait que retarder le jour ou il serait frappé par ses foudres. Mieux valait lui dire. Il s'efforça de parler clairement, sans trop tirer sur le monocorde. Mais ce qu'il disait n'en était pas moins déprimant.

« Suite à mon enlèvement et à la bataille qui a eu lieu au lac, j'ai été démis de mes fonctions. Ce n'est donc pas à moi qu'il faut présenter votre démission, si vous avez eu la bêtise de vous faire embaucher par mes amis, mais à Emmet Tussle. Il me semblait pourtant vous avoir dit de ne pas leur faire confiance, mais je suppose que votre imprudence n'a pas changé en si peu de temps. »

Il ajoutait une critique à la mauvaise nouvelle, ou l'art de charger son dossier négativement. Ce n'était pas spécialement rationnel : il ne gagnait pas à lui rappeler qu'elle avait été naïve vis à vis de lui et vis-à-vis de Genetic. Il n'avait pas d'intérêt à ce qu'elle le réalise, et doutait de toutes façon que sa remarque améliore quoi que ce soit du caractère de l'ex-folle. Il n'avait pas non plus d'intérêt à la vexer, ou à la faire enrager. Il était juste dans sa nature d'essayer de blesser ; et en dehors de toute activité professionnelle, hors de portée de son propre jugement pratique, c'était une des choses qui ne pouvaient lui être retirées : son aptitude volontaire à énerver autrui.

« Je pourrais passer la journée entière à tout expliquer en détail, mais j'ai l'intention d'aller manger vers midi, et au fond il n'y a pas grand chose à raconter. J'ai dormi à Genome jusqu'à mon licenciement. Et quand bien même vous voudriez m'aider je me méfierais de votre aide. »

Il fit l'effort de la regarder dans les yeux. Ils étaient jolis, ses yeux. Elle aurait pu faire partie de ces gens qu'il abordait pour leur faire un compliment. Il se souvenait vaguement s'être déjà fait cette réflexion à son sujet d'ailleurs. Mais ce joli regard déterminé était actuellement son adversaire, qu'il devait convaincre de lâcher prise. Sa présence insolente était à la fois étouffante et humiliante. Il voulait qu'elle parte, et le laisse retourner à sa médiocrité vulgaire. Mais il était évident qu'elle ne l'entendait pas de cet oreille. De la même façon, il ne voulait pas raconter les derniers évènements en date, et elle voulait absolument les entendre. Elle n'était pas prête de lâcher lui morceau. Lui non plus.

« Nous sommes dans une impasse. »
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 3 Mar - 14:00

Les cours avaient repris depuis belle lurette mais Mary Jane s’en souciait peu. Pourtant, la veille elle avait décidé d’aller au collège, histoire de voir quelques potes surtout. Sauf que ce matin, elle était fatiguée. Elle avait entendu son réveil sonné mais l’avait éteint et s’était rendormie aussitôt. C’était tellement bon de dormir alors que les humains robotisés de la société se rendaient en cours ou au travail. Cela avait quelque chose de jouissif : ne pas faire comme tout le monde, Mary Jane adorait. Si personne ne la réveillait, elle n’ouvrirait pas les yeux avant midi au moins. Elle s’était couchée tard et avait besoin d’un sommeil réparateur pour affronter la nouvelle journée sous les meilleurs hospices. Raté ! Elle fut réveillée à 10 heures. Elle avait tenté de se rendormir, sans succès. Une discussion avait lieu dans le salon. Mais qui donc pouvait parler à une heure aussi matinale ? Curieuse de nature, elle se leva et colla son oreille à la porte. Une voix d’homme et une voix de femme, mais qui ?

Son père ? Etonnant ! Depuis qu’il avait été libéré de Genome et viré de Genentech, il déprimait le pauvre homme. Il tournait en rond ou il jouait sur son ordinateur à des jeux aussi stupides qu’abrutissants. Il n’était déjà pas très éloquent avant, mais alors maintenant il était digne du royaume des sourds et muets. Sans doute s’était-il lancé un défi personnel dans le genre « Combien de temps pourrais-je rester sans dire un mot ? » Le truc qui ne servait à rien si ce n’était à se concentrer sur un objectif pour éviter de se triturer l’esprit. Le but était ridicule mais indispensable à l’équilibre fragile du père Holster ; il évitait ainsi de penser à sa médiocrité.
Et la voix féminine ? Exceptées les candidates au poste de professeur particulier ou de surveillante de sa chère fille, Mary Jane n’avait pas l’habitude de voir des femmes défilées dans l’appartement. De toutes les façons, il y avait longtemps qu’il avait abandonné cette idée. Quant à ses aventures amoureuses, son père se montrait très discret, il ne ramenait jamais de femme à la maison .A tel point que la jeune fille se demandait s’il n’était pas vierge. Ah bah non, l’existence de Mary Jane était la preuve vivante du contraire. Ou alors, il faisait partie d’une secte et avait fait vœu de chasteté.

Etrange, bizarre, intriguant, cette voix féminine quand même ! A moins que Dunney se soit inscrit sur un site de rencontres pour chasser la femelle.Ceci expliquerait cela. Il ne parlait pas à sa fille mais il pianotait sur son clavier tous les mots non verbalisés. En conclusion, la femme dans le salon était sans doute une âme en manque de tendresse qu’il avait fait venir chez lui afin de faire plus ample connaissance et de voir à quoi elle ressemblait réellement. Ce serait gonflé de sa part quand même ! Mais bon, son état psychologique de ces dernières semaines l’avait sans doute poussé à dire et à faire n’importe quoi pour ne pas se croire inutile. Piouuuu, ça en faisait des questions et si peu de temps ! Il fallait des réponses maintenant. Difficile d’en avoir en restant dans sa chambre.

Puisque Mary Jane était debout, malgré la fatigue physique encore présente, il était inutile de se recoucher, elle ne se rendormirait pas. Sa curiosité attisée, elle devait connaître la cause de son réveil matinal. Elle fila dans sa salle de bains, prit une douche et après s’être séchée, elle enfila une culotte, un legging et la chemise empruntée à son paternel, trois fois trop grand pour elle, la blanche à petits pois bleu ciel, c’était la préférée de la chipie, allez savoir pourquoi ? C’était toujours ainsi qu’elle se promenait dans l’appartement. Elle était à l’aise et cette tenue avait l’avantage de dissimuler son petit ventre qui s’arrondissait au fil des jours. Cela faisait en gros quatre mois que la jeune fille était enceinte. Elle n’avait toujours rien dit à son père. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il ne s’intéressait pas à elle. C’était tout juste s’il la saluait quand ils se croisaient. D’ailleurs, l’adolescente évitait de croiser son indigne de père, ainsi elle évitait de souffrir de son indifférence et lui avait la paix. Tout le monde était content !

Pieds nus, MJ sortit de sa chambre et se dirigea directement dans le salon. Surpriiiiiiiiiise. Que faisait donc Francine en compagnie de Dunney ? Que faisait-elle ici d’abord ? Depuis que la chipie l’avait embarquée chez Genetic en compagnie de William pour libérer Hannah, Francine n’avait plus donné signe de vie. A croire que c’était à la mode des disparitions depuis quelques temps ! Ah mais ouiiiiiii, , elle avait été embauchée par son paternel juste avant son enlèvement et voulait le retrouver. Elle était tenace mais pas très efficace. Elle aurait pu pointer son nez avant ce jour, elle aurait trouvé son patron là où il passait le plus clair de son temps, à savoir sur le canapé du salon ou derrière son ordi. Mais bon, elle ne pouvait pas trop lui en vouloir ; c’était un peu grâce à Francine que Hannah avait été libérée sans avoir à s’échapper.


- Hey ! J’croyais que t’étais morte toi. Dit-elle à Francine en faisant semblant d’ignorer son père.
- Alors, t'as résolu tes problèmes depuis ? Et au fait, dis moi, ça y est tu t’es mis avec William ? J’suis sûre qu’il y a un truc entre vous. Ne me dis pas que tu viens reprendre ta place de femme de ménage ici quand même ! Remarque, ça aurait besoin d’un bon coup de propre, surtout lui….

Mary Jane lança un regard ironique vers son père. Il n’avait pas changé de tenue depuis trois jours. C’était de sa faute si elle se moquait de lui, il n’avait qu’à pas faire concurrence à une limace aveugle. Certes ça arrangeait la chipie qui allait et venait à sa guise, mais quelque part ça lui faisait bizarre et ça la rendait triste parfois. Il n’y avait pas pire que l’indifférence, surtout lorsqu’elle venait de son entourage. Son sentiment d’abandon se faisait plus présent et oppressant ; elle détestait ne pas être considérée comme une personne ayant besoin d’attention et d’amour. Elle ne demandait pas beaucoup finalement et bien même ça, son père était incapable de lui donner. Peut-être était-il plus doué avec les femmes de son âge qui sait ?
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Lun 5 Mar - 11:02

Francine fronça les sourcils quand il eut fait de lui expliquer. Emmet Tussle, oui on l'avait redirigée vers lui quand elle était venue une première fois à Genetic il y avait quelques jours de cela et où malheureusement elle avait fait la rencontre de Owen Harwell au lieu de celle de Tussle. Elle l'avait alors prit pour un quelconque responsable des ressources humaines et un simple bureaucrate avec lequel elle n'aurait aucun mal à s'entretenir sur la question de la rémunération. Oui, parce que Francine n'était pas sotte. Elle ne s'était pas donnée comme une damnée sur le champs de bataille (littéralement c'est ce que ça avait été) au Blue Lake et elle attendait donc une compensation financière à défaut du respect de leurs engagements. Mais elle ne comprenait pas le licenciement de Holster. Il lui avait toujours fait figure d'autorité et d'imposition, c'était un homme impressionnant, réfléchi et avec la stature d'un véritable meneur. Et quoi qu'aujourd'hui la vision de Francine à son sujet eut changée, il n'en demeurait pas moins qu'elle n'oubliait ce qu'il avait représenté à leur première rencontre. D'autant plus que même dans l'état où il se trouvait ça ne l'empêchait en aucune façon de prendre cet air arrogant tout à fait insupportable pour lui dicter ce qu'elle devait faire ou non.
Comme si son sort lui importait sérieusement. Il avait vu en elle un pion qu'il pourrait utiliser et dès le départ elle l'avait compris, c'est justement pour cette raison qu'elle avait choisi de rentrer dans le jeu de Genetic, elle se savait utile et ils pouvaient faire quelque chose pour elle. Rien n'était gratuit, elle ne le savait que trop.

« Tu devrais les traîner en justice pour licenciement abusif, ironisa la jeune femme et baissant les yeux et prenant une posture plus aisée sur son siège.

Elle avait complètement ignoré sa remarque à son sujet, comme si ça pouvait l'importer. Elle cernait tout à fait le genre d'homme qu'était Holster, sans cesse à aiguiller les autres et à se placer de façon importune au-dessus d'eux. Il avait besoin de ça pour exister. Surtout maintenant, Francine était prête à accepter qu'il aille même jusqu'à lui cracher dessus, ce qui ne tarderait pas si elle continuait à être aussi insolente.

« De toute façon, je crois que tu commences à me connaître, elle répondit finalement. Faut toujours que j'en fasse qu'à ma tête, n'est ce pas ? »

Là, Francine avait vraiment l'impression qu'elle s'adressait à son oncle qui lui aussi était un peu comme Holster. Il râlait, il disait que les choses n'étaient jamais faites comme il fallait, que personne ne l'écoutait et que tout le monde devrait parce que jamais il ne se trompait. Enfin, si il se trompait, il admettait être faillible mais jamais au grand jamais on ne l'avait entendu s'excuser ou admettre publiquement avoir échoué, donc dans les faits, cette relative humilité, n'existait pas. Holster était du même genre. Mais lui, au lieu de faire un carnage et de se venger, il se laissait couler comme une épave. Et à lui, Francine répondait volontiers à défaut de pouvoir répliquer à son oncle qui l'accablait d'autant plus.
Paradoxalement, elle était de plus en plus sensible à la misère de Holster, même si rappelons-le elle tirait une certaine satisfaction de voir une personne d'ordinaire si habile pour manipuler les autres tomber de si haut dans sa propre machination. L'ambivalence de ses sentiments tenait beaucoup à l'aspect malsain de sa réjouissance et aussi à la grande empathie qu'elle éprouvait.

De toute évidence, Holster ne voulait pas son aide mais ce n'était pas grave, Francine ne lui avait pas demandé son avis et comptait bien s'en passer et faire ce qu'elle voudrait. Il parlait de déjeuner, bah...elle pourrait bien lui faire à manger, tant bien que les placards seraient vides elle commanderait chinois ou italien. Il la fixait avec quelque défiance dans le regard, elle le soutient avec un léger sourire, prête à en découdre. Il n'y ferait rien, elle s'occuperait de lui. Elle savait qu'il lui serait tout à fait utile à l'heure convenue, et il plairait sans nulle doute à son oncle de l'avoir à sa disposition. Il était un passe pour gagner du galon dans son organisation, elle ne le laisserait pas en paix comme ça.

« Ah, tu as faim ? Je veux bien cuisiner mais si tu dis qu'il n'y a rien, on va commander, je mangerais bien chinois et toi ? Demanda Francine, amusée.

Avant qu'il ne puisse toutefois formuler un quelconque avis, Mary Jane déboula dans la pièce comme par surprise. Francine ne s'attendait pas à la voir et surtout pas dans cet état. Elle se tourna vers elle et fut immédiatement attirée par un détail : son vêtement trop grand et ses hanches qui s'étaient brusquement alourdies depuis la dernière fois qu'elles s'étaient rencontrées. Elle avait l'air d'excellente humeur visiblement et n'avait rien perdu de son culot ni de sa franchise. Ce qui était bien chez Mary Jane c'est que ce n'était pas la peine de chercher à deviner ce qu'elle pensait, ça sortait tout seul par la bouche. Ce qui d'un autre côté pouvait tout aussi bien indisposer, comme là, à l'instant avec son commentaire sur William qui fit grincer les dents de la jeune italienne qui gardait encore beaucoup de rancœur contre lui.

« On ne peut mieux comme tu vois, elle répondit. Bien sûr que je reste femme de ménage, tu as vu cet endroit, c'est un véritable taudis, et j'allais pas laisser ton papa vivre dans ce capharnaüm. J'ai jamais quitté mon poste, j'ai juste pris des congés , elle ajouta en souriant à Holster. William ? William et moi ? Comme William Smith ? Lui ferait mieux de trouver une place où se terrer parce que le jour où je déciderais de m'occuper de lui il n'y aura pas de Dieu assez grand pour le sauver. »

Et elle fit un mouvement de croix invoquant le Père, le Fils et le Saint-Esprit avant d'embrasser la croix qu'elle avait au cou en signe de repentance pour l'offense qu'elle venait de prononcer.

« Et toi alors, elle lança à Mary Jane. Tu es rayonnante, tu en es à combien de semaines du terme ? »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mar 6 Mar - 22:47

Traîner en justice le Cercle. Bien sûr. Après tout ils n'étaient composés que d'avocats, de politiciens et de financiers, que des gens absolument étrangers à ce genre de procédure. Ils n'y avait pas la moindre chance pour qu'ils y connaissent grand chose, ni même suffisamment pour lui opposer la moindre défense. Mais dans quel monde vivait-elle ? Croyait-elle sincèrement qu'il s'était fait virer si facilement par des individus faibles ? Le tenait-elle en si basse estime ? Un ingénu qui l'aurait attaqué de front s'y serait cassé les dents. Seul le Cercle pouvait l'arrêter. Et il l'avait fait. Il l'avait fait. Cette étrange information avait quelque chose d'irréel et de désespérément concret à la fois. Il avait été brisé par son seul maître, sans raison apparente. Il n'avait aucune envie de ressasser ça. Y penser eût équivalu à se faire un massage après s'être brisé tous les os.

La référence de Francine à sa propre imprudence lui arracha un sourire, mais celui ci était amer. Lui, il ne pouvait pas n'en faire qu'à sa tête. Il ne l'avait jamais pu réellement, aussi fort qu'il eût essayé de déformer le cadre qui limitait son pouvoir personnel. Des gens comme Francine pouvaient jouer comme cela. Ils mettaient leur vie en danger, et gagnaient ou perdaient. Mais personne n'avait le droit de leur reprocher d'avoir lancé les dés. Lui, si. Ce n'était qu'à présent qu'il avait reçu la sanction qu'il s'apercevait de la rigidité du joug auquel le Cercle l'avait soumis. C'était une véritable tutelle, malgré ses efforts constants pour repousser les limites de sa juridiction. Il s'était battu contre des moulins à vent. Il en faisait les frais.

De même qu'il faisait les frais de sa pitoyable excuse pour enjoindre Francine à quitter son domicile. L'idée de manger quelque chose qu'elle eût préparé lui hérissait le poil. Non qu'il doute de la qualité de la nourriture, ni même qu'il lui suppose une intention de l'empoisonner. Il ne faisait simplement pas confiance à un repas qu'elle aurait cuisiné sans surveillance. Ce n'était même pas de la méfiance, juste un principe. Il n'aurait même pas laissé sa propre fille lui faire à manger. En même temps, elle était la personne la plus susceptible d'empoisonner sa nourriture, donc c'était un mauvais exemple. Heureusement, aucune denrée n'était disponible et son invitée dût renoncer à ses projets culinaires au profit d'une livraison à domicile. Ô joie. Voilà qu'il allait manger en compagnie d'une mafieuse dépourvue d'instinct de survie car n'en ayant jamais eu besoin de sa vie entière, trop forte pour craindre d'autres prédateurs.

Le bonheur.

Mais non, il manquait encore un ou deux arbres au paradis. Sa fille, en débarquant, lui prouva encore une fois s'il était nécessaire que tout pouvait toujours empirer. Elle l'ignora avec une classe qu'il ne pouvait qu'approuver, en dépit de sa tenue débraillée, mais ses salutations lui donnèrent envie de fuir. Loin, très loin. Dans un monde où ses ennemis ne se connaîtraient pas entre eux. Un monde où sa fille de seize ans ne demanderait pas à une mafieuse brutale des renseignements sur sa vie sentimentale. Sa façon d'essayer d'éloigner Francine de lui l'amusa un peu, mais il fit rapidement disparaître de son visage le discret sourire dénonciateur qui eut pu être un indice de complicité parentale, ce dont il se dégageait tout à fait. Il n'était pas sentimental, et mieux valait qu'il ne manifeste pas le moindre amusement vis-à-vis de sa fille, surtout en public. Surtout devant ce public. Même si, au fond, il était fier qu'elle se montre relativement douée en matière de relations sociales stratégiques.

Il ne releva même pas l'allusion grossière à sa personne, qu'il méritait amplement, et qu'il trouvait presque trop édulcorée pour une réelle attaque. Peut-être sa fille appréciait-elle Francine au point de lui vouloir lui cacher le profond mépris qu'elle avait pour l'individu "père" ? L'idée lui paraissait étrange : à sa connaissance Mary avait plutôt le défaut de la franchise. Mais si elle changeait dans le bon sens, il n'allait pas s'en plaindre. Du moins pas tant que ses coups de sang ne la faisaient pas réembaucher Francine, lui donnant ainsi les clefs dont elle n'avait pas besoin pour venir le torturer à domicile. Ce ne fut cependant pas l'adolescente qui bloqua momentanément sa respiration, mais l'intruse, en prenant la perche tendue. Il reconnaissait que l'appartement avait besoin d'un grand coup de plumeau. Mais que ça soit elle qui s'en charge, non.

Hélas, elles ne semblèrent pas s'en soucier. Le sourire que Francine lui adressa eut pour effet immédiat de le choquer. C'était une menace, il en était trop conscient. Mais à quoi jouait-elle, en revanche, voilà ce qu'il n'aurait su dire. Quels desseins pouvait-elle servir en se faisant servante d'une loque suintant la misère et la peur qui de plus ne souhaitait pour aucun bien sa présence chez lui ? Quel intérêt avait-elle à lui imposer ses bienfaits et son aide ? Quel plan se cachait derrière ce froid sourire à l'allure amicale et qui lui intimait de son air entendu le silence et l'accord tacite de la voir venir et aller à sa guise ? Il n'y avait rien chez lui qui puisse l'intéresser. Et, si aucun dessein ne guidait ses pensées, si nul projet caché ne la justifiait, de quel droit osait-elle encore l'humilier ? Mais en dépit de ça il eut l'humilité d'un bref hochement de tête. L'accord était cédé. Alea Jacta Fuit.

Il n'eut pas le réflexe de se boucher les oreilles à temps pour échapper à une information supplémentaire. Smith. Mais pourquoi fallait-il qu'elle soit si versatile, et quelle nouveauté pouvait-il y avoir dans son orgueil blessé qu'il lui faille faire savoir ? Ne pouvait-elle se taire au moins sur un sujet ? Fallait-il qu'il endure chaque crime fomenté ? Elle lui avait déjà fait part de ceux passé : quelle besoin avait-elle, à ceux-ci, d'ajouter chacune des vengeances encore non-appliquées dont son cerveau malade à chaque heure accouchait ? Holster était d'humeur à se pendre deux fois. L'une pour les confidences dont il ne voulait pas, l'autre pour l'héritière qui de cette visite profitait pour tirer du nez d'une mafieuse les aveux concernant son mercenaire d'amant. Mercenaire qu'il songeait ne jamais recroiser, et qu'il espérait bien de son monde éloigner quand bien même il lui fût de quelque utilité. En cet instant, le plaindre eut été incorrect, et dangereux. Mais il n'en pensait pas moins, et se gardait bien de lever au ciel ses yeux inquiets.

Les gestes pieux du danger furent loin de le rassurer. Et la révélation qui suivit ces bondieuseries dont il n'osait se moquer eut pour premier effet de le décontracter.

Comme de la glace qui fondrait juste assez pour pouvoir immédiatement, de son état liquide nouvellement formé, bouillir à gros bouillons jusqu'à s'évaporer. Il bouillait, et l'idée d'une heureuse nouvelle ne lui affleura même pas la pensée. Aussi, elle n'avait encore rien fait depuis son retour forcé pour l'agacer. Elle avait trouvé. Et il regrettait tout à coup les mesquineries passées. Ce ne furent pas tant la crainte d'une vieillesse qui le rattrapait ou même la vexation d'un père à qui sa fille mentait qui le conduisirent à gratifier le ventre de Mary Jane d'un regard noir. Ce furent l'irresponsabilité de cette dernière et son incapacité à voir son propre intérêt qui lui jetèrent la claque qu'il méritait depuis des années sans oser la prendre, et ses yeux ne s'injectèrent de sang que par réaction à cette situation plus humiliante que tout.

« On en parlera plus tard », jeta-t-il à sa fille, « mais n'espère même pas que je l'accepte. »

Il voulait surtout éviter qu'une discussion entre les deux complices, tenues sous ses yeux, ne soit prise comme une validation du fait. Il était hors de question qu'elle soit enceinte et le reste à son âge. Un enfant était une chose bien assez encombrante pour des adulte. Pour une enfant seule, c'était un handicap dont il était hors de question qu'elle s’accommode. Bien sûr, il se doutait que, si une étrangère pouvait deviner son état si facilement, c'était qu'elle ne pouvait plus avorter. Mais elle pouvait toujours renoncer à l'enfant et le faire adopter. Elle n'avait que seize ans. On ne pouvait pas élever un gamin à seize ans. Quant à lui, l'exemple avait démontré qu'il était tout à fait inadapté à la fonction. Sans compter qu'il ne voulait pas garder d'enfant, pas même celui de sa fille. Elle le ferait adopter. Et si elle ne le voulait pas, elle se débrouillerait. Il ne voulait pas d'un bébé chez lui, et ne la laisserait pas franchir le pallier avec un tas de chair flasque et braillarde dans les bras.

Cela allait certainement choquer Francine, au vu des convictions religieuses qui semblaient l'habiter, mais de toutes façons elle non plus n'avait rien à faire là.

« Vous, venez autant de fois qu'il vous plaira et faites ce que vous voudrez, mais cessez par pitié de m'imposer le récit de vos meurtres passés et à venir. J'ai beau avoir une mémoire très malléable et aucun intérêt à vous nuire, ça reste un stock d'informations sur vous qui n'est plus entre vos mains. Je vais me répéter, mais ce sont des armes qu'on peut utiliser contre vous et qui me seront prise par l'un ou l'autre de vos ennemis... si la vexation ne me pousse pas à les utiliser moi-même ! »

À trop humilier les gens, on leur ôte la fierté qui nous protège. Se faire des ennemis qui n'ont rien à perdre avait toujours été une mauvaise idée. Mais Francine, l'invincible Francine était au-dessus de tout ça bien sûr. Elle ne voyait pas le problème à user de son pouvoir sur autrui jusqu'à la défaillance nerveuse. Et peut-être dans les deux sens du termes, après tout il ignorait jusqu'où elle avait poussé la pratique en matière de torture. Quand bien même, il s'estimait dans son bon doit. Qu'elle se taise ! Il ne voulait rien savoir de sa relation avec Smith, surtout ne rien savoir. Il ne voulait pas avoir les moyens de l'attaquer. Parce qu'il redoutait d'être incapable d'y renoncer. Or, s'il l'attaquait, il s'y casserait les vertèbres. Il aurait eu envie de la tuer, mais heureusement pour tout le monde était très, très loin d'en avoir les capacités.

« Vous n'imaginez pas à quel point je vous hais, ni à quel point il m'est désagréable de recevoir de votre part de la pitié. Je vous maudirais si j'en avais le pouvoir, et ne souhaite que de vous voir disparaître. Mangez chinois si cela vous plait, je peux même payer. Mais ne vous attendez pas à ce que je demeure à vos côtés. Et, au fait... J'ai la ferme conviction que votre famille est une plaie sans laquelle le monde se porterait bien mieux. »

Puisqu'elle ne le prenait pas au sérieux, il l'attaquait. Il n'avait pas pu s'en empêcher, il l'avait su, il aurait du fuir avant. Mais il était trop tard pour se rétracter. Au moins voyait-elle à présent pourquoi il ne fallait rien révéler. Elle avait dit être loyale à sa famille. Il était inévitable qu'elle s'énerve à présent. Peut-être allait-elle le tuer. Peut-être allait-elle le torturer. Il n'arrivait pas à le craindre pour le moment. Seule comptaient sa haine, le mépris qu'il lui avait jeté à la figure, et sa volonté de mettre fin à la mascarade qui se jouait sous ses yeux. Il avait assez donné de mensonges et de faux-semblants pendant une demi-vie. Autant tâter de la franchise à présent. Avec un peu de chance, ça mettrait fin à sa vie minable pour laquelle nul n'aurait aucun regret. Pas même lui. Surtout pas lui.

Vas-y, frappe. Pose le masque, et laisse-toi me tuer. C'est ce que tu étais venue faire de toutes façons, j'en suis persuadé. Alors frappe.
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 10 Mar - 22:59

Depuis la libération d’Hannah et de l’évasion de Page dont elle ignorait encore le nom, Mary Jane n’avait pas revu Francine. La connaissant à peine, elle se fichait de son état de santé et elle ne lui avait pas manqué. Lui devant tout de même une fière chandelle, elle ne voulait pas se montrer désagréable. La chipie l’accueillit en souriant et engagea la conversation. Elle voulait connaître la raison de sa venue. Francine était là pour reprendre son poste de femme de ménage, prétextant ne pas vouloir laisser son « papa vivre dans ce capharnaüm ». Ces quelques mots firent tilter l’adolescente. En premier lieu, elle se demandait comment Francine pouvait voir un papa dans cette pièce. La limace traînant dans le canapé n’y ressemblait guère. En second, elle était vexée de constater que la jeune femme n’avait pas pensé à elle. Mary Jane aussi vivait dans l’appartement, elle aussi subissait l’incompétence à réagir de son père. Francine aurait dû penser à la jeune fille.

* Et moi alors ?* Observa-t-elle dans un murmure.

C’était n’importe quoi, comme si la chipie allait la croire en plus. Ce n’était pas dans les habitudes de son père d’attendre après un de ses employés qu’il veuille bien revenir pour être rembaucher. Si son père l’avait voulu, il aurait trouvé une remplaçante depuis longtemps. Ce n’était pas les postulants qui manquaient. D’ailleurs, pourquoi ne l’avait-il pas fait ? Dunney Holster avait beaucoup de défauts mais pas celui de se complaire dans la crasse. C’était un esthète dans son genre. Il aimait les belles choses, sauf sa fille. Comment Francine pouvait-elle croire qu’elle allait reprendre son poste après avoir déserté ? Elle rêvait la pauvre ! L’asiatique jeta un regard en direction de son père espérant voir un signe de désapprobation. Bah non ! La loque suintante approuva sans dire mot. Alors là, Mary Jane n’y comprenait rien. Son père se laissait mener par le bout du nez par une femme. Décidément, son séjour en détention ne l’avait pas arrangé.

Une idée germa alors dans l’esprit de l’adolescente. Il y avait anguille sous roche, ce n’était pas possible autrement. Une histoire entre ces deux là ? Possible. Ils s’étaient peut-être engueulés et essayaient de se réconcilier. Ne souhaitant pas mettre l’adolescente dans la confidence, ils jouaient la comédie afin de faire croire que leurs rapports n’étaient que professionnels. La réaction de Francine à propos de William conforta la jeune fille dans son idée. Mais oui bien sûr ! William avait traîné pas mal dans les locaux de Genentech, il connaissait sans doute Dunney. Si ça se trouvait, il avait même bossé pour lui. Le jeune homme avait la réputation de draguer tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un humain du genre féminin. En faisant les yeux doux à Francine, il s’était certainement immiscé dans la vie de couple de la femme de ménage et de son patron ; s’en était suivi une dispute et tout ce qui allait avec.

- Bah oui William Smith ! Confirma-t-elle sachant parfaitement que ce n’était pas nécessaire.
- Tu peux me dire ce que tu veux, j’ai bien vu qu’il y avait un truc entre vous. Mais bon, après tout, ce ne sont pas mes affaires. Dit-elle en haussant les épaules avant de se tourner vers son père.

Les propos de Francine et son signe de croix semblaient le décontracter. Encore une réaction qui laissait penser que les déductions de l’adolescente étaient judicieuses. Le fait de savoir que la femme de ménage, SA FEMME de ménage n’en avait rien à faire d’un autre homme, semblait le rassurer.


- Tu l’connais que trop ce William, hein? Demanda-t-elle malicieusement à son père.

La chipie prit place sur un fauteuil de façon à faire face au couple de la matinée. Elle s’assit en tailleur, prenant soin de rabattre sa chemine sur ses cuisses, dissimulant ainsi les rondeurs de son ventre. Si cet état n’avait encore jamais attiré l’attention de son père, il n’en était pas de même pour Francine. De but en blanc, elle lui demanda à combien de semaines en était sa grossesse. Quelle idée de poser une telle question devant son père ! Ne pouvait-elle pas attendre d’être seule avec elle? Bah non, évidemment. Francine était trop contente de mettre la pagaille entre le père et la fille. Une façon comme une autre d’écarter l’adolescente, de détruire l’obstacle existant entre elle et lui. Malgré cela, Mary Jane ne se démonta pas et essaya de jouer l’innocente.


- Hein ? Fit-elle d’un air de n’y rien comprendre.

Vaine tentative, le mal était fait. La cécité du père Holster disparut dès qu’il posa les yeux sur sa fille. Il comprit et réagit immédiatement. La larve se transforma en papillon venimeux doué de parole. Cette réaction inattendue laissa Mary Jane bouche bée. Jamais son père ne lui parlait ainsi. Il venait d’employer un ton autoritaire et attentionné à la fois. Pour la chipie, le fait de reporter la discussion était une preuve de respect. Un Dunney Holster prévenant, il fallait le voir pour le croire ! Mary Jane resta interdite plusieurs secondes, le temps du dialogue entre les deux adultes. Elle se demandait si Francine n’avait pas ensorcelé son père ou s’il n’avait pas été touché par la grâce. Le signe de croix de la femme de ménage avait peut-être attiré l’attention d’une puissance supérieure ?

L’effet de surprise passé, la future mère réalisa ce que son père avait dit ensuite. Son paternel rêvait ! S’il croyait qu’elle allait attendre plus tard pour en parler, après ce qu’il avait dit, il se mettait le doigt dans l’œil. Et comment pouvait-il croire encore qu’elle ait besoin de son consentement pour faire ce qu’elle voulait ?


- J’m’en fous que tu n’sois PAS d’accord ! Protesta-t-elle en se levant d’un bond.
- Y’a longtemps que je n’espère plus rien de toi. Ajouta-t-elle d’un air méprisant.

Elle se tourna ensuite vers Francine et la fusilla du regard.


- Tout ça, c’est de TA faute ! Lança-t-elle en la pointant du doigt.

Evidemment, ce ne pouvait être de la faute de la chipie qui s’était faite engrossée par un jeune homme bien sous tous rapports, sans sous-entendu bien sûr.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mer 14 Mar - 13:40

Francine regardait la scène de famille entre un père et sa fille. On aurait dit qu'ils avaient été laissé à l'abandon. Ne prenant soin de leur propre personne, ni l'un de l'autre. Quel triste portraits. La jeune femme trouvait la situation sinistre et des plus mal avenue pour accueillir un nourrisson dans ce foyer brisé. Elle ne connaissait pas suffisamment Mary Jane mais à son âge, elle avait déjà des sérieux doutes sur sa capacité à pouvoir assumer la responsabilité d'un enfant alors elle n'imaginait même ce qu'il en était de l'adolescente.
Les coudes posés sur ses genoux, le menton entre ses poings, ça ne l'amusait plus de les voir se déchirer. Holster vouant le même dédain à son rejeton, et Mary Jane forcément, qui ne voulait pas se laisser faire et jouait la rébellion. Ce n'était pas ses affaires, c'est vrai et elle aurait peut être dû se taire, mais c'était fait et Francine ne regrettait rien. Mary Jane aurait peut être du en parler à son père, ou peut être pas vu le niveau de compréhension qu'on pouvait attendre d'un être si limité. Mais ce n'était pas le genre de chose qu'elle devait garder pour elle, peu importe les conséquences, Holster, l'infâme, allait devenir père. Alors oui, bien sûr, elle en voulait à Francine. C'était naturel, la jeune italienne ne protesta même pas en retour et la regarda s'égosiller.
Puis ce fut au tour de Holster de la sermonner, la mettant en garde contre des ennemis invisibles qu'elle avait déjà dépassé et des dangers dans lesquels elle s'était déjà engouffrée et lui vouant toujours cet irrépressible mépris qu'il lui était impossible de cacher pour elle. C'était un homme de haine. Il fallait qu'il ait le dessus, sinon, il ne le supportait pas. L'acceptation de la défaite est part entière de la sagesse et de la maturité, Francine le savait à présent. Holster était un homme loin de toute forme de maturité et de sagesse. Comment avait-on pu laisser le contrôle d'une société toute entière, avec des enjeux aussi importants surtout, aux mains d'un irresponsable ? Il suffisait de regarder Mary Jane, son propre enfant qu'il délaissait. C'était ce que Francine détestait le plus chez lui. Son sens profond de la famille et de la parenté, l'enfance surprotégée et l'adolescence qu'elle avait connue la confortaient d'autant plus dans cette idée et la scandalisait d'autant plus. Comment pouvait-on compter sur un homme incapable de protéger les siens ? Son sang comme sa chair ? C'était un homme sans parole, ni foi, ni loi. Holster, au fond c'était ça. Plus le regard de la blonde s'étendait sur le pull difforme de l'asiatique, plus elle le réalisait.

Mais ça, elle ne lui dirait pas. Elle ne répondrait pas à sa déclaration de haine avec tout le mépris et la pitié qu'il lui inspirait. Lui, autrefois si fier, réduit à cela : enfermé dans un taudis, seul comme un ver solitaire croulant sous sa propre crasse, nourri de sucreries pour enfant, dans un appartement puant, avec une barbe de trois jours, incapable de gérer son propre enfant de quinze ans. Un chômeur, comme tant d'autres. A ceci près que lui même faisait honte à sa propre intelligence. Son intelligence. Ce potentiel dans lequel Francine ne doutait pas. Son intelligence et sa capacité à savoir obtenir certaines choses et à en connaître d'autres. Voilà, sans ça. Elle l'aurait sans doute achevé un jour ou l'autre dans un excès de revanche ou de colère. Elle voyait bien la scène. Une journée bien pourrie, un événement désastreux, le besoin de trouver un punching-ball...il suffisait. Francine n'était pas Anny, elle s'en fichait, elle ne l'aurait pas touché, ni serait jamais venu le trouvé et l'aurait laissé pourrir dans sa propre crasse. Il aurait sans doute mis minablement fin à ses jours ne trouvant pas de sens à son existence, et ayant laissé toutes les occasions de s'en donner derrière lui.

« Je n'en dirais pas autant si je savais à ta place tout ce que ma famille pourrait faire pour toi, dit-elle d'une voix calme. Je suis même sûre que tu dirais tout le contraire, Holster. Nous ne te haïssons pas, et moi non plus je n'ai aucune raison de te haïr. Tu voulais m'aider n'est-ce pas ? Hein ? Aujourd'hui c'est à mon tour de t'aider. Je peux faire beaucoup pour toi, je peux faire de toi un homme à nouveau. Tu te gâches, tu te laisses pourrir et mourir dans ce vieil appartement alors que tu vaux mieux que ça. Je suis persuadée que tu le sais...mais, tu n'as pas le courage de l'admettre et de reconstruire tout ce que tu as perdu. Alors réfléchis, réfléchis bien. Qu'est ce qu'il te reste ? Ta fille. Voyons, regardes-là, elle n'a pas besoin. Je me demande si jamais un jour tu as été un père pour elle. »

Elle y était allé très fort sur la dernière phrase. Elle lança un regard en biais à Mary Jane, qui même si elle ne la connaissait pas, savait que pour toutes les nombreuses fois où elles s'étaient croisées à La Détente, c'était une sacrée débrouillarde et même si elle ne savait rien du contexte dans lequel elle avait grandi, elle devinait sans nul doute quel genre de père Holster n'avait jamais été. Le genre du sien.

« Personne ne te regretteras. Surtout pas, moi. Parce que...eh, bien. Je m'en fous. Je suis là quand je pourrais bien être ailleurs comme dans le bureau de Tussle. Enfin ton bureau. C'est un hasard, comme on pourrait dire, si je savais que tu ne dirigeais plus Genetic, je ne serais sans aucun doute jamais venue. Mais je ne crois pas au hasard, alors, je te fais cette proposition. Travailles avec nous. Nous pouvons faire de toi quelqu'un de meilleur que ce tu n'es. Je le répète pour la dernière j'espère, mais tu n'as aucune idée des intentions de ma famille. Nous ne sommes pas des maîtres du crimes, nous ne commettons pas les délits pour nous vautrer dans l’impiété, nous sommes ici parce que depuis longtemps il y a des choses qui doivent être faite et qu'il n'y a personne d'autre pour les faire. »
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Ven 16 Mar - 20:28

Les dents serrées, Holster laissa passer le venin de sa fille sans broncher. William, il le connaissait en effet, mais il lui semblait que sa fille cherchait à lui faire avouer autre chose et qu'elle intervienne dans son travail lui déplaisait. Elle mélangeait tout. Un instant elle parlait de la relation supposée de William et Francine, dont il n'avait pas spécialement envie d'avoir connaissance pour des raisons bien compréhensibles de respect de la vie privée des gens influents, et l'instant d'après elle mentionnait les recours usuels de Holster au mercenariat du temps où il était le dirigeant principal d'une multinationale puissante incluant Genetic. Certes, il était toujours le dirigeant principal d'une multinationale puissante. Mais qui n'incluait plus Genetic. Et ça faisait un vide considérable.

Il fut presque soulagé de la voir s'indigner. Et une bouffée de satisfaction l'enveloppa quand elle manifesta son autonomie vis-à-vis de lui. La satisfaction d'être vu tel qu'il était par sa fille. De savoir qu'il n'aurait jamais à jouer la comédie. D'être certain qu'elle ne laisserait jamais personne avoir un ascendant sur elle et qu'elle ne serait pas une personne faible. Tout cela le rassurait. Non pas parce qu'il comptait sur elle : il avait encore assez d'économies pour agacer le monde de son existence encore longtemps. Mais dans la mesure où il se sentait fini, savoir que quelqu'un allait prendre sa suite et avait assez de force pour cela lui était agréable. En revanche, il pâlit quand sa chère héritière invectiva le Danger. Le calme de cette dernière ne le surprit pas : elle avait eu le même détachement froid en revenant à elle au milieu d'un chaos dont il faisait partie. Mais il n'était pas de bon augure.

Si Mary se mettait Francine à dos, il ne pourrait rien réparer. Et cette idée lui faisait froid dans le dos.

Quand Francine s'adressa à lui, il avait les nerfs à fleur de peau. Elle vantait sa famille, encore. Il ne lui en tenait même plus rigueur, tant il était obnubilé par la menace qu'elle représentait. Sa déclaration de non-hostilité n'eut pour effet que de monter encore d'un cran sa tension artérielle. S'ils ne le haïssaient pas, il avait encore tout à redouter d'eux. Et d'elle. Il n'eut même pas le courage de nier lorsqu'elle lui attribua, encore, une volonté de l'aider. Il n'avait jamais voulu l'aider. Il avait voulu l'élever juste assez pour avoir un plaisir minimum à l'écraser. Du moins tant qu'il pensait encore qu'il pouvait l'écraser. À présent il désirait seulement qu'elle s'en aille. Qu'elle se taise. Qu'elle le laisse dans sa merde et cesse de l'obliger à ouvrir ses yeux qui en étaient métaphoriquement couverts.

Il se gâchait. Il le savait. Il le voulait, même. Non pas par manque de courage, mais par réalisme pur et simple. Il savait qu'il ne récupèrerait pas Genetic. Au mieux, il pouvait gêner Tussle. Au pire, il pouvait détruire son jouet et repartir à zéro. Mais tout ça pour quoi ? Redevenir rachitique et noble ? Construire quelque chose qu'il ne doive à personne ? Il n'en était pas seulement capable. Il lui "restait" sa fille, elle avait raison de le noter. Elle avait tort de croire qu'il la voulait dépendante de lui : il avait tout fait pour la détacher de sa personne. Et il n'avait effectivement pas été un père pour elle. Il l'avait refusé. Par peur, sûrement. Quand on creusait un peu, c'était toujours la peur qui le motivait à agir. Et par peur de la perdre, par peur de devenir faible, par peur de renoncer à sa mégalomanie il avait fait le choix de sacrifier le lien qui aurait pu l'unir à sa fille. Il n'en était pas fâché. Mais se l'entendre dire avait quelque chose de vexant. Comme s'il avait raté quelque chose.

Que personne ne le regretterait, il le savait aussi. Il l'avait même espéré et s'obstinait dans cette voie. Il était inutile, et tenait à le rester assez pour que personne ne se souvienne de lui. Il n'avait pas envie de laisser derrière lui une légende noire. Pas plus qu'une légende sainte. Il n'avais rien voulu d'autre qu'un peu de pouvoir. Assez pour vivre, assez peu pour ne pas se soucier des conséquences. Il avait mal dosé, à présent il n'avait plus rien. Et il n'en était même pas mort, mais ça ne tarderait pas. Les circonstances qui avaient mené à la visite de Francine de l'intéressèrent pas. Il se murmura juste intérieurement "c'est bon, elle va partir". Mais elle ne partit pas. Elle lui proposa un travail. Et il se méprisa de ne pas refuser immédiatement.

Il écouta.

Les motifs des Cristiani ne lui plaisaient pas. Leurs raisons de l'embaucher le firent grimacer. Devenir un homme meilleur ? Et pourquoi pas un saint ? Mais le fait était qu'elle avait dit "meilleur" et pas "bon". Elle n'avait pas fait de référence directe à la morale, même si son discours était clairement imprégné de valeurs déontologiques. La toute-puissante règle. Celle à laquelle il avait voulu échapper, tout en construisant sa propre cohérence, comme on construit une géométrie alternative. En un sens, les valeurs dont elle lui parlait étaient assez proches des siennes. L'excellence, la cohérence, et un système de règles précises construites en dehors de toute faiblesse humaine. Sauf que s'il les rejoignait, il serait un subalterne. Et s'il ne les rejoignait pas... Son regard se tourna vers sa fille. Elle était forte, mais imprudente. Elle pouvait se mettre en danger vis-à-vis de Francine, et s'il voulait éviter ça il n'avait pas le choix. D'un autre côté, sa fille valait-elle réellement plus que sa fierté ? Il n'avait pas envie d'accepter, ni de refuser. Il l'admit temporairement, trop conscient de la violence avec laquelle il allait regretter sa décision, quelle qu'elle soit.

« Si vous le permettez, je vais y réfléchir. Seul. Bien que je ne pense pas avoir les qualités que vous me supposez. Je ne suis pas un homme de compassion, notamment, et je n'aide pas sans arrière-pensée. Pour autant, je pourrais avoir un intérêt à rencontrer votre famille, mais il faut que j'y réfléchisse sérieusement et les... circonstances ne s'y prêtent pas. »

Il était presque en train d'accepter un pacte avec le diable. Mais qu'avait-il de mieux à faire de toutes façons ? Il n'espérait pas retrouver sa fierté perdue en se faisant le servant d'une famille puissante, mais au moins cette activité aurait-elle peut-être le mérite de le réveiller. Et si cela ne fonctionnait pas, il serait toujours temps de demander à sa femme de ménage de bien vouloir l'achever. Elle n'en serait pas attristée et semblait assez pieuse pour ne pas trop le lui reprocher. Le véritable problème, c'était Mary. Enceinte, donc vulnérable. Et pas décidée pour un sou à faire profil bas. Il allait devoir s'adresser à elle. Il détestait ça. Mais si elle n'avait pas toutes les clef en main elle risquait de se mettre en danger, et de mettre l'enfant en danger. Or, il avait beau se vouloir insensible, le mioche indésirable qui allait voir le jour serait de son sang. Il était logique qu'il s'en préoccupe un minimum. Il ne le montrerait simplement pas. Il était habitué, ça ne poserait pas de problème.

« Mary. En dehors de nos divergences d'opinion, et c'est important, je voudrais que tu emménages ailleurs. Polichinelle dans le placard ou pas, ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'Emmet se croie en position de m'éliminer. Il pensera sûrement pouvoir m'atteindre à travers toi, et si frivole que tu sois ça me contrarierait qu'il y arrive. Si le père de ton bâtard peut t'héberger, je veux bien fermer les yeux sur ce que vous avez fait. Ça ne veut pas dire que je m'en occuperai à votre place, mais l'appartement n'est plus sécurisé depuis que je suis viré. »

Viré. Le mot lui avait fait mal à prononcer devant sa fille, mais moins qu'il n'aurait pu le penser. Et moins que l'impression qu'il avait de se plier aux caprices de sa tornade d'héritière. Il allait être grand-père. Et il était en train de l'accepter. Moyennement quelques détails, mais il l'acceptait. Ce n'était pas qu'il fût très coincé en matière d'autonomie de la jeunesse et de sexualité épanouie, mais il y avait une différence entre l'ouverture d'esprit et l'accueil sans conditions d'un bébé chez soi. Contrat valable vingt-cinq ans sans service après-vente. Elle était trop jeune pour avoir un enfant. Elle allait l'avoir quand même. Il n'y pouvais rien. Mais si ça lui permettait de mettre la donzelle à l'abri, il s’inquièterait du problème ensuite. Pour le moment, le plus urgent, c'était de mettre sa fille à l'abri d'un Tussle qui rognait de plus en plus de pouvoir et le haïssait autant qu'il était haï de lui. Tussle qui était au courant de l’intérêt, minime mais bel et bien existant, qu'il avait pour la vie de sa fille. Pour ça, il pouvait même admettre le môme. Même s'engager dans l'entretien du service des urgences, où n'importe quel autre job répulsif. Du moment que sa fille était à l'abri et qu'il ne se retrouvait pas comme un con à moisir dans son appartement en attendant que Tussle ait les forces suffisantes pour le faire assassiner proprement. Il prit une grande inspiration et prononça les mots qui mettaient une fin définitive à un silence entretenu pendant des années. Il ne se préoccupa pas de Francine. Elle pouvait déjà le détruire, alors un peu plus ou un peu moins...

« C'est la seule chose que je te demande personnellement en six ans, et je suis sérieux. Tu es peut-être fine mais tu n'as pas les moyens de te sortir des griffes de ce rapace actuellement. Et exceptionnellement, moi non plus. Si tu ne te planque pas de toi-même, je t'envoie dans un pensionnat militaire à l'étranger. Mais j'ai envie de croire que tu peux te faire discrète si nécessaire. Ça ne dépend que de toi. »

En réalité, il n'avait pas le choix. L'envoyer à l'étranger serait loin d'être suffisant et il n'avait plus la possibilité de lui assurer une protection vraiment efficace. Du moins pas contre Tussle, qui s'engrossait sûrement de jour en jour et auquel il refusait de s'intéresser. Par peur de voir qu'il ne faisait plus le poids, sans doute. Tout ça faisait mal, très mal au niveau de son complexe de supériorité. Faire confiance à sa fille était une chose, le dire en était une autre. De même, penser à accepter une proposition pas forcément avantageuse et affirmer qu'il y réfléchissait étaient deux façons de faire qui ne relevaient pas du tout du même ordre d'idée. Il était plus bas que terre. Et, paradoxalement, il avait l'impression de commencer à se sortir du marasme. Douce illusion : il venait d'ouvrir les yeux. Ceux-ci ne s'étaient simplement pas encore assez habitués à la merde pour la voir distinctement.

Il se sentait fiévreux et avait mal au ventre. Il n'y avait pas vraiment prêté attention, mais ça allait faire presque une semaine qu'il se nourrissait de façon complètement chaotique. C'était logique qu'il attrape une intoxication alimentaire. L'idée le fit presque rire, car il y avait peu de chances que son état se voie de l'extérieur tant son allure générale devait être repoussante. Il y avait dans cette pièce un apprenti dictateur incompétent, pris d'un fou-rire suite à un discours nettement plus sincère que dans ses habitudes. Mais bah, quelle importance s'il cassait tout ? Il était déjà fini.
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Ven 23 Mar - 23:20

Mary Jane écouta avec attention la discussion entre Francine et Dunney. Elle ne comprenait pas tout mais quand la jeune femme attaqua son père, Mary Jane eut l’impression d’halluciner. Elle se prenait pour mère Thérésa ou quoi ? Elle et sa famille voulait aider Holster. N’importe quoi ! Son père était assez grand pour s’aider tout seul. Il n’avait besoin de personne et surtout pas d’une famille. La chipie trouvait que Francine dépassait les bornes Et puis, l’appartement n’était pas un vieil appartement ! Il était ce qu’il y a de plus moderne et design. La jeune femme avait un sens de l’analyse assez bizarre ou un goût de chiottes... Et lui il encaissait silencieusement ! Non mais il n’allait pas se laisser enfoncer comme ça encore longtemps. Il allait l’envoyer balader, la sortir de l’appartement, réagir ! Même pas, il la laissait débiter des propos infamants sans rien dire. Devant le silence de son père, Mary Jane fit une mine dépitée et poussa un soupir de désespoir. Il n’entendait rien ou quoi ?

Par contre, la chipie entendit ce que Francine dit et l’interpréta à sa manière. Ses attaques verbales ne lui plaisaient pas du tout, mais alors pas du tout ! Mary Jane disait souvent que son père ne jouait pas son rôle mais elle ne supportait pas que ça ne vienne pas d’elle. Personne n’avait le droit de dire ça de lui sans qu’elle ait elle-même lancé le sujet. Qu’est-ce que cette jeune femme savait de leur vie de famille d’abord ? Elle ne vivait pas avec eux. Ce qui déplut le plus à l’adolescente ce fut lorsque la jeune femme supposa qu’il ne lui restait plus que sa fille, comme si elle n’était pas importante. Mary Jane bondit du fauteuil sur lequel elle était assise et se mit à crier.


- Non mais, pour qui tu te prends là ! T’es qui pour juger ? Tu te crois meilleure ? T’es même pas capable de faire un truc toute seule. T’as eu besoin de William et de moi pour entrer chez Genetic. T’es toujours en train de parler de ta famille…. Et ma famille par ci, et ma famille par là… Qu’est-ce qu’on en a à battre de ta famille. Qu’est-ce que tu fous là d’abord ? Retourne donc dans TA famille puisqu’elle est si bien que ça !

Ce n’était pas parce que Mary Jane était débrouillarde qu’elle n’avait pas besoin d’un pilier sur lequel s’appuyer. Si Francine avait deux doigts d’intelligence, elle devrait le savoir ! L’adolescente ne dit rien sur la proposition de travail faite à son père. D’ailleurs, ça la fit sourire doucement. Elle rêvait la pauvre, son paternel ne travaillerait jamais pour une famille. Il ne travaillait déjà pas beaucoup pour la sienne, alors ! Même quand il était à la tête de Genetic, il s’arrangeait pour ne rien avoir à faire ou très peu. Il refilait tout à sa secrétaire et à ses subalternes, il se contentait de jouer l’inspecteur des travaux finis.

Là encore, Mary Jane hallucina. Non seulement Holster ne se défendit pas un seul instant mais accepta de réfléchir à la proposition de Francine. Mais pourquoi diable ne l’avait-il pas refusée d’emblée ? Il avait peur de quelque chose ou quoi ? A moins que ce ne soit un stratagème finement étudié pour frapper un grand coup. Sauf que le grand coup, il ne le donna pas à Francine mais à sa propre fille. Cette dernière était tellement outrée qu’elle n’entendit pas la moitié de ce qu’il lui dit.


- C’est ça ouais ! C’est pas parce que l’autre pouffe t’énerve qu’il faut te venger sur moi. Merde ! J’suis ta fille quand même ! Même si tu m’aimes pas, t’as pas le droit de me traiter moins bien qu’elle. Elle, tu ne la renvois pas ! Alors pourquoi moi, tu me fous à la porte ? Dit-elle en pointant du doigt Francine qu’elle fusilla du regard.

Tout ça c’était de sa faute. Si elle n’avait pas demandé bêtement à combien de mois de grossesse elle en était, son père n’aurait rien vu. Pas maintenant en tout cas. Et la chipie aurait pu essayer d’avoir une discussion avec son paternel pour lui expliquer la situation. Là, il lui demandait des choses impossibles. Elle avait promis à Lotus qu’il ne serait pas embêté avec le gamin, rectification : les gamins. Elle était persuadée que son père n’approuverait pas cette grossesse mais elle était également persuadée qu’il ne la ficherait pas à la porte. Et qui garderait les gamins si son père n’assurait pas le financement ?


- C’est pas juste... Finit-elle plaintive, en se laissant retomber sur le canapé comme une poupée de chiffon.

Mary Jane était énervée, vexée, choquée, contrariée, dépitée, peinée par une telle réaction. Tous ses plans tombaient à l’eau les uns après les autres. Elle avait rencontré un drôle de flic sur lequel elle avait flashé et pour lequel elle n’était pas indifférente. Elle avait eu dans l’idée de lui faire porter la responsabilité de sa grossesse. Comme ça, elle serait allée vivre chez Jack il aurait assuré le côté financier. Sauf que, cet abruti de flic avait disparu de la circulation. Vraiment, elle ne pouvait compter sur personne ! Elle était obligée de se rabattre sur son père. Et son père la virait de chez lui, de chez elle aussi un peu, non ? Vraiment, cette adolescente n’avait pas de chance. C’était à se demander si le nom Holster ne portait pas la poisse ! Même si elle avait envie de pleurer de désespoir, elle ne pleurerait pas. Ca ferait trop plaisir à l’autre grande gigue et à son géniteur. Au cas où elle n’arriverait pas à retenir ses larmes, elle replia ses genoux contre elle, croisa ses bras dessus et plongea sa tête dedans.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 24 Mar - 15:18

Holster faisait preuve de raison en affirmant qu'il réfléchirait à la proposition de Francine, même s'il n'était pas sincère. C'était plus dans son intérêt que dans celui de la blonde, même si elle avait à y gagner et qu'elle saisissait justement ici l'occasion. Les motifs et les ambitions de l'organisation de son clan échappait complètement à Holster et de manière générale au commun des mortels, tant qu'ils ne s'étaient pas approchés d'eux un temps soit peu, ils les craignaient et les fuyaient comme la peste. Bien sûr qu'ils étaient dangereux, affirmer le contraire serait mentir, et bien sûr qu'ils n'agissait pas dans la légalité, mais ils n'avaient pas de mauvais desseins et ne s'occupaient pas de ce qui les regardaient pas, ou du moins de ce qui ne pouvait pas leur apporter quelque chose. Les Cristiani, ce n'était plus une famille de rital ou un clan, c'était devenu une entité.

La jeune femme écoutait le paternel pour une fois jouer son rôle et materner pour la première fois devant elle son rejeton. Comme si la présence de Francine et le sujet qu'ils évoquaient, c'est-à-dire sa famille et son organisation, représentaient un danger pour elle. La jeune femme leva les yeux au ciel. C'était inutile, ils ne lui feraient rien à Mary Jane. Holster n'était pas important à ce point, il fallait arrêter de se leurrer. Même s'il rejettait l'offre de Francine, honnêtement, pour ce qu'il était devenu, elle s'en remettrait. Ils n'avaient rien à gagner à s'attaquer de front à lui ou à s'en prendre à sa fille. Mais il évoquait Tussle qui pouvait se révéler par contre une véritable menace, l'occasion encore pour Francine de faire valoir ses propres intérêts en répondant aux besoins de son hôte.
Bien sûr que les mots qu'elle avait eu précédemment étaient durs et sans doute, plus tout à fait en mesure d'être justifiés au vue de la situation présente, mais elle se félicitait pour une fois de voir Dunney Holster se comporter en père responsable avec sa fille et l'enfant qu'elle attendait.

Mais la réaction de Mary Jane, imprévisible, naturellement, sans aucun doute relié au bouillonnement d'hormones qu'elle subissait coup sur coup avec la grossesse et les aléas de la puberté, fit sursauter Francine qui n'appréciait franchement pas qu'on crie en sa présence. D'abord, parce que ses oreilles le supportaient mal et parce qu'aussi la voix de Mary Jane devenait tout à fait insupportable en telle circonstance qu'il lui fallait un temps après coup pour décrypter et comprendre tout ce que la jeune mère en devenir venait de lui dire.
Une fois qu'elle eut saisi l'intégralité de son discours, les raisons de sa colère ne lui paraissaient pas exactement justifiés, mais elle préférait mettre ça sur le compte de l'âge ingrat et de la grossesse pour lui pardonner toute sa grossièreté. Gardant un calme olympien, elle s'arrangea en posant une jambe à plat sur l'autre et le coude nonchalamment posé sur la table pour que sa main puisse accueillir en son creux sa tête. Ce genre de réaction était presque normale en fin de compte. Elle s'énervait de ne pas comprendre ce qui se passait avec elle et son père. Elle était mise de côté. Francine voulait bien l'envisager. Et elle remettait William sur le tapis, pensant que c'est de cette façon qu'elle l'atteindrait, comme les adolescents d'ordinaires le faisait. Appuyer là où ça faisait le plus mal. Il y avait longtemps que William n'était plus rien pour Francine alors reparler de lui c'était comme donner un coup d'épée dans l'eau.
Elle adressa à la jeune fille un simple regard avec peu d'intérêt comme s'il s'agissait d'une émission de télévision très limitée. Ce n'était pas avec elle qu'elle aurait à parler de ce genre de choses-là. Elle n'était pas dans le coup, ça n'était pas de son avis dont elle avait besoin, elle devait avant tout s'occuper d'elle à défaut d'être soignée et ménagée par son père, sa grossesse devait lui prendre bien assez de son temps. Et c'était le tour à Holster d'en prendre aussi dans la gueule, avec une jolie attention pour Fran aussi.

Francine était plus du côté de Holster sur ce coup-ci quand même. MJ n'avait aucune idée de ce qu'elle disait, sur le coup, elle devait être humiliée et blessée alors elle se défendait tant bien que mal. Pouvait-on lui en vouloir ? Un enfant dans le ventre du haut de ses seize printemps ? Honnêtement, non. Même elle le comprenait. Personne ne saisissait la détresse de l'adolescente. Elle avait beaucoup plus besoin des autres qu'elle voulait bien l'admettre et elle vivrait sans nulle doute avec le père de sa progéniture si elle pouvait plutôt que traînasser autour de son père réduit à l'état de loque humaine pathétique. Si elle était là, c'était qu'au fond, elle n'avait pas vraiment le choix. Francine soupira et se leva.


Elle asséna à la jeune Mary Jane une claque. Pas trop lourde, non, elle ne voulait pas lui arracher la tête, juste la réveiller. Francine attrapa son minois et lui asséna ses derniers mots :

« On va s'occuper de toi. 90 mètres carrés, ça devrait aller. En attendant, je te laisse réfléchir à ça, je sais très bien que tu vaux mieux que ça. »

Puis elle se redressa et regarda Holster.

« Nous sommes en mesure de vous aider, et on n'en fera pas une maladie si vous refusez, on a mieux à faire que vous courir après pour vous faire la charité, elle déclara sèchement.

Puis d'un pas décidé, elle quitta d'un bond la pièce. Satisfaite, elle avait dit ce qu'elle avait à dire et avait posé ses arguments, elle se moquait maintenant complètement qu'ils refusent tous les deux, mais elle savait aussi que chacun n'aurait sans doute pas d'opportunité aussi dorée.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 24 Mar - 17:39

Fière et intraitable. Caractérielle, comme lui. Un insecte qui pouvait se faire écraser n'importe quand. Il ne se souvenait pas lui avoir donné des habitudes si dangereuses. Attaquer Francine. Ce qu'elle faisait était insensé. Mais il l'avait élevée comme ça, ou plus exactement l'avait laissée devenir comme ça sans penser un seul instant qu'elle pourrait un jour risquer gros. Son monde et celui de sa fille n'étaient pas sensés se croiser. Elle n'était pas supposée être impliquée dans des défis qui ne soient pas à sa mesure. Elle n'était pas sensée être impliquée dans ses problèmes à lui. Et c'était justement ce qui était en train d'arriver. La famille de Francine n'était définitivement pas un problème à la mesure de Mary Jane. Et pourtant, ces deux-là se connaissaient. C'était comme ça que Francine était (bêtement) entrée à Genetic. Il devait se rendre à l'évidence : sa fille attirait les ennuis aussi bien que lui, même seule. Surtout seule.

Actuellement, elle était en train de s'en prendre à la famille de la brute. Ridicule, il venait d'essayer et elle était restée de marbre. Ce n'était pas parce qu'elle utilisait de nombreux décibels de plus pour dire la même chose que la provocation aurait plus d'effets. Elle avait aussi déjà abordé le sujet Smith sans que l'autre change de couleur. Et heureusement, car dans le cas contraire il ne savait pas ce qu'il aurait pu faire pour remédier à une Francine énervée. La seule chose qui le surprit, dans cette histoire de famille, ce fut le sous-entendu, très implicite mais tout de même perceptible, qu'il y avait à distinguer particulièrement la famille de Francine de façon qualitative. Sans équivoque possible, cela revenait à considérer qu'eux même formaient une famille. Et une famille préférable à celle des Cristiani. Certes, il ne devait pas être bien difficile de préférer une famille à celle des Cristiani. Mais bon sang il était tout sauf un père de famille ! Il détestait l'idée même de foyer, et tout le tintouin ! Que sa fille le considère comme sa... sa famille lui faisait monter une boule d'angoisse.

Boule qui se mit à enfler dangereusement quand elle lui lança la bombe en pleine figure. Sa fille. Sans ça, il aurait pu se dire qu'elle était vexée, enragée, trop fière. N'importe quoi d'autre. Mais il ne lui serait pas venu à l'idée de la qualifier d'envieuse. Il était aussi un peu estomaqué de la façon dont elle prenait ses propos. Il pensait, pour une fois, à la protéger et voilà qu'elle se sentait mise à l'écart. Et qu'elle s'en plaignait. Car c'était là la nouveauté : jusque-là la jeune fille n'avait jamais semblé particulièrement affectée par la distance qui régnait entre eux. Elle s'était adaptée à sa froideur, à ne pas le déranger, à ne rien attendre de lui. Et elle avait eu raison. Alors pourquoi cherchait-elle maintenant de sa part un traitement différent ? La réponse était simple, mais il fallut qu'il la voie au bord des larmes pour se rendre compte avec horreur du fait. Elle n'avait pas renoncé. Elle s'était bêtement torturée depuis tout ce temps sans jamais décrocher. Il se sentait comme un dandy venant de s'apercevoir qu'un cadavre traîne derrière lui, agrippé à son costume depuis des lustres. C'était de mauvais goût.

La claque retentit sans qu'il réagisse. Il n'avait pas pour habitude de voler au secours de qui que ce soit, et laissait généralement les gens recevoir les conséquences de leurs actes. Mais cette fois-ci, il s'en voulut de cette inertie. Il s'en voulut d'autant plus qu'il ne pouvait pas venger sa fille. Sa fille. Pourquoi elle tenait à se considérer comme telle, c'était un mystère. Il était devenu une loque, n'avait plus rien d'admirable si tant est qu'il eût jamais eu un tel trait. Il était incapable d'assurer sa protection, même chez lui. Il ne l'avait jamais choyée, n'avait jamais cherché à la comprendre. Il n'y avait rien. Pas le moindre milligramme de terreau sur lequel aurait pu pousser une famille. Il y avait veillé. Et pourtant elle était sa fille, et il sentait la gifle de Francine comme si elle lui avait été adressée, à lui. En un sens, c'était peut-être le cas. Il avait merdé.

Il avait mal au ventre. Et voir Francine proposer une "solution" à sa fille n'était pas pour lui adoucir ses maux. En effet, si sa fille dépendait des Cristiani il risquait de leur être irrémédiablement aliéné. Et il ne le voulait pas. Il préférait encore l'envoyer dans un squat que dans une prison dorée. D'ailleurs, il n'aimait pas non plus le ton impératif qu'elle avait utilisé. Croyait-elle que c'était ce qu'il voulait ? Enfermer sa fille à l'abri de tout et la laisser aux soins d'autres que lui, le plus loin possible ? Il voulait la mettre à l'abris, certes. Mais il ne tolérait pas qu'elle soit placée sous une quelconque autorité. C'était stupide, il le savait avant même de le penser. Au vu des ennuis qu'elle parvenait à s'attirer, il était évident qu'elle avait besoin d'être cadrée. Mais il n'avait pas pour autant envie de laisser Francine la gérer. La superbe de cette femme lui faisait froid dans le dos. Elle lui faisait peur, et il était hors de question qu'il laisse une femme si effrayante s'occuper de Mary Jane.

Lentement, il alla vers sa fille. Sa fille, il ne s'y faisait toujours pas. Anyway. Il fallait qu'elle cesse sa petite crise et la claque que Francine lui avait donné n'était pas le meilleur moyen d'obtenir l'attention de l'adolescente. Avec quelqu'un d'autre, il aurait pris un ton doucereux, se serait montré caressant afin d'obtenir ce qu'il voulait. Mais c'était sa fille. Il la plaçait au-dessus des cibles anonymes de ses talents en manipulation. Au-dessus. Sauf que là, techniquement parlant, elle était en dessous. Complètement contrôlée par ses nerfs, elle envoyait en continu le message "occupez-vous de moi". Pathétique. Mais. Il était hors de question qu'il laisse Francine être la seule à y répondre. Alors, même s'il devait se haïr pour les siècles à venir, il décida d'abandonner la considération qu'il avait habituellement pour la jeune fille et de l'aborder comme n'importe quel problème humain. Son objectif était qu'elle aille habiter ailleurs, mais pas aux frais des Cristiani.

« Mary, je ne te mets pas à la porte. On ne peut plus habiter ici, ni toi ni moi. Et ma priorité, pour le moment, c'est que personne ne te retrouve à qui tu ne confierais pas ta vie. »

Il s'était accroupi près d'elle, puis assis, incapable de tenir une position plus contraignante. Il avait adopté ce ton pédagogique, faussement proche, qu'il détestait tant. Il respectait assez ses adversaires pour ne l'employer que lorsqu'il cherchait à les énerver. Détromper les erreurs, expliquer, c'était une chose qu'il ne faisait qu'avec les plus grands naïfs. Mais sa fille s'étant révélée d'un niveau absolument lamentable en analyse ces dernières minutes il n'avait pas le choix. Sa fierté en prenait un coup, autant que s'il avait fallu qu'il se fasse lui-même ré-expliquer comment fonctionnait son propre pouvoir. Il avait l'impression de rabâcher des tables d'addition pour une partie de lui-même qu'il aurait crue du niveau lycée. Et il se surprenait de ne pas en être agacé. Il se sentait mal, mais pour une fois expliquer ne lui tapait pas sur les nerfs. Il avait juste honte. Il eut même la désagréable surprise de s'apercevoir qu'il n'avait pas besoin de mentir : sa fille était effectivement une priorité. Une priorité qu'il devait éloigner des problèmes, à commencer par Francine. Il baissa le ton.

« Francine... n'est pas une pouffiasse. C'est une fille de mafieux, plus puissante et plus dangereuse que tu ne sembles le penser. C'est une mutante comme eux, et une brute. Elle n'est pas fragile, et je ne peux pas plus la virer que je n'ai pu l'empêcher d'entrer. Je ne veux pas d'elle pour ennemie, ni pour amie ça va sans dire, et j'aurais voulu que tu parviennes à l'ignorer ne serait-ce que par prudence. J'aimerais vraiment que tu réfléchisses à un endroit où tu pourrais aller vivre quelques temps. Tu peux me promettre de chercher ? »

Il avait l'impression de l'infantiliser, et de s'infantiliser lui-même à parler comme ça. Pour le moment il s'en fichait. Il avait un objectif. Il ne faisait plus attention à Francine. Il ne faisait plus attention à rien. Il avait toujours mal au ventre, et trop chaud, et l'impression qu'il allait finir par s'évanouir, mais rien de tout ça n'était aussi important que de convaincre sa fille. Elle devait partir. Lui aussi d'ailleurs, même s'il ne savait pas trop où. L'image d'un baraque paumée dans la région des Grands Lacs avec des salades et des chiens s'imposa à son esprit. Il l'écarta. Cet endroit n'existait pas. Il n'avait de consistance que dans son cerveau malade.

Mieux valait l'oublier.
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 31 Mar - 22:12

Mary Jane ne connaissait pas du tout la famille Cristiani. Elle n’en avait jamais entendu parler jusqu’à ce jour. Elle ne pouvait donc pas savoir les risques encourus si elle se mettait un de ses membres à dos. D’après Francine, sa famille était puissante. Et alors ? Le père Holster aussi avait de l’influence, enfin jusqu’à ce qu’il se fasse virer de Genentech. Heureusement, il était actionnaire de plusieurs sociétés florissantes, ce qui le mettait à l’abri du besoin, et sa fille avec, jusqu’à nouvel ordre. Sinon, ce n’était pas avec son oisiveté qu’il pourrait se nourrir et subvenir aux besoins, pourtant très restreints, de sa progéniture. Mais si ça se trouvait, la belle blonde-châtain-rousse-brune racontait des histoires pour se rendre intéressante auprès de Dunney. Ainsi, elle le convainquait d’écarter Mary Jane de sa vie pour faire ce qu’elle voulait de lui, et avec lui. Elle y arrivait en plus. Preuve en état : il la laissait parler et il disait presque amen à tout. L’adolescente était déstabilisée par ce comportement inhabituel. Elle ne l’avait jamais vu s’écraser ainsi devant les autres. Que s’était-il passé dans sa vie ? Ah ouiiii, il avait été remplacé par Emmet Tussle. Mais bon, ce n’était pas une raison. Et puis avec un nom pareil, ce « tout seul » ne pouvait pas faire long feu à la tête de Genetic.

Bref ! Les larmes au bord des yeux, Mary Jane s’était enfoncée dans son fauteuil. Sa moue boudeuse en aurait fait craquer plus d’un mais pas Francine. Au contraire, cette dernière lui assena une gifle imprévisible. Forcée d’écouter les propos de la jeune femme, l’adolescente ne réagit pas instantanément. Francine voulait s’occuper d’elle. N’importe quoi ! C’était tout réfléchi. Son quatre vingt dix mètres carrés, elle pouvait se le mettre où elle voulait. Jamais Mary Jane n’accepterait de l’aide de cette grande brute, bonne pour la camisole. Jamais elle ne lui pardonnerait d’avoir levé la main sur elle. Jamais !


- Rêve… Lança-t-elle dédaigneuse.

Contrariée par l’inertie de Dunney et très échauffée par la violence de Francine, la capacité de la chipie s’enclencha. Ne contrôlant pas bien l’intensité de son pouvoir, Francine ressentirait rapidement les effets de l’alcool à plus ou moins forte dose. Alors que la brute s’adressait au père Holster, Mary Jane se leva d’un bond afin de se mettre debout sur le fauteuil. Avec sa petite de taille, un rehausseur était nécessaire pour atteindre aisément la tête de la foldingue. En prolongement de son saut, elle lui tira les cheveux de toutes ses forces et en arracha une bonne touffe. C’était la moindre des choses en réponse à sa gifle, n’était-il pas vrai ? A croire que l’alcool avait un effet anesthésiant sur Francine car après s’être adressée sèchement à Dunney, elle quitta la pièce.

L’adolescente s’apprêtait à en faire autant pour remonter dans sa chambre. Son père en avait décidé autrement. Il s’était décollé de sa place et rapproché d’elle avec un air étrange. Mary Jane le regarda avec de grands yeux étonnés, se demandant ce qui allait lui tomber sur la tête. Voilà qu’il se mettait à jouer les pédagogues en expliquant ses décisions. C’était à noter d’une pierre blanche ! Dunney était tombé sur la tête ; ou alors, les dieux l’avaient gratifié d’un semblant de comportement paternel. Il affirmait que c’était pour la protéger mais elle ne voulait rien entendre. Elle ne le croyait pas. Elle le soupçonnait fortement de mauvaises intentions à son égard. En l’éloignant, son paternel se débarrassait d’elle comme sa mère l’avait fait. Sauf que sa mère avait eu la présence d’esprit de ne pas la laisser livrée à elle-même. Certes, l’ancien dirigeant de Genetic ne jouait pas son rôle d’éducateur mais au moins la jeune fille avait un toit et ne manquait de rien matériellement. Là, en lui demandant de se cacher pour que personne ne la retrouve, il arrangeait ses propres affaires. Il ne l’aurait plus dans les pattes. Il pourrait toujours dire que sa fille avait fait une fugue et qu’il n’avait aucune idée où elle se trouvait. Il serait le dernier à faire des recherches, laissant cette tâche à la police de Los Angeles si celle-ci était avertie de sa disparition. Il n’aurait plus à se soucier d’elle, si tant était qu’il s’en était soucié un jour. C’était le point de vue de la chipie. C’était vraiment trop injuste !

En attendant et quoi qu’il dise, Mary Jane ne digérait pas que son père la mette à la porte. Même si ce n’était son intention, elle en était persuadée. Elle le fut encore plus lorsqu’il prit la défense de Francine, affirmant qu’elle n’était pas une pouffiasse.


-Bah c’est ça, défend là ! Epouse-la pendant que t’y es. Marmonna-t-elle entre ses dents.

- J’m’en fiche de tout ça. Et tu veux que j’aille ? Chez Lololito ? C’est trop petit. En plus, je lui ai promis que je ne l’embêterai pas. Il est trop gentil avec moi, je ne peux pas lui faire ça. Et puis, il a sa vie ! Chez Jack ? J’ai pas de nouvelle de lui. Et puis il est trop vieux en vrai; il est comme toi, il est beau mais il comprend rien. Chez Ryan ? C’est pas dit qu’il veuille m’héberger ; lui aussi il a sa vie. Chez Keat ? Il a déjà Ingrid et j’ai pas l’intention de croiser l’autre foldingue de Kate si elle refait surface. Chez Max ? C’est pas possible, elle est elle-même déjà hébergée par Ross ; ça m’étonnerait que ce Ross m’accepte. Chez un des potes du collège ? Tu parles, ils sont toujours partants pour faire la fête mais pour prendre des responsabilités, là tu peux être sûr qu’il n’y a plus personne. Alors hein ? A quoi veux-tu que je réfléchisse ? J’ai personne chez qui aller… Je suis pas idiote, j’ai bien compris, personne m’aime….

Le débit de paroles de Mary Jane fut aussi rapide que les pensées lui traversant l’esprit. Elle n’avait pas laissé le temps à son père d’en placer une. De toutes les façons, que pouvait-il répondre à tout ça ? Rien. Il ne pouvait qu’écouter et approuver même s’il ne connaissait pas les personnes citées. La jeune fille était triste et si elle n'avait pas une peur bleue de la mort, devant un tel constat, elle se serait suicidée.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 21 Avr - 11:47

Au moins se défendait-elle naturellement contre l'offre empoisonnée de mademoiselle la simple femme de ménage. Par contre, elle lui était tout aussi hostile. Il était tenté de laisser les choses en l'état. Après tout, les choses semblaient revenir à la normale : plus de mafieuse chez lui et sa fille le haïssait. Sauf qu'entre temps, il avait acquis la certitude que Francine reviendrait et que sa fille était nettement moins solide qu'il ne le pensait jusque là. C'était d'autant plus fâcheux qu'il avait fait montre, devant le croyante, d'une forme de sollicitude paternelle qui risquait fort d'être considérée comme une faille à exploiter. Qu'elle ait proposé d'héberger Mary signifiait aux yeux de Holster qu'elle voulait garder son héritière sous la main pour se servir de lui, et il en était hors de question. Or, si sa fille n'était heureusement pas disposée à la suivre, il n'était pas dit qu'elle en ait la force. C'était pour cette raison qu'il avait essayé d'effleurer le problème épineux de son pouvoir, qui lui conférait une force appréciable, mais Mary ne voulait rien savoir. Elle était complètement illogique. Lui, prendre sa défense ? Il la craignait assez pour la respecter, mais il était hors de question qu'il se mette de son côté sans un intérêt précis et assuré. Il était en train de se démener pour qu'elle ne se retrouve pas entre ses mains, ni entre celles de Tussle, et la demoiselle trouvait tout de même le moyen de s'en plaindre. Il manqua de s'étouffer en entendant le verbe épouser. Épouser Francine ? Certes, elle était belle, mais il tenait à la vie. Et il ne voulait pas se marier à quelqu'un qui puisse avoir le dessus sur lui. Sans compter qu'il était déjà marié, autre problème qu'il allait devoir régler. Il avait peut-être une idée pour ça, s'il trouvait un moyen de pression suffisant envers son conjoint. Mais pour le moment il y avait plus important à penser : sa fille qui lui faisait une crise de jalousie et qui refusait d'avoir la moindre pensée constructive. Elle pleurnichait comme une gamine sur le thème du personne-ne-m'aime et en cet instant il avait franchement honte d'être le père d'une telle loque humaine.

Il y avait plusieurs points dans le discours de la jeune fille qui l'énervaient, notamment sa façon de dire que tous ses contacts avaient leur vie, comme si elle-même n'avait pas le droit d'avoir besoin de leur aide. Naturellement, si elle partait battue d'avance, en s'excusant d'exister, elle ne risquait pas de trouver un logement de sitôt. Mais il y avait aussi des points qui le firent tiquer. Le fait que sa fille fréquente un vieux, beau mais con, par exemple. Il croyait qu'elle avait un peu plus de fierté. Il fallait croire que là encore il s'était trompé. Le fait qu'elle connaisse des proches de Kate l'étonnait aussi, car il ne se faisait pas d'illusion quand à l'identité de "l'autre foldingue", et l'idée que sa fille avait peut-être un peu trop fréquenté les bureaux de Genetic le fit frissonner. Avec sa chance, elle pouvait très bien s'être impliquée dans il ne savait quelle combine risquée, bien trop dangereuse pour son âge. Mais surtout, il nota que Kate la Foldingue n'était pas là pour le moment. Elle risquait juste de refaire surface, comme si elle avait disparu. Bah ! Ce n'étaient plus ses affaires, et il lui souhaitait tout le malheur du monde. Les autres noms qui le firent tiquer furent Max. Max était sensée la surveiller discrètement, c'était pour cela qu'il l'avait embauchée. Il n'avait pas réellement songé à la garder, ni à la virer en fait, à présent que sa fille ne pouvait plus être sous la garde de Harwell. Pour être honnête, il n'avait pas vraiment pensé aux conséquences de son licenciement sur la surveillance de Mary. Ce qui le choquait, c'était que la jeune femme soit hébergée chez un dénommé Ross. Même en sachant qu'il y avait un tas de gens dénommés Ross, il ne pouvait s'empêcher de déprécier cette situation. Il allait vraiment falloir qu'il se repenche sur ce problème. Mais pour le moment, Mary était prioritaire.

« Je ne relèverai pas ton défaitisme ou la... qualité de tes fréquentations ; je pense quand même que tu as plus peur de les solliciter que de les déranger, mais comme nous n'avons pas le temps de te faire prendre confiance je vais te trouver quelqu'un. J'ai rencontré quelqu'un qui n'a rien à voir avec Genetic. Elle est sans doute capable de s'occuper de toi et.. de ton enfant, puisque tu vas l'avoir. D'ailleurs il faudra que j'aie une petite discussion avec toi et le père quand on aura le temps. »

C'était du grand n'importe quoi. Fonçant vers l'ordinateur, il se demanda quelle probabilité il y avait pour que Mary le pense fou. Il était là, apeuré, en train de fouiller dans les papiers désordonnés couverts de statistiques qui recouvraient l'espace disponible dans l'espoir d'y récupérer le numéro d'un rêve. Tout ça n'avait pas de sens. Pourtant, il parvint à le retrouver. Les chiffres ronds, soigneusement recopiés, occupaient fièrement le centre de la feuille qu'il avait finalement retrouvée. Il n'avait pas voulu y prêter trop attention jusqu'à présent, préférant laisser le malheureux bout de papier se faire engloutir sous la masse du virtuel, repoussant au maximum sa réalité. Mais le numéro existait bien, et il ne pouvait pas venir de nulle part. Il ne revoyait recopier les numéros, qui de toutes façons n'étaient pas partis de son bras au premier lavage. Il se souvenait avoir hésité à les effacer, même après avoir retranscrit chaque chiffre minutieusement. Il avait à nouveau à l'esprit cette impression d'irréalité qui avait caractérisé cette rencontre et l'état de flottement dans lequel il était resté quelques heures encore. Il revint vers sa fille, armé de la feuille et de son portable, qu'il avait cessé de cacher depuis que personne ne l'appelait plus.

« Je vais l'appeler. Je ne sais pas si elle voudra bien t'héberger mais c'est la seule solution sûre dont on dispose, et comme tu ne veux pas prendre le risque d'exister pour ton entourage... Bref. Si elle accepte, je voudrais que tu fasses attention tout de même. J'ai confiance en elle, mais pas en ses amis. Quant aux tiens, puisqu'ils ne t'aiment pas, ne leur donne pas l'adresse où te te trouveras, d'accord ? »

Il aurait pu expliquer que puisqu'elle ne semblait pas leur faire assez confiance pour leur demander un service, il valait mieux qu'elle s'abstienne de leur confier une information aussi importante que son adresse, mais c'eût été faire long pour une chose qui était à ses yeux assez facile à comprendre. Il préférait reprendre les termes subjectifs de sa fille et lui donner raison, quitte à lui faire mal, plutôt que de commencer à essayer fastidieusement de convaincre l'impétueuse jeune fille. Elle voulait passer pour une pauvre fille esseulée, hé bien soit, il l'acceptait. Mais qu'elle ne vienne pas se plaindre ensuite qu'il l'ait admis trop vite. Il n'avait pas le temps d'être pédagogue, et n'en avait même pas la moindre envie. Sans attendre la réponse de l'adolescente, il composa le numéro. Se trompa deux fois. Appuyant finalement sur la touche "appeler", il s'efforça de calmer un peu ses nerfs. Il n'avait pas envie de passer pour un désespéré, c'était le meilleur moyen de se faire opposer un refus prudent mais clair. * Respire petit dictateur, tu en as besoin.* Le temps d'attente avant que le son du téléphone qui se décroche lui parut très long.

« Allo, Maggie ? Ici Dunney, j'aurais besoin de votre aide, c'est pour ma fille. Mon appartement n'est plus sûr, et elle est aussi douée que moi pour se faire discrète. Moi je peux changer d'hotel tout le temps mais ce serait mieux pour elle de vivre à peu près normalement, elle n'est... pas en état de supporter trop de stress. C'est un peu difficile à dire au téléphone, si vous pouviez venir, j'habite à Over Place, numéro 36, neuvième étage. Je suis vraiment désolé, je peux pas appeler quelqu'un d'autre pour le moment. Je suis bien placé et vous aussi pour savoir ce qu'elle risque si Genetic la récupère. S'il vous plait. »

Il n'avait pas osé dire "enceinte". Mais il devrait bien à un moment ou un autre l'annoncer. Pas sûr que Maggie, malgré toute sa gentillesse, veuille bien prendre en charge les hormones de son héritière. Après tout il l'avait rencontrée assez récemment, par hasard. Mais elle avait aussi toutes les cartes en main pour comprendre le danger qu'il encourait. Et si elle refusait, il pouvait toujours supplier sa fille d'appeler l'un de ses amis. Ou l'emmener avec lui, quoi qu'il répugnât à l'enlever à ses études. Même si elle ne travaillait pas vraiment, il y avait une différence entre sécher les cours par caprice et les abandonner complètement pour cause de fuite en pleine grossesse des ennemis de papa. Tout ça était absurde. Absurde, mais il devait faire avec. Il ne pouvait qu'espérer que Maggie accepterait de venir.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Sam 21 Avr - 22:51

Une fumée emplie de nicotine s'échappa des lèvres de Maggie. Les volutes blanchâtres se détachaient à peine parmi la vapeur qui stagnait dans la pièce. La matinée touchait à sa fin et elle venait tout juste de rentrer d’une garde de nuit. Alors elle s’adonnait à l’un de ses passes temps favoris : Fumer un paquet de cigarette en se prélassant dans un bon bain chaud. Par la porte de la salle d’eau grande ouverte, privilège offert par le fait d’habiter seule, elle pouvait entendre les notes pop du best of de Coldplay qui s’échappait des enceintes de sa chaine hifi. Un sourire béat éclaira le visage de la rousse. Une fois que l’eau serait froide, elle s’extirperait de sa baignoire, s’envelopperait dans un immense peignoir en éponge et irait s’allonger sur son canapé. Là, elle s’endormirait comme une souche d’un sommeil sans repos et elle se réveillerait dans quelques heures, percluse de courbature. Si un canapé était aussi confortable qu’un lit, ça se saurait. Elle tira une dernière fois sur le tube de nicotine avant de l’envoyer retrouver ses congénères dans le cendrier. Elle ferma les yeux, laissant la voix de Chris Martin la bercer. Elle dodelinait de la tête au rythme des accords de guitare et de la sonnerie de téléphone. Sonnerie de téléphone ? Ah non, ça c’est un intrus.

Elle sortit de son bain en grommelant et attrapa une serviette au passage. Elle s’enroula dedans avant de rejoindre son salon. Elle détestait être dérangée dans son bain. C’était un moment qui n’appartenait qu’à elle, un moment de détente où elle s’efforçait de ne penser à rien. Et penser à rien était salvateur en cette période. Avec ses mains mouillées, elle s’emparait de l’appareil de haute technologie et jeta un œil à l’écran. Dunney Holster. Elle resta un moment à regarder le nom clignoter. Elle ne pensait pas qu’il la rappellerait de sitôt. Leur rencontre remontait à l’avant-veille et elle avait marqué Maggie plus qu’elle n’aurait du. En se rendant au bord du lac ce jour là, elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un. Encore moins quelqu’un comme lui. Elle décrocha juste avant que l’appel ne soit basculé sur sa boite vocale.


« Allô ? » S’en suivit une explication pour le moins vague et désordonnée. Il lui parlait d’hôtel et de sa fille, de vie normale et de Genetic. Maggie fronça les sourcils, essayant de comprendre. Dunney parlait trop vite et les vapeurs du bain embrumaient encore son cerveau, ankylosant sa capacité de déduction. Finalement, elle attrapa un bout de papier et y nota en vitesse l’adresse qu’il venait de lui donner. « Très bien, je fais au plus vite. J’arrive tout de suite. »

Sur ces mots, elle raccrocha. Elle n’avait pas tout bien compris, seulement l’essentiel. Dunney avait besoin d’un coup de main et c’est elle qu’il avait appelée. Alors, elle fila dans sa chambre et s’habilla. Elle ne pouvait tout de même pas se pointer en serviette de bain chez Dunney. Une fois dans une tenue correcte, comprenez un jean noir et un tee shirt orange fluo, Maggie attrapa son sac et fila dans la rue. Elle grimpa dans le premier taxi qui accepta de s’arrêter et lui donna le bout de papier où était notée l’adresse. Elle ne savait même pas où se trouvait Over Place par rapport à son appartement. Assise à l’arrière du taxi, elle repensait à leur rencontre étrange, sur les bords d’un lac radioactif. Elle lui devait une fière chandelle. Ce jour là, elle avait été à deux doigts de se laisser aspirer par les profondeurs. Et puis, il était arrivé, lui et sa folle idée d’aller élever des chiens dans le Dakota du Nord. Lui et son idée de vouloir la fiancer pour rendre John jaloux. Dunney ou la façon la plus simple de retrouver le sourire. L’homme qui tombe à pic.

Le taxi stoppa sa course dans L.A devant un grand building. Elle le remercia et paya avant de pénétrer dans le hall. Bien sagement, même si elle brûlait d’impatience, elle attendit que les portes de l’ascenseur daignent s’ouvrir. Ding. Le voilà. Elle pénétra dans la petite cage et écrasa le bouton argenté correspondant au neuvième étage. Dong. Neuvième étage. Dans le couloir, il n'y avait que deux portes. Deux portes pour une sonnette. Étrange. Tant pis. Maggie appuya sur le bouton et attendit qu'il se passe quelque chose. Elle sursauta quand l'une des portes s'ouvrit. Visiblement elle était attendue de pied ferme. Elle essaya de décrocher un sourire qui se voulait rassurant mais à voir la trombine de Dunney et celle de la jeune fille qui se tenait un peu plus loin, l’ambiance était électrique. Une fois dans l’appartement, elle laissa son regard glisser sur la demoiselle qui se révéla être… Enceinte ! Oh la poisse. Elle comprenait mieux maintenant le « Elle n’est pas en état de supporter trop de stress. ». Le sourire de Maggie se crispa et elle se retourna vers Dunney. C’était essentiellement pour l’aider lui qu’elle était venue. Enfin, qu’elle avait accouru.


« J’suis désolée, j’voulais faire plus vite mais à cette heure ci, Los Angeles est embouteillée de part en part. Et cet idiot de chauffeur de taxi nous a perdus ou alors c’était une tentative pour m’extorquer quelques dollars de plus. Enfin bref, j’suis arrivée, c’est le principal. » Elle se débarrassa de sa veste et de son sac, les posant tout les deux sur une chaise. « Si vous m’expliquiez plus calmement de quoi il s’agit, maintenant ? J’avoue que j’ai pas tout suivi tout à l’heure au téléphone. »

Enfin, elle salua la demoiselle d’un signe de main amical. Il ne s’agissait pas de se mettre à dos la fille d’un de ses amis quand même. Surtout son SOS Suicide 24/24. Quoi que les rôles semblaient inversés en cet instant.
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Jeu 26 Avr - 21:42

Et bien non, son père n’approuvait pas ce que sa fille venait de dire. Il faisait mieux, il la critiquait. N’importe quoi ! C’était Dunney le défaitiste. Il suffisait de voir ce qu’il faisait depuis qu’il n’était plus à la tête de Genetic ; il ne faisait rien. Il n’était même pas fichu de remplir le réfrigérateur. Ce n’était pas le manque d’argent, c’était le manque d’intérêt qui le poussait à ne rien faire. Il se morfondait silencieusement sur son sort et se laissait aller. Bel exemple pour sa progéniture ! Mary Jane n’était pas défaitiste, elle était réaliste. Ce n’était pas parce qu’elle n’avait que seize ans qu’elle n’était pas capable de constater qu’elle ne pouvait pas compter sur les autres. Elle ne pouvait même pas compter sur son père ! Ah si, elle comptait quand même sur lui pour renflouer son compte bancaire. Sans lui, elle serait à la rue comme une clocharde ou une prostituée se démenant chaque jour pour trouver de quoi se nourrir. Oh bien sûr, elle pourrait se trouver un job mais son âge était un obstacle. Les boulots au noir existaient, mais qui voudrait embaucher une fille enceinte ? De toutes les façons, il n’était pas question de travailler pour des clopinettes, de travailler tout court.

- C’est l’hôpital que si fout de la charité. J’ai confiance en Maxou et j’ai pas peur d’abord ! Se défendit-elle ardemment.

Elle n’avait pas peur de solliciter les autres et encore moins de les déranger. Elle était la première à le faire si elle y trouvait un intérêt. Pour l’heure, ce n’était pas le cas. Elle ne voyait pas pourquoi elle devait quitter ce grand et bel appartement. Elle y avait ses repères et ses petites manies. Piquer la chemise de son paternel, emprunter sa voiture ou alléger de quelques billets son portefeuille, en faisaient parties. C’était presque devenu une tradition chez la chipie qui se voyait mal faire la même chose ailleurs. Quoi que, ça donnerait peut-être un peu plus de piquant. Les habitudes ne devaient-elles pas être changées pour éviter la routine ? Sans doute. Là n’était pas la question.

Mary Jane était persuadée que son père voulait se débarrasser d’elle. La preuve, il sortait de son chapeau une nouvelle connaissance. Qui était ce quelqu’un qu’il avait rencontré ? Ah ! C’était une femme ! Quand l’avait-il rencontrée ? Dunney passait le plus clair de son temps affalé sur le canapé ou derrière son ordinateur. Il faisait fort le vieux quand il voulait. Peu importait, il voulait refiler sa fille à une inconnue, c’était encore la preuve qu’il souhaitait la rayer de sa vie. Mary Jane ne se laisserait pas faire à moins que Dunney soit très persuasif. Il avait du boulot sur la planche. Il avait intérêt à trouver les bons arguments pour la convaincre de quitter le domicile familial. Et voilà qu’il en remettait une couche et qu’il critiquait de nouveau l’attitude de la jeune fille.


- Gnagnagna.. Fit-elle bêtement en levant les yeux au ciel.

Il pouvait dire ce qu’il voulait, Mary Jane ferait ce qui lui chanterait. Depuis quand devait-elle être docile si elle n’en avait pas envie ? Son père était vraiment à côté de la plaque. Il n’avait toujours pas cerné la personnalité de sa fille. Sans doute ne la comprendrait-il jamais ! Tout comme la chipie ne comprenait pas pourquoi elle devrait aller vivre ailleurs. Elle ne voyait pas où était le danger. Ce qu’il dit au téléphone la fit réfléchir. Pourquoi Genetic voudrait-elle la récupérer ? Ce n’était pas sa participation à l’évasion de Page quand même ? Son père avait été libéré le soir même, il n’avait sans doute pas eu le temps d’être mis au courant de cette histoire. Aurait-il reçu des menaces ? Ce serait étonnant ! Les membres du conseil d’administration étaient puissants, ce n’était pas un actionnaire qui devait leur faire peur. A moins que la raison soit plus futile comme celle de ne pas vouloir vieillir. En voyant le ventre de l’adolescente s’arrondir, le paternel prenait un coup de vieux. Il serait bientôt appelé grand-père.


- Et qui te dit que cette fille est quelqu’un de confiance ? D’ailleurs, je croyais que t’avais confiance en personne… Observa-t-elle après qu’il ait raccroché.
- De toutes façons, j’veux pas partir d’ici. Et même si je voulais, si toi tu pars, qui va s’occuper de Mistrigri ?

Mistigri était le chat de la chipie. Il était un des rares êtres vivants qu’elle aimait sans condition. Il lui tenait compagnie quand elle était seule. Il la consolait, à grand renfort de ronron, lorsqu’elle était triste. C’était à lui qu’elle confiait ses petits secrets. Il n’était donc pas question de laisser le chat tout seul dans ce grand appartement.

Maggie fit alors son apparition. Mary Jane qui était toujours enfoncée dans son fauteuil la lorgna sous toutes les coutures. Ce n’était pas étonnant que son père se soit laissé embobiner par cette jolie femme. Jolie ne voulait pas dire gentille. Ce n’était pas parce qu’elle avait répondu présente à l’appel de Dunney qu’il ne fallait pas se méfier d’elle. Mary Jane ne répondit pas au geste de salut de Maggie. Elle la fixait d’un air renfrogné sans rien dire. Elle attendait de voir ce qu’elle avait dans le ventre.

Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Ven 27 Avr - 18:25

Confiance, mais oui. Si elle voulait. Sauf que là il était question de son hébergement en situation d'urgence, tout ce qui intéressait Holster c'était si la jeune fille voulait bien ou non en demander le service . Rien de plus. Il aurait bien aimé pouvoir se satisfaire de cette déclaration et faire semblant deux secondes d'être un père que rassurer sa fille préoccupe un minimum. Mais il n'en avait pas le temps. Et puis, pour être honnête, la Max était le dernier choix qu'il eut fait. Non pas qu'il pense sincèrement que son hôte fût le conjoint tant honni qu'il devait se coltiner depuis un peu trop longtemps à présent, mais il n'aimait pas que sa fille soit entrée directement en contact avec elle. C'était à ses yeux une raison de ne pas lui faire confiance. Ça et le fait qu'elle ne vive pas chez elle, donc qu'il faille impliquer d'autres gens dans l'affaire, et caetera. Tout plan qui nécessitait pour fonctionner d'être connu de plus de trois personnes était à éviter. La puérilité de sa fille à ce sujet et à d'autres l'inquiétait un peu, mais il ne voulait pas trop s'y arrêter. S'attacher aux contraintes psychologiques d'une adolescente ne faisait pas partie de ses compétences, s'il n'avait pas décidé de la mettre à l'abri il n'eût même pas pris la peine de s'adresser à elle. Tout à son coup de fil, il ne nota que distraitement sa grimace.

Entendre Maggie répondre au téléphone l'avait rassuré, mais pas assez pour l'empêcher de parler un peu vite. D'ordinaire il prenait garde à être compris, mais ce qui relevait de l'ordinaire n'avait par définition rien à voir avec l'urgence d'une aide nécessaire. Il était inquiet. C'était un peu bête de ne l'être qu'à présent, mais il avait jusque-là été trop flasque pour songer à prendre des mesures de sécurité, oubliant consciencieusement toutes les conséquences de sa démission. Certes, il était à présent un peu plus averti de la situation et s'efforçait de prendre les choses en main. Avoir des regrets était contre-productif. Il ne pouvait pour autant s'empêcher de se traiter de naïf. Fainéanter ainsi pendant plus d'un mois, ça ne lui ressemblait pas. Heureusement que Maggie semblait s'inquiéter assez pour lui, car sans elle il ne savait pas ce qu'il eut pu faire de sa fille. L'emmener avec lui ? De l'apragmatisme pur. Même pour elle : qu'avait-elle à gagner à suivre à la trace un moribond, en dehors d'une relative sécurité qu'il ne pourrait même pas tout à fait lui garantir ? Rien. Or, sa fille avait contrairement à lui un avenir, qu'il prenait certes peu en considération, mais pas au point de le gâcher tout à fait.

Les objections de Mary le fatiguèrent, naturellement, mais elles lui parurent assez sensées pour qu'il ne s'en plaigne pas. Au contraire, il lui semblait enfin retrouver un cerveau en état de marche en la personne de sa fille, ce qui n'eut pas été pour lui déplaire si elle n'avait pas mis le doigt sur un problème qui n'était que partiellement élucidé. Pourquoi faisait-il confiance à Maggie, ou plus modérément pourquoi croyait-il plus en elle qu'en n'importe qui d'autre ? *Parce que tu es un asocial qui est encore plus seul au monde que ta sale gamine, Dunney.* Non, cette réponse ne convenait pas. Il avait certes peu de relations proches, mais ce n'était pas la vraie raison. Rationnellement, s'il l'avait choisie par défaut, le plus parfait inconnu aurait aussi bien fait l'affaire. La raison en était, au final, précisément l'objection que sa fille lui faisait. Il n'avait confiance en personne, habituellement. Ses alliés étaient ceux dont il se méfiait le plus. Il eut préféré confier sa fille au jeune O'Hara qu'à des gens qui lui ressembleraient. Le gamin avait beau être une brute, Holster doutait qu'il sur-reporte à sa fille ce qu'il reportait déjà sur lui. Mais une telle démarche eût tout de même été un peu hasardeuse. Ceci dit, il n'en était pas si loin. Maggie avait combattu aux côtés de Genome. Elle était une sorte d'ennemie non-hostile, de compagnie agréable et d'une moralité moins alambiquée que celle qu'il essayait de se donner. Idéale pour protéger quelqu'un donc. Mais ça il n'allait pas le dire à sa fille, qui avait assez d'insouciance pour s'inquiéter sur le même plan de l'avenir de Mistigri. Il chercha un instant ses mots, mais n'eut pas la possibilité de répondre. On sonna à la porte. Il se précipita immédiatement et salua de façon sommairement stressée son invitée avant de la faire entrer. Naturellement, elle voulait des explications. Il jeta un regard à sa fille, qui arborait une posture figée, un peu inquiétante. Il se poserait la question plus tard.

« Comme vous le savez Genetic est entre les mains de mon meilleur ennemi, et il prend des forces que je ne suis plus en mesure de contrer. Je pensais fuir avant que cet endroit ne devienne trop risqué mais il se trouve que je ne suis pas le seul locataire. Mary est enceinte. Elle ne peut donc pas venir avec moi et encore moins se débrouiller seule comme j'avais pensé qu'elle voudrait peut-être le faire. Il faut qu'elle habite un endroit au calme, et qui ne soit pas surveillé. Je n'avais pas prévu ce cas de figure et me trouve légèrement pris au dépourvu. J'ai... pensé que vous pourriez l'héberger quelques temps. »

Le ton était humble, et même un peu honteux. Il avait beau n'avoir que peu de respect pour les gens en général, solliciter une aide si rapidement après avoir rencontré quelqu'un lui paraissait de très mauvais genre. Sans compter qu'objectivement, sa fille avait raison. Il n'avait pas le moindre motif pour être si favorable à la belle suicidaire. Car elle était belle, il hésitait à se montrer sceptique vis-à-vis d'elle sous ce prétexte, mais il ne pouvait que reconnaître que cela ne devait pas l'aider à réfléchir calmement. Au fond, il appréciait simplement cette femme. C'était assez rare pour être souligné, mais s'il creusait un peu il s'avérait qu'il ne lui faisait confiance que sur sa figure. Ce pour quoi il ne creusait pas. S'il avait découvert qu'il n'avait songé à lui laisser sa fille que par envie de garder un contact avec elle malgré sa fuite, cela l'eut trop inquiété et ses plans en auraient été bouleversés. Alors il fermait les yeux, préférant se dire que c'était simplement la meilleure option dont il disposait, refusant de se rappeler qu'il pouvait aussi menacer des gens bien plus fiables pour garder l'adolescente s'il le désirait. Ces gens-là n'avaient pas les cheveux, la douceur, la tristesse de Maggie. Ils n'étaient pas Maggie, et c'était dans les tréfonds de son esprit confus une raison suffisante pour ne pas faire appel à eux. Quant à l'avis de sa fille... Il suffisait de la convaincre. Encore que ça ne soit, à vue de nez, pas facile.

« Pour Mistigri, le fait de n'être qu'un animal domestique lui épargne le risque de se faire enlever et s'il ne s'agit que de s'occuper de lui je peux trouver plusieurs personnes pour ça. C'est toi qui m'inquiètes Mary, je ne peux faire confiance quasiment à personne face à Tussle. Si je t'emmène avec moi, tu n'auras pas moyen d'accoucher et tu risques de mourir. Si je te laisse seule, tu vas avoir le même problème avec un boulet en moins sur les bras. Et en plus de Tussle, il y a maintenant une mafieuse qui sait que je tiens à toi. » Comme Maggie n'avait pas assisté à la scène précédente, ce qui était heureux, il se tourna vers elle afin de lui expliquer cette menace supplémentaire. « C'est une femme dangereuse, efficace et pragmatique. Je suis un odieux connard, mais pas au point de laisser ma fille en appât chez moi avec une folle pareille après elle. Je ne sais pas encore où je vais aller, mais je suis le moins en danger dans l'immédiat. C'est Mary la priorité. Si vous acceptez de l'héberger, je pourrai réfléchir à un moyen de nous mettre en sécurité à plus long terme. Peut-être que le Dakota de Nord ne serait pas une mauvaise idée finalement. »

Non, décidément, l'humour ne lui allait pas au teint. Surtout dans des situations comme celle-ci. Peut-être était-ce son mal de ventre, il ne parvenait pas à se détendre assez pour esquisser un sourire. Il ne pensait qu'à deux choses : sa fille et Maggie. Il tenait à l'une par hasard et à l'autre par affinité. Ou l'inverse. Dans tous les cas, il ne voulait mettre ni l'une ni l'autre en danger, ce qui voulait dire que tôt ou tard il devrait trouver une solution de rechange. Peut-être que s'il travaillait un peu avec les Cristiani - il ne parvenait pas à envisager de travailler pour eux - il pourrait acquérir des moyens de pression suffisants pour mettre Mary à l'abri, mais c'était à la fois incertain et bancal. En plus de ça, il allait falloir qu'il règle le problème de son mariage avant de disparaître, s'il disparaissait. Il avait beau ne pas aimer Ross, entre ça et lui envoyer Tussle il y avait une marge. Sans compter que si Tussle finissait tout de même par venir le voir, il était préférable pour Dunney que le borné soit de son côté à ce moment-là. Enfin, pour l'instant tout dépendait des deux créatures féminines qui l'entouraient. Il aurait bien prié, mais ne voyait pas de divinité apte à prendre en charge un tel concours de circonstances. En éliminant celles auxquelles il avait déjà fait appel et celles qui n'étaient pas de circonstance, il ne restait plus matière à foi.

Tant pis, il devrait se passer de l'aide du ciel.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Jeu 3 Mai - 21:43

Maggie fixait l’adolescente avachie dans le fauteuil. C’était donc elle, sa fille ? Elle n’avait même pas été fichue de la saluer quand elle était arrivée. Elle fronça les sourcils, c’est vrai qu’elle avait l’air calme. Du moins, là elle ne bougeait pas d’un millimètre. C’était une jolie adolescente aux yeux bridés. Son visage angélique, ses cheveux noirs de geai. Elle devait être une gentille fille. Après, elle comprenait qu’elle soit renfrognée, bien calée dans son fauteuil. Son père avait des ennuis avec les nouveaux dirigeants de son entreprise, elle se voyait obligé de quitter cet appartement où elle avait certainement ses marques, ses habitudes. Cela additionné au surplus d’hormones dû à la grossesse donnait un cocktail d’émotions par toujours évident à gérer. Finalement, elle ne lui tenait pas rigueur du fait qu’elle ne lui ait pas dit bonjour. La rousse n’était ni plus, ni moins qu’une étrangère pour eux. Elle connaissait Dunney depuis deux jours, enfin connaitre était un bien grand mot. Disons qu’il avait été au bon endroit, au bon moment. Ou alors était ce l’inverse ? Cela avait peu d’importance.

Elle se tourna vers Holster quand il commença son histoire. Là, debout en plein milieu du salon, elle imprimait un peu mieux ce qu’il lui voulait. Oui, il lui semblait qu’il lui avait touché deux mots de la reprise de Genetic par des personnes influentes qui ne portaient pas l’ex dirigeant dans leurs cœurs. Elle l’écoutait quand il se mit à parler de fuite, de calme et de vie à peu prêt normale. La vraie question était : peut-on vraiment aspirer à une vie normale quand on se retrouve enceinte à seize ans ? Non, peut-on continuer son petit bonhomme de chemin une fois qu’un enfant nait ? La vie est à jamais chamboulée. Et Maggie n’était pas faite pour être mère, elle n’était pas de cette trempe là. Elle bloqua un instant sur le mot héberger. Héberger comme dans accueillir quelqu’un chez elle et le nourrir et lui donner un toit ? Héberger comme dans se porter garante d’une gamine enceinte qu’elle ne connaissait pas il y a encore une heure ? Elle déglutit et tenta d’analyser au mieux la situation. Dunney l’avait appelée dans l’espoir qu’elle accepte de prendre Mary sous son toit, le temps que tout cela se tasse ?

Ses yeux oscillaient entre Dunney et sa fille. Elle avait besoin de quelques minutes pour réfléchir et pour prendre une décision surtout. Dans un sens, elle ignorait tout d’eux. Et, en acceptant de cacher Mary, n’allait elle pas s’attirer les foudres du CA de Genetic ? Etant une membre active de Genome, ça la désappointerait de s’attirer des ennuis avec ces gars là. Surtout, comment expliquerait elle cela à Aaron et Ross ? Elle ne pouvait tout de même pas se pointer un matin en claironnant :
« Salut. Bon, juste pour que vous soyez au courant : J’ai des emmerdes avec le CA de Genetic parce que j’héberge la progéniture de Dunney Holster. Ne vous étonnez pas s’ils débarquent ici, hein ! Allez, bonne journée. ». Non, elle ne pouvait sérieusement pas dire ça de cette manière. En fait, le mieux, c’est qu’à part eux trois, personne ne soit au courant. Parce que, malgré tout, la rousse allait accepter. Parce qu’elle devait le faire pour Dunney, pour le remercier de l’avoir empêchée de sauter dans le lac et d’avoir réussi à la faire sourire. Et d’avoir envisagé de l’emmener en Dakota du Nord. Après un long moment de silence où elle n’avait fait que regarder le père et la fille, elle se décida à ouvrir la bouche.

« Bien sur. Elle peut venir chez moi le temps qu’il faudra. J’ai une chambre en trop, tu pourras même y afficher des posters et des affiches de film. » Dit elle en se tournant vers la fille Holster.

Elle ferait tout pour donner à Mary une vie un tant soit peu normale et ainsi soulager un peu l’inquiétude qui rongeait Dunney. Elle essaierait de lui procurer une vie d’adolescente. Certes, une ado enceinte mais une ado quand même. La rousse n’était pas des plus douées pour communiquer avec la jeune génération mais elle ferait des efforts. Le plus compliqué dans l’histoire serait de cacher la présence de Mary à ses proches à elle. A John et à Francine, notamment. Elle devrait trouver des millions d’excuses valables pour ne pas qu’ils se pointent dans son appartement. Ils représentaient, tout les deux, ce qui se rapprochait le plus d’une famille pour Maggie et leur mentir allait s’avérer être une tâche ardue. D’autant plus qu’elle ne savait pas combien de temps Mary allait rester dans son appartement. Elle préféra ne rien dire à ce sujet, la jeune fille devait déjà se sentir assez mal, elle ne devait pas en rajouter.

Elle tendit l’oreille quand Dunney prononça le mot « mafieuse » suivi de « femme dangereuse ». La seule mafieuse que Maggie connaissait était Francine, qui était également sa meilleure amie soit dit en passant. Ce n’était quand même pas la fille Ford qui en avait après Mary ? Parce que là, la rousse serait dans un sacré pétrin elle aussi. Mentir à une amie était une chose mais aider un de ses ennemis, c’en était une autre ! Pourtant, et à supposer qu’il parle effectivement de Francine, elle appréciait Dunney et elle désirait l’aider comme lui l’avait fait.

« Mary peut prendre Mistigri si elle en a envie. Quand il y a de la place pour deux, il y en a pour trois. Et ne vous inquiétez pas pour les mafieux, on va dire que je sais me comporter en leur présence. » Elle resta suffisamment évasive pour ne pas avoir à s’expliquer, elle avait surtout dit ça pour le rassurer. « Cependant, avant que vous ne partiez vous exiler de le Dakota du Nord, il y a deux, trois petites choses que nous nous devons ne mettre au clair. Il serait certainement plus prudent d’établir une sorte de plan de bataille. En fait, deux plans, ce serait pas mal. Un plan A et un plan B. Inutile d’aller jusqu’au plan C, quand le A et le B tombent à l’eau, le mieux c’est d’improviser. »

Elle alla s’assoir sur une des chaises qui bordaient la table du salon. Elle se demandait ce qui la poussait réellement à agir de la sorte. Elle ne pourrait tout de même pas se voiler la face constamment en ramenant tout à leur rencontre au Blue Lake. Non, c’était simplement qu’elle appréciait Dunney et que s’il l’avait appelée elle alors qu’il ne la connait pas plus que cela, c’est qu’il devait se sentir bien seul. La solitude est une chose affreuse, la pire de toutes. Elle balaya ses pensées d’un revers de la main avant de lever la tête vers Holster.

« Premièrement, si ça ne vous dérange pas, j’aimerais laisser tomber le vouvoiement. Et ensuite, avant que l’on ne commence à faire des plans sur la comète, je boirais bien une petite tasse de café. Si cela vous… Heu… Te déranges pas de m’en préparer un ? »
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Lun 7 Mai - 23:49

En mettant le doigt sur une vérité que son père semblait avoir oublié, Mary Jane n’était pas mécontente d’elle, elle était même assez fière d’elle. Et toc ! Il n’avait confiance en personne, et là il avait trouvé THE solution. Une Maggie sortit de nulle part qui n’avait rien à voir avec les personnes de Genetic. C’était normal après tout, si son père craignait que les membres de cette organisation s’en prennent à sa progéniture, il serait idiot et irresponsable de la confier à l’un d’entre eux. Idiot, Dunney était loin de l’être mais irresponsable il l’était. Il n’y avait qu’à voir le bilan des dernières semaines écoulées. Plus rien dans le réfrigérateur, plus de femme de ménage et plus aucun échange avec le monde extérieur. Ah si ! Holster avait dû avoir une espèce de crise de neurasthénie ou de claustrophobie pour être sorti un jour, ou une nuit, et rencontrer la femme qu’il appelait à la rescousse. Le regardant de travers, elle écouta quand même la plaidoirie de son père qui faisait l’effort, pour une fois, de lui expliquer son point de vue. Evidemment, la chipie n’était pas d’accord.

- Ah NON alors ! Mistrigri reste avec moi. J’veux pas qu’il aille ailleurs. Il serait malheureux chez quelqu’un d’autre, il se laisserait mourir de faim. J’veux pas qu’il meurt. Et puis d’abord, depuis quand tu t’inquiètes pour m…

Gros bug après avoir réalisé que son père avait dit qu’il tenait à elle. Euh… Où était la caméra cachée ? Comment était-ce possible ? Il tenait à elle : elle n'avait pas rêvé, c’était bien ce qu’il avait dit. Tenait-il à elle par habitude ? Tenait-il à elle comme à son canapé ou à son ordinateur ? C’était sans doute une de ses ruses pour la faire capituler.

- … pour moi ?

Après avoir regardé son géniteur d’un air étonné, Mary Jane leva les yeux au ciel et fit la moue. *Mouais* Jamais il ne lui avait dit qu’il tenait à elle. Il ne l’avait pas habituée à ça ! Elle avait beaucoup de mal à le croire. Elle penchait plus sur le fait qu’il essayait de l’amadouer pour se débarrasser d’elle plus facilement. La preuve ! Il insistait lourdement en expliquant à Maggie que sa fille était sa priorité. Là, il en faisait un peu trop le vieux pour être crédible. Mais bon, c’était mieux d’entendre ça que d’être sourde ! Une preuve encore, il parlait du Dakota du nord. Et pourquoi pas sur Mars ou Jupiter pendant qu’il y était ? Ah ! Il avait dit aussi « nous mettre en sécurité ». Qu’est-ce que signifiait ce « nous » ? Déjà, Dunney s’incluait dans l’histoire, mais qui allait avec ? Mary Jane ou Maggie, les deux peut-être ? Cela demandait réflexion. D’un côté, elle espérait faire partie de ce projet mais de l’autre elle se voyait mal vivre dans cet état.

- Mais j’veux pas y aller dans ton trou à rats ! Protesta-t-elle énergiquement avant de lancer un regard méfiant vers la jeune femme qui venait d’accéder à la requête de son père.

Encore heureux qu’elle avait une chambre en trop ! La chipie ne se voyait pas dormir sur un canapé ou dans le même lit que Maggie. Il aurait fallu qu’elle soit inconsciente pour accepter d’héberger quelqu’un chez elle sans avoir la place nécessaire garantissant un minimum d’intimité. Mais pourquoi lui parlait-elle d’affiches de film et de posters ? MJ n’avait pas l’intention de refaire la déco. En plus, ce n’était pas son genre de coller des morceaux de papier au mur. Elle avait toujours trouvé ça stupide et moche. L’adolescente ne protesta pas mais sa tête en disant long sur ce qu’elle pensait. Cette perspective ne l’intéressait pas le moins du monde. Par contre, Maggie brisa la glace lorsqu’elle proposa de prendre Mistrigri avec elle. La jeune femme avait touché un point faible. Mary Jane la trouvait déjà plus intéressante qu’à son arrivée. Elle jeta un regard vers son père d’un air de dire « bah voilà, elle au moins elle comprend ce dont j’ai besoin ». Ce n’était cependant pas pour cela que la chipie était d’accord pour aller vivre chez une parfaite inconnue.

Pendant qu’elle parlait à l’ancien dirigeant de Genetic, Mary Jane la reluqua encore sous toutes les coutures. Après tout, c’était peut-être une vieille sorcière à la recherche de nouveaux nés à sacrifier sur un autel ou une femme qui faisait du trafic d’adolescentes. Comme tous les criminels qui menaient à bien leurs méfaits, elle n’avait pas la tête de l’emploi ; ce n’était pas pour autant qu’il ne fallait pas se méfier.


- Et vous faites quoi dans la vie ? Vous avez des hobbies ? Vous êtes mariée ? Vous avez des enfants, de la famille ? Vous vivez seule ? Vous avez un petit ami ? Vous habitez où ? Vous venez d’où d’abord ?

Allez hop, une petite série de questions pour connaître le curriculum vitae de la prétendante au trône de bienfaitrice. Oh oh oh ! Voici que la belle inconnue commençait à prendre ses aises. Elle s’assit et demanda à être servi d’un café. Il fallait rester sur ses gardes. En tout cas ce n’était pas Mary Jane qui ferait le service, même pas en rêve.
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mar 8 Mai - 18:15

Et voilà qu'elle faisait un caprice pour son chat. Misère, il était déjà bon prince d'envisager de perdre du temps à essayer de caser l'animal quelque part, elle n'allait pas en plus, par une immaturité plus flagrante que de coutume, tempêter pour que cette bestiole méprisante l'accompagne, si ? Si, c'était bien ce qu'elle faisait. Se rendait-elle seulement compte qu'elle était en train d'imposer à une personne déjà bien gentille de lui prêter une chambre la présence d'un animal de compagnie expert en pourrissage de lessives ? Se rendait-elle compte aussi qu'elle lui gâchait le soulagement qu'il avait ressenti en entendant que Maggie était en mesure de fournir à sa fille un hébergement ? Et puis, croyait-elle sincèrement que l'animal tenait tant à elle ? Mistigri, se laisser mourir de faim ? Lui qui n'hésitait pas à mendier de la nourriture ailleurs ? Allons donc, même s'il l'avait laissé seul dans l'appartement l'animal aurait réussi à sortir et s'en serait très bien tiré dans la rue, il en était persuadé. En revanche, le bug de sa fille quand elle réalisa qu'il avait prononcé des mots proches de la grossièreté par leur caractère habituellement tabou le toucha plus qu'il ne l'aurait voulu. Oui, il tenait à elle. Fin de la transmission, ne pouvait-on se concentrer sur un sujet plus urgent, comme, à tout hasard, son hébergement ? Peut-être eut-il dû éviter ce vœu, car à peine le formulait-il dans son esprit que sa fille rebondissait dessus, et pas avec la grâce d'une gazelle. Plutôt celle d'un rhinocéros laineux.

Il n'eut pas le temps d'essayer de reprendre sa fille sur son langage, car Magie avait posé un problème bien plus préoccupant. Deux, même. Maggie savait comment se comporter en présence de mafieux. Bon point et mauvais point à la fois, c'était en tout cas le premier point. Le second : ils avaient besoin d'un plan de bataille. De deux plans de bataille, même. En temps normal, il en aurait déjà eu au moins un, presque achevé. Mais son cerveau avait du mal à se remettre dans le bain après son inactivité forcée, à Genome puis chez lui. Ces problèmes étaient plus préoccupants que la vulgarité de sa fille, qu'il aurait de toutes façons été bien en peine de combattre, mais il ne put de toutes façons pas se pencher sur eux non plus car l'héritière de ses gènes avait décidé de leur rappeler sans appel son existence. Elle était là, avec eux, et il n'était pas question qu'ils l'ignorent. Soit. Mais dans ce cas-là, pourquoi n'émettait-elle rien de constructif ? Elle détournait une conversation sérieuse sur des futilités, comme une gamine. Avait-elle seize ou six ans ? Il lui semblait qu'elle n'avait pas changé depuis le jour ou il s'était retrouvée devant l'enfant sans mode d'emploi. Les questions que posaient Mary étaient nombreuses et indiscrètes.

« Je crois que le plan de bataille va devoir attendre. » fit-il d'un air amusé.

Il n'était pas amusé du tout par l'intervention de Mary, mais il préférait ne pas s'y opposer alors qu'elle semblait pour la première fois de la journée faire preuve d'un peu de bonne volonté. Et puis, Maggie lui demandais dans le même temps de cesser de la vouvoyer, et de lui préparer un café. Bien, bien. Il n'aimait ps du tout concéder le tutoiement à quiconque, mais au vu des circonstances il ne pouvait pas se permettre de broncher. En revanche, pour le café, il n'était pas certain de disposer de stocks utilisables. Sans compter qu'il n'aimait pas tant l'idée de laisser seules les deux éléments féminins et irrationnels qui occupaient la sale de séjour. Mais d'un autre côté, l'idée était bien de les faire cohabiter, donc mieux valait se faire au danger que cela constituait. Il avait déjà joué son rôle d'intermédiaire, il ne pouvait guère faire plus pour leur entente. C'était ironique de constater qu'une fois encore, son rôle était celui d'un intermédiaire. Infichu de servir ses propres intérêts avant ceux des autres, comme toujours. Il secoua la tête. Autant laisser faire, la situation n'était plus vraiment entre ses mains.

« Je vais voir si je trouve quelque chose qui ressemble à du café dans les limbes de la salle à manger. Hum, pour les questions... Tu n'es pas obligée de répondre à tout. Et si tu abordes le sujet de ton petit copain, j'espère pour v... pour toi que ce n'est pas celui dont on a parlé car Mary aura la même opinion que moi sur la question, en plus radical. »

Entendre sa fille parler de petit ami lui avait aussitôt fait penser à cet état d'esprit détestable dans lequel il avait trouvé Maggie concernant le luron. Passive, démoralisée, fataliste. Elle n'avait quasiment pas de respect pour elle-même, mais parvenait à en avoir un tout petit peu pour lui, ce qui d'un point de vue extérieur était tout bonnement écœurant. Mary n'avait pas beaucoup d'opinions en commun avec lui, et elle n'avait pas connaissances de ces rares sujets de réconciliation éventuelle dans la plupart des cas, mais pour celui-ci il était formel. Sa fille, son héritière revendicatrice qui pouvait faire un scandale au moindre mot de travers ne risquait pas de voir d'un très bon oeil les mésaventures de Maggie. Elle ne semblait pas d'humeur à se morfondre, mais si elle exposait ne serait-ce que les faits, il savait sa fille capable de lui jeter à la figure quelle bonne poire elle était, si son interlocutrice ne lui plaisait pas. Il préférait éviter ça à Maggie, s'il était possible, et tout en partant à la recherche d'un café il espérait sincèrement qu'elle ne raconterait rien à la jeune fille. Enfin, les dés étaient jetés. Ne restait plus qu'à savoir quel adversaire ils allaient tous rencontrer.

Ah, par contre sa fille allait s'étonner qu'il puisse donner d'avance son opinion sur un sujet... Bah, elle devait bien se rendre compte un jour ou l'autre qu'il l'espionnait non ? Si ça devait être aujourd'hui, tant pis. Le plus préoccupant dans l'instant strictement présent étant : y avait-il ou non du café ?
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mar 15 Mai - 21:41

Trou à rats ? Maggie écarquilla les yeux, ceux-ci s’ouvrirent comme des balles de ping pong. Pour qui elle se prenait cette petite peste ? Elle acceptait de la prendre sous son toit au mépris des risques encourus, elle acceptait même son sac à puces et Mary désignait son appartement de « Trou à rats ». Le regard de la rousse oscillait de Dunney à sa fille. Comment quelqu’un de si poli et de si posé avait il pu enfanter d’une gamine pareille ? Ce n’est pas grave si elle refusait en bloc l’hospitalité offerte, Maggie reprendrait ses clics et ses clacs puis ferait demi-tour. Ce n’était pas un problème. Ils se débrouilleraient sans elle. Pourtant, ne pas pouvoir aider Dunney à cause d’un caprice de son rejeton lui crevait le cœur. Alors, elle se contenta d’attendre que le déluge passe et que Madame ait terminé de piquer sa crise. Assise, elle pianotait sagement sur le bois de la table. Puis, elle leva un regard désabusé vers l’adolescente. N’y avait il pas des choses plus importantes que l’endroit où elle allait passer les prochaines semaines ? Leur sécurité à tout les trois par exemple ? Et Dunney qui ne disait rien. Il était de son pouvoir de père d’imposer cette solution à sa fille. Maintenant, Maggie savait pourquoi elle n’était pas faite pour avoir un enfant.

Dans quoi est-ce qu’elle s’était encore fourrée ? Elle venait d’accepter de prendre la responsabilité d’une jeune fille par amitié pour un type qu’elle ne connaissait pas vraiment. Elle poussa un soupir si long qu’il donnait l’impression que Maggie était en train de se dégonfler. Cette gamine posait trop de questions en même temps et avait un caractère bien trempé. Additionné au caractère de cochon de la rousse, ça promettait des longues soirées de disputes avant qu’elles ne parviennent à s’apprivoiser, ou à défaut, se supporter. Elle en avait déjà mal au crâne. Elle suivit Dunney des yeux quand il s’éclipsa pour aller chercher du café. Pourvu qu’il revienne vite, sa fille semblait être un véritable moulin à parole. Elle se redressa sur sa chaise en essayant de ne pas oublier le conseil de Dunney, ne pas aborder le sujet du petit ami. De toute façon, cela ne la regardait en rien du tout. Elle se força à sourire avant d’entamer ses réponses.


« Alors, je vais commencer par le début, si tu veux bien. Je suis d’origine écossaise et j’ai débarqué à Los Angeles à l’âge de dix ans. J'habite dans une banlieue résidentielle, à l'ouest de la ville. Je suis infirmière et j’exerce aux urgences. J’ai pas de mari et pas d’enfants. En ce qui concerne mes hobbies, et bien… » Elle stoppa net. Est-ce qu’elle pouvait sérieusement dire à cette ado qu’elle fumait comme un pompier et buvait comme une écluse ? Non, elle ne pouvait pas. Tout comme lui dire qu’elle avait songé à partir à l’autre bout du pays avec son père pour y élever des chiens. « J’aime beaucoup la musique ou encore bouquiner. J’sais que cela peut paraitre rasoir pour une ado de ton âge mais avec le métier que je fais, j’ai besoin de calme quand je rentre chez moi. »

Traduire le besoin de calme par « Hors de question de mettre à sac mon appartement et de laisser ton foutu chat faire ce qu’il a envie. ». Cela dit, elle espérait que les réponses contenteraient la jeune fille et la dissuaderait d’en poser des nouvelles. Elle se dit quand même qu’elle devait s’intéresser un minimum à son invitée si elle voulait faciliter la cohabitation.

« Et si je te retournais les questions ? Je sais que tu es la fille de Dunney mais à part ça ? Tu va où au lycée ? A part ton chat, est-ce que tu as des passions dans la vie ? T’as un petit copain ? Est-ce que je vais devoir m’attendre à voir mon appartement envahi par des gamins de seize ans quand je rentrerai du boulot ? »

L’horreur. Rentrer et découvrir son appartement squatté par les amis de Mary. Du peu qu’elle avait vu la jeune fille, Maggie l’imaginait entourée d’une foule de filles cédant à tous ses caprices et d’un harem de garçons attendant qu’elle accepte leur invitation à sortir. Bref, une ado avec une vie sociale bien remplie.

« Ah et, point important me concernant : j’sais pas faire la cuisine. »

Cela n’avait strictement rien à voir mais elle préférait prévenir. Mary serait mise au régime pâtes, sushis, hamburger et pizza durant tout le temps de son séjour. Maggie se pencha un peu pour regarder où en était Dunney avec le café. Elle n’était pas franchement douée avec les ados mais comme il avait décidé de lui confier la sienne, la jeune femme avait tût ce point. A tort ou à raison.
Revenir en haut Aller en bas
Mary Jane Holster


avatar

Messages : 3349

All about you
Your secret life:
Disponibilité: 0/4

MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Ven 18 Mai - 16:58

Effectivement, leur plan de bataille pouvait attendre. Il ne servirait à rien si la chipie n’était pas d’accord pour suivre leurs décisions. De toutes les façons, elle se fichait pas mal de leur plan. En plus, Maggie et Dunney ne comprenaient rien. Rien d’étonnant concernant le père, une vie entière ne lui suffirait pas pour parvenir à comprendre sa fille. Par contre, à voir la tête que fit la jeune femme quand Mary Jane précisa ne pas vouloir aller dans un trou à rats, il était évident qu’elle n'avait rien capté. Ou alors, elle n’avait pas suivi le fil de la pensée de la chipie. Elle ne parlait pas de l’appartement de Maggie mais du Dakota du nord, évoqué par son père juste avant. L’adolescente ne voyait pas pourquoi elle écarquillait les yeux comme ça. Maggie trouvait-elle cet endroit attractif ? Elle était bizarre quand même.

- Bah quoi ! Y’a rien à faire dans le Dakota. Qui souhaiterait aller s’enterrer dans ce trou ? Pas moi en tout cas ! Et si vous avez l’intention d’y aller tous les deux, ce sera sans moi !

Foi de Mary Jane Holster. Non mais oh ! Déjà qu’elle était presque prête à écouter son père pour une fois, elle n’allait pas, en plus, les suivre dans leur délire. En acceptant de prendre Mistigri, Maggie avait gagné un point. D’après ce que l’adolescente avait compris, il s’avérait nécessaire de quitter l’appartement familial. Elle était têtue mais pas idiote. De savoir qu’elle risquait d’être kidnappée, ou pire qu’elle risquait sa vie, ne l’enchantait guère. Pas du tout même. De toutes les façons, Dunney quittant les lieux, elle ne voulait pas se retrouver seule encore une fois. Même si son père avait renfloué son compte en banque, elle n’avait pas envie de faire les courses, de faire la cuisine et de continuer à parler au mur. Son chat l’écoutait certes, mais il n’était pas très bavard. Alors, autant aller vivre chez Maggie qui n’avait pas l’air si méchante que ça. Si elle l’était, Mary Jane ne se laisserait pas faire.

Hors de question cependant de suivre Maggie aveuglément. Elle comptait en savoir un peu plus sur son compte. Si toutefois cette jeune femme était une tortionnaire, elle ne pourrait sans doute pas cacher cet aspect de sa personnalité très longtemps. Pour cela, il fallait l’asséner de questions aussi indiscrètes que possible. Evidemment, Dunney émit quelques objections. Le contraire aurait été étonnant. Heureusement, il quitta la pièce pour aller en quête du café demandé par la jeune femme. Avant de mettre la main dessus, l’adolescente avait le temps de poser mille et une questions à la jeune femme. Maggie fit contre mauvaise fortune bon cœur en se montrant coopérative. La jeune fille l’écouta sans l’interrompre.

Bonne nouvelle ! Elle habitait un quartier résidentiel. Cela laissait supposer un appartement confortable et bien entretenu. A observer la jeune femme, il serait étonnant qu’il n’en soit pas ainsi. Si toutefois ce n’était pas le cas, son père aurait tout intérêt à payer une femme de ménage pour s’occuper des tâches ingrates. Mary Jane ne jouerait les Cendrillon. Et puis, ce serait la moindre des choses à faire en remerciement du service rendu à Holster. Ainsi, Maggie ne pourrait pas se plaindre d’avoir trop de travail à cause de l’adolescente ; au contraire, elle serait débarrassée pour un temps des travaux ménagers. La chipie n’était peut-être pas très mature mais elle se doutait qu’être infirmière aux urgences n’étaient pas de tout repos. La jeune femme le confirma en indiquant ses hobbies tout en laissant sous-entendre qu’elle aimait le calme. Vivant seule, ce n’était pas surprenant. Mary Jane n’était pas non plus une gamine qui courrait partout et hurlait à tout bout de champ. Si Maggie évitait de se prendre pour sa mère et la laissait faire ce qu’elle voulait, elle n’aurait pas de problème.


- Je sortirai quand vous rentrerez, comme ça, vous serez tranquille.

C’était une décision sans appel mais irréfléchie, à revoir éventuellement le moment venu. Mary Jane n’allait pas se prendre la tête pour ce détail maintenant. C’était à elle de satisfaire la curiosité de sa future logeuse.

- Oui, je vais au lycée. J’aime bien l’informatique et j’adoooooore chanter ! Ca tombe bien puisque t’aime la musique, n’est-ce pas ? J’aime aller à la mer et me baigner. J’aime faire la fête aussi avec mes potes. Mais t’inquiète, ils ne viendront pas squatter chez toi. J’suis pas folle, quand ils picolent, ils ne savent plus ce qu’ils font et j’ai pas envie de passer derrière pour nettoyer. Moi aussi, j’aime bien quand c’est propre, tu vois ? Ah oui, j’adooore faire les boutiques aussi. Pas toi ?

Evidemment, la jeune fille omit de préciser qu’elle séchait les cours la plupart du temps. Elle n’avait pas envie de voir Maggie lui tomber sur le dos pour ça. Aimant parler d’elle, Mary Jane s’était mise à tutoyer la jeune femme. Après tout, elles allaient vivre sous le même toit, alors autant lever ces barrières inutiles, somme toute inexistantes dans le monde anglophone.

- Pour la cuisine, pas grave. Faudra dire à la personne que mon père va embaucher pour faire le ménage chez toi, qu’elle aura aussi la bouffe à faire.

La jeune fille était partie de l’idée qu’elle avait eue au préalable. N’était-ce pas l’idéal ? Ravie d’avoir trouvé une solution à ce problème, un petit sourire éclaira le visage de l’adolescente. Elle se décolla enfin de son fauteuil, remit sa chemise trop grande pour elle en place et s’approcha de la jeune femme.

- Sinon on pourra toujours aller au resto. Proposa-t-elle d’un air mutin avant de lancer dans une nouvelle série de questions.
- Bon, t’as dit que t’avais pas de mari, mais t’es pas moche. Tu dois bien avoir un copain. Il s’appelle comment ? Y’a longtemps que tu le connais ? T'as déjà couché avec lui ou pas encore ? Au fait, tu veux des enfants toi ?
Revenir en haut Aller en bas
Invité

Invité

avatar


MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   Mar 29 Mai - 8:40

Mary n’avait pas franchement tort. Il n’y a rien à faire dans le Dakota du Nord pour une adolescente de seize ans. Déjà, cet Etat fait partie de ceux qui sont le moins peuplé. Ensuite, il est sujet à des orages si violents qu’ils peuvent tourner en tornade. Et enfin, il y a plus d’églises que d’habitants dans ce joli Etat nordique. Maggie ne nourrissait aucun ressentiment envers les personnes suivant assidument les messes mais elle doutait que la fille Holster soit de cette trempe là. De plus, elle savait que déménager, changer d’établissement scolaire et voir ses habitudes bousculées n’était pas évident à vivre pour une adolescente. Elle l’avait vécu, quand ses parents sont venus s’installer à Los Angeles. Elle était âgée de dix ans à cette époque et cet épisode de sa vie avait été profondément marquant. Cependant, elle trouvait la réaction de Mary un peu égoïste. Son père se démenait pour la protéger des personnes qui souhaitaient attenter à sa vie et elle, elle lui balançait à la figure qu’elle ne voulait pas aller dans son trou à rat. D’ailleurs, elle avait pensé pendant un temps qu’il s’agissait de son appartement à elle, Maggie avait compris son erreur à la réflexion de la jeune fille.

« Tu ne devrais pas parler comme ça à ton père. Il fait tout pour éviter qu’on te fasse du mal. J’pense pas que cette situation soit évidente à gérer. »

La rousse ponctua sa phrase d’un léger sourire. Elle frissonnait à l’idée que Mary la prenne pour une moralisatrice qui va passer son temps à l’enguirlander pour tout et rien. Mais là, elle n’avait pas réussi à tenir sa langue. Après tout, elle ne connaissait rien de la vie des Holster mais elle n’avait pas pu se retenir.

Et là, l’adolescente lâche un mot qui percuta Maggie plus que cela n’aurait du. Tranquille. Mais, ce n’est pas ce qu’elle avait voulu dire. Juste, elle ne voulait pas retrouver son appartement mis à sac par une bande d’adolescents qu’elle ne connaissait pas. Et puis, ce n’était pas évident pour la rousse non plus. Elle n’avait pas la fibre maternelle pour deux ronds et voilà qu’elle se retrouvait responsable d’une jeune fille de seize ans, enceinte de surcroits. L’acclimatation ne serait pas facile pour elle. Elle eut une moue désolée, elle se demandait bien pourquoi Mary pensait qu’elle allait déranger. Bien sur, qu’elle allait un peu déranger, puisque Maggie ne serait plus aussi libre qu’auparavant mais elle ne pouvait pas le dire. Et elle ne voulait pas que la fille Holster le pense. Donc elle tenta de la rassurer, du mieux qu’elle le put.

« Tu ne vas pas déranger, je n’ai pas besoin que tu me laisses tranquille. Juste que j’ai pas forcément envie de retrouver une dizaine d’ados dans mon salon. Et puis n’oublie pas que tu dois dire à personne où tu te trouves, personne ne doit se douter que nous nous connaissons. Compris ? »

Elle va au lycée, elle est passionnée d’informatique et de chant, elle adore faire les boutiques. Mary est une adolescente comme les autres finalement. A cela prêt qu’elle attend déjà un enfant. Maggie la regarda des pieds à la tête, sans vraiment se rendre compte qu’elle la dévisageait sans aucune gêne et que cela pouvait être déstabilisant. Dans un sens, elle comprenait les réactions de l’adolescente. De tels bouleversements dans son état ne devaient pas être simples à gérer. La rousse se promit alors de faire de son mieux pour lui faciliter les choses.

« D’accord pour le resto. Y’a un vendeur de sushi vraiment pas mal à deux pas de chez moi et il livre à domicile en plus. Le shopping n’est pas une activité qui me passionne mais si tu aimes vraiment ça, j’accepterai de t’y emmener quand je serai en congé.»

Faciliter la vie de Mary passait également dans le fait de faire des concessions. Faire les boutiques avec une adolescente devait être très fatiguant mais elle avait promis à son père de ne pas la lâcher d’une semelle. Et là, la question piège. La question que Maggie redoutait et dont la réponse ne regardait pas l’adolescente. Dunney avait essayé de la prévenir pourtant. Subitement gênée, elle passa une main dans sa longue chevelure rousse.

« C’est un peu compliqué. Et tes questions sont très indiscrètes, jeune fille. »

Maggie n’y répondrait pas. La situation n’était pas très claire entre elle, John et Ryan. Une sorte de nœud amoureux vraiment compliqué à démêler. Voulant couper court à cette conversation qu’elle ne maitrisait plus, qu’elle n’avait jamais maitrisé, elle se leva et alla rejoindre Dunney. Il cherchait encore du café. Elle s’approcha et baissa d’un ton, pour être sûre que Mary n’entende pas ce qu’elle allait dire.

« Tu vas vraiment embaucher quelqu’un pour venir faire la cuisine chez moi ? Je ne pense pas que cela soit très prudent. Elle peut venir chez moi à partir de maintenant si tu veux. Je vous ferai faire des clés, à toi et à Mary, que vous puissiez aller et venir dans mon appartement même en mon absence. »

Elle marqua une pause. La situation était vraiment étrange. Et dire que quelques jours auparavant, elle ignorait jusqu’à l’existence même des Holster. Aujourd’hui, elle acceptait d’être responsable d’une jeune fille pour rendre service à son père. C’est le moins qu’elle puisse faire, Dunney l’ayant probablement empêchée de se précipiter dans le lac radioactif.

« Et toi ? Tu vas aller où ? »

Et nous, on va vraiment partir dans le Dakota du Nord ?
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé





MessageSujet: Re: Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Le dé des mauvaises rencontres [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
EVOLUTION :: N°36 OVER PLACE-